PROBUS OU LE PRINCIPE DE LA SCIENCE
UNE DAMS {à un vieillard assis prés ddte.)
Que pensez-vous de ceci ? Quel peut être ce nouveau venu qui tient un langage si étrange?
LE VIEILLARD
Vous savez que les derniers livres d'Augustin ont produit beaucoup de trouble parmi les moines d'Adrumet. A l'excès de confiance de ce jeune homme qui vient apporter la science au maître^ je serais presque tenté de croire qu'il arrive du monastère môme d'Adrumet.
LE MAITRE {à Caliste,)
Remettez- vous de ce trouble. On ne vous demande que de répondre avec simplicité et dans la droiture de votre cœur. Si vous vous trompez dans vos réponses, et si l'on essaie de tirer parti de vos erreurs, je saurai réparer le dommage que vous aurez faitinvolontairemenl à la vérité.
PROBUS
Maître, je vous en rendrai grâce pour moi. (il Caliste :) Je vous rends grâce à vous-même de vous prêter comme vous le faites à ce que je désire. Je ne vous demande que ce que je vois bien qu'il vous est facile de me promettre : des réponses sincères.
CAHSTE;
J'ignore votre dessein et jusqu'à quel point vous prétendez tirer parti des erreurs que je ferai sans doute. Je m'étonne que vous ayez quelque chose à
enseigner à celui qui consent à vous laisser prendre ici sa place. Mais ai vous apportez une vérité, le maître qui la recevra de vous saura vous en payer le prix en vous éclairant vous-même. Si vous avez raison, s'il ^t un instant votre disciple, il sera votre maître ensuite.
PROBUS
C*est bien ainsi que je Ten tends. Je vous demande d'abord de répondre à cette question : Si une mère disait à son enfant : Mon enfant, autre est la vérité pour Dieu, autre la vérité pour l'homme. Ce qui est vrai pour l'homme n*est pas vrai pour Dieu, et ce qui est vrai pour Dieu n'est pas vrai pour l'homme. Néanmoins ces deux vérités, l'une pour l'homme et l'autre pour Dieu, tout opposées qu'elles sont, n'en sont pas moins des vérités, et des deux affirmations, celle de Dieu et cellç de l'homme qui se contredisent sur le même objet, chacune est vraie ; que penseraistu de cette mère ?
GÂLISTE.
En quel sens faut-il prendre ce que vous dites? Je ne puis croire que j'ai bien entendu.
PROBUS
Dans le sens qui clairement s'en présente d'abord à toi. Deux hommes qui affirment le oui et le non sur le même objet ne peuvent avoir raison ensemble. Cette mère dont je parle dirait à son enfant qu'il n'en est point ainsi quand c'est, non plus de deux hommes, mais de Dieu et de Thomme qu'il s'agît.
Î4i PROBUS ou LE PRINCIPE DE LA SCIENCE :
CALISTE
Je plaindraiscette mère, et encore plus sooenfent.
PROBUS
Et moi je félicite la mère dont l'enfant m'a fait cette réponse. — Dieu est-il tout-puissant?
I CALISTE
Vous pourriez aussi bien me demander si Dieu existe, car ce nom, le Tout-Puissant, est un des noms de Dieu.
Puisque Dieu peut tout. Dieu peut donc faire un cercle carré ? autrement quelque chose lui serait impossible.
CALISTE
Un cercle carré n'est pas quelque chose.
PROBUS
Assurément. Mais j'insiste et je dis : Si quelqu'un disait ; Dieu ne peut faire un cercle carré, faudrait-il dire qu'il dit quelque chose d'absurde?
CALISTE
Il me semble que le sentiment qui accompa^erait son ^affirmation serait pour beaucoup dans le jugement qu'on en devrait porter. S'il voulait dire que ce serait mal entendre la puissance de Dieu que d'aller jusqu'à croij o qu'elle peut faire des choses impossibles parce qu'Iles sont contradictoires, il aurait raison. S'il parlait (je n'ose presque pas faire cette supposition tant elle est singulière), s'il parlait comme par une sorte de défi à Dieu, et se réjouissant