‹ La récension égyptienne des Mille et une nuitsChapitre 13 sur 14 · L'ÉPREUVE DES JUGES · texte numérisé non relu

L'ÉPREUVE DES JUGES

71.— On éprouve trois juges d'Israël. Deux d'entre eux acceptent des dons et admettent que le propriétaire d'une jument s'adjuge un veau. Le troisième se dit atteint d'une infirmité féminine, aussi vrai que le cheval a vêlé.

Damîri, 1, 138, 12 à f. *.

Méfait puni.

72. — Séduite par une vieille, la femme d'un pieux Israélite pauvre, lui manque d'égards pour que, répudiée,

1 Cfrw Rev. d. trad, pop.y 14, 21 G, note 2.

elle puisse épouser le roi. Dieu punit le roi et la femme.

Tazyine, 283-284.

Méfait puni.

73. — Un homme devenu veuf obtient du Messie qu'il fasse revivre sa femme en consentant à lui céder la moitié de sa propre vie. Quand elle revit, il s'endort fatigué la tête sur ses genoux. Survient le roi, qui décide la. femme à le suivre. A son réveil, le mari, averti par des passants, va retrouver sa femme et lui redemande la portion de vie qu'il lui a sacrifiée. Dès qu'elle lui a déclaré qu'elle la lui rend, elle tombe morte.

Tazyine, 285-286. — Damîri, 1, 202-203.

Voir Mille et une nuits.

Utilité des bonnes actions.

74. — Revenant à de meilleurs sentiments, un jeune homme respecte une jeune fille qui l'aime. En route, il a soif et un prophète, qu'il rencontre, l'engage à prier ,avec lui pour qu'une nuée les abrite jusqu'à ce qu'ils arrivent à la ville. Il refuse, disant qu'il n'a pas fait de bonnes œuvres. Néanmoins le prophète prie et le jeune homme dit amen. Un nuage les suit. Le prophète est

curieux de savoir ce qu'il a fait pour mériter cette faveur : quand il apprend son histoire, il proclame que celai qui se repent a plus de mérite encore aux yeux de pieu que Tascète.

Tazyine, 354-355.

CfnnM2,

Les deux mj^tres.

75. — Un roi israélite appelle à sa cour un saint qu'on lui II vanté. " Que ferais-tu, lui dit-il, si tu me surprenais me divertissant avec ta fille ? „ Le roi se fâchant, le saint reprend : " Je vis avec un maître qui me pardonnerait soixante-dix offenses par jour. Pourquoi donc le quitterais-je pour un maître qui s'irrite avant même que j'aie commis une offense ? „

Basset, Bev. d. Irad.pop,, 12, 478-479.

Dieu venge qui kb se vekge!.

76. — Un voleur ayant pris une poule à une femme qui se résigne quoique elle n'ait pas d'autre bien, les plumes viennent se planter dans son visage quand il tue la poule. Un docteur israélite, auquel il a recours, excite la femme et l'induit à maudire le voleur. Aussitôt

les plumes tombent : Dieu ne la vengôabît'iqu'aussi long« temps qa'elle se montrait patiente.

Basset, 12, 480.

La coii;BB pu habi.

77. — Une femme, ayant fait vœu de quitter le monde sept jours si Dieu guérissait son fils malade, se fait enterrer.

Par un trou lumineux du côté de sa tête, elle voit un jardin où deux femmes l'appellent. Un oiseau éventait Vune d'elles de ses ailes; un autre frappait la seconde de coups de bec. C'est que, vertueuses toutes deux, la première obéissait, en outre^ à son mari; l'autre pas.

Quand la mère revient du tombeau, elle obtient du mari offensé; qui va la voir avec d'autres personnes, qu'il pardonne et elle apprend, dans un rêve, que ce pardon a valu à la femme rebelle la cessatioQ de son châtiment*

Bassbt, 12, 672-67;^.

Puissance du bepbntib.

78. — David ayant crucifié un tjnran infidèle, celui-ci invoque, mais en vain, ses dieux, puis le soleil et la

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Inné. 11 s'adreasô^lors au Dieu véritable. Le lendemain, quand les gea^ ont obtenu de David d'aller le détacher de la croi^V^Js le trouvent sur le sol et en bonne santé.

••gXssET, 13, 228-229.

La bonne intention.

79.— JJn dévot israélite ignorant, qui a un âne, offre à Dieu, s'il en a un aussi, de le faire paître avec le sien. Un prophète ayant blâmé le dévot, Dieu lui ordonne de le laisser en paix, car il récompense chacun suivant son intelligence.

Basset, 13,482.

Pèbe et mère honoreras.

80.— David s'imaginant un jour que nul n'est plus pieux que lui, Dieu Fenvoie à un vieillard qui jeûne et prie depuis sept cents ans, parce qu'en passant sur une terrasse sous laquelle se trouvait sa mère, il a fait tomber sur elle un peu de terre et qu'il ne sait pas si elle est, ou non, irritée contre lui ; David lui ayant appris que sa mère

n'était pas soas la terrasse et qu'elle n'est pas fâchée, non plus que Dieu, il demande à mourir et est exaucé.

Bassst, 13, 619-620.

Chabité envebs les animaux.

81. — Une gazelle, prise par un chasseur, obtient, grâce à l'intervention de Jésus, d'être mise en liberté pour aller allaiter ses faons, promettant de revenir. Jésus, trouvant une brique d'or rouge, veut la donner au chasseur pour rançon de la gazelle ; mais comme celui-ci l'avait égorgée à son retour, Jésus fait contre lui des vœux que Dieu exauce.

Basset, 13,486-487.

La pbièbe.

82. — Jésus, qui a passé par une ville florissante, habitée par des gens vertueux, la revoit ruinée trois ans après. L'ange Grabriel, sur l'ordre de Dieu, lui révèle que la cause unique de cet événement, c'est qu'un homme, qui avait cessé de prier, s'est lavé un jour le visage et les mains dans une des sources de la ville.

Basset, 12,247.

La PEIÈBE HYl»ÔCEITi.

83. — Sur Tordre de Moïse, le peuple demande de la pluie à Dieu. Elle arrive et les semailles poussent; mais les épis ne contiennent pas de grain. C'est que leur prière n'avait pas été sincère.

Basset, 14, 216.

La pbiébe musulmane*

84. — Jésus, ayant vu s'ouvrir une pierre bls^nche, où un vieillard adore Dieu depuis quatre cents ans et est nourri de raisin. Dieu lui révèle que la prière de celui qui prie la nuit du milieu de cha^'hâne est pluB méritoire à ses yeux que ces quatre siècles de dévotion.

Basset, 12, 678.

Le conte est peut-être dû à Ibn *Abbâs.

Le monde.

85. — Le monde se montre à Jésus sous l'apparence d'une vieille femme et lui dit qtie, très souvent mariée, elle a tué tous ses maris.

Tibr, 34. — Basset, 12, 68.

Vanité db la noblesse,

86. — " On demanda à Jésus : Quelles gens sont les plus nobles? Il prit deux poignées de terre et dit : Laquelle est la plus noble ? Puis il les réunit, les jeta et dit : Tous les hommes viennent de la terre; le plus noble aux yeux de Dieu est celui qui le craint le plus. „ *

Basset, 13, 247.

Le vêtement d'Aron.

87. — "' Lorsque Moïse appela Pharaon {Fira'oun) à la vraie foi, son frère Aron (Haroun) était debout près de lui. Le roi le vit et demanda : Moïse, quel est cet homme ? — C'est mon frère. Aron était doué de beauté et de grâce. Pharaon ordonna de le dépouiller de ses vêtements, de prendre le bâton de Moïse et de les en frapper tous deux. Quand on le fit, Gabriel descendit sur le champ, apporta une tunique du Paradis et en revêtit Aron. Sur ce vêtement étaient douze morceaux d'étoffe de couleur différente et chacun portait le nom d'une des tribus d'Israël. A cette vue, Pharaon dit à Aron : D'où cela te vient-il ? — Dieu me l'a envoyé du

^ Toutes les histoires où Jésus joue qd rôle ne sont pas tirées des évangiles apocryphes et il en est, semble- t-il, où Tauteur arabe a remplacé le nom de quoique docteur juif, qui en était le héros, par celui c!e Jésus, que ses compatriotes connaissaient mieux. (Vcir, par exemple, le no 44 et lo passage au Monatsschrift qui y est cité.)

Paradis. La crainte s'empara du cœur du roi et de ses soldats. Leurs membres tremblèrent de peur et ce vêtement devint une cause de salut pour Moïse et Aron de qui Pliaraon ne put pas triompher. „

Basset, 14, 167.

Relevé des principales matières.

Alexandre, n°' 4 — 59.

Ange de la mort, n*^" 1 —2 — 3 — 30 — 31 - 40. — Cfr. Hibboîir, n**' 4 et 5.

Animaux (Charité envers les), n*' 41 —42 — 43 — 81.

Arbre adoré, n" 24. — Hibbour, n* 2 ; cfr. n" 3.

Argent parlant, n° 2. — Cfr. n'' 70 et Hibbour, n" 3.

Aron, n° 87.

Aumône, n^' 19 — 32 — 43 - 44 — 45 — 46. — Hibbour, n'" 1 et 4.

V Aveugle et le boiteux, n' 34.

Barsîsâf n" 50.

Bonne action récompensée, n**' 11 — 17 — 20 — 33 — 47 48 — 49 - 74. Voir Vertu.

Caution de Dieu, n' 27.

Chauve-souris, n° 39.

Chevaux, n* 28.

Colère, n« 65.

Conversion, n**' 13-14.

Crâne, n" 4—23. Voir Ossements.

Daniel, n° 22.

David, n°" 1 - 23 — 78 — 80.

Dédain du monde, n*' 4 — 58—59.

Destin, n* 25.

Enfants tués, n' 5 1 . Feu inoffensif, n' ' 1 1 ~ 33.

Hégiage, n^MO - 60.

Huppe, n° 29.

Intention (La bonne), n" 79. .

Jacob, n" 66.

J&its, n^'23 — 34-37 — 39 — 44 — 54 — 68-69— 70 — 73 — 81 — 82-84 — 85 — 86.

Joseph, n" 66.

Juges, n'' 71.

Justice de Dieu, n"" 15 — 57.

Mains coupées, n**" 19 - 52. — Cfr. n" 41.

Maîtres (Les deux), n* 75.

Malédiction, n^' 52 - 81. Voir Prière.

Mari en colère, n" 77.

Méfait puni, n'" 50 - 51 — 52 - 53 - 54 - 55 - 72 — 73. Moise,ii' 67 — 83-87.

Monde. Voir Dédain et Néant.

Néant du monde, n" 37 — 85.

Noblesse (Vanité de la), n" 86.

Nouchirwâne, n* 5.

Nîiée, n" 12 — 74.

Ossements, n°" 58 - 59. Voir Crâne.

Parents (Respect dû aux), n** 80.

Perle, n^' 20 — 47.

Personnifications, n" 19. - Cfr. Hibbour, n" 3. Pharaon, n" 87.

Pierre effrayée, n" 70.

Prière (Efficacité de la), n*»' 12 — 6^.— Négligée, n» 82 hypocrite, n* ^3 — mustdmane, n" SL Voir Malédiction.

Repentir, n^' 74 — 78,

Représailles, n' 21.

Réunion, n**' 6 - • 7 - 17.

Sainteté, n*- 8 - 9 - 10 - 12 — 16 — 18 - 26 - 36 60 — 61.

Sâlih, n* 45.

Sàlomon, n~ 29 - 30 - 40 - 43.

Scrupule, n" 35.

Serment, n» 17. — Eludé n**' 62 - 63.

Sueanm, n" 22.

Tentation, n^' 48 — 49 - 50.

Fiac/ie, n' 67.

Vengeance, n"* 70.

Ferrie récompensée, n" 9. Voir Bonne action.

Vicissitudes de la fortune, n* 64 .

Ville ruinée, n" 69 — 82.

Voleurs (Les trois), n" 68.

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Le Hibbour maasiot ^

L'aumôn£.

1. Babbi Méir avait l'habitude de ne quitter le temple qu'à dix heures du matin. Un jour, après avoir fait sa prière, il lui arriva de sortir plus tôt que de coutume, et lui-même s'étonna de cette anomalie : ** Pourquoi, se dit-il, suis-je ainsi parti avant l'heure? U faut que je me hâte, car peut-être Dieu veut-il me faire l'instrument d'un miracle. „

Bientôt il rencontra deux serpents conversant entre eux : ** Où vas-tu, disait l'un? —Dieu m'envoie, répondit l'autre, mettre à mort Juda d'Anatot avec ses fils, ses filles et toute sa maison. — Et pourquoi? — Parce que, avec toutes ses richesses, il n'a jamais fait l'aumône. „

A ces mots, Eabbi Méir résolut d'aller trouver Juda pour essayer de le sauver avec sa famille. Arrivé à un torrent, il vit le serpent qui voulait passer pour aller remplir sa mission. Méir lui défendit de franchir le torrent sans sa permission ; puis il se rendit chez Juda, la figure voilée, pour n'être point reconnu. A sa vue, Juda et les siens s'écrièrent : ^ Voilà un voleur qui en veut à nos biens! „ Méir, ayant entendu ces mots^ alla se cacher dans l'étable des chameaux. Mais, quand Juda

^ Méluaine 2, 569-574. Voir, plus haut, p. 32-331

se mit à table avec sa famille, il vint se placer à côté d'eux. Aussitôt ils se mirent à Piujurier et voulurent le chasser, mais il leur dit : '^ Je ne quitterai la place que lorsque j'aurai mangé, car je suis affamé, j.^ On lui donna donc à manger et à boire ; en outre, Méir prit un pain de la table et dit à Juda : " Tends-moi ce pain, en me disant : Voilà ce que je te donne par charité. „ " Il ne te suffit donc pas de t'être restauré à satiété, riposta Juda , tu en demandés encore davantage ! „ Que fit £. Méir? il éteignit la lumière, ôta son voile et illumina la chambre de son éclat *. Alors tous reconnurent £. Méir, et se levèrent pour lui demander grâce ; Juda donna le pain à E. Méir, en ajoutant : " Voilà ce que je t'offre par charité. „ ** Maintenant, lui dit E. Méir, envoie ta femme, tes fils et tes filles, chacun en un autre lieu, hors de chez toi. „ Juda obéit, et il ne resta plus dans la chambre que lui et E. Méir.

La deuxième heure de la nuit étant passée, le rabbin permit au serpent de traverser le torrent, et le reptile arriva à la maison de Juda, tandis que Méir était sorti pour un besoin pressaût. Le serpent entre chez Juda et veut le tuer, mais tout à coup revient E. Méir : " Que fais-tu ici? — Dieu m'envoie mettre à mort E. Juda et sa famille. — Et pourquoi? — Parce qu'il n'a jamais fait l'aumône. — Tu te tronïpes, car hier il m'a donné à boire et à manger et, en outre, il m'a gratifié d'une miche de pain pour la route. Sors donc d'ici, car tu n'as en ce lieu aucun pouvoir. „ Sur ces mots, il le chassa

* C^est une tradition talmudique fondée sur Tinterprétation du nom de Méir, qui signifie : celui qui éclaire. Pareille tradition exiâte aussi pour Moïse, qui, à sa naissance, illumina la maison. Voir Bâcher, Revue des études juives, V, p.l78.

de force et ferma la porte sur lui. Puis il recommanda à Juda de ne point ouvrir la porte jusqu'au lendemain.

Au bout d'une heure revint le serpent, qui, prenant la voix de la femme de Juda, s'écria :

" mon mari, ouvre-moi la porte, car j'ai froid et suis glacée. „ E. Méir lui dit: "" N'ouvre pas, ce n'est pas ta femme qui est dans la rue. „ Après un court répit, le serpent, prenant la voix du fils aîné, cria : '^ Mon père, ouvre-moi la porte, car j'ai peur d'être dévoré par les bêtes féroces. „ — Ne crains rien, dit E. Méir à Juda celui qui t'appelle n'est pas ton fils ; va te coucher et n'ouvre pas. „

Juda entendit ainsi successivement la voix de tous ses enfants, mais R. Méir le dissuadait d'ouvrir la porte. A la fin, le serpent, voyant qu'il n'avait pas de pouvoir sur la vie de Juda, fut pris de tremblement, il se roula à terre et s'écria : " Malheur, les décrets rendus par les êtres supérieurs sont annulés par les inférieurs ! "' Puis il se précipita à terre et mourut.

Deux heures après, arriva la femme de Juda avec ses fils et ses filles. "' Demande-leur, dit E. Méir à Juda s'ils sont venus t'appeler cette nuit. „ Sur sa question, ils répondirent qu'en effet ils n'étaient point sortis jusqu'au matin de la maison où ils s'étaient réfugiés. "' Viens avec moi, dit E. Méir, je vais te montrer qui t'a appelé cette nuit. „ Ils sortirent et virent le serpent étendu, inanimé, sur le seuil de la porte. Alors ils rendirent grâces à Dieu, et Juda s'écria : "" Béni soit celui qui a fait ce miracle en ma faveur ! „ Il jura à E. Méir qu'il ne renveïrait plus jamais à vide les pauvres qui viendraient l'implorer.

Je ne t'ai raconté cette histoire que pour t'apprendre à craindre Dieu tous les jours.

~ 112 — L'abbbe mystébieux.

2. Un homme pieux, qui respectait Dieu, même en secret, avait un champ où se trouvait un caroubier. Or, sous cet arbre était un démon, et tous les passants s'asseyaient sous son ombre et détérioraient les végétaux que l'homme pieux avait plantés en ce lieu. Un jour, il dit à sa femme : " Je vais abattre cet arbre, pour que nos plantes ne soient plus détruites. — Fais comme tu l'entends, répondit-elle. " Aussitôt il prit sa hache et se mit en demeure d'exécuter son dessein. Mais un démon sortit et lui dit : "' Ne coupe pas cet arbre ; je te donnerai chaque jour un denier d'or. — - Non, répondit l'homme. — Je t'en donnerai trois. „ L'homme y consentit et, abandonnant son projet, s'en revint chez lui.

Le lendemain, il se rendit près de l'arbre et y trouva trois deniers d'or. Tous les jours il les trouvait, et il devint bientôt riche. Il acheta des maisons, des jardins, des esclaves, mais il ne savait pas d'où lui venaient ces pièces d'or. Un beau jour, ses fils moururent, puis ce fut le tour de ses serviteurs. " Il faut que j'aie péché, se dit-il, pour que mes enfants et mes gens périssent ainsi ! „ Que fit-il? Il se dirigea avec sa femme vers l'arbre, pour ramasser, comme d'ordinaire, ses trois deniers ; il vit là des gens qui s'amusaient sous l'arbre. Lui et sa femme imitèrent leur exemple, mais ce jour-là, point de pièceâ d'or. Ce que voyant, l'homme se décida à abattre l'arbre. Un démon alors en sortit par en dessous et lui dit : " Si tu ne t'étais pas amusé sous cet arbre, j'aurais été forcé de te fournir perpétuellement ces trois deniers, mais, par ta faute, je n'ai plus besoin de rien te donner. „ L'homme pieux alors prit sa hache pour faire tomber l'arbre. "N'y

touche pas, dit le démon, ou je te tue. „ Notre homme fut pris de terreur et alla raconter son histoire au Sanhédrin. Celui-ci lui dit de vendre tout ce qu'il avait acheté avec cet argent, de rendre la somme au démon et d'abattre Tarbre. L'homme pieux suivit ce conseil, puis il appela ses gens et s'attaqua à l'arbre. Tout à coup un démon sortit et lui dit : " Accepte six deniers par jour et ne me détruis pas. — Tu me donnerais tout l'or du monde que je ne te laisserais pas. " En entendant ces mots, le démon prit la fuite. Quant à l'homme, après avoir coupé l'arbre, il s'en revint chez lui. L'année suivante, il ensemença son champ et récolta cent mesures d'orge qui lui rapportèrent huit cents deniers d'or. La deuxième année, en labourant il trouva un trésor caché sous l'emplacement de l'arbre, et il l'emporta chez lui. — Ceci montre que celui qui se conforme à la volonté de Dieu, reçoit sa récompense, ainsi qu'il est écrit : "' Il accomplit la volonté de ses fidèles „ ^

L'iDOLATEIE.

3. Un homme pieux, en déblayant sa cour, trouva à l'orifice d'un puits un très beau marbre. Il l'emporta chez lui pour s'en servir. Un jour, la pierre lui dit: '^Si tu voulais me déplacer, me laver, me nettoyer et m'installer dans ta maison en un endroit convenable, je t'enseignerais le moyen d'acquérir beaucoup d'argent. „ L'homme y consentit. Après avoir été placée en un lieu propre, la

* Dans rhistoire de Merlin, il y a un conte analogue; voir Legrand d'Aussy, Fabliaux inédits^ V, p. 138.

pierre dit à Phomme : „ Va en tel endroit et tu y trouveras ton ami qui conduit des ânes chargés d'or et d'argent; dans le chemin est une fosse, il y tombera, tu iras à sa rencontre, tu l'aideras à se tirer d'embarras et il te donnera beaucoup d'argent. „ Il s'y rendit et vit son ami gisant dans le fossé, il l'aida à en sortir et reçut en récompense une forte somme. Il s'en revint chez lui avec cette fortune, heureux et content.

Trois jours après, la pierre lui dit : ** Si tu allumais devant moi une lampe, je te donnerais encore plus d'argent. „ A ces mots l'homme comprit que c'était un démon qui lui parlait et qu'il voulait l'entraîner à l'idolâtrie. Que fit-il? il prit un marteau et fit mine de vouloir briser la pierre. Aussitôt un démon en sortit qui lui dit : "' Si tu consens à ne pas détruire cette pierre, je te donnerai une fortune incommensurable. — Quand tu m'offrirais tout l'or du monde, répondit l'homme, je ne laisserais pas de briser cette pierre. „ Le démon, voyant qu'il avait fait fausse route, s'enfuit, et l'homme mit à exécution son dessein. Dieu l'en récompensa, car, l'année suivante, en creusant, l'homme découvrit un grand trésor. Lorsque les sages apprirent cette histoire, ils dirent : " Dieu accomplit la volonté de ses fidèles. „

L'aumône. — L'ange de la mort.

4. Ben Sabbar recherchait toujours les occasions de faire la charité. Ayant appris qu'un orphelin d'une ville voisine voulait se marier, mais n'en avait pas les moyens, il prit tout ce qu'il possédait et alla le lui porter. En revenant chez lui, il fut arrêté par un torrent large

de quatre parasanges, où se trouvait un dragon qui exerçait sa cruauté sur tous les passants. Mais le dragoii se changea en pont devant lui, et Ben Sabbar y passa sans dommage. Sur l'autre rive, il rencontra un homme d'une extrême laideur, qui lui dit : " Est-ce toi Ben Sabbar ? — Oui — D'où viens-tu ? „ Ben Sabbar lui raconta son histoire. " Ta destinée est on mon pouvoir, dit l'autre, ta fin est arrivée. " Ben Sabbar, en entendant ces mots, devint tout livide et, levant les yeux au ciel, il s'écria : " Maître de l'univers, celui qui toute sa vie, s'est adonné à la loi et à la charité mourrait-il si jeune? Voilà le salaire de la vertu ! Tu as décidé que je meure hors de ma demeure, comme une vile créature, et ma famille ne pourra même pas me rendre les derniers devoirs ! j, Une voix sortit alors du ciel, qui lui dit : " Tu as encore le temps de te rendre chez toi et de t'étendre sur ton lit. „

S'étant éloigné de l'ange de la mort, il rencontra des gens qui venaient au devant de lui. Il leur demanda s'ils n'avaient pas dans leur ville un rabbin ou un étudiant qu'il pût aller saluer. " Nous avons même un rabbin célèbre, Schefifon ben Laïsch, „ lui répondirent-ils. Il se rendit chez le rabbin, qui l'accueillit avec joie. Remarquant sa pâleur, il lui demanda ce qu'il avait, s'il n'avait pas faim. — Je n'ai besoin de rien, répondit notre homme, et il lui fit le récit de ce qui lui était arrivé en chemin. " Reprends courage, dit Schefifon, Dieu te sauvera de la mort. " Cinq jours après, apparut un grand nuage, qui vint envelopper la maison. '^ Maître, dirent au rabbin ses disciples, ne vois-tu pas ce grand nuage qui entoure ta demeure ? — Allons voir, dit Schefifon, si toutes les autres maisons de la ville présentent pet aspect. „ A ce

moment se présenta l'ange de la mort devant Schefifon : " Bends-moi, lui dit-il. le dépôt que tu détiens. — Quel dépôt ? — Ta vie et celle de Ben Sabbar. — Va t'en a ton ouvrage, tu n'as rien à ËEÛre ici. "" L'ange alla reporter à Dieu ces paroles : "" Maître de l'univers, Schefifon ne veut pas me laisser entrer chez lui^ il m'en a empêché en invoquant ton grand nonL — Va lui dire que je n'en veux pas à sa vie. que je réclame seulement celle de Ben Sabbar. ^ L'ange redescendit et signifia à Schefifon l'ordre de Dieu. Le rabbin fit la même réponse que la première fois. Alors se fit entendre une voix disant : '^ Que faire à ces deux justes ; nous rendons des arrêts et il est impossible de les exécuter. Allez, dit-il aux anges, et ajoutez soixante-dix ans à la vie de chacun d'eux. «

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