‹ La récension égyptienne des Mille et une nuitsChapitre 14 sur 14 · L*ANGE DE LA MORT · texte numérisé non relu

L*ANGE DE LA MORT

5. — Kabbi Ruben était un homme intègre qui étudiait la loi nuit et jour; toutes les fois qu'une calamité affligeait sa génération, par ses prières il la faisait disparaître. Or, il n'avait qu'un fils, et le moment arriva où celui-ci dut quitter ce monde. L'ange de la mort vint en prévenir le père. Ruben lui demanda un sursis de trente jours, pour que son fils pût se marier avant de mourir. L'ange y consentit et s'en alla. R. B.uben se garda bien de révéler la fâcheuse nouvelle à sa famille ; il choisit une femme à son fils et dit à celui-ci d'aller par la ville avec des feuilles de myrte inviter les habitants à la noce. En chemin, le jeune homme rencontra Elie, qui lui demanda où il allait. ^ Inviter les habitants de la ville à

ma noce. — Mon fils, le terme de ta vie est arrivé. — Si Dieu en a ainsi décidé, je ne puis Tempêcher, je ne vaux pas plus qu'Abraham, Isaac et Jacob. — Ecoute-moi, quand les convives seront assis à table, ne goûte à aucun mets et fixe les yeux sur la porte. Tu verras venir un homme ayant Tair pauvre, la tête découverte, les vêtements déchirés, les cheveux incultes : c'est l'ange de la mort. Tu te jetteras à ses pieds et le prieras de prendre part au repas; garde-toi bien de le lâcher; retiens-le avec force pour qu'il mange. S'il ne veut pas s'asseoir, fais-le entrer dans la chambre nuptiale et contrains-le à boire et à manger. „ Sur ces mots, Elie partit et le jeune homme revint chez lui sans rien dire de cette rencontre ni à ses parents, ni à sa fiancée. Le repas eut lieu, et le jeune homme, les yeux tournés vers la porte, était en proie à une telle angoisse qu'il ne put rien manger. L'ange de la mort se présenta dans l'appareil décrit par Elie. Le fiancé suivit de point en point les instructions du prophète et força l'ange à manger dans la chambre nuptiale. L'ange lui dit : " Mon fils, quand tu as bâti ta maison, d'où as-tu pris la paille dont tu t'es servi ? — Du propriétaire de la grange. — Eh bien le propriétaire réclame sa paille. — Très bien, nous achèterons d'autre chaume et le lui donnerons en échange. — Mais il veut sa propre paille. — En ce cas, nous gratterons le plâtre, nous extrairons la paille et la lui rendrons. — Mon fils, le propriétaire de la paille c'est Dieu; la paille, c'est ton âme et je suis envoyé pour te la reprendre, car je suis l'ange de la mort. . — Permetsmoi au moins d'aller voir encore une fois mon père, ma mère et ma fiancée. „ L'ange y consentit; Ruben, ayant entendu son fils, se couvrit de son talit et adressa à

Dieu d'ardentes supplications en faveur de son fils. Le

jeune homme pendant ce temps pleurait et se lamentait,

embrassant tour à tour ses parents. A la fin, il demanda

à Fange la permission d'aller une dernière fois embrasser

sa femme dans la chambre nuptiale. L'ayant obtenue,

il annonça à sa compagne que son dernier jour était

venu. " Qu'as-tu répondu à l'ange de la mort? lui

demanda-t-elle. — Bien. — Reste là, je vais lui parler. —

Maître, dit-elle à l'ange, tu m'as ravi l'âme de mon mari,

mais n'est-il pas écrit dans la Pentateaque que, dans la

première année de son mariage, l'époux resterait avec

sa femme? — Attends-moi, répondit l'ange, je vais

remonter près de Dieu, et peut-être aura-t-il pitié de

ton mari. „ Quand il arriva au ciel, il y trouva Michel,

Gabriel et les anges qui disaient à Dieu : " Maître de

l'univers, d'ordinaire tu annules les calamités sur la

prière de E. Ruben, et nous, tu ne veux pas nous exaucer

en sa faveur, aie pitié de lui ! " Sur ces mots, l'ange de

la mort rapporta les paroles de la fiancée. Aussitôt

Dieu fut ému de miséricorde, il fit grâce au jeune homme

et lui accorda soixante-dix ans de plus à cause de ses

sept jours de festin. Ainsi se vérifie le verset : " Dieu

accomplit le désir de ses fidèles, il exauce leurs prières

et les sauve. „

Israël Lévi.

L'auteur du préambule d'^Antar.

Dans les éditions imprimées d"Antar que nous possédons, on trouve au premier volume un long préambule, qui, comme nous Pavons fait remarquer plus haut en parlant du livre des Prophètes, se rapporte à tout autre chose qu'*Antar et qui est puisé surtout dans une œuvre de Wahb ibn Mounabbih.

Ce préambule a donc été ajouté postérieurement au roman, soit dans la forme où nous le trouvons dans les éditions, soit dans une forme différente ou, tout au moins, plus développée, comme le montre la citation d'un manuscrit faite par Fresnel ; on y voit un épisode qui ne figuï*e pas dans les éditions. {Journal asiatique^ 1838, 1, p. 503-505).

La preuve que ce préambule a été ajouté, c'est que les manuscrits ne le donnent pas toujours, et à bon droit. Tels sont les n'* 9126 et 9127 de la Bibliothèque de Berlin et, probablement aussi, le n° 9130. (Ahlwardt, Die Hands. Verzeichnisse.., Berlin^ 20, p. 89, 90 et 92).

Comme ce préambule comprend, outre Phistoire d'Abraham, le conte si connu dans la littérature arabe du chameau borgne égaré, (p. ex., Scott, The Arabian Mghts Enter tainmentSj 1811, 6, p. 1-7), ce mélange d'histoires absolument juives et de contes des Mille et une miits^ nous permet peut-être de croire que c'est encore

une fois notre pseudo-Maïmonide qai a fait l'addition, de même qu'il a enrichi les Mille et une nuits.

Ce qui pourrait confirmer notre conjecture, c'est que, comme on l'a vu plus haut (p. 19), le pseudo-Maïmonide a imité ^Antar dans le conte d'Adjib et Gharib.

Mais, dira-t-on peut-être, si un juif est l'éditeur de ce texte d'*Antar, pourquoi n'a t-ïl pas supprimé l'épisode du roman où les juifs ne jouent pas un fort beau rôle et qu'a expliqué Goldziheb dans le Monatsschrift fur Qeschichte und Wissenschaft des Judenthums, 29, p. 357-365? *

Tout simplement parce qu'on ne supprime pas si aisément un épisode dont le public, qui le connsdt, réclamerait le rétablissement. Ou bien la conversion du pseudo-Maïmonide ne lui a laissé aucun bon sentiment pour ceux qu'il a abandonnés ; ou peut-être encore n'osait-il pas manifester ces sentiments.

Dans d'autres romans aussi on trouve des passages qui, à première vue, semblent être des interpolations du même genre : comparer, p. ex., Mss. de Berlin, 80, p. 75- 76 ou 307, 2, avec p. 313, n** 9288.

* Ce travail de Goldzihei^ aurait dû former le no 11^ bis au. tome 3 de notre Bibliographie arabe.

Note sur Ka'b al Ahb&r.

Ka*b al Ahbâr mériterait probablement autant que

Wahb ibn Mounabbih d'être étudié de plus près. Nous croyons donc faire chose utile en donnant ici les quelques notes que nous sommes parvenu à réunir à son sujet.

Hammeb. Literattirgcschichle der Araber, 1, 425. SFBENaiiR. Mohammadf 1, 46, 54, 516; 3, CIX et 0X1.

FiSGHEB. Zeit d, deuK morgenL GeseUschaft, 44» 439. GeùNBAUM. Ibidem, 44, 477.

Manuscrits d' Alger , 550 et 555-556.

Ibn HaldoûNE. Notices et extraits des manuscrits, 20, 1, 208b Ibn Âl Atir, édit. Tobnbebg, 1, 14, 15, 78, 300 et 506; 2, 438; 3,38739,89, 121 et 121; 4, 293; 5,227. (D'après la table.) QAZWîNi. 1, 95-96, 97, 98 {bis), 101 et 106; 2, 51, 14 à f.

HOBOVITZ. De Wâqidii Libro qui Kitàb al Magâzî inscribitur, Berolini, 1898, 39-40.

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