PATRIOTES ET VOLONTAIRES
" M. Globensky nous communique la lettre suivante :
" Mon cher Monsieur Globensky,
" Vous me demandez ce que je pense de la discussion que votre livre a soulevée. Je dois vous avouer que je l'ai peu suivie, principalement à cause de mes occupations, et aussi un peu par principe. Je suis persuadé que ce n'est pas dans la chaleur d'une discussion qu'on peut porter un jugement impartial ; c'est pour cela que j'attends à plus tard, et que je fais recueillir, autant qu'il m'est possible toutes les piècss du procès.
" Quant aux faits historiques qui ont amené cette discussion, je crois que nous n'avons pas encore assez de lumière pour les apprécier exactement dans leur ensemble et dans leurs conséquences. En parcourant les documents officiels du Record' s Offi,ce à Londres, mon opinion sur Haldimand s'est considérablement moditiée, parce que j'avais sous les yeux des pièces authentiques qui explic[uaient ses actes. Il en sera ainsi des événements et des hommes de 1837 : des documents seront mis au jour ici et en Angleterre, qui pourront modifier les idées actuelles. Vous avez rendu un service réel en publiant votre livre si plein de renseignements ; ces renseignements l'historien devra en tenir compte. La discussion soulevée à cette occasion n'a pas été sans utilité, parce qu'elle a amené des réponses et
des solutions qu'il aurait été impossible de donner plus tard.
" Vous trouverez peut-être que je me place à un point de vue bien impersonnel. Hélas ! je le sais, on remplace trop sovent l'amour de la vérité par la passion ; mais les faits bien établis restent et finissent par dominer l'opinion. C'est ce qui arrivera de la polémique soulevée à propos des événements de Saint- Eustache.
" Les patriotes de cette paroisse comme tous ceux qui ont pris part au mouvement général de 1837, soit comme chefs, soit comme subordonnés ont eu le tort de n'avoir pas écouté les conseils de leurs pasteurs. Ça été une faute, d'autant plus regrettable que les pasteurs tenaient le même langage que les amis sincères du pays. De plus je crois que pour juger les personnes qui se posaient en chefs, il faut faire deux parts : celle de l'individu et celle du chef. L'individu peut avoir un très beau caractère, être très brave de sa personne, comme a été le Dr Chénier ; mais il a pu manquer des qualités qui font un chef de parti, ou un capitaine capable de se défendre ou de défendre la place où il attire l'ennemi. On peut se demander si les qualités du premier sont assez grandes pour faire oublier les fautes du second. Que répondre aux familles ruinées, aux veuves et aux orphelins qui viendront l'accuser de les avoir iimtilement plongées dans le malheur ?
" Il y a encore les intentions qui poussent les hommes à agir. On a vu, dans les autres pays, des hommes soulever les masses par ambition personnelle afin de s'élever ou d'augmenter leur fortune ; on en a vu d'autres se jeter aveuglément dans la mêlée par simple patriotisme.
" Nous pouvons au moins dire à la louange de nos compatriotes qu'ils n'ont pas obéi à ces passions
égoïstes, mais* qu'ils cnt été entraînés par leur patriotisme.
" Veuillez me croire,
" Cher monsieur, " Votre dévoué serviteur,
"H. A. B. Verreau.
"Montréal, 29 octobre 1884."
La troisième appréciation qui a été publiée dans la Minerve du 8 novembre 1884, provient de la plume du regretté, feu monsieur Oscar Dunn, en son vivant Officier de l'Instruction Publique, et trop bien connu comme puljliciste et bibliographe, pour que je fasse de la réclame autour de son nom :