‹ La rébellion de 1837 à Saint-eustacheChapitre 86 sur 102 · LES ESPERANCE DU LIBÉRAL · texte numérisé non relu

LES ESPERANCE DU LIBÉRAL

" Les hommes de ce petit journal qui ne rêvent " qu'abaissement pour ce qui est élevé, et élévation. " pour ce qui est abaissé, rapportent un jeu de " lettres qui fut fait au commencement de la révo- " lution française, dans lequel on voit que :

" Le Trône est A B C (abaissé),

" Le Clergé D C D (décédé),

" Et nous autres E L V (élevés)."

Le Canadien, commente comme suit ce fameux jeu de lettres, du Libéral :

" Allons ! places à " nous autres " ; à bas le Trône " et l'Autel, pour élever à leur place VOlympe des " Dieux du Libéral. Il faut avouer que la gent " libérale a des goûts relevés. Le Trône et V Autel, " certes ! ce n'est pas une proie à dédaigner. Ne " soyons donc plus étonnés si ces messieurs se sont " récemment chargés volontairement de veiller aux " intérêts du district de Québec, qui ne se doutait " pas, nous en sommes sûr, de toutes les bonnes " intentions du Comité central et permanent de la " ville et district de Québec, qui en récompense " s'attend à être élevé."

Le Canadien commente plus au long et avec des termes de mépris ce credo politique du fameux Libéral.

Ce même journal, le Canadien, ajoute aussi que, dans une assemblée convoquée au commencement de juin 1837, par M. Papineau, à Ste-Scholastique, on avait affiché sur un drapeau V Aigle Aonéricain, avec l'inscription suivante : " Libre comme l'air."

Après avoir fait connaître les intentions comme les sentiments et le but des chefs de la rébellion de 1837-38, je poserai la question suivante :

N'était-il pas plus permis, en 1837, de se faire volontaire, pour combattre ce torrent révolutionnaire, qu'il n'est permis, aujourd'hui, à des canadiens-français d'aller combattre leurs frères du Nord -Ouest ?

Oui, car en 1837 il n'était question que d'une

réforme gouvernementale dont on se servait, dont on se couvrait impunément pour essayer à américaniser le pays et à provoquer un cataclysme social et religieux.

Si, en 1775 comme en 1812-15, le peuple canadien a repoussé l'annexion, les aspirations républicaines que l'on prêchait alors, il avait encore raison de les repousser en 1837 et en 1838.

Oui, et c'était l'opinion des autorités religieuses et laïques.

Cependant, que voit-on ajourd'hui ?

Une contradiction flagrante. Les mêmes hommes qui ont condamné la prise des armes en 1837, par des volontaires qui voulaient rester canadiens-franfrais et qui voulaient se protéger et protéger la population loyale et paisible contre des persécutions odieuses, approuvent en 1885 la prise d'armes par d'autres volontaires qui, eux, pouvaient s'abstenir, puisqu'ils vont combattre et répandre, malgré eux sans doute, le sang de malheureux ignorants et qui plus est, de malheureux persécutés.

Les rebelles de 1837 et 1838 voulaient, eux, l'annexion, une république yankee : conséquemment, ils voulaient donc la perte de notre langue, de nos institutions nationales et religieuses ; car il y a cinquante ans, les Canadiens-français n'étaient pas assez forts, assez nombreux pour se maintenir ■comme race au milieu de l'immense agglomération du peuple américain dont les principes nationaux et religieux n'étaient pas les nôtres.

Les rebelles du Nord-Ouest, eux, ont-ils à s'accuser des mêmes fautes ? Non ; mais possesseurs légitimes d'un territoire qu'on leur a enlevé, malgré eux, pour les faire entrer, malgré eux, dans la confédération, ils se plaignent et disent qu'ils ont droit à des égards, à des indemnités et à un coin de terre que les autorités gouvernementales leur refusent.

Les journaux s'accordent presque tous à dire que,, ces rebelles ont été maltraités, et même avec malveillance par certains officiers publics.

Les autorités civiles avouent de la même manière que leurs droits ont été négligés, voire-même méconnus.

Monseigneur Taché qui a déjà plaidé leur cause,, qui a apaisé momentanément leurs justes plaintes, ne peut s'empêcher de reprocher cette nouvelle insurrrection aux autorités gouvernementales, qui (jnt oublié ou qui n'ont pas voulu reconnaître les légitimes réclamations que les Métis implorent et revendiquent depuis si longtemps.

Cet éminent prélat qui connaît parfaitement l'immensité du territoire du Nord-Ouest où il a toujours vécu, qui l'a parcouru si souvent dans ses missions pénibles, dangeureuses et évangéliques, qui est eutouré de la vénération comme de la confiance de Riel, des Métis et des Sauvages, qui a étudié les mœurs, les faiblesses, les vertus de ces peuplades nomades et presques primitives, est le seul, dans les circonstances présentes, qui puisse prendre le rôle de modérateur, de pacificateur et qui puisse rapprocher les sentiments extrêmes qui divisent les révoltés et le gouvernement.

Si un peuple opprimé, dépouillé de ses biens, peut et doit se révolter, les insurgés du Nord-Ouest avaient certainement ce droit.

Cependant, des politiciens à la politique élastique, qui ne vivent que d'expédients politiques, qui approuvent la révolution française avec toutes ses horreurs et qui ont approuvé celle de- 1837-38, désapprouvent la rébellion du Nord-Ouest et applaudissent les volontaires qui vont les combattre et qui sont forcés d'aller verser le sang de^ leurs malheureux compatriotes !. . .

C'est à ne pas y croire, spécialement, quand oh'

se dit franc-frère, ami de la liberté, de l'égalité et de la sainte fraternité ! . . .

Si cette révolte a été provoquée par la faute, par les injustices du gouvernement, pourquoi donc se rendre encore plus coupable, en levant des bataillons en son nom et en prenant les armes en son

nom

Ne vaudrait-il pas mieux charger et prier, encore une fois. Monseigneur Taché, de se rendre auprès de Riel ou des chefs, muni de tous les pouvoirs nécessaires, alin de prouver au Métis que le gouvernement a décidé de calmer et de régler définitivement et pour toujours leurs plaintes comme leurs justes réclamations ?

Oui, les difficultés sont assez compliquées, assez tendues, pour que le gouvernement s'empresse de choisir connue chef d'une mission si difficile et si délicate, un diplomate aussi distingué et aussi bien qualifié que Sa Grâce, le savant archevêque de St. Boniface.

Et puisque lors des premiers troubles, le gouvernement a bien pensé de faire revenir de Rome, le savant et patriotique archevêque de St. Boniface, pour pacifier le Nord-Ouest, pourquoi n'y pense-t-il pas encore, lorsque ce haut personnage, ce grand diplomate est sur les lieux ou à proximité des hostilités ?

Oui, lui seul, ce saint dignitaire, est l'homme de la circonstance. Aussi on doit se hâter de le revêtir d'amples pouvoirs, d'une complète indépendanc3, et par sa médiation sage, désintéressée et éclairée, il pourra amener un accord, une solution favorable entre les parties en conflit.

Oui, une telle démarche, une telle politique vaudrait mieux que les balles, que les baïonnettes des volontaires qui vont souiller, pour une cause injuste, et de leur sang et de celui de leurs compatriotes, un

sol où l'on va faire germer dans le cœurdes opprimés, une haine perpétuelle et implacal:)le.

La situation est grave, remplie des plus grands dangers, et qu'on y prenne garde ! . . .

Et la perte des vastes et riches régions du Nord- Ouest où personne n'osera aborder, pour s'y fixer, pour en développer les innnenses ressources, n'estelle pas une autre raison qui doit faire réfléchir, en outre, ceux qui sont actuellement à la tête de nos destinées ?

Montréal, 4 avril 18S5.

Justice." ^nn

Lorsque j'ai publié, dans V Etendard, cette correspondance du mois d'avril, 1885, je désirais la répression de la révolte, par la médiation de Mgr Taché. Et je dois ajouter qu'à cette date je n'étais pas alors aussi bien renseigné que je le suis, aujourd'hui, sur la question Riel ; mais après avoir fait deux voyages au Manitoba et dans le Nord-Ouest, j'en suis revenu moralement convaincu que cette seconde rébellion de Riel était absolument condamnable.

Cette révolte du Nord-Ouest a fait parler bien des journaux. Plusieurs se sont rangés du côté du gouvernement, pour condamner Riel et les deux rébellions folnentées par le chef Métis ; mais pour reproduire tout ce qui a été dit et écrit sur cette question, il faudrait écrire des volumes et je ne puis entreprendre ce travail. Je ne publierai pas même les débats longs et animés qui ont eu lieu dans la Chambre des Communes, en février et mars, 1886 ; date où le gouvernement a été approuvé par une très forte majorité du pai'lement fédéral et spécialement par la majorité de la députation canadiennefrançaise, pour avoir condamné à la peine capitale, le chef de ces deux révoltes dans le Manitoba et le

Nord-Ouest. Je me contenterai de ne citer que quelques extraits éditoriaux publiés contre la prétention dangereuse, erronée et émise par certains écrivains passionnés que les rébellions comme celles du Nord-Ouest sont justifiables.

Avant de procéder à la citation de ces quelques extraits tirés entre mille, je dois dire et répéter que lorsque j'ai publié dans le journal L Etendard vas^, correspondance du mois d'avril 1885, et intitulée " Nos rébellions et nos volontaires," je n'étais pas alors aussi bien renseigné que je le suis aujourd'hui sur la question Riel. Le voyage que j'ai fait dans la province du Manitoba comme dans les territoires du Nord-Ouest, où j'ai séjourné près de deux mois, c'est-à-dire depuis décembre 1885 jusqu'au commencement de février 1886, j'ai pu me convaincre sur les lieux que la très grande majorité de la population comme des hommes haut placés de ce.; régions éloignées, ainsi que son clergé, condamnaient sévèrement Riel et ses révoltes aussi mal organisées (ju'insensées et coupables.

Après cette courte digression, j'arriverai à la reproduction des extraits tirés des journaux touchant la question des rébellions :

Le journal Le Xord écrivait à la date du 24 septembre 1885 :

" Nos lecteurs pourront lire sous le titre " Nos missionnaires et l'insurrection du Nord-Ouest," une lettre excessivement importante du Rév. Père Fourmond qui leur apprendra exactement le rôle de Riel dans les affaires du Nord-Ouest.

" Il est cent mille fois plus sévère que nous avor s été pour le ctief de la révolte et M. L. O. David avait cent mille fois tort de venir en faire un héros, un fou de patriotisme, prêt à tout sacrifier pour son 2Jeiiple et la race française au Nord-Ouest.

" Canadiens-français, catholiques, lisez bien cette nouvelle bttre d'un missionnaire et dite ensuite si Riel est le héros que votre foi et votre sang peuvent acclamer connue a fait M. David.

"La révolution est la même partout: injuste, colère et aveugle ; partout aussi elle est condamnable, aux yeux de Dieu connue' aux j^eux des hommes ; ne pas la dénoncer, c'est l'approuver et s'en faire les complices."

Le même journal disait, le l'2 novembre 1885 :

" Puis tous nos chauvins qui s'imaginent que le patriotisme consiste à réciter de grands discours, à évoquer sans cesse les souvenirs de 37, à défier l'élément anglais et à le soulever contre nous ; à tout confondre dans un pêle-mêle chaotique: les droits de la race, de notre religion, de notre honneur national, avec les règles de la justice et de l'équité les plus élémentaires ; tous ces chauvins qui ne l'egardent pas à la fin, ni aux moyens, se mirent à crier que l'on menaçait notre race, que l'on en voulait à l'élément français et ca/holique

" L'expérience du passé aurait dû nous instruire ; mais, non, la Province de Québec est lancée, par les zélés, les extravag'ants, les exao-érés de toutes sortes <]ans un mouvement où elle pourrait bien sortir meurtrie, affaiblie et peut-être ruinée dans son jîrestige, dans son influence légitime.

" Pour notre part nous fci-ons notre devoir, même contre le gouvernement, s'il y a lieu ; mais nous nous respecterons assez, pour toujours nous tenir éloigné de ceux qui gâtent sans cesse, par leurs

folles exao-érations, les meilleurs causes et seraient heureux de nous ruiner, pour régner sur des runies, car assurément ils sont bien trop impuissants, bien trop incapables, par eux-mêmes, pour régner sur autre chose que des ruines. Des ruines, voilà ce qui peut germer au fond de leur cœur mal placé et de leur cerveau mal équilibré."

Le 26 novembre, 1885, ce même journal ajoutait :

" La révolte du Nord-Ouest c'est la seconde édition de la révolte de 37 si énergiquement blâmée par Mot de Montréal et tout le clero^é."

Le 3 de décembre 1885, le Nord disait :

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