‹ La recherche de l'inconnueChapitre 13 sur 14 · de Cbftvrease ne «a possédait paa da joît · texte numérisé non relu

de Cbftvrease ne «a possédait paa da joît

U partageait soû temps eutra sa kmmê at laa prè* paratîfs du départ.

Bien qm boa naître. Il ne conmaBiqiiait guère d'babitode avec sa Uvrée ; mais, ce jonr^là, il donnait à tous an mot de bienveillance ou d*eiieaiiragement.

Comt^i» se vanta jusqu^à sa mort d'avair eu Toraille gaucbe tirée de la propre main da moùsàff^aur, qrà lui dit en soariaat :

^ Hé bien ! mon vieux YentrêS^t-Gru, que dis-tu de notre mariage ?

— Monseigiieur, avait répondu Comtois avee effusion, je ren^ercie Dieu de m*avoir &il vivra assas pour Yf^ir sinoMefétel..

c Et cependant, ajonta-t-il comme conclusioa de son récit» ^u M* le cardinal de Lorraine avait un proverbe qui dounait grandemeut tort à «umseignaiir :

« Mieux vaut jamais que tard ! »

9 Vm» monseijpeur était si amourenl t

Ooe Partie nolle.

Le matin du jour où H. de Gaise devait enlever ma* dame la mar^ise de Peseairet la veille de celui fi&é pour la révolte du peuple de Naples, le sakil se leva radieux et pur : chaque palais de la cité de mari[>re resplendissait ; la ville étincelait comme une gerbe de cristal.

Ou eût dit que le ciel aussi voulait fêter le triompbe prochain de M. de Guise.

Celui-ci était monté à cheval dès Taube, parcourant

la ville à la tète de ses gentilshommes richement vêtus, souriant à la foule et lui jetant Tor à pleines mains.

M. de Guise était bien véritablement roi ce jour-là.

Naples n'était pas plus italienne qu*espagnole en ce moment ; elle était toute française. Modëne, ravi de la tournure que prenait Taflaire, avait quitté sou maître vers la fin ta jour.

A peine débarrassé de cet austère conseiller, le duc piqiia des deux, et regagna son palais à toute bride,

244 Lt MtRDUHt {YOIt.

laissant à sa maison le soin d'achever de le rendre populaire. .

Aussitôt arrivé, sans quitter son brillant costume d'apparat, il jeta sur le tout son manteau couleur de muraille, et regarda, plein d'une amoureuse impatience, les derniers rayons du soleil empourprant les balustrades des terrasses voisines.

L'heure avançait lentement.

Quand le duc se fut convaincu, à l'aide d'un miroir de Venise, qu'il était encore un des plus beaux cavaliers de l'époque, malgré la légère teinte brune dont le climat de Naples avait estompé son visage ; quand il eut complaisamment lissé les boucles lustrées de ses cheveux noirs, il se trouva livré entièrement à cet insupportable supplice, l'attente, et dut songer à tromper son ennui.

Nous n'avons sur ceci aucune donnée bien positive; mais nous pensons qu'il dut s'ingénier à faire l'anagramme du nom de sa maîtresse, c'est-à-dire à trouver dans les lettres de ce nom, convenablement retournées, quelque subtile et ingénieuse fadeur.

k moins que l'idée ne lui vînt d'élaborer un acrostiche.

L'un et l'autre de ces utiles passe-temps étaient alors fort en vogue, et, comme ils ont des charmes égaux, nous ne saurions trop dire auquel des deux M. de Guise donna la préférence.

Quoi qu'il en soit, dès que le crépuscule fut venu, il sortit secrètement, et, s'enveloppant dans son manteau, SQ dirigea vers le lieu du rendez- vous.

Li ■BifiNàifT nom. tift

R faisait nuit qoire lorsqu'il arrira seul devant le palais du gouvernement.

Quelques groupes de promeneur» traversaient en* core la rue.

Henri de Lorraine se' mourait d'impatience, car il voyait osciller la jalousie et savait que la belle Anne attendait comme lui.

Enfin, dix minutes se passèrent sans qu'aucun pas troublât le silence de la nuit.

L* aventureux Français s'avança jusque sous le balcon, une échelle de soie vint tomber à ses pieds.

Le duc la saisit, et déjà la tendait avec effort pour essayer sa solidité, lorsqu'une ombre sembla se détacher de la colonnade d'un palais voisin.

Il n'y avait pas à hésiter.

En homme qui possède à fond son code des aventures nocturnes, le duc, rabattant son manteau, marcha droit à l'importun et le pria courtoisement de se retirer.

L'inconnu ne répondit rien ; mais, montrant du doigt un balcon dont la jalousie s'agitait doucement, il continua sa promenade taciturne.

Au geste de cet homme, M. de Guise tressaillit et retint l'injonction péremptoire de vider la place qui allait succéder, toujours suivant les règles strictes de la galanterie do nuit, à son premier avertissement.

L'inconnu, en levant le. bras, avait découvert sa poitrine, et le duc avait vu briller les insignes de la vice-royauté ,

Passionné comme il Tétait pour les aventures \h

Mé u HniDuiiT mim.

mrres, oeitt rencontre lui fit pkis de plam* q«d de peine.

M. de Pefloaire, pemarfirtt» a àBfêad Theore per hasard.

Le moyen de eroire qn'ÂAne de Mantoae e&t pu le trahir? Done, loin de perdre contenance, il se mît en devoir de jouer son adversaire, pensant qm Tandace itait ici un gage de succès.

— Je comprends parfaitement votre geste, Tami» dit-il en s*attachant aux pas du marquis, d'autant mieux que nos situations se ressemblent.

« Là votre belle, ici la mienne, ajouta-t-il en mon^ trant bravement à Prescaire le propre balcon de sa femme.

» Gentilhomme de M. de Guise, je courtise une des femmes de la vice-reine, et je ne changerais que tout juste ma dame contre celle de mon mattre, soyez sûr. .

» Ça ! compagnons d'aventures se doivent soutien, vous savez.

» En cas d'accident, comptez sur ma rapière comme

je compte sur la vôtre en échange, et bonne

chance je vous souhaite, mon gentilhomme I »

 ces derniers mots, le duc de Guise, sMnclînant avec grâce, citait revenu vers le balcon.

— Pardieu ! le cas est étrange, se disait-il en tendant l'échelle peur avertir Anne de Mantoue.

« Poser ce pauvre marquis en sentinelle, tandis que... En conscience, j'ai pitié de lui. »

Pour Pescaire, il n'en disait pas si long ; mais il n'était pas non plus sans une sorte de pitiA pour U. de 6iiis#.

ViÊlbftmé tùÊipkmmt reiMit là pertm 1» ptat btOc p«rti« du mmde et m faire prendre am «lomeiit de réassir.

Un îosUuil le tie&-roi ent mt velléilé passagfere de clémence ; mais, s'il laissait échapper le due ce soir, demain peut-être c*en est fait de Naples.

En outre, il n'était pas I9 seule partie intéressée. Une intrigue que nous avons laissée, à tort ou à raison, dans le vague, avait besoin d'un dénouement.

La belle recluse de Portici commençait à s'ennujer dans sa retraite.

A cause de tout cela, il laissa les événannents suivre leur cours.

Le duc avait tiré l'échelle, puis toussé, appelé à voix basse : personne n'avait répondu.

La femme qui était derrière la jalousie avait ses raisons pour jouer son rôle comme il faut, et ce rdle exi^ geaît le silence.

Ce n'était point, en effet, la brune et sentimentale marquise de Pescaire, mais une grande et lourde beauté; ce n'éfait point la femme de Moncade, mais celle qui passait pour sa maîtresse, la dame mystérieuse qui, depuis cinq mois, donnait ^u travail aux méchantes langues de Naples et intriguait tout le monde sous le sobriquet de Recluse de Portici,

Le marquis avait pris soin d'éloigner Anne de Mantoue aassilôt après la découverte du message sympathique dont les lignes, apparaissant tout à coup, l'a^ valent jeté le matin dans une si grande surprise.

Es aon lieu et place, il avait miS) peur cause, la belle inconnue.

tu u MBiisuirr Mit.

Cependant, M. de Gaise ippatienté saisit récbelle, et, mettant son poignard entre ses dents, monta rapidement les dégrés de soie,

L'instant d*après, il sautait dans la cbambre.de la marquise.

— Anne ! dit-il à voix basse:

Hais avant que le temgs voulu pour obtenir une réponse se fût écoulé, une clarté subite illumina l'appartement.

Le duc se trouva en présence d'une femme voilée, et entourée de soldats espognols, l'épée nue au poing.

Résister eût été folie; aussi M. de Guise, faisant contre fortune bon cœur, remit son poignard à sa ceinture, et se croisa les bras en silence.

Au même instant, la porte du fond s'ouvrant, le marquis de Pescaire apparut, suivi de ses principaux lieutenants et conseillers.

— Tout le monde ne peut entrer par les fenêtres, dit-il en saluant profondément M. de Guise.

Celui-ci n'était pas homme à s'étonner pour si peu.

Une seule chose le peinait plus vivement que toutes les conséquences probables de sa mésaventure.

Anne l'avait donc.trahi ! Cependant, luttant de sangfroid avec son adversaire, il s'avança tranquillement vers lui.

— Don Âlvare de Moncade réclamera, je pense, la satisfaction due à tout gentilhomme en pareil cas, dit-il.

« Je suis prêt, Monsieur.

« Fixez l'heure et le lieu, et souffrez que je me retire »

Li «iNMAm non. t4f

L'Espagnol, au lieu de répondre à cette belliqueuse invitation y étendit gravement la main, et dit :

— Au nom du roi mon maître, Henri de Lorraine, duc de Guise, je vous demande votre épée.

— Étrange manière de venger ses aifronts domestiques ! murmura M. de Guise, croyant à ce coup ressaisir ravantage.

Monsieur de Pescaire, ajouta-t-il en parlant à Toreille du vice-roi, ne songe donc pas que, mon épée rendue, je n'en serai pas moins. . ce qu'il sait bien, mais qu'il ne pourra plus décemment venger son outrage.

— Votre épée, Monsieur, répéta froidement Moncade.

Le duc recula d'un pas.

— Vrai Dieu I messieurs les Espagnols» dil-il en élevant la voix, c'est affaire à vous de vivre sur de vieilles renommées I.. Le monde vous croit gens délicats et pointilleux touchant certaines matières, toujours prêts à dégainer ; mais que Dieu me prête vie, et je vous jure, moi, de refaire Topinion du monde à cet égard !.. Et maintenant, je vous le demande : som* mes-nous en guerre avec l'Espagne ? Sous quel prétexte M. de Moncade ou son maître ose-t-il demander répée d'un sujet du roi très-chrétien?

Le marquis, toujours calme, toujours avare de paroles, déploya une longue pancarte, et la tendit silencieusement au duc.

Celui-ci eut à peine jeté les yeux sur le papier, qu'il changea de couleur.

— Encore trahi I murmura-t-i).

Pob, ttam ta rajMère, il ijonU :

— Voici moa épéa, naosiear le narqnis et Pe»caire.

« Peut-être eat-îl été plus digne d'an gentlbomiat de me la demander sar un champ de bataille.

» Mais ceci voas regarde, non moi. •

Quand l'Espagnol eut pris son épée\ Henri de Lorraine coutioua en se tournant vers les assistants :

— Sur ma part du paradis^ Messieurs, je vwis jure qu'en ce moment mèmcy où me Yoilà prisonnier de rEspagne, je ne changerais pas de place avec monsieur votre vice-roi.

« C'est un pauvre soldat que celui qaU non content d'employer la trahison , met en avant une femme pour attirer ses adversaires dans le piège.

» A quoi bon traîner au Ûanc une rapière quand on combat avec la glu, dites-moi ? »

Déjà plusieurs fois les officiers de Moncade avaient froncé le sourcil aux insultantes bravades du Français.

A ces derniers mots, un murmure se fit entendre, et deux ou trois épées furent tirées à demi hors du fourreau.

Le vice-roi fit un geste, tout rentra dans Tordre.

Nulle émotion ne paraissait sur son visage; seule* ment, sous sa monstaehe tordue, un sourire cidme et railleur relevait les coins de sa lèvre.

M. de Guise croyait avoir un talisman eapatile de changer en rage tout ce beau semblant d'indifférence, mais il hésitait.

Son âme frivole, mais loyale et chevaleresqne, répugnait à compromettre la femme qm Tavait trahi.

lâtt HHTDIâlIV IIMft* 9W

lialhearenseDt, la pttimice n'élait pn mq fort.

La grimace haotaine de Moiieade le détermiiMu — - Après tout, dit-il, de quelque manière que soit arrivé le f«it, M. le marquis est vainqueur.

» Gloire doue à lui ! Mais comme la géuérosilé sied mal au Taificu, je veux user devant tous 40 mes faibles avantages...

» Une belle dame est plus difficile à garder qu'une couronne, mon vaillant adversaire. »

Ce disant, il fouillait en désespéré l'une après l'autre toutes les poches de sou pourpoint.

— Qu'on m'apporte un brasier I ajouta-t-il. J'ai là un magnifique message qui amusera, je l'espère, ces gentilshommes...

Et il cherchait toujours.

Hais l'amoureuse épitre ne pouvait être à la fois dans les tablettes du vice-roi et dans le pourpoint de M. le duc.

Ce dernier, après avoir inutilement retourné toutes ses poches, laissa tomber ses bras avec un dépit concentré.

— Monsieur de Moncade, dit^il en le dévorant du regard, vous aves d'habiles émissaires.

Le sourire du noble Espagnol devenait de plus en plus railleur.

M. de Guise qui, jusqu'alors, avait conservé une apparence de calme, perdit eu ce moment toute mesure, et, saisissant le bras du vice-roi, il dit avec violence, bien qu'à voix basse :

— yh raille phis L. ou, par la mort Dieu I j'arraehe le voile d'Anne de Mantoue I

Ml U HBffftlAHT ffOlB*

— Anne de Mantoae t. . répéta Pescaire à roix hante et sans cesser de sourire.

Monsiear de Guise ne prétendait uagaère qu*à une des femmes de la vice-reine.

«— Le croyez-YOUsT dit le dac en recalant étonné.

— PardieiLl monsieur le marquis, la mystification n'est pas pour moi seul. . .

— A Dieu ne plai^ que je vous détrompe I

A ce moment, on entendit un grand bruit, et une forte odeur de violette et de tubéreuse fit irruption dans Tappartement.

Puis apparut sur le seuil, la perruque blonde de M. deChevreuse, légèrement froissée par le voyage,* derrière, une longue et sèche figure de femme ; derrière encore, le chef pelé du vieux Comtois.

L'époux de madame de Chastillon promena son regard autour de la chambre.

Apercevant son neveu, il prit galamment la main de sa femme, et mit le chapeau sous le bras pour faire mie entrée solennelle.

A la vue de son oncle, M. de Guise était resté comme frappé de la foudre. M. de Chevreuse, écartant avec dignité les rangs des Espagnols, s'avança gravement vers Henri de Lorraine.

Tandis que sa femme exécutait une pompeuse révérence, il balaya le sol de la plume de son feutre, et dit :

— Monsieur mon neveu.... sire, devrais-je dire plutôt.... je vous amène madame la duchesse de Chevreuse.

M. de Guise baisa machinalement la main de sa nouvelle tante,

u jEBUDURf iroia. tl8

Le pauvre seigneur p'y était plus.

— Voilà qui vous étonne, n'est-ce pasT continua joyeusement le vieillard.

« Moi aussi, vive Dieu ! c*est à peine, si je puis croire à ma félicité. »

£t son regard caressait l'antique visage de sa compagne.

— Mais parlons de vous, s'il vous plaît, Sire, repritil avec volubilité.

« Figurez-vous que tout ce populaire napolitain, habitué qu'il est à ses croquants de vice-rofs, ne voulait m'indiquer à toute force que le palais de la viceroyauté...

« Drôles ! — ai-je dit, — il n'y a plus à Naples de vice-roi !.. Madame de Chevreuse a bien voulu approuver ce mot... Eh bien! monsieur mon neveu, vous ne répondez pas? »

Le duc n'avait garde comme on pense.

Ce fut Moncade qui, se tournant vers le vieux couple avec une froide courtoisie, lui indiqua du doigt des sièges.

— Merci! merci! — fit M. de Chevreuse d'un ton protecteur. — Sans doute un de vos nouveaux officiers, monsieur«mon neveu?

— Monsieur le duc, — dît tout bas la belle Uranîe^ pourquoi tous ces uniformes espagnols ?

— En effet... je n'avais pas remarqué, — balbutia le vieillard.

Madame de Chevreuse secoua prophétiquemert la tète.

— Monsieur le Aie, monsieiir le d«e, -^ dilnelle, -» il 7 a UHksBOue qaelqae affren nudheor.

Pescaire, ptr une sorte de jnéehaiit iastinet, «fait deviné, ou à pea près, rhisKrire da bon M: de Ghevrease ; mais fidèle à son système de iaeooisme, il se contenta de laneer à son compétitenr un regard de malicieuse pitié.

Ce coup d'oeil fat, pour le pauyre duc, ce qiCe^ au cheval de race épuisé, le dernier coup d'éperon qui s'enfonce tout entier«dans ses ûancs.

Il se redressa brusquement, et quittant sa positioa près de la dame voilée, il vint se j>lacer au milieu de la chambre.

— Monsieur mon oncle, — dit-il, — j'ai beaucoup à vous apprendre, mais, de vous h moi; les communications se doivent faire en {amillt), non devant cette hostile et nombreuse assemblée.

« Quant à vous, marquis de Pescaire, ordonner de moi ce qu'il vous plaira. • Je suis prêt. »

— Malheureuse I — s'écria la duchesse en tombant sur un siège et faisant jouer énergiquement son éventail, — Je Tavais deviné, tout est perdu.

Mais le vieux duc ne l'écoutait plus.

Au nom du.- marquis de Pescaire, il avait levé les yeux pour la première fois sur le prétendu officier de son neveu.

— Le jeune Espagnol de l'hôtel de Chastillon I — avait-il dit à part lui. Puis, s'avançant vers le Ticeroi, il avait touché fièi'ement son épée, et dit, eonme le Gid à Gormas ;

fife MtRMAIIt MOUt. ttl

— tJa mot, sHl vons platt!

L'Espagnol se mit aussitôt à ses ordres.

Tous deox allaient sortir, lorsque M . de Ckiise, qui se creudaât la tète pour trouver un moyen de prendre, de quelque façon que ce fftt, sa revanche, éleva la voix :

-7— Monsieur le marquis, — dil-il, — ' vous avez retosé un défi déjà ; je suis forcée de vous en porter un second.

Mettons entre nous deux cette belle dame... qui est ▼ôtrè, quoique vous disiez, — ajouta-t-ii plus bas. — Et prions-la de faire un choix.

Voulez-vous?

— Ventre-saint-gris ! que veut dire tout cela ? grommelait en secouant sa tète chauve le vieux Comtois, qui était allé se placer aux cdtés de madame de Cbevreuse.

Celle-ci, depuis dix minutes, cherchait Toccasion de s*évanouir utilement.

En attendant^ elle respirait des sels, et répétait Toccasion de s*évanouir utilement.

— Malheureuse ! perfide Gaston I ma principauté de Sicile !

Av singulier défi porté par M. dé Guise, Honcade s'inclina et alla prendre la dame Vbilée, qu'il conduisit respectueusement près de lui.

Mais au lieu de la laisser faire elle-même son choix aux termes du bizarre cartel, il prit gracieusement sa main qu'il mît sans mot dire dans la main de Henri de Lorraine.

— Vive Dieu I monsieur mon neveu, à quelle fétt

somifies-noitô, je voas prie? exclama le yieax duc arec humeur.

— Monsieur mon oncle, c*est à monsieur le vice»roi qu'il vous faut demander cela. Le voici qui me dimne et confère la içain de madame Anne de Mantoue...

*- Anne de l|antoue ?. • répéta encore Pescaîre avec son éternel sourire.

— Hé I qui donc, s'il vous platt?.. commençail^le duc triomphant à son tour.

Mais la dame releva tout à coup son voile.

— Madame de Guise! 11 dit lé duc en reculant de trois pas.

Celle-ci lui lança un foudroyant regard.

— Madame ma nièce ! s'écria piteusement le vieux duc.

Puis il agouta tout bas ;

— Je comprends de reste à présent... l'Espagnol maudit. .. Ah 1 vive Dieu! vive Dieu ! quel voyage!

Pour Moncade, il fit aussitôt retirer ses gens.

Madame de Guise avait joué à ravir son rôle de statue.

Restait maintenant à expliquer sa présence au jlalais du gouvernement espagnol.

Moncade lui atrait bien appris le matin une longue tirade de .reprocÉes^ mérités, de récriminations jalouses; mais, outre qifelle avait mauvaise mémoire, sa nature de femme lui fournit un expédient plus simple et de beaucoup slîpérieur.

— Vous êtes bien coupable, dit-elle à l'oreille de son mari ; mais vous êtes malheureux : je vous pardonne.

Ut ittirDiJÉT noia» ' Wl

La belle physionomie du vice-roi avait perdu toute expression sardonique.

Quand il fut seul avec la famille de Lorraine, il s'avança vers M. de Guise, et dit avec douceur:

— Monsieur le duc me pardonnera, j*^père.

J'ai dû céder au désir d'une belle di^e en quête de son inconstant époux. *

-*- Ail ! fit amèrement le duc en interrogeant TEspajjnol du regard.

Celui-ci ne broncha pas.

C'était un don Juan plein de délicatesse.

— Madame de Guise, reprit-il avec un sang-froid merveilleux, est à Naple» depuis hier seuleiqent, Monsieur.

C'était l'exacte vérité : la veille, madame de Guise était è Portici.

Le duc devint distrait et prit la main du vice-roi.

— Monsieur de Moncade, dit-il avec bonhomie, je m'efforce d'y croire.

A. cet aveu suffisamment comique, l'Espagnol eut peine à garder son sérieux.

Mais une diversion lui vint» dont il se fift passé à la rigueur.

Tout à coup, en effet, les miquelets.f entrèrent à reculons et en tumulte. M. de Modène les poussait l'épée dans jes reins à la tètè des Français. ' M. de Guise s'était précipité ^li-devant d'eux.

— t)ieu soit loué ! s'écria-t-il eu prenant l'épée de Modène. Je n'ai pas donné ma ptrole... Au fort Saint-

Eime, Messieurs !«

tM Li muanÂsn vota*

— Bien dit, monajear mon nevea !.. Aasarei-Toos da Tioe-roi, je voas conseille, et en avant !..

Cependant, sur nn ordre de Moncade, les miqaelets revenns de leur première surprisé, s'étaient rangés près de la porte.

Tont présageait nne affreuse mêlée dans ce lieu étroit où les ennemis se coudoyaient avant d*en venir aux mains.

Madame de Ghevreuse se préparait sérieusement à 8*évanouir.

Un nouveau personnage vint encore compliquer la situation. Anne de Hantoue, pâle, mais l'œil brillant d'une détermination calme et réfléchie, parut sur le seuil.

Les deux partis s'écartèrent avec respect poar lui ouvrir un passage.

-^ Que cherdie ici madame de Pescairef dit le vice-roi étonné.

Anne ne répondit pas.

Marchant droit à M. de Guise» elle dit un hioI à rm\ basse.

€elut-er s'inclina profondément , remit au fouvreau son épée, et dit en s'adressant à Moncade :

•*<- Monsieur, je vous offre trêve pour ce acâr. A demain les hostilités 1

Pour que le lecteur n'aille pas faire de snppodtioas gratuites et nuisibiis l!;ia réputatiofi pbsth'uaie éa la belle vice-reine, nous nous croyons obligé, au Hsque de ralentir Taetion, d'«Kpliqu0r en Jeu^ iùotê c#t incident. *

Anne, éMgaée par les ordres de Moncade» avait &• cilemeat préra le piège tenda à M. de Gaise.

Le ùom de Mantoue allait servir à consommer uie trahison.

La fière Italienne, indépendamment du tendre intérêt qu'elle portait au duc, se soult^ contre cette honte. Suivie seulement de son page, elle traversa naitammant les rues de Naples et gagna le palais de Guise.

C'était elle qui avait prévenu Modène et envoyé ce secours inespéré.

Mais si elle voulait bien sauver le duc, elle n*enten* dait pas perdre le vice-roi.

Rappelant le service rendu , et s'adressant à Tbonneur de Henri de Lorraine, elle ne pria pas, elle exigea.

Moncade avait froncé le sourcil et relevé ûèrement sa moustache ; il se couvrit et fit un pas vers M. de Guise.

Les Français, de leur côté, munmiraient hautement.

— Monsieur 4non neveu, — dit à demi voix M. de Chevreuse, en le prenant par le bras, ~ ne plaisantons pas, je vous supplie. Si vous n'êtes roi, Hiadame la duchesse plaide en séparation.

€ Vive Dieu ! vous ne voiidries pas ruiner mon bOB* heur domestique. »

Henri de Lorraine se dég^a .doucem^t, imposa silence aux siens d*uQ geste impérieux, et s'ivança vers tfoncade, voulant lui épiurgner la moitié do chenûin.

— Monsieur le vîce-r«^ ^ dit-il» bm sans une té*

t60 Ll atlTMAnT HOIR.

gère teinte d'ironie, — monsieur le yice-foi, me par^ donnera, j*espère.

• J*ai dû céder au désir d*une belle dame en qu6te de son inconstant époux. »

C'étaient les propres termes de Moncade.

La riposte s*Ctait fait attendre, mais elle venait à point encore. *

Le marquis, furieux, voulut élever la voix.

— Cbut! — fit mystérieusement M. de Guise. — Madame de Pescaire vous croyait en tête à tète avec madame de Guise.

L'Espagnol, hors de lui, fit un geste de menace.

— Je suis à vos ordres, vous savez, — reprit impitoyablement M. de Guise. — Mais, à votre place, je m'efforcerais de croire.

A ces mots, laissant le vice-roi maugréer et froncer le sourcil à son aise, il revint vers Modène et le vieux duc.

— Messieurs, — dit- il, — depuis quand mène-t-oii la guerre devant les dames? Rengainez, je vous prie.

Puis, baisant gaiement la main de sa femme, il lança à l'adresse de madame de Pescaire une longue et tendre œillade accompagnée de ces mots à double entente :

— Ce soir, je suis tout au bonheur; je retrouve un cœur que je croyais perdu pour jamais ; demain, il sera temps !

Le lendemain, une flotte espagnole était en vue de Naples.

M. de Guise ne recueille point l'héritage du^n roi René, mais U ramena sa fenime à Paris,

u nnmiiirr nom. Se 4

Tout nons porte à penser que H. le marquis de Peseaîre suivit le conseil de son noble rival; il s'efforça de croire.

Nos deux don Juan firent partie nulle. Le seul gagnant dans tout ceci fut le bon M. de Cbevreuse ; il parvint, en effet, à calmer les fureurs Hé la belle liranie, qui ne plaida point en séparation.

-^ Monsieur mon neveu, — dit-il à Henri de Lorraine, en touchant le sol de France, vous m'avez fait perdre ma fortune, et je n'y ai point regret.

/'étais riche, maintenant je suis heureux. Vive Dieu! je vous donnerais de grand cœur du retour.

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