‹ La rébellion de 1837 à Saint-eustacheChapitre 72 sur 102 · M. O'SULLIVAN · texte numérisé non relu

M. O'SULLIVAN

" A. F. E. Globensky, Ecr, J. P.

"St-Eustache."

C'est de ce capitaine Cheval dont parle M. l'abbé Paquin, dans les termes qui suivent :

" On se porta même jusqu'à tirer plusieurs coups de fusil dans les maisons de deux habitants respectables, Joseph et Eustache Cheval dit St. Jacques,, en haine de leur politique ; on brisa des granges et des clôtures ; on faisait presque continuellement des. processions nocturnes pour inquiéter les loyaux, on mutilait leurs animaux, enlin on les persécuta tellement que plusieurs furent assez intimidés par les. menaces et les exemples qu'ils avaient stms les yeux, qu'à la fin ils se rangèrent du côté des rebelles. "

Et parce que mon oncle, magistrat, a voulu protéger le capitaine Cheval, renommé par sa loyauté, par sa bravoure et sa respectabilité, un M. Lusignan dira, sans doute, que c'était de l'espionnage l

Etait-ce encore de l'espionnage, lorsque mon

oncle, magistrat et juge de paix, recevait en sa qualité officielle les recommandations qui suivent ? Lisons :

" Castle o£ St. Louis, Québec, 6 July 1837.

*' Frederick E. Globensky, Esquire, J. P.

" St. Eustaclie, county o£ Two Mountains.

" His Excellency's détermination is to protect His Majesty' peaceable subject by maintening the law of the land, and in tliis He expects to receive the coopération and assistance of ail Magi strates and well disposed members of the community. " I hâve the honorto be, " Sir " Your most obedient and humble servant,

" Walcott, civil secretary."

Mon oncle, en sa qualité officielle, pouvait-il refuser son assistance à l'autorité et aux persécutés ? Non, car c'eût été faire un acte de lâcheté et se déshonorer.

Les autorités gouvernementales et ecclésiastiques demandaient l'appui, la protection des hommes haut placés de la magistrature, des officiers civils revêtus de leurs pouvoirs, pour maintenir l'ordre, la paix et réprimer la rébellion, les opérations ambitieuses et perfides de certains hommes, qui prêchaient le républicanisme américain. Et mon oncle à l'exemple des espions des Yankees, qui voulaient trafiquer notre pays, nos sentiments religieux et nationaux, n'eût pas bougé, il eût laissé perpétrer une telle infamie et il eût laissé imprimer une telle flétrissure sur l'honneur canadien ?

Il faudrait être plus qu'un es'pion pour soutenir xin tel abaissement de moralité ! . . . .

Levons, un 2^6^ peu, le voile qui couvre les agissements de certains fauteurs de la rébellion de 1887, qui prêchaient le mépris des lois, dans le comté des Deux-Montagnes, car mes insulteurs m'y obligent. Ce n'est pas moi qui parlerai encore, mais les journaux de l'époque.

N'ayant pas le temps de reproduire tout ce qui a été écrit, à cette époque, par les journaux constitutionnels, je n'en reproduirai qu'une partie, afin d'édifier les lecteurs et afin de prouver à ceux qui ne lisent point, que mon oncle a eu parfaitement raison d'essayer à réprimer des dérèglements qui ont provoqué les horreurs d'une guerre civile, dérèglements que le clergé et la très grande majorité du pays condamnaient et repoussaient de toute leur force.

Lisons :

Extraits tirés des journaux constitutionnels. — TJn journal de 1837 jette le cri d'alarme et s'écrie :

" La révolution commence."

Et savez-vous où elle commençait, lecteur ? Dans le comté des Deux-Montag^nes.

" 6 Octobre. — Le lac des Deux-Montagnes qui " paraissait être rentré dans la quiétude, depuis la " manifestation de vigueur faite par l'exécutif, " couvait seulement son feu agitatif et menace de " déployer ses torches incendiaires plus redoutables " que jamais, etc., etc., etc."

" Pour en donner un avant-goût, on a nommé *' dans une assemblée des Juges de paix et amiables *' compositeurs. Une résolution convient de former

" un corps de milice volontaire, sous le commande- " ment cV officiers élus par les miliciens, qui seront " exercés aux évolutions et mouvement des troupes " légères. "

" Si ce n'est pas là de la révolte ouverte, il ne faut plus appeler les choses par leur nom. Nous ne savons pas si l'autorité laissera pousser jusqu'au dernier degré le mépris de sa force ; mais il nous semble qu'elle serait condamnable de rester dans l'inertie, après une manifestation aussi ostensible du renversement des lois . . . . "

11 Octobre. — " Lorsque nous avions conseillé l'envoi d'un détachement de soldats dans cette partie du pays (comté des Deux-Montagnes) c'était pour que la bande des lieutenants de A . . . . de B . . . . etc., enfin que tous ces hommes ne continuassent l'œuvre de révolution qu'ils avaient si résolument commencée, etc., etc., etc."

Le journal commente bien au long cette révolte accompagnée des plus odieuses persécutions, dans le comté des Deux-Eontagnes. En terminant son article, le journal ajoute :

" Ainsi, voici une partie du pays qui se détache maralement et effectivement du gouvernement. Un comité permanent prend l'administration de la justice et le commandement militaire du lac des Deux-Montagnes. Les citoyens sont obligés de se soumettre au joug c^u'on leur impose, sous des peines qui tendent à les séquestrer de la société, à les priver de leurs droits constitutionnels, à les traiter comme des ennemis etc.. etc., etc.

" Le comité s'engage à fournir des armes, et jamais révolte ouverte n'a mieux été formulée que par un semblable acte .... C'est un C . . . . qui doit

répondre à la justice légale du pays pour toutes ces monstrueuses conceptions. Si l'autorité ne se hâte point de sévir, le déshonneur s'étendra sur le pays, etc., etc., etc."

Quelque jours après, ce même journal ajoute :

" Le comité permanent du Lac des Deux-Montagnes a réalisé l'acte de rébellion et de trahison le plus palpable qu'il soit possible d'exécuter, etc., etc., etc."

Le journal cite des noms de personnes que je ne puis désigner, qui sont les fauteurs du commencement de cette odieuse guerre civile, et je ne parlerai pas non plus de ses commentaires sévères et mordants qui sont d'ailleurs trop longs.

17 Novembre. — Plus tard il dit : " Cette partie du pays (le Lac des Deux- Montagnes) s'organise, Tïiéthodiquevient, silencieusement, et forme ses bataillons de miliciens, auxquels il ne manque que de l'aptitude et du travail pour écraser les troupes britanniques, selon la recommandation du belliqueux 0 .... Il doit y avoir une grande assemblée publique aujourd'hui, 17 Novembre 1837, à la Rivière du Chêne, dans laquelle les oracles du pays vont chauffer la population, si les événements récents ne sont point venus glacer leurs courageuses dispositions. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'une bande de huit agitateurs, probablement des membres du Comité Central Permanent du comté, ont fait une tournée chez tous les habitants, à la fin de la semaine passée, et au commencement de la semaine courante ; ils disaient à chacun : " qu'il Jallait se rendre à l'assemblée ou qu'on s'en souviendrait."

"27 Novembre G. ..et P. ..avocats de cette ville,

sont partis depuis plusieurs jours, dit-on, pour agiter dans le Nord. Ils ont été vu à Saint-Martin, où ils cherchent à faire des prosélytes. Le suisse X ... a été vu, il y a quelques jours dans les environs de Saint-Benoit."

"29 Novembre — "Lac des Deux-Montagnes: — Une lettre datée du 20 Novembre, annonce que le règne de la terreur avait commencé ; que dimanche dernier une partie s'était assemblée à la maison de X .. . . et le drapeau tricolore avait été arboré. Des hommes furent envoyés dans les différents magasins tenus par les loyaux, pour demander toute leur poudre, avec menace de détruire leurs maisons, s'ils s'y refusaient, et la poudre en conséquence fut prise par force. H. . . s'était employé pendant quinze jours, à enrôler les noms des hommes et recueillir de l'argent, pour acheter des armes et dek munitions, etc., etc. On menace les loyalistes des plus cruels toiirriients, s'ils ne prennent point part à la rébellion. Que l'intention des révoltés était de former un camp de fortification dans les environs du Grand Brûlé, et qu'on en devait faire un autre non loin de Saint- Eustache, etc., etc., etc.

" Les grands mouvements se font au Grand Brûlé. C'est là qu'ils, (D. et F.)pourront commettre des excès sur les propriétés, si l'on ne donne des ordres pour aller les déloger, et leur retirer les chefs qui les poussent. Il est cartain que les propriétés des loyaux sujets courent des dangers réels, si l'on tarde à frapper un coup. Les infâmes meneurs n'ont plus d'auti'es ressources que de se faire voleurs de grands chemins, et ils s'acquitteront de ce métier de manière à se faire une bourse pour quitter le pays, lorsqu'on ira les traquer dans leurs montagnes.

" Le soi disant combattant J . . . s'est emparé révolutionnuirement d'une excellente jument et de deux

chevaux qu'il a confisqués au profit de la république. K. . . et L. . . sont allés sur la propriété d'un loyal, et en ont enlevé tous les animaux. Si le gouvernement laisse exécuter de semblables exactions, le comté du Lac des Deux-Montao-nes deviendra bientôt une nouvelle Calabre, où les brigands établiront leurs bureaux de douane pour détrousser les passants. "

" 1 erDécembre. — "Les nouvelles que nous recevons à chaque instant de cette partie du pays (Lac des Deux-Montagnes) confirment qu il sera bientûtnécessaire de tourner les yeux de ce côté, Un grand nombre de familles ont déserté ce pays d'agitation, pour se mettre à couvert des dé j) rédations qui s'y commettent. "

" 4 Décemi )re. — " Il y a près de trois semaines que X . . . s'échappant aux poursuites faites contre lui pour haute trahison, alla rejoindre les E. . . les Y. . . les T ... et tous les autres misérables qui cherchent à attirer dans le nord une seconde scène de désolation du sud. Cet inqii'udent aventurier était un auxiliaire précieux pour les expéditions dans lesfjuelles il ne s'agissait que de fdire régner la terreur et d'exercer des hriganduges, etc., etc., etc. Ils ont ramené tous les mauvais sujets qui sont dans ces environs en assez grand nombre, et parcourent les différentes paroisses, semant partout la terreur^ etc., etc."

En parlant d'un loyaliste persécuté, le journal rjoute : " Les déprédateurs ont dit au commis de M. S . . . que s'il retournait dans sa maison, il serait fusillé ou pendu ! "

Après avoir narré toutes les atrocités des perse-

cutions exercées contre les loyaux, le journal ajoute, en parlant de M. Paquin :

" Les menaces les plus infâmes ont été faites à ce respectable ecclésiastique. Plus de quarante familles effrayées ont été obligées de quitter leurs domiciles et de se réfugier ici, (c'est-à-dire à Montréal). Cet état de choses est vraiment désastreux ; il serait à désirer qu'on combinât une expédition pour purger le pays de ces garnements de discordes, et avant tout pour se saisir des huit ou dix chefs qui font tous ces excès."

" Le 2 de déceml)re, un citoyen de Saint-Eustache, ■écrivant ce qui se passait d'odieux à Saint-Eustache, termine sa longue correspondance remplie de longs détails, par les suivants : " M. Dumont, (seigneur du lieu), s'était échappé avec sa dame quelques jours auparavant, d'après les menaces qui avaient été faites contre sa vie; il n'avait emporté que ses hardes et une grande partie de ses papiers, en sorte que son superbe mobilier, tous ses grains, chevaux, bestiaux, etc., sont demeurés le partage des brigands, qui en jouissaient et en gaspillaient à leur aise. La maison de M. Dumont était considérée, depuis longtemps, comme pouvant former un châtean-fort, dans une situation favorable pour les rebelles, s'ils s'en emparaient. Elle est construite en pierre, et peut être considérée comme ayant trois étages, par un rez-dechaussée d'environ douze pieds de haut ; sa position domine sur le lac, ainsi que .sur la traverse la plus fréquentée qui se trouve au bas de la cour et du jardin. Il existe un grand nombre d'ouvertures qui dontientsur toutes les faces etdont beaucoup commandent les rues qui communiquent au village ; enfin il y a un magnifique carré qui fait face à l'église, au presbytère, au couvent et au manoir.

"Depuis environ deux ans, M. Dumont s'était occupé à faire rebâtir et embellir cette propriété, qui était l'apanage de ses ancêtres et qu'il se complaisait à regarder comme lui présentant les souvenirs les plus attachants ; il pensait que ce sol ne serait jamais envahi par les Canadiens, qu'il ne serait jamais rendu le théâtre d'une guerre civile par des catholiques, étant situé si près de l'église de cette commune. Mais hélas ! les choses sont bien changées. Ses concitoyens vont s'exposer aux plus grands dangers pour la cause d'un lâche imposteur : ces mêmes Canadiens qui furent établis dans la paroisse par l'argent de M. Dumont au prix de ses travaux et de ses sueurs seront les premiers à contribuer à la ruine des petits-tils de celui que leurs ancêtres regardaient comme leur père ; ces mêmes catholiques vont bientôt souiller le sol de leur église, en le rendant un camp de carnage et de désolation.

" Il serait trop long de donner des détails sur la généralité des déprédations de tous genres, commises par ces bandes de misérables, qui volent et pillent tout à leur aise.

"Les avocats P. . . et V... de Montréal, sont parmi ces brigands, ils se sont laissé pousser la barbe, probablement pour ne pas laisser apercevoir la honte qu'ils doivent avoir de faire un semblable métier, ils sont arrivés en intrus dans les maisons, pour y aider au pillage comme les autres. Les I. . . les J. . . les M. . . les N. . . les R. . . et une infinité d'autres de cette espèce, commandent le désordre et Vinfartiie.

" On oblige tous les habitants à se tenir prêts à combattre, en menaçant de les tuer ou de les hi-ûler, s'il ne marchent point ; on leur dit que c'est pour le roi qu'il faut prendre les armes, et ces infortunés, sans protection, béniront le gouvernement, s'il envoie des forces pour les sauver des griffés des bandits.

" On a enjoint aux différents meuniers de la

famille Dumont, de ne délivrer des grains que sur l'ordre des chefs de la révolte. Tous les jours, la frayeur et la consternation font des progrès de plus en plus rapides.

" Presque toutes les familles loyales de Saint- Eustache ont abandonné leur foyer, pour échapper aux menaces ainsi qu'à la férocité de ces monstres, qui parcourent les côtes à cheval, armés de fusils, de pistolets, de sabres, enlevant les grains qu'ils trouvent et forçant les cultivateïirs à battre pour leur compte. Il doit se trouver maintenant à Montréal, cinquante à soixante personnes de ce comté, qui sont à même de prêter et de livrer des affidavits pour mettre la justice à même d'exercer son cours."

Le journal aurait pu ajouter que ceux qui n'avaient pas les moyens de se réfugier dans la ville ou dans les paroisses voisines, allaient se cacher par nombreux groupes dans les bois où ils périssaient de faim et même de froid, puisqu'ils n'osaient y faire du feu de crainte d'attirer l'attention de leurs persécuteurs. Des déclarations insérées dans mon livre attestent tout cela.

Qu'on lise donc de plus les déclarations qui m'ont été données par les patriotes, par les rebelles, par ceux qui ont fait partie du camp des insurgés, qui ont même combattu à la bataille du 14 de décembre 1837, et l'on se convaincra que tout ce que je viens de citer ou de reproduire n'est qu'une pâle description des excès et des dérèglements de la révolte.

Désire-t-on savoir maintenant ce que les étrangers, nos voisins, disaient des révoltés de 1837 ? Qu'on lise, c'est le Courrier des Etats-Unis qui va parler, dans un article daté du 29 juillet 1837 :

"CANADA

" Le malheur a voulu que les gouverneurs que le Bas-Canada a eus depuis quelques années, manquaient tous d'énergie, et que la métropole a hésité à sévir contre des malfaiteurs qui, encouragés par cette fatale indulgence, ont obtenu par la crainte inspirée par des actes de bandits, une influence désastreuse sur une partie de la population.

" Une fois les scènes scandaleuses, qui se sont passées récemment au Bas-Canada, connues en Angleterre, elle ne tardera pas à prendre des mesures pour punir les perturbateurs de l'ordre public. Il n'y a point au Bas-Canada de parti révolutionnaire, mais bien quelques hommes ambitieux qui, aux dépens du bien-être général, cherchent leur agrandissement personnel. A eux se sont joints tout ce que le Bas-Canada a de mauvais sujets, et quelques personnes de bonnes intentions, mais de peu de cervelle. Ceux qui ne lisent que les journaux croiraient, en voyant les rapports des grandes assemblées tenues par les perturbateurs, sous l'influence de M. Papineau, que réellement il y a au Bas- Canada un parti révolutionnaire ; c'est qu'ils ignorent les moyens infâmes que ces gens emploient. Ces hommes sans foi ni loi prêchent la liberté et emploient tout ce que la tyrannie a inventé de plus infâme pour avoir des auditeurs, et pour forcer les citoyens craintifs à paraître de leur parti."

Que dit M. l'abbé Faquin, dans son ouvrage historique sur les persécutions odieuses exercées par les insurgés de Saint-Eustache contre les loyaux ? Je ne la reproduirai pas, mais le lecteur, qui a mon livre " La rébellion de 1837 à Saint-Eustache " y trouvera cette narration détaillée par l'auteur, et il se dira ensuite si mon oncle a été justifiable de ne

pas se laisser insulter et égorger avec ceux qu'il avait sous sa garde.

Le journal le Canadien, à la fin de l'automne de 1838, publiait ce qui suit :

Page 1