RÉPONSE DE M. GIROUARD
"Québec, 28 août 1838.
" Monsieur et confrère,
" Votre lettre du 24 que je viens de recevoir me " suppose des sentiments que je n'ai jamais entre- " tenus et qui ont toujours répui^né à mon cœur et " à mon caractère. Cela est si vrai dans ma con- " viction que je pourrais mettre au défi même ceux "qui m'ont fait le plus de mal de prouver que j'aie "jamais agi sous l'empire du préjugé dont vous par- " lez, bien moins encore sous l'influence de ces pas-
" sions qui dégradent l'homme, comme la haine et " la vengeance. Jamais je ne repousserai la main " de la conciliation, l'esprit de concorde et de paix. "Soyez donc persuadé que j'ai reçu avec plus de " plaisir que vous ne l'avez peut-être imaginé l'ex- " pression des sentiments contenus dans votre bien- " veillante lettre ; et vous vous tromperiez beau- " coup et ne me rendriez pas justice, si vous pensiez " que je n'ai pas su les apprécier. N'hésitez donc " plus à me donner non plus qu'à prendre ces titres " que j'ai autant de plaisir que vous à rappeler et à " employer.
" De votre confrère et ami,
" J. J. GiROUARD."
" A. F. E. Globensky, Ecr.,
" St-Enstache."
Ce que l'on vient de lire ne suffit-il pas, pour réduire en poussière l'atroce calomnie, qui a été inventée et proférée contre la mémoire de mon oncle ?
Que l'on veuille bien lire le troisième extrait suivant, que je tire encore de mon livre :
" Nous différons en politique, c'est malheureusement vrai ; mais si parce (jue nous différons en politique, il faut absolument (d'après les hommes de parti) se faire la guerre, que l'on n'aille donc pas au moins fouiller dans les cendres éteintes de 1837, afin d'y trouver des armes contre un adversaire. Personne n'y gagnera, on peut en être assuré ; car les descendants des deux partis opposés de l'époque
y trouveront des sujets d'attaque et de défense,, qui ne produiront rien de bon. Enfin, par convenance et pour la tranquillité publique, ne vaut-il pas mieux ensevelir pour toujours dans l'oubli ce malheureux passé, d'autant plus qu'il a déjà plus de quarante ans d'existance et que les adversaires d'cxutrefois sont aujourd'hui devenus (au moins pour la plupart) des amis ?
" Celui qui veut combattre honorablement ne doit pas aller demander des armes à nos pères, à nos devanciers ou à une époque qui remonte à un demi siècle, mais il doit attaquer ou se défendre avec les armes de notre temps, et il ne doit discuter les afiaires publiques qu'avec les personnes qui les régissent ; enfin, il ne doit discourir ou faire de la propagande électorale que sur l'état actuel de notre monde politique.
" Puisque, généralement, l'union existe aujourd'hui entre ceux qui étaient divisés ou adversaires en 1837, serait-il prudent d'essayer à interrompre la bonne harmonie qui existe actuellement entre eux, même sur les questions politiques ?. . . . Et parce que nos pères, jadis ennemis, ont eu plus tard la sagesse et la magnanimité de vouloir marcher à l'unisson et d'ensevelir le passé dans l'oubli, afin de nous donner mie leçon d'éducation domestique et politique, faut il que nous permettions à certains écrivains exaltés, à certains hommes de coterie ou de spéculation pol^i tique, de prêcher à leurs descendants ou parmi nous une guerre qui n'a plus sa raison d'être ? . . . . Celui qui, avec maladresse, avec malice ou pour des motifs particuliers et cachés, soufflerait le feu de la discorde parmi des hommes d'une même race et ensuite parmi les diverses races qui forment la Puissance du Canada, cet homme, dis-je, serait bien coupable et il devrait être honni indistinctement par tous ses concitoyens."
Je n'ai pas fait dans mon livre le procès de tous ceux qui ont pris part à la rébellion. Je n'y ai mentionné que le Dr Chénier, puis les persécutions dont les loyaux de Sainib-Eustache ont été les victimes. De plus, je le répète, je n'ai jamais insulté les hommes honorables qui ont pris part à la révolte, mais qui ont été, cependant, la cause coupable de bien des malheurs.
Etait-ce de l'espionage que de recevoir, comme magistrat et juge de paix, les documents qui suivent, afin de protéger ceux qui étaient allés se plaindre aux autorités. Lisez, Messieurs, mes détracteurs :
"Montréal, 3 juillet 1837.
" Monsieur,
" L'état de votre comté est vraiment déplorable. Il est fâcheux qu'il n'y ait pas de preuves contre ceux que soupçonne le capitaine Cheval. Dans l'absence de preuves, j'ai cru qu'il était plus prudent de les faire appréhender, pour leur faire donner caution pour leur bonne conduite pendant une année et pour garder la paix envers tous les sujets de Sa Majesté et particulièrement envers le capitaine et sa femme. J'écris à Son Excellence pour lui dire dans quelle situation se trouvent les gens paisibles. Je suis déterminé de faire tout ce que la loi permet pour les protéger. Puisque l'on ne veut pas obéir aux huissiers de campagne, j'envoie le grand connétable. Vous vous ferez sans doute un devoir d'aider au capitaine Cheval à découvrir toutes les preuves qu'il pourra obtenir, pour faire appréhender les coupables. Mon plan serait de les faire prendre aussitôt que le délit serait constaté avoir
été commis par les personnes en question. Si cette découverte ne peut pas se faire bien vite, il faudrait attendre la prochaine cour criminelle et faire actionner tous les témoins, pour paraître devant les grands, jurés. Si vous avez besoin de quelques renseignements, je vous invite à m'écrire aussi souvent que vous jugerez à propos.
" J'ai l'honneur d'être, Monsieur,
" votre très humble serviteur.