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PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

Nous offrons à Tattention des personnes qui s'intéressent aux travaux les plus élevés de l'esprit quelques parties achevées et quelques fragments d'un grand ouvrage que des circonstances fatales et ensuite la mort, une mort douloureusement imprévue, ont seuls empêché l'auteur de finir et de publier pour l'honneur de son nom et l'avancement de la philosophie.

Cet ouvrage aurait présenté un caractère unique par l'assemblage de qualités rares et souvent opposées : l'importance d'un sujet très-resserré en un sens, et cependant le plus vaste de tous, philosophique à la fois et vivant, et même dramatique ; l'immensité des développements et des applications, la profondeur de la pensée, l'ardeur de la conviction et la perfection du style.

Les parties et les fragments qui en ont été con-

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serves suffisent pour témoigner d'un effort de méditation et de volonté tel qu'on n'a pas coutume d'en observer plusieurs dans le cours de quelques siècles. Le lecteur y trouvera de fortes analyses, poursuivies à divers points de vue et sous des formes variées, de la question si rebattue en apparence, et cependant toujours neuve par le fait, du Ubre arbitre et des futurs contingents dans leur rapport avec la doctrine dels, prescience divine. L'auteur pensait fermement que non-seulement le dernier mot n'avait pas encore été dit sur ce redoutable problème, dont les esprits s'éloignent à tort le croyant insoluble ou épuisé , mais que même l'intelligence des points les plus clairs et la notion énergique et réelle du point principal n'avaient pas été obtenues avant lui. Les plus grands philosophes, avec leurs tâtonnements ou leurs contradictions avérées, et à l'exception d'un seul qui est Aristote, lui semblaient en avoir parlé comme des enfants.

Parmi les amis dévoués du mort et de sa mémoire, il en est un qui lui est redevable d'une partie essentielle de sa foi et de ses travaux en philosophie. Celui-là a déjà déclaré sa dette au public, auquel il a fait connaître des théories nouvelles touchant les questions du libre arbitre et de la certitude; mais il importe encore à sa con-

FRÉrAGE i>£ l'Éditeur. m

science que ce même public puisse prendre communication de la propre pensée et des propres termes du premier initiateur.

Malheureusement on ne pouvait songer sans quelque peine et sans scrupule à publier dans les formes ordinaires l'œuvre incomplète et souvent firagmentaire d'un homme, regardé il est vrai de son vivant, et du commun accord de tous ceux qui ont pu l'entendre, comme un maître et un génie, mais aussi qui avait une préoccupation extrême, celle de ne livrer à la publicité que des choses achevées (achevées comme on n'achève plus), et qui aurait tenu à ne divulguer ses travaux, les eût-il menés à fin après trente ans d'efforts, que dans des conditions propres à les distinguer de tant d'oeuvres éphémères de la philosophie contemporaine. Ainsi, d'un côté, on ne pouvait accepter l'idée de priver la philosophie du fruit des méditations et des veilles, veilles hélas trop réelles et trop prolongées, d'un si rare penseur et d'un écrivain si accompli , ni laisser dans l'obscurité la mémoire d'un tel homme et assurera d'autres, pour l'avenir , toute li gloire de mettre à profit les inspirations fécondes qu'il a répandues sur son passage. Mais, d'un autre côté, il fallait craindre de mal servir les intentions de Fami et de l'auteur, en se montrant moins sévère

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