‹ La rébellion de 1837 à Saint-eustacheChapitre 73 sur 102 · QUE FAIRE · texte numérisé non relu

QUE FAIRE

" La Gazette de Québec est à peu près de notre "avis, et doute que l'envoi de troupes dans les " paroisses agitées du district de Montréal (qui com- " prenaient alors Saint-Eustaclie) recommandé par " l'Ami dvL Pewple, soit le moyen le plus sage et le "plus efficace, surtout quant aux volontaires, a " moins qu'on en trouve de même origine que les " habitants de ces localités, auxquels on puisse con- " fier des armes. Ne serait-il pas mieux," continuet-elle, " d'armer les magistrats de pouvoirs suffisants " pour empêcher toute assemblée dont le but ne " sei-ait pas légitime et avoué ? " — C'est bien ; mais où ces magistrats trouveront-ils la force pour " faire " respecter leur autorité en cas de besoin ? "

Pensait-on alors à qualifier ces magistrats du titre d'espions ?

Oh ! si un journal canadien voulait prêter une seule colonne par jour, pour reproduire ce que les journaux constitutionnels de 1837 écrivaient sur les actes de certains hommes du temps, il aurait de la matière pour longtemps. Le journal " Le Canadien " publié en même temps par un patriote modéré et honnête, pourrait lui aussi fournir de la matière et beaucoup, à ceux qui ne sont pas instruits, sur 1837-38-39.

Que dit l'historien M. Paquin, sur le magistrat que la troupe rouge vient de prendre en grippe ?

" Nous ne devons pas oublier ici de parler de M. " Chs L. Dumont, seigneur et juge de paix, ainsi que

" de M. Eugène Globensky, aussi magistrat et juge " de paix de la Rivière du Chêne. Ces deux magis- " trats contribuèrent à rétablir l'ordre et la tran- " quillité, et méritent certainement des éloges pour " tous les services qu'ils ont rendus à leurs compa- " triotes dans cette occasion."

Croyait on à l'utilité et à l'efficacité des magistrats, lorsqu'après 1887, un journal écrivait dans les termes qui suivent ? Oui, lisons :

" Après toutes les commotions politiques, il surgit " une classe d'individus qui ne sont pas moins dan- " gereux que ceux qui renversèrent l'ordre public, " parce qu'ils tendent au même but. Ces hommes, " ordinairement, se composent des conspirateurs qui " ne sont point assez compromis publiquement pour " être mis sous la main de la justice ou pour avoir " été obligés de fuir ; des amis des rebelles, qui " espèrent encore à leur retour ou qui continuent à " être la dupe de leurs illusions ; de ceux qui aspi- " rent à profiter des dépouilles des vaincus, qui sont " bien aises de faire croire à la continuité du danger, " et qui s'imaginent que plus on redoutera le retour " des perturbateurs, plus on les croira eux-mêmes " utiles à la cause publique. Le Bas-Canada n'est "pas exempt de ce fléau, et toute la province, qui " vient si heureusement de se débarrasser du ioucr " des séditieux, est maintenant la proie des alar- " mistes ....

" Il existe dans la province des ex -magistrats, " dissimulant à peine la rage d'avoir été expulsés " d'un corps honorable dans lequel ils ne favorisaient " que trop nos révolutionnaires .... Des exaltés C[ui " voulaient fomenter des mécontentements, exciter " le peuple au désespoir, et continuer les troubles . . . " D'anciens magistrats, exclus de la nouvelle magis-

*' trature et qui paraissent ne plus se mêler de rien, *' ont été vus et entendus, depuis près de six " semaines, dans différentes paroisses, profiter de la " confiance et de la bonhomie de nos braves cultiva- " teurs pour leur inculquer des craintes sur le retour "de ... . et des siens, et pour les engager à ne point "trop se hâter de se prononcer ; des membres du " barreau ont été dans plusieurs lieux publics, chez " quelques ouvriers qu'ils connaissent, pour les pré- " venir avec mystère que les affaires allaient mal " dans le Haut-Canada, que les Américains étaient " bien disposés pour nos rebelles, qu'il n'y avait que " peu de troupes ici, et que l'ennemi, ou plutôt le " grand homme, tomberait incessamment des nues. " Des partisans, amis des doctrines qui OLit déjà occa- " sionné tant de mal, font . , . . "

Les journaux constitutionnels n'ont cessé de signaler l'approche de nouveaux troubles que certains organisateurs et magistrats rebelles aidaient à provoquer, et M. Lusignan aurait voulu que mon oncle se croisât les bras, pour faciliter le retour des horreurs de 1837 !. .

Les 'patriotes de Saint-Eustache, qui ont témoigné dans mon livre, ne louangent-ils pas tous mon parent, et ne s'accordent-ils pas tous à dire qu'ils ont eu tort de ne pas avoir suivi son avis, quand il disait aux révoltés : " de mettre bas les armes, d'adopter des moyens constitutionnels et pacifiques, pour obtenir le redressement des griefs que les chefs signalaient ; que ceux qui les avisaient de recourir aux armes, étaient aveuglés par l'esprit de parti, qu'ils seraient la cause de bien des malheurs ; qu'enfin, les insurgés n'étaient nullement préparés à combattre les autorités militaires, et que, s'ils persistaient dans cette voie, ils seraient les tristes victimes de la rébellion."

Que dit M. Joseph de Bellefeuille, notaire, coseigneur des Mille-Iles, père de M. Edouard de Bellefeuille, avocat de Montréal, dans les lettres qui figurent dans mon livre, à propos de l'attitude prise par mon oncle en 1837 ? Lisez et relisez donc, Messieurs les détracteurs :

" St-Eustache, 21 mars 1877.

" C. A. M. Globensky, Ecr.

" Cher Monsieur,

" Ci-suivent les notes dont je vous ai parlé ce matin.

" Je pense que c'est environ un mois et demi avant le 14 décembre 1837 que M. Eugène Globensky et moi, nous avons adressé la parole aux paroissiens de St Eustache, un dimanche, à l'issue de la messe.

" Vers ce temps-là, le Dr. Chénier, avec d'autres chefs de l'insurrection de 1837, étaient à St. Benoit, ti'availlant ardemment à monter et exciter les esprits contre le gouvernement.

" M. Eugène Globensky et moi nous avions oui dire que ce dimanche matin, W. H. Scott, le seul instigateur marquant de l'insurection restant à St. Eustache, devait aller joindre ses amis politiques à St. Benoit. Alors M. Eugène Globensky et moi, nous crûmes l'occasion favorable pour tenter un dernier effort et tâcher de rétablir le calme à St. Eustache.

" A l'issue de la messe, ce dimanche même, nous adressâmes la parole à la foule sur la galerie du presbytère. Nous essayâmes de la persuader que c'était une grande folie de prendre les armes contre le gouvernement ; qu'en supposant même que tous les griefs que l'on reprochait à celui ci auraient été fondés, nous n'avions aucune organisation militaire

à lui opposer. Nous conseillâmes fortement aux assistants de se tenir tranquilles, de ne pas écouter les suggestions perfides de leurs chefs turbulents qui allaient les plonger dans de grands malheurs, mais de prendre plutôt des moyens fermes et constitutionnels pour obtenir paisiblement le redressement de CCS griefs.

" Sur ces entrefaites, on s'était hâté d'aller informer M. Scott, qui se préparait à partir pour St- Benoit, que nous donnions ces avis, qui n'étaient inspirés que par le désir de rendre service à nos coparoissiens, dans le moment suprême de la lutte sanglante qui allait s'engager. Je me rappelle que nos paroles furent assez bien goûtées ; mais M. Scott, en s'adressant aux misérables passions politiques, détruisit bien vite le bon effet apparent de nos tentatives.

" Veuillez accepter ces notes, quelque imparfaites qu'elles soient, et me croire, avec considération. Votre dévoué serviteur,

J. L. DE Bellefeuille."

Une autre lettre de J. L. Bellefeuille, Ecr :

" St-Eustache, 24 mars 1877.

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