‹ La recherche d'une première véritéChapitre 34 sur 63 · PREMIER DISCIPLE · texte numérisé non relu

PREMIER DISCIPLE

Question grave! un piège! Gomment voulez^vous qu*il sache que le mal est une privation ? '

CALISTE

Il fait ce qu'il doit ne pas faire et il ne fait pas ce qu'il doit faire.

PROBUS

De même que l'on dit sans porter atteinte à la puis*sance de Dieu qu'il ne peut pas faire exister ensem* ble des contradictoires ; et que sa volonté sans cesser

214 PROBUS OU LE ritlNCiPK DE LA SCIENCE :

d'être souveraine ne veut pourtant pas tout ce qui se fait, ne doit-on pas dire pareillement : La science infinie de Dieu ne saurait s'appliquer à ce qui de sa nature n'en est pas l'objet ?

CALISTE

Je ne vous comprends pas bien.

Un cercle carré ne peut être l'objet de la puissance divine ; la volonté mauvaise du méchant n'est pas voulue par la volonté de Dieu; de même une volonté que je suis libre de prendre ou de ne prendre pas n'est pas connue d'avance par Dieu.

CALISTE

Quel langage! Dieu ignorerait donc quelque chose.

PROBUS

Ce qu'il ignorerait ne serait pas une chose : comme tu disais tout à l'heure qu'un cercle carré n'est pas une chose.

Écoute. Tu es libre de faire une action. Dieu ne sait point que tu la feras, puisque tu peux ne pas la faire, et Dieu ne sait point que tu ne la ferçs pas, puisque tii peux la faire. Dieu sait seulement que tu es libre, et de même qu'en faisant l'homme libre il a lui-même librement restreint l'exercice de sa puissance dans le gouvernement, du monde, de même il a restreint sa science à l'égard de nos actes. Si Dieu voulait, il n'y aurait dans les événements futurs aucune ambiguïté : tout marcherait, pour ainsi parler, en ligne droite et rien dans l'avenir ne pourrait être

caché à-cette providence qui d'avance aurait déterminé tout ce qui devrait être. Mais Dieu qui est la Force et à qui rien n'est difficile, a mis dans notre âme une force par laquelle il est en notre pouvoir d'agir ainsi et d'agir autrement, de prendre cette voie ou cette autre. Pourquoi ce qu'il a voulu laisser, en quelque sens du moins, se dérober à l'action propre de sa puissance, ne T aurait-il pas laissé pareillement se dérober à sa science T

Dieu ne veut pas que le méchant veuille le mal, mais Dieu sait que ce méchant voudra le mal.'D le voit, comme il le permet.

PROBUS

* Ainsi tu reconnais qu'il y a des propositions vraies

commençant par ces paroles « Dieu ne peut pas, »

comme serait celle que j'énonçais tout à l'heure :

Dieu ne peut pas faire qu'un carré soit rdnd, ou que

ce qui a été n'ait pas été ; ou par ces autres paroles :

« Dieu ne veut pas. » Comme serait celle * ci :

Dieu ne veut pas que l'homme se perde, quoique

l'homme se perde quelquefois; ou par ces paroles

c Dieu n'aime pas » comme serait cette autre : Dieu

qui aime toutes ses créatures ne les aime pas toutes

également. Mais tu te refuses à admettre qu'aucune

proposition vraie encore commence par ces paroles

« Dieu ne sait pas. »

CALISTE

Oui, et je comprends très-bien que celui qui nere-

âi6 PROBUS OU LE PRINCIPE DE LA SCIENCE '.

connaîtrait pas, même avant de l'entendre tout entière, la fausseté de toute proposition commençant ainsi serait un sacrilège.

PROBUS

n est donc vrai en quelque manière que la science de Dieu est plus étendue que sa puissance et que sa volonté ?

c;ALrsTE.

En effet, car il nous laisse pour un temps résister à sa volonté, m^is rien n'échappe un seul instant à sa science. Il n'est point pour Dieu de ténèbres.

PROBUS

Ainsi tu n'approuverais pas celui qui dirait : Dieu peut tout, excepté ce qui est en soi contradictoire ; Dieu qui peut tout et qui a fait l'homme libre, et qui l'a laissé dans la main de son conseil, est Tout-Sachant comme il est Tout-Puissant, et rien n'est en dehors de sa connaissance que les seuls futurs contingents, ces futurs qui peuvent arriver et qui peuvent n'arriver pas, et qu'il lui est par conséquent aussi impossible de connaître qu'il lui est impossible de faire qu'un cercle soit un carré; celui qui parlerait ainsi tu ne l'approuverai s pas .

GALISTE.

Je te l'ai dit : je trouverais que celui qui parlerait ainsi parlerait comme un insensé sacrilège ou comme un insensé.

PROBÛS.

Ne serait-ce point parce qu'il te semblerait dépouiller Dieu d'une perfection? - <

C'est cela même.

PROBUS

Mais si je te montrais évidemment l'impossibilité d'accorder cette perfection avec d'autres perfections que tu reconnaitraisi si je te faisais voir clairement que le Tout-Puissant n'a pas po créer l'homme libre sans consentir à ignorer, au moins en un sens, l'usage que l'homme ferait de sa liberté, tf avouerais-tu pas que ta résistance serait désormais sans raison et ne verrais-tu pas comme un nouveau motif d'adorer la bonté d'un Dieu qui auraii consenti à se dépouiller d'un privilège qu'il aurait dépendu de lui de conserver, et aussi sa grandeur d'avoir créé un être indépendantde luienquelqué manière, je veux dire pour temps, car tu l'as déclaré toi-même : le méchant qui résiste à l'appel de l'infinie miséricorde tombe un jour sous la vengeance de l'éternelle justice.

CALISTE

Tune saurais me montrer avec évidence l'impossibilité d'accorder ces choses divines dont tu parles. Si (ce qu'à Dieu ne plaise) tu me la faisais reconnaître c'est que la grâce de Dieu qui m'aide à croire en Dieu m'aurait abandonné.

PROBUS

Enfant, sais-tu bien ce que c'est qu'être libre?

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