‹ La récension égyptienne des Mille et une nuitsChapitre 2 sur 14 · V : : > Hibboitr maasiot · texte numérisé non relu

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Israélites et, contrairement à ce que pense M. Lévi *,* il doit avoir des racines dans la littérature talmudique ; du moins plusieurs citations que nous donnons sous les contes du livre des Choses d^ Israël nous semblent le prouver '.

Quant à la date de ce livre juif, nous la croyons très ancienne. Il nous semble permis dé penser qu'il était connu des juifs qui vivaient autour de Mahomet et qui y auront puisé certaines historiettes dont on retrouve la trace dans le Coran '.

* Voir la note précédente et cfr. P£RLES, Monatsschrift f. Gesch, u, Wi88, des Judenthuma, 22^ 17 et 33.

* Surtout les citations du n© 44.

' Voir plus bas le livre des Choses d'Israël^ nos 33^ 50, 55, 62 et 67. Cfr. nos 43 et 44.

L'auteur Juif n*est-il pas le pseudo-Maïmonide?

Ne serait-il pas possible de découvrir qui est ce juif converti, dernier éditeur des Mille et une nuits 'i

Il vaut peut-être la peine d'en faire Fessai, parce que le champ des recherches est assez restreint. Il est certain, d'une part, qu'il y a eu peu de juifs convertis à l'islamisme; d'autre part, il n'est pas douteux non plus que les juifs n'ont jamais eu beaucoup de goût pouir les. Mille et une nuits.

Or il existe un juif qui a eu ce goût, puisqu'il a traduit de l'arabe ou plutôt inventé un vrai conte des Mille et une nuits : nous voulons parler du pseudo-Maïmonide.

Et le pseudo-Maïmonide, qui goûtait tant l'esprit atabe, n'a-til pas fini par se convertir à l'islamisme et, continuant ses travaux de romancier, n'a-t-il pas écrit les contes nouveaux des Mille et une nuits ?

Pour donner quelque appui à cette conjecture, essayons de prouver les deux propositions que nous venons d'énoncer.

Nombre restreint des Juifs Convertis à l'islamisme.

Le nombre des juifs convertis à Tislamisme ne semble pas fort considérable, avons-nous dit d'abord.

En effet, si dans les premiers temps de Pislam, il y a eu beaucoup de conversions de juifs \ il n'en fut plus de même dans la suite, à en juger du moins par le petit nombre des noms de convertis que citent les auteurs arabes. Si les historiens n'en mentionnent guère ^, les bibliographes n'en connaissent pas beaucoup plus : dans tout le livre de H. Halfa, si nous l'avons bien lu, on n'en rencontre que deux et, encore, ces deux ne s'occupent-ils pas de romans ou de contes ; l'un est un juif qui, converti, s'est adonné à la poésie ' ; l'autre, parvenant à de hauts emplois, a écrit une réfutation des doctrines juives *.

Pour notre question, il n'y a pas lieu, évidemment, de

^ Le traducteur arabe de GORION, Zakariyâh ibn Sa^îde doit vraisemblablement, vu sa qualité de yéménite, rentrer dans la catégorie à laquelle appartient Wahb ibn Mounabbih. (H. Halfa, 2, p. 121 et Gagnieb, Josippon^ Sive Josephi ben^Gorionis historiaejudaicae libri sex.,, Oxonii... (1706, p. VIII).

* TABARI, édit. de Leide, 1, p. 299. — GAWZI, Adkiyâj édit. de 1277, p. 113, etc. ~

5 H. HALFA, 3, p. 241-242.

* H. Halfa, 6, p. 471.

tenir compte des nombreux juifs touatiens convertis de force à Tislamisme, même de nos jours ^

A plus forte raison n'y a-t-il pas à s'occuper ici des récits purements légendaires. Ainsi on nous raconte que le jour de la mort du célèbre jurisconsulte Ahmad ibn Hanbal (2:11 de Thégire) se convertirent à l'islamisme 20,000 juifs, chrétiens ourdorateurs du- feu *.

^ DOUTTÉ, Bullttin hihV ograpUique de l'islam maghrihin, 1, p. G5.

« HCun al mis, édition de 1300, 149, 1.

Les Juifs n'aiment pas les Mille et une nuits. — Eldad le danite.— Benjamin de Tudèle. — RitbbiBar Bar Channah.

Il ne sera pas difficile non plus de démontrer que les juifs n'ont jamais eu beaucoup de goût pour les Mille et une nuits \

Il semble, en effet, que leur tournure d'esprit répugne plutôt en général au merveilleux qui y règne. A des événements extraordinaires, arrivés à des personnages d'ailleurs bons ou mauvais — car ce point importe souvent peu dans les Mille et une nuits — ils préfèrent, par nature, ce qui est miraculeux, c'est-à-dire ce qui suppose une intervention de la Providence, soit en faveur de saints qu'il s'agit de récompenser ou d'instruire, soit contre de grands coupables, qu'il s'agit de châtier.

Aussi, alors que dans d'autres littératures les traductions et les imitations des Mille et une nuits abondent, chez les juifs, on ne constate rien de semblable.

Ainsi ce n'est qu'en judéo-allemand qu'on trouve une traduction du fameux recueil et, encore, dans des temps modernes; car la traduction qui a paru à Francfort sur l'Oder en 1791, semble être la première édition. Puis viennent une édition de Prague, qui doit être du

^ Cfi*. Steinschneider. i>ee hchraeischen Ucbcrsefzuvgai des Mittdalters, p. 872-873, note 143 et 883-881.

commencement de ce siècle *, une autre édition de Prague de 1816, une édition de Vienne de 1850 et une édition de Varsovie de 1864 ou 1865, qui reproduit une édition antérieure de Lemberg ^ Cela ne fait, au total, que six éditions.

Et il faut aller bien loin encore pour trouver une autre .preuve de l'intérêt des juifs pour les' Mille et une nuits: à Bombay, on a commencé en 1888 à publier le texte arabe de ce livre en caractères hébreux ; c*est évidemment une édition à Tusage des juifs.

Si, d'autre part, on recherche les traces de Mille et une nuits dans les écrits juifs, on ne fera pas non plus trop ample récolte.

Tout ce que nous trouvons, c'est parfois un conte, comme, par exemple, celui de l'âne, le bœuf et le laboureur '', qui a été assez populaire chez eux *.

Puis, des réminiscences et une imitation de Sindbâde le marin.

L'une des réminiscences est probablement l'aventure du voyageur juif Eldad le danite, qui, ayant souffert naufrage, est jeté au milieu d'un peuple de noirs, anthropophages ; on lui met un collier pour l'engraisser et le rendre plus agréable à manger. Mais, plus heureux que ses compagnons, il finit par être délivré par des troupes

1 Bibliothèque de M, le Baron Silvestre de Saoy, 2, p. 289, no 3242. Nous n*avonâ pu nous procurer que les deux derniers volumes de cette traduction et nous ignorons, par suite, si la préface ne fait pas connaître la date de l'impression; le titre, reproduit aux tomes 3 et 4, ne la donne pas.

* Heh, Bibliographie^ 8, p. 77.

^ Loiseleur, p. 9-12.

^ Ma Bibliog. arabe^ 3, p. 111, no 26. — Stkinschneider, Manna^ p. 101 ; die hej. Uebers., p. 864, note 99 ; Serapeum, 10, 10, no 193.

étrangères'. Pareille aventure est arrivées Sindbâde.

Il y a an autre épisode : Eldad, poursuivi par des anthropophages, se jette dans un fleuve et s'attache à un tronc de cèdre qui y flottait et qui le porte en Egypte, où il vend cet arbre à un prix fabuleux : c'est l'anecdote du 7' voj'age de Sindbâde, tel que l'a raconté notre auteur juif-. Mais il nous semble, dans ce cas-ci, que c'est l'auteur juif qui a fait l'emprunt à Eldad et non l'auteur d'Eldad à Sindbâde, c'est-à-dire à notre juif, puisque celui-ci semble plus moderne, même que la récension d'Eldad où se trouve l'épisode en question.

L'imitation qui se trouve dans Benjamin de Tudèle est-elle plus certaine? Les navires que les vents poussent dans une certaine mer"' n'en peuvent plus sortir. Les marins se cousent alors dans des peaux de bœufs. Des oiseaux s'en emparent et les emportent sur des montagnes ou dans des vallées pour les dévorer ; mais les hommes, qui tiennent un glaive prêt, s'échappent à temps ^

* Carmoly. Relatio7i d'Eldad le danltc voyageur du IX^ siècle.... Paris... Dondey-Diipré, 1838, p. 46-4?. — Ein hcbriiischcr Reiseroman. Von MAr.CUS Landau. Dans Zntschrift f. vergleichende Litferaturgeschichte und Renaissance- TAt(c7'atin% n© série, 4, p. 303-312. (Voir p. 306-307.)

* Landau, p. 307. — Voir, plus haut, p. 26.

^ Mare concretum. C\st le Lebermeer des poètes allemands. Voir Herzog Ernst herausgrgebcn von Karl Barfsch. Wieii 1869. Braumûller, CXLV-CXLVin.

* Itmerarium Benjaminis, Lafiue rcddilum Opcrà COXST. L'Empereub. Lugd. Batavorum Ex Officinâ Elzeviriana, 1633, p. 195-197.

Voici le passage : « Inde in Sinani Orientis tcrminum tendentibus, quadraginta dierum iter est : et maris, quo iler faciunt, nomcn esse lerunt, mare concretum ; ubi sydus Orion dominatur

C'est, semble-t-il, une réminiscence du deuxième voyage de Sindbâde. Il est vrai, cependant, que la source du récit pourrait être trouvée ailleurs encore.

Mais il doit y avoir plus qu'une simple réminiscence dans les voyages et aventures de Babbi Bar Bar Channah, dont il est question dans le Talmud, Seder Nezîqîne, Baba Bathrâ *.

Certaines de ces aventures extraordinaires sont données comme explication de différents passages du Talmud. Mais il nous semble qu'on peut penser que B.-B.

procellosum îbî ventum subindo excitans. Itaque tum n allas nauta navi ob vcnti vehementiam vehi potest, adeoqae etiam ventiis navem in istud mare concretum protradit, ut e loco lato extricari nequeat.Quo ût ut homines illic donec commeatus absumatur hserentes, postea moriantur. Qaapropter maltsB naves hac ratione pereunt. Verumenimvero homines artem quandam excogitarunt, qua ex hujusmodi funesto loco evadere possent : nam sumptas secum juvencorum pelles, si ventus ille irruat, eosque in mare Concretum protradat, arripiunt ; ac se iis insérant gladium singuli manu tenentes, pellesque intus consaentes, ut eo aqaa penotrare nequeat : posteaque sese in mediam aquam projiciunt. Quos prospicientes magnœ aquil» gryphes dictœ, jumenta esse putant : et descendentes arripiunt eos atque in ariiam exportant, iisque in monte aut valle ad devorardum insident. Sed homines inclasi festinant et illas gladiis cœdentes occidunt : et e pellibus egressi incedunt, donec ad terram habitatam perveniant. Mortalium multi hoc modo evadunt. »

Dans la traduction d'Arias Montauus, le passage se trouve aux p. 97-98. (Anvers, Plantin, 1575.)

* Sur R. Bar Bar Channah, voir :

BarTOLOCCI; Bibliotheca magna rabbinica, 3, p. 5G6. Cfr, p. 693 et 844.

M. KOHEK. Minchat Kohtn. Derascha^s iiber Erzàhlungen d, Rabba bar bar Channa uncl iiber Moralien iiberhaupi, Dyrhnfurt, 1778, in-4o.

Channah n'est ])as, en realité, un commentateur qui aurait directement écrit des gloses ; c'est un voyageur ou, plutôt, un romancier dont les commentateurs du Talmud ont utilisé les extravagances. Nous croyons donc qu'il a existé un livre des voyages et aventures de B.-B. Channali, que son auteur aura composé en combinant des données de Sindbâde, notamment avec des histoires extraordinaires qu'on attribue à Rabbi Jochanan '. Que ce livre soit avec celui de Sindbâde, dans un rapport de copie à original, c'est ce que nous paraît prouver l'exagération des amplifications de notre rabbin.

U est regrettable qu'on ne puisse reconstituer tout l'ouvrage ; en voici, cependant, quelques fragments.

C'est en mer, surtout, que B.-B. Channah a vu des merveilles. Et, d'abord, trois poissons immenses.

L'un d'eux *, jeté à terre par une tempête, avait renversé soixante villes; d'autres villes, également au

J. Bebnh. de ' ROSST. Délia vana aspettozlone degli Ehrei del loro Messia. Parme, 1773, in-4''. (Voir Esprit des journaux, 1774, 8, p. 60-66.)

Au8 einem Briefe des Herrn Dr Freudenthal in Breslau betreffend die im Talmud vorkommenden Màrchen. Dans Orient und Occident^ 3, p. 353-356.

Cfr. BOCHABT, Hierozoicon. Edit. 1692, 1, p. 964et9S0et 2, p. 660.

BUXTOEF, Synngoga judaica. Bâle, 1680, p. 737-738. BUXTOEF, Lexicon chald., talm. et rabb, édition FiSOHEB, p. 113, 345 et 485.

Carmoly a combiné les aventures de B. B. Channah avec celles de Sindbâde dans le Jardin enchanté, Bruxelles, Decq. 1844. (Voyages de Bar-Bad par terre, p. 49-74. — Voyages de Bar-Bad par mer, p. 75-94.)

* Voir, p. ex., BARTOLOOCr, 1, p. 516 et passim, — MlGNE, Dr des Apocryphes, 2, p. 1298.

• * BABTOLOOCI, 1, p, 516.

nombre de soixante, se nourrirent de sa chair et soixante a,utres salèrent ce qui restait. De la pupille d'un des yeux du monstre, on tira trois cents tonneaux d'huile et ses os suffirent à rebâtir les villes détruites.

Un autre poisson, plus intéressant pour nous, présentait l'aspect d'une île ; on y descendit, mais quand on y fit du feu, il fallut se sauver au plus vite pour échapper au péril: on reconnaît sans peine ici l'aventure de Sindbâde K

Nous faisons grâce au lecteur du troisième poisson *. Mais il nous faut mentionner l'oiseau qui est un agrandissement formidable du rokh de Sindbâde, comme celuici n'est qu'un agrandissement plus modeste del'épyornis ou du dronthe. L'apercevant un jour, les pattes dans l'eau, B.-B. Channah, la croyant à cause de cela peu profonde, voulut s'y baigner avec ses amis. Mais une voix du ciel (on voit reparaître ici le miracle) les avertit de ne pas s'y risquer : un bûcheron y avait laissé tomber sa hache, il y avait déjà de cela sept ans, et l'outil n'était pas encore arrivé au fond; peut-être, d'ailleurs, à cause du mouvement violent de l'eau '.

Ailleurs, notre intrépide voyageur nous parle de la fertilité de la Palestine * ; ailleurs encore *, il nous rap-

* Bartolocci, ibidem, — Quarterly Review, 35, p. 109-110. — Gaster, Monatsschrift, 29, p. 426-427 et 472-475.

* Bartolocci, l, p. 517.

Quoique QazWîNI ne semble pas s'intéresser beaucoup aux animaux marins (1, p. 181), il en cite cependant d'assez grands (p. 175, 192, 196 6ts, 202, 210-211, 221 bis). Les deux plus extravagants (p. 205-206 et 216, 9 à f.) sont, évidemmenf, d'origine juive. '

3 Bartolocci, l, p. 519.

* Ibidem, 1, p. 528.

* Wagenseil. Sota. Hoc est : Liber mischnicus de uxore adulterii fius/)6cto. Altdorfi Noricorum, 1674, p. 10294030.

porte que, voyageant dans le désert, il a vu un Arabe reconnaître, à l'odeur de la terre, la route de telle à telle ville, ainsi que la distance à laquelle se trouvait de Peau. Et, ici, Wagenseil est à moitié disposé à le croire, parce qu'il a vu, dans Pietro délia Valle, des spécimens de la sagacité incroyable des bédouins *.

1 Viaggi^ l,p. 370. (Dans la Iraluction hoUandaiso de Glazemaker, 16GG, 2, p. 20-27.)

Si l'on était tenté de rapprocher le passage où Quinte-Curce parle des odeurs de TArabie (V, I, 11), il faudrait discjater la conjecture ingénieuse de MiCHAULT {Mélanges^ 2, p. 208-209) : il lit A*'abla Oreobum fertMtate nobilis au lieu de Odorum.

C'est à des peuples du Maghreb que QazwîNI attribue l'art de suivre les traces. (2, p. 88.)

Le pseudo-MaYmonide — Le conte intitulé :

Le Scnnen.',

Mais si, en général, les juifs n'aiment pas les Mille et une nuits, nous en rencontrons un cependant dans l'histoire littéraire, qui sent tout autrement.

Ce juif, c'est le traducteur ou l'auteur d'un maasé C^lûblDiT nwiû, l'histoire d'un homme de Jérusalem). On lui donne le nom d'Abraham Maïmoune et on l'identifie avec le fils du grand Moïse Maïmonide, qui s'appelait de même '.

Inutile de dire que notre pseudo-Maïmonide n'a rien de commun avec le fils de Moïse, Abraham, qui était un savant théologien. On ne produit, en efiet, aucun argument pour rendre cette assimilation vraisemblable et Steinschneider, dont chacun apprécie la science et l'esprit critique, la rejette sans hésiter.

Quoi qu'il en soit, nous ne connaissons à propos du pseudo-Maïmonide que l'histoire qu'il a composée. Ce conte, qui a pour but d'inculquer le respect du serment,

i WOLF, Bibl. hebraea, 1, p. 87-88 et 333; 2, p. 1278.— BARTOLOCCI, Bib. rabb., 1, p. 41-42 et 2, p.. 293. — STEIN- SCHNEIDER, Serapeum, 9, p. 380-381 ; Heb. Bibliographie, 19, p. 113; diehebr. Uebersetz p. 906, note 2. — FÛRST, Bibliothcca judaica, 2, p. 289-290 ; cfr. 2, p. 50 et 3, p. 79 et 137. — Pichard, Le livre d^Ménoch sur Vamitié, p. 69.

comme on le verra plus loin, a eu le plus grand succès et le texte hébreu en a été maintes fois imprimé : à Constantinople en 1518; à Venise en 1544 et 1605; à Vérone en 1017 ; à Amterdam, s. d, et en 1753.

Puis Wagenseil en a donné le texte avec traduction latine en regard dans les deux éditions de ses Exercilationes sex varii argumenti, Altdorf, 1687, in-4** (voir le Journal des sçavans^ édition d'Amsterdam, 16, p. 108- 111) et Altdorf, 1697, p. 213-210.

La traduction de Wagenseil fut suivie d'autres : en judéo-allemand, Homburg, 1711, in-8*; en allemand, par Kom dans Derjiidische 6?î76Za5, Leipzig, 1834; en hollandais, ' et en français.

Cette dernière version, œuvre de Catherine-Charlotte Patin, petite-fille du célèbre Guy Patin, parut à Paris en 1688, in-12, sous le titre de Mitra ou la dèinone mariée. Elle fut rééditée à Lyon, s. d. in-12, à Paris en 1745 * et à La Haye, in-12, en 1748 \

Ajoutons enfin que Carmoly, dans son conte Le 'parjure^ s'est visiblement inspiré de l'histoire de Mitra*.

^ Ardbische Joodsche Roman, ierhetoog dntmcn zijnxcoordten eedt moete houdetij uijt het arab, in het heb, d, AbBAH. M. Mai- MONSZ in het lat. d, J. Chr. WAGENSEIL, verd. d, Al. PhilA RETES. Gron. 1745. In-12.

* Mitra ou la dêmone mariée. Nouvelle Hébraïque et morale.., A Démonopolis DDD 200 XLV. In-12 de (12) et 168 p., plus une gravure.

' On ne comprend pas comment Kegnier {Œuvres de J. DE La Fontaine, 6, p. 88) a pu s'imaginer que lé conté de Mitra est un arrangement ou une paraphrase du Selphégot de Machiavel.

* Les Mille et un conteSy récits chald^ens, par CARMOLY. Bruxelles, Meline, Cans et Ci©.... 1838, p. 105-112. — Le jardin enchanté, contes chaldéens, par E. Carmoly. Bruxelles... Decq... 1844, p. 210-221.

Sur la valeur littéraire de ce conte, les avis diffèrent. L'auteur de Paveriissement publié en tête de la traduction de M"" Patin (édition de 1745) s'exprime comme suit : ''Il n'y a guère de rapport entre les quatre personnes qui ont travaillé à cette Historiette : celui qui l'a composée en Arabe, le Juif qui l'a mise en Hébreti, le Luthérien qui l'a traduite en Latin, et la Catholique Romaine qui nous la donne en Français, ne peuvent être suspects l'un de l'autre; et nous pouvons nous fier sur ce récit, comme sur l'original. Ils n'ont tous eu dessein que de se divertir, et de publier une jolie Fable, dont la moralité n'est pa^ moins excellente, quoiqu'elle s'éloigne de la commune manière d'écrire „.

Quant à Steinschneider, il la trouve absurde {abgeschmacJd) ' ; Fûrst, tout au contraire, y voit un conte excellent {ein treffliches Màhrchen) ', et le grave Bartolocci, tenant le milieu entre ces deux savants, montre une certaine complaisance : " Historia, seu vernis anilis fabula, lectu tamen curiosa „ '.

Au lecteur donc de se faire un jugement personnel en lisant le résumé qui suit et où il rencontrera plus d'un élément des contes des Mille et une nuits : il trouvera peut-être, avec nous, que l'histoire rappelle assez bien la manière du second égyptien.

Le serment.

Un riche marchand, à son lit de mort, fait jurer à son fils, Dihon, de ne jamais aller sur mer, sous peine de voir la fortune passer à des œuvres pies.

* ^erapeum, 9, p. 381.

* Bib.judaiea, 2, p. 289.

5 Bib, rahb., 1, p. 42.

Le fils tient d^abord parole ; mais des marchands lui apportent d*outre-mer des richesses qu'y avait son père et, lui persuadant que celui-ci avait Tesprit troublé quand il Va, fait jurer, le décident à s'embarquer avec eux.

Tempête où tous périssent, sauf Dihon. Il arrive à terre et échappe à un lion en grimpant sur un arbre ; là il trouve un hibou; effrayé, il se met sur le dos de Iq,» bête, qui, effrayée à son tour, s'envole et l'emporte. Entendant prier dans une synagogue, il se laisse tomber. Le maître qui y enseigne lui représente qu'il est. chez des démons qui le dévoreront. En effet, ils sentent la chair humaine; mais sa connaissance de la loi juive lui: vaut pardon et faveur, à condition qu'il enseigne : ce qu'il fait trois ans.

Le roi Asmodée, partant un jour pour réduire une ville révoltée, lui remet toutes ses clefs mais lui défend d'entrer dans une certaine maison.

Il y pénètre cependant et y trouve la fille d' Asmodée, dont le père, surnaturellement averti, accourt; mais comme Dihon n'a rien fait de mal et que .le vœu secret d' Asmodée est, vu sa science, de le marier à sa fille, il l'accepte pour gendre.

Après des noces fastueuses, la fille fait jurer à Dihon' qu'il l'épouse par amour et il doit même dresser acte du serment. Du mariage naît un fils, qui reçoit le nom de Salomon, en mémoire du grand roi hébreu. Mais regrettant la femme et les enfants qu'il a laissés au pays, Dihon obtient enfin de les aller voir un an, jurant et ' écrivant qu'il reviendra après ce délai. Un démon oflfre de le porter chez lui en vingt ans, un autre en dix; un autre encore, en un; un dernier, qui est borgne et bossu,

en un jour. Ce dernier est accepté, mais Dihon doit se garder de l'offenser, parce qu'il est enclin à la colère.

De retour dans son pays, Dihon, bien reçu des siens, demande en public au démon pourquoi il est borgne : c'est que, dans une rixe causée par sa colère, un ami l'a éborgné; pourquoi il est bossu? A cette question, pas de réponse et le démon, irrité, s'en va, Dihon lui déclarant qu'il ne retournera jamais.

Mais la fille d'Asmodée attend l'expiration du délai et renvoie le borgne; refus de Dihon de revenir. Dans la pensée que la réponse de Dihon pourrait être causée par la qualité de l'envoyé, on députe successivement deux ambassades composées de gens plus nobles : nouveaux refus, Dihon répétant que sa femme est d'une autre espèce que lui et que son consentement à lui n'a pas été libre.

La femme, alors, prenant avec elle son fils Salomon, veut aller tuer son mari et détruire sa ville.

Elle envoie d'abord son fils; mais sans succès.

Elle remet cependant sa cause aux juges dans la synagogue et leur présente ses arguments et ses actes ; ils reconnaissent que le mari doit ou bien rendre la dot ou bien reprendre sa femme : sinon, elle pourra le traiter comme elle le voudra.

Apaisée par la justice qu'on lui rend, elle déclare qu'elle va s'en aller, mais que son mari doit, une dernière fois, l'embrasser. Elle saisit cette occasion pour le tuer et demande aux habitants d'accepter son fils Salomon comme roi : il est de leur race et elle ne pourrait l'emmener sans raviver de tristes souvenirs.

Les habitants acceptent et la fille d'Asmodée va retrouver son père.

Conclusions.

Si le lecteur a bien voulu nous suivre jusqu'ici, il aura vu que nous avons essayé de démontrer trois propositions.

D'abord, qu'il y a lieu d'admettre l'existence de deux auteurs égyptiens différents.

, Ensuite, que celui que nous appelons le deuxième auteur et à qui nous attribuons la récension égyptienne des Mille et une nuits semble être un juif converti à l'islamisme.

Enfin, que ce juif est, peut-être, le pseudo-Maïmonide.

Le lecteur aura sans doute aussi remarqué que, pour établir ces points, nous ^.vons eu recours à de nombreuses conjectures et à de nombreuses hypothèses.» Nous en blâmera- t-il ? Et ne pensera-t-il pas plutôt qu'il est toujours utile qu'un écrivain énonce nettement son opinion, si conjecturale qu'elle soit d'ailleurs, afin de permettre à chacun de puiser dans les souvenirs de ses lectures pour en confirmer ou en combattre chaque détail ?

Quoi qu'il en soit, nous devons, dès à présent, prévoir la plus sérieuse objection qu'on pourrait faire à notre troisième conclusion.

Si l'on tient compte de l'époque où a vécu l'auteur du conte " Le Serment „ — et cette époque doit être anté-

rieare à 1518, date de la première édition hébraïque da Serment — on tronvera peut-être qu'il est trop ancien pour être Tautenr de la lécension égyptienne des Jfifle et utie ntiitr:. puisque les manuscrits de cette récension semblent tons fort modernes '.

Mais cet argument ne serait décisif, semble-t-il, que si l'on était définitivement fixé sur le classement des manuscrits et, surtout, si on connaissait plus exactement tous ceux que récèlent encore les bibliothèques de l'Europe et, avant tout, celles de l'Orient.

Or, de l'avis même de M. Zotenberg, dont le magnifique travail est d'ailleurs si précieux pour les nombreux et intéressants manuscrits qu'il a, le premier, sérieusement examinés, le classement n'est pas définitif encore *.

Il nous semble donc qu*avant de tirer argument du fait que nous avons rappelé, il y a lieu d'attendre un plus ample informé.

^ Voir Notice kur quelques manuscrits des Mille et une nuits et la traduction de Galland, par M. H. ZOTENBERG, dans Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, 28^ 1, 167-320.

« Notices, 168.

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