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Position de la question.
Depuis longtemps on a reconnu qu'il faut attribuer une origine égyptienne à un grand nombre des récits qui forment la collection des Mille et une nuits. Après de Sacy et Lane, von Kremer Ta nettement affirmé pour la plupart des contes de la seconde partie de ce recueil ' . Plus récemment encore, Oestrup en a formé le troisième groupe de contes qui, s'ajoutant à un autre, tiré anciennement d'un original persan et à un second, constitué
1 " Die Mehrzahl der kiirzern Erzalilun.î^on, die im zweiten Theil der Tausend und eine Naclit enthalten sind, ist ans ap^j'ptischer Feder. (Aegypten. Forschungen iiher Land xind Volk wàhrend cincs zehnjàhrigen Anfenthalfs. Leipzig. F.-A. Brockhaiis, 1863, in-Bo, tome 2, p. 306.)
plus tard à Bagdad, a complété ainsi la collection des Mille et une nuits *.
Mais il y aurait lieu d'aller plus loin encore et, si nous ne nous trompons, d'affirmer que, dans la partie égyptienne de la collection, nous nous trouvons en présence de deux auteurs différents, dont on pourrait, assez facilement, reconstituer la physionomie littéraire : Tun, original et spirituel, a écrit de petits romans, qu'il a peut-être publiés séparément et sans songer à les insérer dans le recueil des Mille et tine nuits; l'autre, dépourvu de tout talent, a beaucoup composé ou remanié, probablement à l'occasion d'une réédition de ce recueil.
^ Studûr over Tusind og en natafJ. Oestrup. Kjoebenhavn, 1891, in-8o, (8), 154 et (2) p.
Ce savant travail serait aussi connu qu'il le mérite, s'il n'était écrit en danois : son auteur y examine, avec une sage et pénétrante critique, tout ce qu'on a dit avant lui sur la question des origines des Mille et une nuits et arrive à des conclusions qu'on peut, en général, accepter. Inutile de dire qu'il a largement profité des idées do Nôldeke, notamment pour la distinction des groupes. (Voir, par ex., p. 99.)
Le premier auteur égyptien.
Occupons-nous d'abord du premier do ces auteurs.
Nousfondant sur des ressemblances de différent genre, que nous signalerons tantôt, il nous semble qu'il faut attribuer certains contes à un même auteur, d'une personnalité bien tranchée.
Ces contes sont, selon nous, les suivants : *
La première partie d'Abdallah, l'habitant de la mer et Abdallah, l'habitant de la terre. '
Aboukir et Aboussir. (Hammer, 3, p. 68.)
Ali le joaillier. (H., 1, p. 69.)
Alischar. (H., l,p. 1.)
Le Bossu. (Galland, édition Loiseleur, p. 175) '.
La première partie de Delileh. (H., 2, p. 1.)
Djouder. (H., 1, p. 287.)
Ibrahim et Djemileh. (H , 3, p. 117.)
1 Notre é numération se rencontre, en plus d'un point, avec celle d'OESTRUP (p. 151-152); mais elle comprend aussi des contes auxquels M. Ular attribue une autre origine. (Revue blanche, 10» p- 1(^6.)
' Contes inédits des Mille el une nuils^ crtraits de V original arabe par M. .T. DE Hammbr. Traduits en français, par M. G.-S. TrÉBUTIEN. Paris, 1828, 3 volumes in-8". (Le conte d'Abdallah se trouve au volume 3, p. 89 et suiv.).
^ Au moins la forme actuelle de ce conte.
Kamar al zeman et la femme du joaillier. (H., 3, p. 150.)
Marouf . (H., 3, p. 222.)
Mesrour. (H., 2, p. 316.)
Noureddin Ali et Bedreddin Hassan. (Loiseleur, p. 148.)
Noureddin et la belle Persienne. (Loiseleur, p. 331.)
Noureddin et l'esclave Miriam, la faiseuse de ceintures. (H., 2, p. 349.)
Le pêcheur calife et le calife pêcheur. (H., 2, p. 285.)
Ces différents contes présentent d'étonnantes ressemblances, qui ne peuvent manquer de frapper un lecteur attentif.
Il faut tout d'abord remarquer que la langue est bien caractéristique; plusieurs mots, notamment, ne se trouvent que là, mais s'y retrouvent souvent. Aussi Lane avait-il déjà signalé cette similitude des contes au point de vue du style *.
Mais, plus encore que la langue, ce qui distingue notre auteur, ce sont ses qualités personnelles : son talent littéraire et son originalité.
Dans ses récits, en général assez courts, comme l'a déjà fait remarquer von Kremer, on reconnaît partout l'homme d'esprit et le littérateur qui sait raconter, préparer son dénoûment et, surtout, donner aux parties du récit la mesure voulue : cette qualité doit frapper quand on voit que, dans plus d'un conte, tel que nous le donne le texte de Boûlâq, la narration est gauche et la fin, où lès incidents s'accumulent, hors de proportion avec les
' " Most of the best stories exhibit a similarity in style which is the more remarkable considering the sarprising versatility that is displayed by many Arab story-tellers. „ The thovsand and one Nights, London. Edition de 1865, 3, 679, note 23.
débuts, où le moindre fait; mêmeçsans intérêt, est exposé en détail et de manière à lasser le lecteur *.
Outre cela, le romancier égyptien est un esprit original et ne doit qu'à lui-même ses sujets : son originalité provient de ce qu'il tire les développements de ses récits de l'étude attentive de sa matière.
Aussi nerencontre-t-on pas chez lui cette accumulation d'éléments empruntés aux contes populaires et qui constituent le fond des récits fabuleux des Mille et une ntiits ou de toute la littérature de ce genre.
Le merveilleux, notamment, n'abonde pas dans ses nouvelles et, s'il y paraît, ce n'est que d'une manière acceptable : c'est là un trait bien caractéristique et il est étonnant qu'on l'ait si peu remarqué jusqu'à présent.
Ce n'est pas le merveilleux, c'est la réalité qui fournit la trame et les développements des récits. Ainsi, dans presque tous les contes en question, on rencontre une foule de personnages accessoires, caractérisés d'un trait : on nous les présente en action et parlant ; non qu'ils fassent de longs discours, mais chacun dit son mot comme il doit le dire d'après la situation.
Ainsi encore, les personnages n'étant pas des êtres quelconques, victimes seulement ou favoris de puissances supérieures et sans action sur leur propre destinée, mais des individualités réelles, l'auteur sait qu'ils doivent vivre et que, s'ils doivent vivre, il leur faut gagner leur vie. De là le soin avec lequel on nous parle des métiers : comment un tel réussit une opération de commerce (le bossu, 181 et suiv.), comment tel autre, Aboukir, établit
* Notices et extraits des manuscriiSy 28, 1, 172.— Cfr. Pacolet et les Mille et une nuits dans Wallonia^ 6, 12-13.
une temtarerie oo. comme Aboussir, on bain publie: comment tel pêcheur exerce sa profession '[Djonder ^
Et ce goât pour des détails d^économie politique est d^aniant plus fi^ppant qne les auteurs de contes £uitastiques n^ont guère lliabitude ni même l'occasion de s*en occuper. Car ce n'est peut-être pas sans raison que Fagnet a dit, pariant en général, que '^ les J/iZfe et une nuits sont le rêve d*un peuple paresseux qui aimerait trouver des mines de diamant en se promenant „ *.
Mais si les acteurs sont des êtres en chair et en os comme nous, il fiiut aussi qu'ils vivent dans un lieu; et de là ces indications précises de places, de rues, de monuments. (Noureddin Ali. — Le bossu).
Sevenant sur une remarque faite plus haut, nous ajouterons que l'auteur tirant ses sujets de son propre fond, et non delà masse des contes ayant cours autour de lui, il n'est pas étonnant qu'il se soit fait plus d'une fois des emprunts à lui-même. Il n'a pas dédaigné de broder deux fois le même canevas : Marouf et Ali le joaillier. Mais, d'ordinaire, il ne va pas si loin et se contente d'employer des éléments, des épisodes qu'il a déjà eu l'occasion d'utiliser : pour n'en donner qu'un exemple, rappelons qu'il aime à mettre en scène des hommes bons et vertueux que persécute un méchant et qui n'ont pour lui; cependant, que le pardon; tel Djouder; tel, encore, Aboussir.
D'ailleurs ici encore l'auteur se montre artiste et il sent que s'il peut rééditer des épisodes, il fera bien de les modifier un peu : quand le courtier vend Miriam, la jeune fille montre tout son esprit dans ses réparties, mais
* Revue jwlitique et littéraire, 1898, 1, 641-642.
de façon à blesser; le courtier qui cède une autre jeune fille spirituelle, au contraire, sa loue de son esprit et de ses réponses (Alischar).
De tout quoi il semble bien résulter que nos contes ont une jgrande valeur littéraire. Mais ce n'est qu'assez tard qu'on s'en est aperçu et, avant Lane *, Bâcher -, Nôldeke ', l'auteur anonyme d'un article de VEdinburgh Revietv *, et Oestrup ', on ne s'était guère avisé de les louer. Probablement parce que la plupart de ces contes n'ont été connus d'abord que par la traduction de Hammer; or Hammer, on le sait, manquait tout à fait de goût et, toujours trivial dans ses expressions, n'avait pas assez de délicatesse pour faire valoir les finesses d'un texte ®.
Comme on le voit, en examinant les contes du romancier égyptien, on peut, sans trop de peine, découvrir les qualités qui lui sont propres; mais il serait plus difficile d'y trouver quelques détails sur sa personne, sur le temps où il a vécu, etc.
< Lane, 3, p.. 679.
* Zeitschrift der deutschen morgenlàndischèn Geselîschaft, 34, p. 610.
' Même revue, 42, p. 69.
* Edinburgh Revietv, 164, p. 197-199.
» Oestrup, p. 107.
^ La valeur littéraire de certaines œuvres de Hammer a été fort discutée; voir les auteurs cités dans la biographie autrichienne de WURZBACH, s. vo, p. 285 et DOZY, Glossaire des mots espagnols et portugais dérivés de Varabe, 5.
Goethe, pour son Westostlicher Divan, a montré qu'il avait plus de confiance dans Kosegarten que dans Hammer. Voir Kiirschner, Deutsche National- Litteratur, 85; GOETHES Werke, 4, p. XIII et 362; cfr. p. ai7 et suiv.
Qu'il soit égyptien, c'est ce qu'assez de savants ont reconnu pour qu'il semble utile d'insister encore; si l'on en voulait cependant une preuve nouvelle, rappelons que le conte de Qamar al zeman se termine par un éloge des femmes de l'Egypte : ce trait, à lui seul, pourrait suffire.
A-t-il publié une édition des Mille et une nuits en y insérant les nouvelles de sa composition ou s'est-il borné à écrire ces nouvelles? On ne le saura peut-être que quand on aura examiné do plus près encore les collections de manuscrits que recèle l'Orient.
Enfin, quand a-t-il vécu? Il ne faudra songer à l'établir d'une façon précise que quand on possédera son texte primitif : on pourra en tirer des arguments valables, sans courir, comme maintenant, le risque de s'attacher à quelque détail qui pourrait fort bien n'être qu'une addition d'un éditeur postérieur. Tout ce que l'on peut, semble-t-il, affirmer avec certitude, c'est qu'il est antérieur à l'autre auteur égyptien, dont nous allons parler : ce dernier, en effet, a remanié deux contes au moins de l'autre, Abdallah, Thabitant de la mer et Dolileh.
Le second auteur égyptien. — N'est-ce pas un juif
converti à l'islamisme?
A côté des contes dûs à l'auteur dont nous venons de nous occuper, il en est beaucoup d'autres dont l'origine égyptienne ne semble pas contestable, mais dont le caractère est absolument différent : la valeur littéraire, notamment, en est tout à fait inférieure.
Donc, il doit y avoir eu un second auteur égyptien.
Or, les romans de ce dernier présentent un contraste assez frappant; ils sont d'une orthodoxie musulmane inattaquable * et, en même temps, présentent de nom? breuses traces d'influences juives.
Pour expliquer ce phénomène, il suffirait peut-être d'admettre que l'auteur est un juif converti à l'islamisme ; car si un juif, imbu des idées et des contes de son peuple, a changé de religion et qu'il ait songé à faire un nouveau recueil des Mille et une miiis, rien d'étoimant à ce qu'il ait utilisé des récits qui avaient charmé son enfance.
Ce qui semble confirmer cette hypothèse, c'est qu'il y a, soit dans les anecdotes insérées dans les Mille et une nuits, soit dans les grands romans qui y figurent, de nombreuses histoires de conversions. Le fait s'explique tout naturellement si l'éditeur est lui-même un converti.
i Cfr. Okstbup, pp. 85-86.
Quand, et même pour des raisons qm Ini paraissent absolmnent invincibleSy nn homme passe d'one religion à une antre, le seal fait de sa conversion ne pent le modifier de fimd en comble et, pins d'nne fois, il retombera sons rinflnence des idées qni, dès son enfance, Ini ont été incolqnées, devenant ainsi partie intégrante de sa vie morale. Fonrra-t-il n'avoir jamais de dontes on de scmpnles dans ces retours, snrtont si les parents, les amis qu'il a abandonnés Ini font quelque reproche ? Et alors, pour s'affermir dans sa foi nouvelle et se justifier à ses propres yeux, ne sera-t-il pas heureux de pouvoir énumérer nn grand nombre de personnes qui ont fait comme lui ?
Mais, à côté des grands récits, on n'ignore pas que les Mille et une nuits renferment plusieurs collections d'anecdotes. L'une de ces collections, qui se compose de dix-huit contes, est évidemment d'origine juive, comme on le verra plus loin. Et ce ùàt n'a pas manqué de firapper des savants israélites. Déjà en 1873, Perles a publié dans le Monatsschrift fur Oeschichte und Wissenschaft des Judenthums un travail très érudit, où il donne sur ces contes des détails fort intéressants, sans toutefois rien en conclure pour la composition des Mille et une 7iuits *.
n est assez - naturel de penser que c'est notre juif converti qui a inséré cette collection dans le grand recueil.
Et s'il l'a fait, il semble permis de conjecturer en outre
* Babbinische Âgada's in 1001 Nacht. Ein Beitrag zur Gesckichte der Wanderung onenialiscl^er Màrchen, Von Dr J. Perlks. Dans Monatsschrift, 22, p. 1431, 61-85 et 116-126. Cfr. aussi rarticlc de Bacheb, ibidem, p. 332-336.
que c'est à lui aussi qu'est due l'insertion, dans les Mille et une miits, de toutes les collections d'anecdotes dont nous venons de parler.
Cela semble probable, par ex., pour un recueil d'anecdotes relatives surtout à la générosité et à l'amour. (Hammer, 3, 344 et suiv.).
Ce qui peut le faire croire, c'est que ce recueil contient une anecdote sur une conversion (n" 39, Hammer, 3, 387-392), de même que la collection juive en contient deux également (n"' 13 et 14, Hammer, 3, 44ret 445).
Quant aux autres collections, elles mériteraient d'être étudiées aussi de près; nous nous permettons de renvoyer à notre prochain volume de la Bibliographie arabe, où l'on trouvera des détails sur ces contes et leur diffusion dans la littérature arabe.
Œuvres du second auteur égyptien.
Pour prouver, que l'inventeur de certains contes est vraisemblablement un juif converti, il faut rechercher les traces d'idées juives qui. s'y trouvent. En examinant d'abord l'histoire la plus remarquable à ce point de vue, nous tâcherons, en même temps, de découvrir quels sont les traits caractéristiques de l'auteur et, grâce à ces traits, nous pourrons reconnaître quelles sont ses autres œuvres.
Pour cette double étude , l'histoire de Djamasp et la reine des serpents, qui comprend ainsi celle de Djanchah et de Beloukia, nous semble être tout indiquée *.
Elle contient, en effet, tant de souvenirs juifs qu'on ne peut guère, semble-t-il, douter de la nationalité de l'auteur.
Et d'abord les noms mêmes : Beloukia, roi Israélite du Caire; Berakhia * et Daniel, philosophe grec, il est vrai, mais philosophe dont les idées et les actions sont juives ' et qui n'a pu être imaginé que par un juif peu au courant de l'histoire grecque.
* HaHMEB, 1, 142 et suiv.
Remarquons, en passant, que Thistoire de Djanchah est une imitation de celle de Hassan de Basra, et non Tinverse, comme le pense COSQUIN, Contes populaires de Lorraine^ 2, p. 17.
Il faut remarquer aussi les mentions de Salomon \ d'Adam *, de Jérusalem '*, du nombre sept (sept mers) * : cet ensemble ne permet guère do penser à un auteur musulman, qui aurait bien pu utiliser Pun ou l'autre de ces détails, à lui connu par la tradition musulmane, mais qui n'aurait vraisemblablement pas eu le goût de les accumuler de la sorte.
Ce qui est aussi très caractéristique, c'est, d'une part, que le conteur utilise la tradition du fleuve sabbatique ^, auprès duquel il place une ville juive, sans peut-être se rendre clairement compte qu'il emprunte cette ville à la tradition des tribus perdues.
C'est, d'autre part, qu'il explique sur quelles bases repose la terre ^. Chose digne de remarque, ce passage semble bien avoir été emprunté à "Wabb ibn Mounabbih, dont le texte est, presque en tout, conforme à celui des Mille et une nuits ^; or, "Wahb, que nous aurons à citer maintes fois et auquel nous consacrons un appendice, est juif de race et fils d'un juif converti au mahométisme*
Notons encore, pour utiliser plus tard cette remarque, que l'histoire contient une guerre de génies ** et, surtout, qu'elle nous parle d'un individu réduit en cendres ^.
i p. 163, 161 et 192.
« p. 168 et 178.
* p. 154 et 163.
7 Voir ce texte dans DAMîri, édition de 1305, 1, p. 165, 12 et suiv.
C'est là une autre forme de l'histoire, revenant si souvent *, d'un mauvais génie qui, emportant un homme dans les airS; est frappé d'un dard enflammé décoché par un ange; parce que l'homme, entendant chanter les anges au ciel, profère le nom de Dieu, malgré la défense qu'on lui en avait faite. Les flèches de feu lancées par les anges sont mentionnées, il est vrai, dans le Coran '; mais c'est, croyons-nous, un emprunt du Coran aux juifs; de plus, la défense de prononcer le nom de Dieu et l'effet que produit cette invocation est un trait tout à fait juif. La preuve, c'est, par exemple, l'histoire de la visite faite par cet Arabe aux génies Hâroûte et Mâroûte, renfermés dans un puits de Babel; effrayé à la vue de leur taille gigantesque (autre idée juive), il invoque Dieu et, aussitôt, les génies se livrent à d'épouvantables contorsions. Or, dans cette histoire, c'est un juif qui sert de guide à l'Arabe dans sa visite '\
Maintenant que nous voilà en possession d'un conte nettement juif, semble-t-il, voyons quels sont les caractères qui distinguent l'écrivain.
Ecoutons d'abord Hammer *.
" Cette histoire, dit-il, quoique la conception en soit des plus extravagantes, est loin cependant d'être sans intérêt, puisqu'elle offre un curieux mélange de fictions indiennes, arabes et persanes, et prouve que les Musulmans ont tiré de l'Inde et de la Perse le sujet de quelques-unes de leurs légendes. Je serais assez porté
* P. ex., Lane, 3, p. 107.
* Sourate 15, verset 18 et 37, verset 6 et suiv. » QàZWîNl, Merveilles, édit. de 1305, 1, p. 275. M, p. 142.
à croire que ce conte, ainsi que l'histoire d'Adgib et de Gharib qu'on verra plus loin, est Touvrage de quelque écrivain satirique dont l'intention a été de tourner en ridicule le zèle outré de certains sectateurs de Fislamisme. Au reste, je dirai comme Montaigne : " Ce sont ici mes humeurs et opinions; je les donne pour ce qui est en ma créance, non pour ce qui est à croire „.
Plus loin, à propos du conte d' Adgib et de Gharib, que, selon nous, il rapproche avec raison de celui de Djamasp, il s'exprime comme suit * :
" Ce conte, dont une ancienne histoire persane paraît avoir été la source, est devenu sous la plume du traducteur ou compilateur, une satire contre la croyance aux génies consacrée par le Koran, et une ironie perpétuelle du compelle mtrare de l'islamisme. 11 faut parler le langage des imans (sic) et des docteurs de la religion, pour se mettre à l'abri de leur haine, aussi implacable que dangereuse. Nous ne connaissons aucun ouvrage où les Musulmans qui ne se sont point laissés aveugler par les préjugés aient osé attaquer ouvertement l'aspostolat; et cette production d'un philosophe arabe, qui prend le masque d'un conteur d'histoires pour combattre impunément le fanatisme de la religion, devient même sous ce seul rapport extrêmement curieuse. Au reste, le traducteur arabe a imité en quelques endroits, mais avec assez peu de bonheur, le célèbre roman d'Antar ., *.
En signalant les absurdes histoires de génies et de conversions dont ces histoires abondent, Hammer a fait une observation utile; toutefois il a tort, entre autres
* Cfr., sur ce po'nt, Oestbup, p. 54-55.
choses, d'y voir une satire, qui, dans son genre, serait, de son aveu même, unique dans la littérature arabe '.
Mais où il a pleinement raison, c'est quand il fait remarquer l'extravagance de ces histoires : évidemment, l'auteur n'a pas le sens commun et c'est là le premier caractère qu'il convient de retenir.
Un autre, non moins frappant, c'est la stérilité de son imagination.
Cette assertion pourrait, à première vue, par^tre étoimante quand on considère la dépense d'aventures et de merveilles qu'il fait dans ses contes. Mais si l'on veut bien y regarder de plus près, on nous donnera, pensons-nous, raison.
Celui-là seul, en effet, mérite qu'on loue son imagination qui, étudiant à fond ses sujets et ses personnages, finit par se les représenter avec vivacité et trouve ainsi des développements naturels, des traits de profonde observation, qui font tout vivre à nos yeux.
Tel est le premier auteur égyptien. Mais celui qui n'a pas reçu du ciel ce don précieux, doit aller chercher au dehors ce qu'il ne parvient pas à voir dans les choses mêmes et remplace, par quelques procédés mécaniques, les méthodes de véritable observation.
Dans ce cas se retrouve notre juif égyptien et ses procédés, ses recettes sont assez monotones.
Tout d'abord, il grossit tout et, notamment, les chiffres. Et, en cela, il manque le but. De même que le froid ou la chaleur poussés à l'excès tuent le corps, de même des nombres trop considérables tuent notre esprit, qui pourrait peut-être encore les concevoir, mais
A. Oestbup, p. 62.
qui ne saurait les imaginer : un oiseau gros comme une maison peut nous faire une impression de terreur et d'horreur, car nous le mesurons ; un oiseau dont la patte est si longue qu'elle ne plonge pas toute entière dans une eau dont une hache jetée depuis sept ans n'a pas encore atteint le fond, ne nous dit absolument rien. Et, pour le rappeler en passant, cette habitude du grossissement incommensurable est propre aux écrits rabbiniques.
Ensuite, ne sachant rien tirer de son imagination, il reproduit sans cesse les mêmes épisodes, soit dans un même récit (Djouder, nouvelle rédaction) soit dans des récits différents : souterrains et escaliers, esprits enchaînés sur des colonnes, batailles de génies *, conversions, ennemis endormis par le bendj et tombant ainsi au pouvoir de leurs adversaires, esprits réduits en cendres, villes mystérieuses, comme, p. ex., la ville d'airain, etc , voilà les éléments qui reviennent à satiété. *
* Il ne faut pas perdre de vue que ce qui choque surtout les arabes de sens rassis dans les contes merveilleux, ce sont les
histoires extravagantes do génies. (( H^! /^) dit Freytag dans son dictionnaire, s. v**, nomen viri quem dœmones fascinasse ferunt : narravit is, quum in ter illos aliquod temporis spatium peregisset, quœ viderai; quum antem ejits verbis fidem non fa-
cerentj dein omnem lepidam falsamque narraiionem H^'/^ vji^.vA^ appellarunt, »
Ce n'est pas non plus sans discussion que les Arabes acceptent tous les détails des histoires de génies foudroyés. Voir, p. ex., Tazyine al aswâq, édition de 1279, 366.
Rappelons aussi que les génies, dans les Mille et une nuits, portent souvent des noms. N'est-ce pas Wahb ibn Mounabbih qui, le premier, les a baptisés ? (Voir QazwîNI, 2^ 159.)
• Cfr. OESTRUP, p. 85.
De lâ aoi^î Tabos àa merreilleax. i tel point qa on cmmdt presque avoir affiûre à ces histoireâ hindoustanies, où régne la pare extravagance.
En possession maintenant d*im critère, noos pouvons essayer de découvrir quels sont les contes des Jfifle et une nuits qu'on doit au juif égyptien.
A Djamasp. dont il a été question tantôt, il faut joindre tout d'abord le conte d'Adgib et Gharib comme, d'ailleurs, on Ta vu, Hammer l'a fait avant nous. *
Sur une donnée très simple, la lutte de deux frères, fils de roi, notre auteur échaffaude un roman absurde, plein de nombres écrasants, avec des répétitions sans fin et un merveilleux inepte ; ce qui étonne, c'est qu'il trouve moyen de s'arrêter et de conclure.
A ces traits généraux, ajoutons quelques particularités, qui renforceront la démonstration. Ici, outre des conversions multiples et des guerres de génies, nous rencontrons les noms significatifs de Japhet et d'Amalécites; et des faits, qui ne le sont pas moins : ainsi que dans la Bible, des ennemis, efirayés par des cris, s'entretuent et cet épisode revient plusieurs fois; des gens emportés par des génies entendent dans les cieux le chant des anges et voient des flèches de feu réduire en cendres de méchants esprits.
Plus curieux est le cas du conte de Delileh.
Delileh est la veuve du directeur de la poste aux colombes de Haroûne al rachîde, que la mort de son
* Siqna, p 19.
Le conte d'Adgib figure dans la traduction de HamMër, au tome 1, p. 318 et suiv. ; mais Lane ne l'a pas donné, parce qu'il partage l'avis défavorable de Hammer sur sa valeur. (3, 21y, note 17).
mari a laissée sans ressources. Voulant à son tour obtenir Temploi qu'avait son mari, elle fait, pour se recommander à l'attention du calife, différents tours qui finissent par lui mériter sa faveur et lui font atteindre son but. *
Il y a là un sujet parfaitement délimité et traité avec esprit. La manière heureuse dont Fhistoire est contée, le grand nombre de personnages mis en scène , la vivacité des dialogues et, enfin, certaines expressions arabes caractéristiques nous font reconnaître sans effort l'auteur égyptien dont nous avons parlé en premier lieu.
Mais à peine l'histoire est-elle finie que la fille de Delileh et d'autres personnages entrent en scène : nouvelles ruses, mais qui se ressemblent toutes plus ou moins et grossières sorcelleries. A un moment donné, cependant, le conte s'arrête, bien qu'il eût pu continuer sur le même ton. A ces traits, nous pouvons reconnaître notre juif, qui, à une histoire qu'il a trouvée toute faite, a ajouté un complément de sa façon. *
Il nous semble que c'est de même que notre auteur juif a ajouté l'histoire d'un voyage sous-marin avec toutes ses merveilles à l'histoire d'Abdallah l'habitant de la terre, dont l'auteur est le premier égyptien. '
Pour d'autres contes encore l'auteur juif n'a pas travaillé non plus d'une façon tout-à-fait indépendante :
* Hammbr, 2, p. 1-32.
* La nouvelle histoire commence, dans Hammeb, à la p. 32. Elle a reçu, depuis, de nouveaux développements. Voir
Zeitsckrift der deutscken morgenidndischen Gesellschafty 42, p. 70 et suiv.
' Hammeb, 3, 89 et suiv.— Lane, 3, 565.— Hammer ne donne pas cette fin.
il en est ainsi, notamment, de l'histoire de Djouder et de celle de Hassan de Basra, dont on rencontre^ dans les recueils, une double version.
Pour Djouder, Tune de ces versions, la plus simple des deux, se trouve dans la collection du Caire ', l'autre, dans la traduction allemande de Weil *, d'après un manuscrit de Gotha.
La première, assez peu compliquée, ne manque pas de charme et comme elle met en scène un bon jouvenceau victime de ses méchants frères, elle fait tout naturellement penser au premier égyptien.
L'autre version, beaucoup plus longue, et très différente, d'ailleurs, de la précédente est un modèle d'invention aussi extravagante que stérile : les mêmes éléments reviennent à l'infini. Une simple lecture suffit pour constater ces fastidieuses répétitions ; notons seulement une double réminiscence de la ville d'airain, le nombre sept, le grand rôle des génies, des conversions, un sabre qui réduit en cendres, etc.
A toutes ces marques, il nous semble reconnaître notre auteur qui, d'ailleurs, ne s'est pas borné à remanier une seule fois un sujet déjà traité. Ce qu'il a fait pour Djouder, il l'a fait aussi, répétons-le, pour Hassan de Basra.
Dans Scott ^ et ceux qui l'ont suivi, se trouve sous le titre de Mazin ou d'Azem, un conte dont l'édition du Caire * donne une forme beaucoup plus développée, sous le nom de Hassan de Basra.
1 Hammer, 1, p. 287-318.
'^ Weil, édit. de 1889, 4, p. 253-312.
* Hammer, 2, p. 182-285.
La première histoire — Mazin — est fort agréable à lire et n'est pas mal contée : le merveilleux qui y figure ne semble pas dépasser la mesure.
Il en est tout autrement de la nouvelle version, où, encore une fois, une imagination désordonnée se donne pleine carrière. Aussi nous paraît-il qu'il faut l'attribuer à l'auteur juif, d'autant plus que, dans les traits accessoires, nous retrouvons beaucoup d'anciennes connaissances : le nombre sept, des guerres de génies, un individu qui entend chanter les anges, etc.
Comme nous l'avons dit plus haut, ce sujet semble avoir tant plu à notre auteur qu'il l'a de nouveau traité dansDjanchah *.
D'une autre façon encore, le second égyptien se rattachait aux histoires antérieures. Si l'on compare celle d'Abdallah et ses frères * avec celle de Zobéide ' ou celle d'Aly-Chah le faux calife * avec celle d'Aminé ^, on constatera que ces récits sont à peu près identiques, sauf que le rôle de Zobéide est rempli par Abdallah et celui d'Aminé par Aly-Chah; que donc, chaque fois, un homme est mis à la place d'une femme. Et l'on pourrait être tenté de croire que c'est en transposant ces histoires que notre auteur a essayé de se faire la main quand il a voulu, à son tour, composer des contes merveilleux.
Mais si notre juif aimait à s'appuyer sur des livres connus, il lui arrivait aussi de composer de toutes
* Supray p. 16.
* Hammbr, 3, p. 187.
3 LOISELEUE, p. 97.
* Gauttibb, 2, p. 371.
5 LOISELEUR, p. 104.
— 2ff —
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Comme le conte sabstimé iL'esn po^ tnrop Lon^ ec qull caractérise assez bien sa manière et ses procédés «Tinvention. nous en donnons id tm coart; résumé.
SindbâdCr donc, dans on septième et dernier Tojagie. est tout d'abord victime d'un canârage. pendant lequel il Toit des poissons monstmenx. tels qa*on les roi contre. non dans la mer, mais dans les cervelles rabbînîqneaL
6hâce à nne planche i laquelle il se cramponne, Stndbâde est jeté stir le rivage d'one île. oà il ne tarde pas à apercevoir nn flenve qui se déverse dans une montagne. Sans se rappeler que pareille aventore Ini est déjà arrivée dans son sixième voyage, il constroit. avec les bois qu'il trouve autour de lui. une embarcation qui le mène dans un pays hospitalier. Un vieillard Faccueille avec bienveillance et lui donne une somme considérable pour le bois de sandal dont son embarcation était formée et dont, quoique commerçant et navigateur, il ignorait la valeur. Enrichi, il époase la fille du vieiUard et, à la mort de son beau-père, recueille tous ses biens et lui succède dans ses dignités.
Mais, dans ce pays, tous les hommes s'envolent nne fois par mois, laissant leurs femmes et leurs enfants. Hindbâde, poussé par la curiosité, demande à l'un d'eux do l'emmener. Il est emporté si haut qu'il entend les
anges louer le Seigneur et qu'il veut joindre sa voix à la leur : à l'instant, un éclair manque de les tuer; aussi Pami complaisant, irrité, dépose son malencontreux ami sur une montagne.
Se mettant à errer, Sindbâde rencontre deux hommes qui s'appuient sur des bâtons d'or et qui lui en donnent un — sans raison. Plus loin, il voit un serpent qui a englouti un homme jusqu'à mi-corps. L'infortuné crie que Dieu gardera de tout mal celui qui le délivrera. Avec son bâton d'or, Sindbâde frappe lé monstre et le force à dégorger sa victime; guidé par l'homme qu'il vient de sauver, il retrouve ses concitoyens; celui qui l'avait transporté agrée ses excuses et consent à le rapporter chez lui, à condition qu'il ne prononce plus le nom de Dieu.
A son retour, sa femme lui apprend que les habitants sont de malfaisants génies, mais qu'elle et son père n'appartiennent pas à leur race. Elle n'a pas de peine à le décider à quitter le pays et à l'emmener à Bagdad.
Si les chants des anges, le feu vengeur du ciel, les personnages fantastiques inutiles, les génies pouvaient laisser du doute sur l'identité de l'auteur, le trait final suffirait à le déceler : quand Sindbâde revient, les siens ont peine à le reconnaître, parce qu'il a été, cette fois-ci, absent pendant vingt-sept années. Il fallait donc absolument achever le conte par un chiffre absurde et exagéré.
C'est peut-être mis en goût de voyages merveilleux par la composition d'une aventure de Sindbâde et la réédition — non sans modification— des autres que notre auteur s'est décidé à trriter de nouveau l'histoire des courses étonnantes de Saïf al mouloûk et de son ami ^
* HAMMBB, 2, 120 et suiv.
On peut le penser, si Ton veut bien remarquer le rôle considérable que, dans cette nouvelle forme, on donne à Salomon et si Ton y relève le nombre sept, des conversions, la mention du château de Japhet, celle de grands raisins, à la Josué, d'autres détails encore ; n'en notons qu'un seul, qui est important : les emprunts considérables à Sindbâde.
Nous serons au bout de l'énumération des récits qu'on peut attribuer au juif converti, si nous émettons encore la conjecture que c'est à lui peut-être qu'on doit attribuer le conte intitulé : La mosquée de Théïloim, histoire (V Hassan Abdallah ou les dés de la destinée ' et l'histoire à^Alaeddin Aboulschamat *.
Il nous semble que la première des deux rappelle assez bien la tournure d'imagination de notre auteur : mais ce n'est là qu'une simple supposition, qui aurait besoin d'être vérifiée de plus près.
La conjecture gagnerait en probabilité si on démontrait que l'histoire d'Haroûne al rachîde avec Touhfat al
Qouloûbe ' est due aussi à notre auteur, comme l'intervention exagérée des génies dans ce conte pourrait le faire croire. Car, visiblement, le conte de Theïloun a pour but d'expliquer les richesses de Toûloûne, comme
l'autre veut rendre raison des immenses richesses de Haroûne et des Barmécides ^.
Quant à l'histoire d' Alaeddin Aboulschamat, elle paraît
* Les mille et un jours, édition SAINTE Cboix PAJOT,p. 181 et suiv,
« Caussin de Peboeval, 9., 171 et suiv.
3 HabioHT. Tausendund Eine Nacht, 1840, 14, 204 et suiv.
* HABICHT, p. 255.
être une imitation de Miriam la faiseuse de ceintures, combinée avec des aventures de police inspirées de Delileh. Et c'est peut-être l'histoire de la conversion de Miriam qui a décidé le choix de l'imitateur.
Si Zédie ftskZ la liate iea ouTn^ei:} ie notre aiLi»ar. on n« peut manqiaer d'êtirç frappé de ce âûiL qœ. ïil a cotnp j«ié loi-même qnelqnes rimant La reine des ser* penti). Adjib. Tkeilonii. Haro âne . il a 5ar:ioati remanié di» conte?i antéheora : soit en les transp-ocsinc /^^^^^tTAJi et 9^<f frères : Alv-Chah . soit en les racontant à noaveaa I/jori der : Hagsan de Basra : Saîf al moolodk* , soie enfin, en y introdai.^ant des additions 2^ partie de Delileli : 2* partie d'Abdallah, lliabitant de la terre : les Tovages de Sindbâde.)
Or, cette espèce d'activité littéraire ressemble bien pin» à celle d'nn éditeur qni^ tont en pnbHant nn ancien ouvrage, se permet de le compléter et de raméliorer^qn^à celle d^an antenr écrivant librement d'après sa senle inspiration. Et de là on pourrait bien conclure que notore ant^^'ur juif est l'éditeur delà récension égyptienne des Mille et une nuits.
Ce qui appuie cette conjecture, c'est ce fait que notre juif CHt probablement aussi l'éditeur d'une récension du romnn d'*Antar, à laquelle il a ajouté un long préambule tiré do Wahb ibn Mounabbih,comme on le verra plus loin*.
(J« rjui la confirme encore, c'est l'insertion, dans le njcuoil, do contes juifs dont nous allons reparler.
* Voir le D* appendice.
Les recueils d*anecdotes.*- Le livre des Choses d'Israël de ^Wahb ibn Mounabbih.
Comme nous l'avons déjà dit (p. 14), on trouve dans les Mille et une nuits des histoires édifiantes, dont des Israélites sont les héros; notamment, une collection de dix-huit anecdotes. Quoi de plus naturel que de penser que c'est un juif qui les y a insérées? car les Arabes, qui n'aiment pas les juifs, n'ont guère dû songer à les glorifier. Et si c'est un juif, ce pourrait bien être l'auteur (l'éditeur, si l'on préfère) dont nous avons si longuement parlé.
Ces contes, dont le titre annonce qu'ils s'occupent de ceux qui ne se laissent pas séduire par le monde (opposé à la vie étemelle) sont extraits d'un livre de Wahb ibn Mounabbih, comme le prouve un passage du Al tihr al masbouk *, qui lui attribue formellement la première de nos historiettes.
Ce livre de Wahb ne peut être que le fameux ouvrage des Gloses d^ Israël. Ce recueil, sur lequel H. Halfa ne
donne d'ailleurs aucun détail*, s'occupe, comme l'indique le nom qui figure au titre, non des juifs, mais des Israélites, sectateurs de la vraie religion et reconnaissant le
1 Édition de 1306, p. 41.
« Edition Fluegbl, 5, 40.
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