V PRÉFACE DE L'ÉDITEUR
et moins respectueux qu'il ne Pétait lui-même , vis-à-vis de sa propre conception et du public.
Cette difficulté, qu'il a paru difficile de surmonter entièrement , se trouvera du moins tournée par le parti qu'on a pris : celui de faire imprimer toute la partie suffisamment élaborée des manuscrits, mais à un petit nombre d'exemplaires qui ne seront pas mis en vente. Distribués à quelques personnes choisies, la demi-publicité qui en résultera ne fera, si l'on veut, qu'agrandir la sphère de ceux qui ont pu entendre le philosophe lui-même et profiter de ses leçons. Mais en même temps elle assurera à l'auteur un public réel, une postérité, et des titres datés dans la longue élaboration de la pensée humaine.
Le choix des morceaux à éditer de cette manière pouvait passer encore pour une question délicate, mais beaucoup moins que s'il se fût agi d'un tirage ordinaire et d'une publicité sans réserve. Par bonheur, ce dernier scrupule s'évanouit en présence du style des fragments, et des moindres, on peut même dire de ceux où il est facile de voir que l'auteur n'a pas mis la dernière main. Ce style achevé dans sa précision et dans sa beauté, et qui mérite partout d'être respecté, tout au plus rétabli, dans les rares mots dout^eux, avec le soin qu'on apporterait à l'étude
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d'un texte ancien, sera par lui-même d'un grand attrait pour le lecteur. Il permet de donner , avec les parties terminées, d'autres morceaux que Tauteur n'a ni mis en place, ni toujours autant travaillés, mais où éclate le même mé^ rite supérieur, et qui s'ajoutent utilement aux parties les plus châtiées, pour faire connaître l'homme et le penseur tout entier.
Aux motifs si sérieux que l'on avait de sauver de l'oubli les manuscrits de M. Jules Lequier , une autre raison est venue se joindre , et celle-ci de telle nature que l'hésitation n'était plus permise. Le lecteur en jugera parla brève notice qu'il convient de donner de la vie de celui dont il va pouvoir apprécier l'œuvre.
Jules Lequier (1), né le 30 janvier 1814, à Quintin (Côtes-du-Nord), fit ses premières études aux collèges de Saint-Brieuc et de Pont-Levoy, passa au collège Stanislas, puis à Tinstitution
(1) Cette orthographe de soanom est celle que lui-même avait adoptée définitivement, et, croyons^nous, pour de bonnes raisons. 8on certificat de libération du service militaire (probablement d*après son acte de naissance) porte Lequier. La môme orthographe se trouve dans les pièces émanées de son père ou adressées à son père, quand ce dernier servait comme chirurgien de marine sur la flotte et au port de Brest. A l'École polytechnique, il signait Léquyer^ et c'est ainsi que le nom est reproduit dans toutes les imblications tirées des archives de celte école.