LE MARIN ET LA NOVICE
llBrtli« d Antoiiie*
C'était la nait, sur Tocéan Atlantique, à quelque soixante lieues S.-E. des Açores.
La mer dormait. Pas une ride à sa surface polie. On eût dit un gigantesque miroir de jais' reflétant à perte de vue la pâle lumière des étoiles. Le brick, la Torpille^ immobile, dressant vers *te ciel son symétrique édifice de bois et de cbanvre, semblait, ainsi éclairé par une lumière douteuse, un de ces modèles d'arcbittcture navale livrés sous verre à la curiosité du dimanche des honnêtes badauds.
Son équipage, en apparence du moins, dormait comme lui, comme le vent, comme la mer. Le pas de l'officier de quart, arpentant avec lenteur le plancher du gaillard d'arrière, rompait seul ce silence absolu. Ef^core s'aîrêtait-il^queliiuefois, prêtant craintivement l'oreille. Puis il feeomte^çait sa promenade, frisson-
tlé u Mnmuirr loia.
nant et t&chant de se reprendre à qiielqae souvenir de jeuD«M».à qoelqpie rèvc d1rv«&ir.
Il ne pouvait. Son énergie native s'affaissait sous cette angoisse indéfinissable, avant-^oût de la destruction, qui saisit l'homme dans l'absence complète de mouvements extérieurs et de bruits.
* L'air était tiède et lourd, le firmament limpide. Parfois pourtant une brume fugitive élevait entre les vergues ses diaphanes et capricieuses vapeurs. L'officier, naïf Breton qui avait gardé superstitions et croyances sous la calleuse enveloppe du marin, se signait pieusement alors. Il croyait voir grimper ou s'affaler le long des cordages les âmes en souffrance de ses parents trépassés.
Le pauvre diable eût changé volontiers ces quelques heures d'inquiétude vague et de méditation forcée contre deux nuits entières de belle et bonne tempête. Et pourtant il n'était pas au bout, le saUier, indifférent à tout, môme à la mauvaise humeur d'un lieutenant de brick du commerce, mesurait le temps grain à grain.. Plus s'impatientait c^ dernier, pkis la primitive horloge montrait de patiente et minutieuse exactitude.
Parfois l'envie prenait à l'officier de lancer toute la bordée de quatre dans les agrès. Et en effet, n'était-il pas honteux de voir ces fainéants de matelots faire corps avec le pied des mâts ou s'adosser inmiobiles contre le bastingage ?
Mais à quoi bon les déranger f les voiTes. étai^t dûment serrées sur leurs vergues^ comme "dans Y$ir* moire, attendant son tour, le tînga* d'une ménagère
u ttNMAUf mm. Mî
soigneuse. Les cordages, bien abraquév donnaient au brick ce vernis de fashion nantique, privilège exclusif d^oMinaîre des b&timenfS de FEtat. Dieu sait qu'on avait eu le temps du reste, depuis quinase grands jours de calme. Que faire donc? ithiter 4a mer, et le navire, et les matelots : ^^ se taire.
Le Breton voulait l^ea; mais la fièvre le gagnait. Ge silence de mort se transformait dans sa cervelle surexcitée en bruyant et fantastique tintamarre. Cette immobilité prenait vie ; c*était un mouvement désordonné, furibond ; un glas tintait à son oreille, dominé par des chants de f6te. Sa mère rappelait ; i&ais un branle joyeux Tenlaçaitde ses étourdissantes spirales ; sa mère, — sa bonne mère! — disait :
« Viens; je meurs. » Lui, se mêlait haletant à cette joie folle : il dansait.
Sa mère mourait; il dansait toujours.
Enfin, vaincu par cette prostration qui suit la fièvre, il se laissa tomber sur le banc de quart, incapable de voir, de parler et d'entendre.
Ge fut, en vérité, grand dommage; sans cet accident, il eût pu voir quelque chose de bien réellement vivant s'agiter, parler à voix basse, et enfin s'asseoir à quelques pieds de lui.
Ge quelque chose était un homme et une fessme : Antoine Malo, Iç second du bricH« et une tonte jeune fille de la plus exquife beauté. Gello-ci se hommait Marthe.
' — Antoine, disait-elle, ce doit être mal ee que je ftds là, Kais... vofis favez vouhi.
Mt tB ttSMiJIV Ml.
Antirine i*e|(brçail d'élever Jnsqif à ta lèrre rm main qa'on retirait obstinément.
— Voyons, Monsieur, reprit la jeune fille, toqs aviez in grand secret à me révéler, ce me semble. J'écoute.
— Marthe, murmura le second, ne Tavez-vous pas deviné?
La jeme fille se tut ; Antoine s'anima.
— 0 Marthe I dit-il, depuis longtemps vous savez que je vous aime. . ne niez pas ; vous le savez.
— Puisque je savais votre secret, Antoine, dit la jeune fille avec une raillerie enfantine, pourquoi me faire venir ici à oettp heure?
— C'est que je voulais savoir... Obi ne regardez pas ainsi autour de vous avec inquiétude, Marthe. J*ai compté sur ce calme quand jç vous ai donné rendezvous. Voyez ! le lieutenant dort sur son banc de quart, le timonier à sa barre, les matelots je ne sais où... perchés sur les vergues comme des oiseaux du large... N'ayez donc point de crainte, et dites->moi...
Antoine s'arrêta embarrassé. Marthe perdit son sourire et baissa les yeux en rougissant.
— Vous ne voulez pas, Marthe? reprit le second d'une voix à peine intelligible.
Il se sentait timide outre mesure devant cette ^ifant de seize ans, pure, sans défiance ni protection. Il ajouta pourtant encore :
— Vous ne voulez pas me dfre si vous m'aimez? Marthe leva les yeux. Une larme se balançait aux
longs cils de sa paupière.
— Antoine, dit-elle. Dieu a rappelé à lui celle qui
LB mf^jAiiT nom. t6f
me tenait lieu de mèref J*ai cru en vous ; je vous ai dit : Remplacez- la... N'est-ce pas preuve que je vous aime, Antoine? Aorais-je agi autrement avec un frère?
— Un frère! répéta tristement le second.
— Vous êtes trop jeune pour me servir de père, dit Marthe avec simplicité.
— Oîi! certes...* mais il est un autre lien..r La jeune fiile fit un mouvement pour s'éloigner.
— Non ! par pitié, restez 1 s'écria Antoine ; c'est la dernière fois que je vous parle ainsi. Hélas I j'avais cm.. . mon désir était si ardent !.. Pardonnez-moi d'avoir espéré, Martbe ; je suis biea cruellement puni.
Marthe s'était arrêté et regardait son compagnon avec une tendresse mêlée de pitié. Nous savons plus d'un honnête homme, fait comme vous ou moi, pas davantage, qu'iln tel regard eût rendu satisfait de luimême de fond en comble; mais le second de la Torpille n'était pas d'un naturel facile à encourager sans doute, ou bien plutôt il connaissait Marthe mieux que n«us. Toujours est-il que ce doux regard ne dissipa point sa tristesse.
— Avoir trouvé la femme qu'il fallait à mon bonheur, murmura-t-il, et rester seul au monde !
Marthe laissa échapper un soupir.
— Pauvre Antoine! dit-eile.
— Oui, vous me plaignez! s'écria-t-il avec amertume. Vous faites assez- pour, me laisser croire que, sans un hasard fatal, vous m'auriez aimé peut-être... Savez-vous que c'est à prendre en haine le Dieu qui vous enlève à moi, Marthe?
S70 u winiaT non.
La Jtnne filto ê% recula efl^a|te.
— Oh I Âiiioine I Antoine I — dit-elle.
Mais oeltti-€i ne vonlait pas écouter. Son esprit, à l'affût d*uu moyen de fléchir sa compagne, venait dâ se cramponner à une chance extréoie. Goaune ces remèdes violents qui sauvant ou tuent, son moyen devait amener une crise : il le saisit avec transport.
— A«ez-vous donc espéré me voir céder sans murmures? — ■ peprit-il. — Si j'avais eu un riyal heureux, je Taurais tué, Marthe. Vous vous donnez à Dieu, je blasphème.
Et comme la jeune fille, pâle d'épouvante, cherchait à Tarrêler d'un geste suppliant, sa voix prit un accent mélancolique.
— J'étais chrétien, — dit-iL — Ma bonne mère m'avait dit autrefois : Priel et je priais au souvenir d'elle... Mais voilà qu'un jour la félicité se trouve sur mon passage : une femme que j'aime de mon premier amour... Et Dieu vient qui se met entre inoi et le bonheur ... Je crois encore , * mais je maudis^!
— Grâce I grâce ! dit Marthe.
— Je maudis I — répéta Antoine avec vjolélice; — car cette jeune fille, qui m'eût fait bon avec sou amour, me rejette loin des principes de ma jeudiesse» Par elle, je suis malheureux ; pour elle, je serai criminel, peut-être.
Marthe s'était mise à genoux.
— Mais, — continua Anjplne, dont la voix grave et mordante arrivait comme une menace aux oreilles
^de sa compagne, — mais la jeune fill^e sera en paix avec sa conscience ; elle aura rempli son vœu... Que
U MSimUJIT HOU. 171
sa volonté soit faite! elle aura daimé celai qui Taimait plus que la vie. •
Le silence, qne nous avons essayé de décrire au oommeucement de ce récit, régna de nouveau, troublé seulement par les sanglots étouffés de Marthe et un bruit vague, inexplicable.* Nulle oreille à bord ne s'ouvrit pour le saisir.
— Antoine, — dit enfin la jeune fille» — que Dieu ait pitié de moil.. je vous aime.
Le second, ivre de joie, tomba aux genoux de Marthe.
Ce fut un de ces instants si rares, si courts, oii rftme se recueille pour savourer à loisir son l)onheur ; Antoine regardait, idolâtre et fou, cette pure enfant qui venait de lui donner son cœur. Sa mai» pressait à peine la main de Marthe; un religieux respect avait remplacé sa fougue. De bonne foi, il s*étonnait de son audace.
Une heure après, il était encore à genoux. La tète de Marthe s'était penchée, et les longues mèches de ses beaux cheveux blonds venaient frôler la rude et épaisse 'chevelure du marin. Il se faisait entre eux comme un suave et silencieux échange de pensées. Qu*avaient'ils faire de paroles?
Le quart touchait à sa fin. La mer s*était insensiblepient couverte d'un brouillard épais. Le brick aonna un léger qpup de tangage.
Deux ou trois tôtes s^ levèrent le long du platbord.
— As-tu sei^ti, matelot?
— Oui, le brick flaire le vent d'une lieue.
f7i lË mimiAirr koir.
— Si ça ponvait tant seulement ttre ça!
Et le premier interlocuteur présentait successireroent sa joue à toutes les aires de vents.
— Pas plus qu'à fond de cale, — dit il enfin avec désappointement.
Cependant les oscillations du nayire devenaient plus fréquentes et moins problématiques ; plusieurs matelots s'étaient déjà mis sur leurs jambes.
— Venez, Marthe, — dit Antoine à voix basse.
La jeune fille, effrayée de ce réveil soudain, se levait pour suivre son compagnon, lorsque tout à coup sortit du brouillard ...
Mais j*aimerais à vous dire maintenant ce qu'étaient le brick la Torpille, la jolie Marthe et Antoine Malo, son heureut amant.
Le Mrjneiit.
Soos le règne de Louis XY, un enfant inconnu fut recneilli p9f ]fds sœurs de la ob^Ué de Vannes : e'ëtait ime fille ; on la nooun^i Marthe. Pendanit^Q;se ans, elle véeal ayec tes lK)nne3 religieuses, n*é«outanl que dea pait^ 4e paix» ne voyaut que des actes de miséricorde et de di^youeaieat. (larthe sut apprécier leur y^e ; pfirmm n'influença sa voi^tioii ; elle demanda elle-'Oifinie i Cair^ son novy^iat.
Q» 40^ mie joie généraJle ^ icette nouyelle, j^|||>Marthe était li fllte chérie de la coQiwanauté. On avait tu souvent quelque sainte sœur, rigide pour eUe-mâme et noatnt à peine le grossier cordon de sa jupe de bore aans -tailla, fixer aoigaeusamânt les plis de la robe de Marthe^ et lisser avec une indicible coquetterie lea soyeux bandeaux de ses longs cheveux blonds. Hartha était si douce! elle était si m()(âeste malgré sa merveilleuse beauté. ^
La jeune fille eut à peine conuneneé son noviciat,
Î7i Ll HBHDIART HOIE.
qu'an enthoasiasme ascétique s'empara d'elle. La placide existence de ses compagnes ne lui sembla plus suffisamment méritoire. Elle désira des dangers, des tortures, au sein desquels on pAt confesser la foi du Christ : elle rôva le martyre. .
La religion, cette chose que Tbomme n'a point faite, est trop forte souvent pour le cœur et la tète de l'homme.
La mère prieure du couvent allait partir pour Gayenne. Ignorante et fougueuse, la jeune novice crut que là étaient le martyre et aussi le salut. Elle sollicita si ardemment, qu'elle obtint ta permission de suivre la mère Cécile. Toutes deux s*embarquërent à Lorient.
Il y eut bien, à bord du brick de la compagnie des Indes la Torpille, quelque chenapans pour railler ce fret de nouvelle espèce ; mais la beauté de Marthe lui fit un défenseur de chaque officier. Bientôt d'ailleurs le zèle charitable des deux femmes changea la raillerie en respect. Au hout de deux semaines, quiconque eût prononcé à bord le nom de la mève Cécile, sans y mettra. W respect convenable, aurait trouvé vingt bras, poings fermés et manohes relevées, prêts à lui faire rentrer les paroles dans le corps.
Le voyage commença sous de tristes auspices Les vents contraires prirent le navire à la sortie du port et ne le quittèrent plus. Il y avait un mois entier que la Torpille avait perdu de vue les côtes de France au moment où npus l'avons rencontrée arrêtée par un calme plat dans les eaux des Âçores.
Marthe, en montant sur le navire, avait senti fai-
Ll IBNDIAIIT NOia. Î?S
blir sa résolution, C'était la première fois qu'elle se trouvait au milieu d'hommes. Or, quoi qu'aient pu dire certaines personnes dans leur excusable partialité, l'aspect premier des matelots n'est pas toujours fait pour séduire. La pauvre enfant traversa tremblante celte haie de visages hâlés par la mer; elle écouta, stupéfiée, cette langue de bord toute hérissée de jurons et mugie par des voix rauques et éraillées. Quelque temps étail nécessaire pour qu'elle pût découvrir sous cette repoussante écorce les éminentes qualités qui distinguent le caractère des hommes de mer. Cependant elle entra dans la cabine, déjà plus qu'à demi consolée. Sur son passage, un regard plein d'une muette et soumise adoration avait croisé son regard. Elle se sentait une protection et prenaiv espérance.
Ce bienfaisant regard était parti d'un œil noir magnifique, dont le propriétaire, second du brick, n'était autre qu'Antoine Malo. Les liaisons se nouent vite à bord. Antoine était beau et meilleur encore. La vieille religieuse aimait à causer. Bientôt il y eut une sorte d'intimité entre les passagères et Antoine. Cek9-ci vit Marthe chaque jour ; il lui parla et put app^bier le trésor d'amour et de pudeur que recelait cette jeune âme qui ne s'était point souillée au contact du monde. Antoine naviguait depuis son enfance ; il ne connaissait guère les femmes que par les récits à la fois attendrissants et grotesques de quelque sentimental conteur du gaillard d'avant ; Marthe était plus ignorante encore : à leur insu, ils s'aimèrent.
Lorsque Antoine, sondant son cœur, y découvrit sa passion déjà forte, il ne s'efl'raya point. Voir Marthe,
m U IIBII91AHT NOIâ.
écoaler sa voix douce et péoétrwte, était qlors son seul désir. Un mois ou deux de traveré^ lui semblaient un inépuisable avenir de bonheur.
Pour Marthe, elle gardait son heureuse sérénité. Que [M)uyait-elle craindre? Son igporance. lui sauvait inquiétudes et remqrds.
Api:è$ trois semaines de tr.aversée, la mère Cécile tomba dangereusement malade. Quand approcha la mort, elle nç pleura point sur elle-même ; sa vie entière n*ayait-eUe pa3 été une longue attente de ce suprême moment? Elle pleura sur ^arthe, la pauvre en* fant qui restait seu^e.
Elle la recommandait au capitaine ; mais le capitaine avait autre chose à penser. La dernière heure de Cécile eût été amère si Antoine, la main sur le cœur, n*eût fait serment de protéger Marlbie.
La vieille religieuse sourit qt s*en alla vers Dieu.
Jamais serment fait de bon cœur ne fut plus largement tenu.
Le ylmte.
Mais,- pendant qoe nonè avons Mt oe récit, les éténements ont murché. Le pont- du bîiek esV le théâtre d*an épouvantable tumulte.
Ce n'était pas la brise qui avait fait tattcpter le naryire. L*avant d'une longue barque, qui sortit tout à coup de la brume, dut être, pour l'équipage, une terrible explication du mouvement à&h mer.
En un instant la bordée de quart fut sur j^d; mais les assaillants étaient déjà sur le pont. Le pauvre lieutenant breton passa sans transition du sommeil à la mort. Avant que le capitaine fût éveillé, avant qu'il eût été tiré un seul coup de fusil, les homme de l'équipage tombaient égorgés à la mer, ou gisaient garrottés dans le ^aux-pont.
Aussi, faut-il le dire, (e seigneur capitaine don ëalvàdof' Vieyra de Tonda y las Campanas avait, pour son coup dressai, agi en lAattre forhan. Soh embai^cation s^éïàii approchée, silencieuse cômïne la mort. Le
t79 II MSICDIAHT irotÀ.
premier, il avait escaladé la Torpille ; ^n poignard avait goûté le saog^e premier.
C'était an déserteur des gardes- françaises. Embarqué à bord d'une goélette espagnole, il avait trouvé la discipline nautique plus sévère encore que les lois de la subordination militaire. Ne pouvant ici déserter, il fit révolter l'équipage^ tua les officiers, etc., etc.
Vieille histoire.
Ensuite, moitié de gré, moitié de force, il prit le commandement de la goélette.
Le capitaine Salvador n'était point un homme à dédaigner. Il avait mis la main sur un nom formidable, portait barbe rousse, cheveux en friche et mine mélodramatique. S'il eût^vécu dans ce temps heureux, le dix-neuvième siècle, on en aurait pu faire un rapin estimable on un fort rôle des théâtres du boulevard. En 1760, la médiocrité n'était point encore une profession. Boileau avait dit :
Soyez plutôt -^pr&aii, si c*est votre talent.
Boileau avait, de nécessité, trouvé cela quelque part.
Depuis plusieurs mois, le capitaine Salvador* croisait dans ces parages sans qu'une seule prise fût venue consolida son autorité chancelante. La veille, enfin, là vigie avait crié : Navire /*
Malheureusement pour Tex-garde fraujpaise, le na* vire était un marchand oorsaire de SainkMalo. Quand la pauvre goélette, remorquée par embarcation^ à cause du cdUne^ fut arrivée à portée de pist<4et, le
LB rnimiANT lom. 279
malouin démisqua sa batterie. La goëlette s'en alla comme elle était venue.
Je me trompe : elle s'en alla honteuse et battue, la coque cribléas traînant après soi les débris de sa mâture. * " .
Au point do j0nr, Salvador vit la Torpille à l'horizon. Le brickr lui, ne ])Ottvait apercevoir la malheureuse goëlette, rasée comme un ponton, et que les nombreuses avaries de sa coque tenaient enfoncée à fleur d'eau. Il fallait au seigneur capitaine y ne revanche pour se mettre en bonne humeur, et un autre navire pour tenir ses pieds secs. La nuit vmt, la brume s'éleva; il eut revanche et navire.
Un seul homme fit résistance. Antoine, ajertl par le cliquetis des armes, se retourna au moment de quitter le pont, et prenant les ')>irates par derrière, essaya de rétablir le combat. Quelque temps il se soutint seul contre tous, faisant des efforts mouîs. Enfin son bras tomba épuisé le long de son corps.
— Qu'on le prenne vivant I s'était écrié Salvador.
Un marin de la goëlette s'élança; mais Antoine saisit à deux mains le sabre d'abordage avec lequel il combattait : le pirate tomba raide mort sur le pont.
— Qu'on . le prenne vivant ! s'éci'ia encore Salvador. ^
Au moment où vingt forbans se précipitaient, Antome jota son sabre par-dessus le bord, et se croisa les bras sur la poitrine. Une^minute après, on le déposait, garrotté, aux pieds de Salvador.
Gelûi«ci contempla une seconde ^e front calme, l'œil
résolu de oet homme en hn» d*mt trl^ prasqna assm^.
~ Qa*eftpérais4iif dit^fl enfin.
— Yoits prouver que je sois bon k ^iiM^ttt diose, mon conunandant, répondit Antoine. Il y a4Dnglemp9 qne jt m'édnoie i bbrd ded nayîres de Is compagnie;
. votre équipage était an complet ; j'ai faiitta place.
Le jeune marin montra d'an geste le cadavre du pirate étendu sur le pont. Un sourd murmure éèlata parmi l'équipage de la goélette.
-^ Silence, vous autres I hulrla Salvador* Toi» eontinua-t-ii en Vadressant à Antoine, tu es un audademc gaillard, et tu^me plais. Tu auras le Imniao du mort... val
A ces mots prononcés avec la gÂcQ conv^mblcy Salvador ajouta an gsst^ plein de majesté. Antoine disparut. Alors le forban se tourna vers le capitaine de la Torpitle et son malheureux équipage parqués autour du grand mât :
— Messieurs, dit-il en portant la main à son feutre, vous devez sentir que vous êtes désormais de trop à borrf de mon &f ici... Que vous semble de cette gentille goélette que vous voyez à Tancre là-basî
Le brouillard s^était levé. On voyait', en effet, à quelque dfstaiit^e la gentille goélette, rasée^ dfeemparée, et qui semblait une étroite ligne noire sur le tâiroitant azur dé TOcéàn.
Les marins de la Torpillé frémirent d*indigtiatioh i cette dérisoire demande, ce qui parut ^^guIiâi^Knent divertir le seigneur Salvador. Qubi qu'ils en eussent/ embarcation lej reçut jusqu'atf doraiûrai hn^ttrans-
LB irtimnmt niât. t84
porta à bord éd la goélette. A peine réchange était-il fait, que le brick se balançait doucement, caressé par les premiers souffles de la brise. Salvador mit aussitôt à la voile.
Je fie saurais trop dire ce que devinrent le légitimé commandant de la Torpille et son équipage; Notre<- Dame->de-la-Garde eut sans doute pitié d'eux.
Il va sans dire que Salvador avait gardé Martbe sur son brick. Le garde française avait été jadis le héros de maintes aventures galantes ; il se sentait grande impatience de voir un peu de près sa jeune captive, et trépignait d*aise à Tidée de l'aubaine que lui envoyait ainsi le hasard.
En entrant dans la cabine, il trouva Antoine assis près de Martbe sur le divan, — son propre divan, à lui, depuis une heure. — Le sang lui monta violem^' ment au visage.
— Yoilà un mamud qui passe les bornes! s'écria-t-il.
Et, saisissant Antoine au collet, il le poussa vers la porte.
Le jeune marin se retourna. Un seul bond le porta si près du pirate, que leurs visages se touchaient. Mais il s'arrêta, baissa la tètent sortit sans faire un geste, sans prononcer une parole. Dès ce moment son plan Mt ti^acé :
S'humilîter et se taire, afin de vivre ;
Vivre, afin de ne pas abandonner Marthe.
SMvador prit cavalièrement te place d'Antoine ; son visage resplendissait de cette fatuité soldatesque d cbtniquement e)(plôitéë dans une tojle spirituelle s'il en
181 u HniiHAiiT tom.
fat, et qui jouit d'une vogue légitiitte. Il tordit victo^ rieusement sa moustache, et, passant une main der* rière Marthe, il voulut l'attirer à lui.
Marthe leva son grand œil bleu. L'étonnement, l'effroi, la fierté se lisaient dans ce regard. Telle fut sa puissance que le forban, honteux et se sentant pris d'une timidité inconnue, baissa la tète en murmurant quelque banale excuse.
Ce fut l'affaire d*une seconde. Il reprit bientôt en partie son assurance et entama une vjve escarmouche. Marthe restait immobile près de lui ; elle était plus surprise encore qu'eff ray éej la pauvre enfant avait compris naguère les paroles |et ks regards d'Antoine : l'amour vrai porte avec soi son truchement ; mais la grotesque galanterie de Tancien conquérant de caserne était pour elle lettre close. Salvador s'étonnait grandement de son côté; eu se voyant ainsi embarrassé, presque timide, il se demandait s'il n'était plus ce vainqueur dont l'éloquence amoureuse triompha jadis de tant de vertus parisiennes.
Enfin, après une heure de siège infructueux , il Iftcha prise. U fit mieux : Marthe avait produit sur cette âme, où restaient quelques germes oubliés de sentiments généreux, une imj^ression vive et profonde : en se retirant, il déclara que la cabine demeurait affectée au service de sa befle inhumaine; il déclara même que lui, Salvador, n'y entrerait qu'avec la permission de la jeune fille. La promesse peut surprendre de la part d*un pirate.Voici qui est encore plus surprenant : il tint parole.
Un mois se p|issa. Marthe résistait toujours, ou
il kftfibtàirr koiR. tl3
plutôt une sorte de mystérieux respect, qui s*exnparait toujours du capitaine à la vue de sa captive, avait suffi jusqu'alors à te tenir à distance
Durant cette période, la jeune novice n'était qu'à demi malheureuse : elle ne pouvait voir Antoine qu'à la dérobée. Celui-ci, pour veiller sur elle, s'était fait le valet du forban. Quand Salvador était sur le pont, les deux amants échangeaient quelques mots.
— Antoine, disait Majrthe, Dieu nous a punis. Je le prévoyais ; mais pouvais-je écouter mes craintes?... vous étiez-là.
Puis on entendait le pas lourd de Salvador descen* dant l'échelle d'une écoutille, et tout était dit.
Cependant cet état de choses ne pouvait durer éternellement. Toute patience a un terme, fût-ce la patience d'un pirate. Le joue vint où Salvador, mettant la main sur la garde de ^on poignard, dit :
— Je le veux I
Marthe pleura : le capitaine ne l'en trouva que plus belle. Il lui donna trois jours pour réfléchir, et remonta sur le pont, la tète en feu, les jambes ivres. La jeune fille dut voir que son arrêt était définitivement prononcé.
OlM tromke.
La Torpille cinglait sous toutes ses voiles par une brise molle qui allait s'affaiblissant de plus en plus. L*équipage se croyait menufié d*un calme : on était alors dans le golfe du Mexique, à plus de cent lieues de toutes terres.
Le capitaine était dans la cabîAe^ aux pieds de Marthe, supplianjt encore, mais sur le point de commander .: le terme fatal donné aux réflexions de la jeune fille venait d*expirer.
Derrière la porte de la cabine, la main passée sous 'sa veste et tourmentant la lame d*un long poignard, Antoine Malo se tenait debout. Il écoutait et attendait.
Tout à coup un bruit retentit dans la mâture : la vigie avait signalé des brisants. Aatoine n*eut que le teipps de se jet^r en arrière ; Salvador poussa la porte et s*élança siir le pont.
tM Ll MKRDIAirr ROIt.
Marthe et Antoiue tombèrent dans les bras i*un de Tautre.
— J*ëtaîs li, dit Antoine. Marthe était tombée à genoax.
— Je l'aurais tué I dit encore le jeane marin. Marthe, interrompant sa prière, leva sur lui son œil
plein de larmes.
— Je le savais, oh 1 je le savais I dit-elle. Diea me pardonnera de vous aimer, Antoine, car il vous a fait mon ange gardien.
Quand Salvador mît la tète à l'écontille. répouvante était sur tous les visages, et, en effet, il y avait des brisants à Tavant, à l'arrière, partout. Le brick semblait en avoir franchi plusieurs avec un bonheur extraordinaire ; il aurait dû avoir touché déjà vingt fois.
En même temps, bien quelle ciel fût toujours resté serein, un grain tomba sur le navire avec la soudaineté de la foudre ; les mâts craquèrent, sollicités par l'immense poids de toutes leurs voiles déployées en grand. Le brick aurait sombré si son mât de misaine ne se fût rompu dès l'abord au ras du pont.
Les plus hardis matelots s'étaient lancés dans les vergues ; malgré l'effbrt du vent, ils réussirent à ferler la grande voile. Deux ou trois étaient montés jusqu'aux barres de perroquet, mais le mât fouettait avec une violence irrésistible. Ils furent obligés de descendre, et le grand hunier continua de. peser sur le navire ébranlé jusqu'à la quille.
Cependant la mer s'élait soulevée furieuse, le navire courait comme le veat ; mais il fivçût beau courir, les
LB MlIfllUJfT HOIK. SS7
brisants semblaient le suivre. La mer était blancbe d*écume dans un rayon de deux cents toises.
Salvador n*était pas marin : il perdit la tête.
Pour les matelots, nul d*entre eux ne s*était jamais trouvé à pareil enfer. Ce n*était point une tempête, le ciel était bleu, le soleil inondait le navire de ses rayons éblouissants. Ceci même était un obstacle de plus, car le poudrin des lames réfractant cette éclatante lumière, aveuglait les marins, qui fermaient les yeux et restaient impuissants à la manœuvre.
Et le vent redoublait; et le» vagues irréguliëres, furieuse?) surgissaient instantanément, mues par une puissance inconnue. Elles ne suivaient point la direction du vent; elles allaient se beurtant Tune Tautre et noyant la pauvre Torpille sous les écumants débris de leurs cbocs gigantesques.
Antoine était demeuré près de Martbe ; il écoutait ce bruit sans inquiétude, sachant qu*il ne pouvait se trouver de brisants dans ces eaux. Il monta enfin, et ce fut pour voir le grand mftt de buno se rompre et tomber du même côté que le mftt de misaine. Le navire se coucba ; Teau fit irruption par dessus le platbord.
Salvador agitait fébrilement son porte-voix, aba* sourdi par cette*série de désastres. Incapable de prononcer une parole.
Antoine lui arracha des mains le signe du commandement.
— Du monde à la bune ! cria-t-il ; coupez, débarrassez le bas mftt.
Personne ne bougea ; Teau entrait toujours. Antoine
pensa à li^rthe, saisil une bâche et s'éhmca vers la bnne.
Le mftt sopérieur, débarrassé de ses cordages, tomba à la mer. Le bri(^ se releva.
Ceci avait lieu pendant nne ^rte d'accalmie ; la mer brisait toujours, mais les vagues diminuaient ; le navire, privé de toutes voiles, demeurait stationnaire. Antoine regarda la mer avec attention : il vit les brisants cbanger sensiblement de place.
— Vite ! s'écria-t-il en courant au c^itaine, commandez qu'on Oorde la grande voile,^on»eur; nous sommes sur un volcan ; chaque minute peut être la dernière.
Salvador le regarda â*un œil stupéfait. S'il avait pu couper son dernier tronçon de mât pour offrir moins de prise au vent, il Teût fait de grand cœur.
— Commandez !.. reprenait Antoine.
Mais il fut interrompu par un cri général :
— Une trombe I
La mer s'élevait en forme de dôme à cinquante toises environ de l'avant. Du sein de ce mamelon liquide, une vis color.sale s'élança rapide, tourbillonnante vers le ciel. Sa base labourait la terre, sa tête se cachait dans les nuages. Elle se dirigeait droit sur le navire.
— Borde la grande voile ! cria le capitaine.
— Il n'est plus temps ! dit Antoine.
Et il se précipita dans l'entrepont.
Une seconde après, il reparut tenant Marthe dans ses bras ; puis, montant rapidement sur le plat-bord, il se laissa tomber à la mer avec son fardeau.
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Salrador, fou de frayeur, suivit machinalement son exemple.
Au même instant, la trombe 8*empara du navire, qu'elle enleva, fit tournoyer une minute, et le rejeta disloqué, brisé en mille pièces.
Atomèr.
Une heure a|)t*ëÉ, h met* s*étàîl calmée. Ûu navire, p&sâàût Sttlr te Uéù du désastre, n'aurait trouvé nulle trace du terrible phénomène. Seulement, une quantité innombrable de débris hachés menus, et commeà plai* sir, jonchaient une étendue circulaire d*un quart de lieue.
Cn seul mIA restait entier, celui dont Antoine avait déterminé la chute, f^lottant à fleur d*eau, il n'avait point donné prise à la trombe. Sui* ce màt, Marthe, Autdihè et le capitaine se cramponnaient, ballottés par lés derniers ressentiments dte la tempête. Des autres matelote de là Torpillef il ne restait rien.
Tous trois étaient accablés de {"atigue. Malgré le peu d'^agîtation de Teau, le tnàt roulait sans relâche. Un calme plat pouvait seul prolonger de quelques instants leur existence.
Antoine était au milieu du mât, près de Marthe, qull soutenait. Salvador se cramponnait des deux
SM u MniDiANT nom.
mains à un fragment de la barre de perroquet. Tant que le mât roula, le capitaine n*osa quitter cette position.
Quand vint le calme, il se retourna et jeta un regard vers ses compagnons d'infortune. Antoine serrait Marthe contre son cœur.
La résistance de la jeune fille avait exalté le désir du forban jusqu'à la passion; ce fut avec un mouvement de jalousie furieuse qu'il la vit entre les bras d'un bomme, — de son valet.
Il s'avance en rampant le long du mftt. Arrivé à portée, il étend le bras pour saisir Marthe par ses vêtements.
— Laissez ! dit Antoine avec menace.
— Insolent I s'écria le capitaine en portant la main au poignard resté à sa ceinture.
Antoine sourit amèrement. D'un geste, il montra la mer sans bornes.
— Ils sont morts ! dit-il; nous sommes seuls! un misérable et un homme de cœur... Arrière 1 te dîs-je.
Salvador mit le poignard à la main ; Antoine ût passer Marthe derrière lui.
Alors il y eut un combat, — si Ton peut appeler combat les efforts désespérés de deux hommes qui, pressés par la mort de toutes parts, se cramponnant d'une main au faible appui que les flots secouent, se tendent l'autre, non pour se prêter aide, mais pour se plonger mutuellement uu poignard dans le cœur.
Salvador était robuste et brave, Antoine ne lui cédait en rien ; de plus, il avait Marthe à protéger. Déjà il tenait son adversaire étouffé contre le mftt et cboi-
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sissait la place pour frapper, lorsqu^an brait sourd retentit derrière lui.
Marthe avait disparu.
Alors il lâcha prise : le capitaine se releva, et ils attendirent avec angoisse Tinstant où la jeune fille re* viendrait à la surface. Elle tardait : Antoine allait se précipiter. Enfin, un lambeau de robe assombrit la transparence des flots.
Tous d«ux se penchèrent, Marthe fut péniblement soulevée et placée sur le mât, entre eux, puis ils se tendirent la main.
Gela valait un serment de rester là pour veiller sur el!e jusqu'à la mort. Ils s'étaient compris : Marthe n'était plus qu'un symbole de paix, un être faible, aimé, réclamant un double dévouement.
Cependant, un seul espoir leur restait. Us étaient, pour ainsi dire, sur la grande route de France aux Antilles : un navire pouvait passer; mais il fallait que ce fût promptement, car ils étaient sans vivres. Antoine avait seulement un petit flacon d'eau-de-vie qu'il donnait à Marthe goutte à goutte, quand la pauvre jeune fille s'affaisait sous le poids de la fatigue et du besoin.
Une fois, vaincu par la soif, il porta machinalement le flacon jusqu'à ses propres lèvres ; mais il le laissa retomber sans y toucher : c'était la vie de Marthe.
Douze heures se passèrent ainsi, douze heures d'angoisse indicible, de tortures qu'il ne faut point essayeji* de peindre.
Vers le soir, comme le soleil 3e couchait, Sc^lvadQr aperçut une voile.
t9i LB MiirDUirr nom.
Le gfurde française, moins habitué à la mer qu* Antoine, était plus épuisé. Il montra l'iiprizou d'up geste morne, et ne pat prononcer une parole. Il pressentait que, pour lui, le navire arrivait trop tard. Antoine releva vers le ciel un regard de reconnaissance p^sionuée.
— Marthe sera sauvée 1 dit-il.
Et, pour conserver les dernières fonces de la jeune fille, il l'assit sur (e mit, la soutenant compiétentent de son bras tendu en dossier. Cet effort le tuait, il Je sentait; mais qu'importait cela?
La nuit tomba. Le navire était à un denû-mille encore; mais il avait aperçu le mAt : unç embarcation ^'approchait à force de rames.
A cette heure, qui semblait devoir être celle du salut, la ^scène atteignit son spprème degré d'horreur.
La nuit était devenue si noirei que le3 trois Qaçfragés ne se voyaient plus ; ils entendaient l'eu^barcation passer tantôt à droite, tantôt à g^che. Les hommes qui la montaient hélaient incessamment, demandant un cri, un mot qui les guidâjt dans leur recherche.
Et les malheureux ne pouvaient {produire un ^on saisissable; ils n'avaient plus de voix.
— Marthe, Marthe I râlait Antoine, — que Dieu te sauve, et je te rends à lui!
La pauvre fille n'entendait plus.
En ce moment, la chaloupe passa si près d'eux, qu'ils virent l'écume phosphorescente de soi;i jsillage. Puis elle vira de bord, et reprit la route du ,uay ire,
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^.nlojiie axAît suivi d'un œil fixe les isouv^m^nts de Tembarcation. Quaad il la vi^ s*éioiguer, un reste de vie parut se rfinimer dans cç corps épuisé par un travail qui passe Timagination. Serrant, autant qu'il étajf en lui, la main de Sajiyador, il poi^ssa Mai*the jusqu'auprès du garde française mourant. Celui-ci, par un dernier effort, retint la jeune fille. Alors, Antoine se laissa tomber de tout son poids à la mer.
Marthe ne vit point cela : elle étai^ évanouie.
La chute d'Antoine produisit uiji bru|t sourd et prolongé dans le silence profond de cette nuit de calme. Le jeune marin ne s'était pas dévoué en vain : les hommes de la chaloupe l'entendirent.
Us firent sur-lencti^mp forc^ de ranu^s et heurtèrent bientôt la tête du mât. Salva^dor, à bout d'énergie, mais soutenu encore par l'instinct d'unç prodigieuse volonté, garda sa position ju&qu'au 4l^ri^ier moment. Les matelots saisirent Marthe dans leurs bras.
Au môme instant, les muscles de Salvador se détendirent, sa main abandonna son appui, il tomba et disparu comme Antoine.
Ce dernier seul put être retrouvé par les marins de la chaloupe., Couché au fond de l'embarcation, il reprit lentement ses sens ; son regard terne et déjà glacé par la mort parcourut les bancs et s'arrêta sur Marthe.
— Sauvée I murmura-t-il.
Son œuvre de dévouement était accomplie. Il était mort déjà, que ses mains jointes semblaient encore remercier le cjej.
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