M. EMILE AUGIER
M. Emile Augier dit qu'il est aussi embarrassé pour se déclarer partisan de la recherche de la paternité que pour se montrer opposé à la réforme.
D'un côté, il est dur de ne pas défendre de l'abandon et de la misère les malheureuses filles réellement séduites; il est de même cruel de ne rien tenter
en vue de protéger les enfants naturels et de leur assurer le pain quotidien.
Mais, d'autre part, il est bien dangereux — pense M. Augier — de laisser introduire clans la loi une clause qui autorisera la première fdle venue à se présenter dans votre maison, à jeter la perturbation dans votre famille et à vous dire : « Tenez, voilà mon enfant, c'est vous qui êtes son père. » Il vous faudra prouver le contraire. Gomment vous y prenclrez-vous? Ah ! s'il ne s'agissait que de venir en aide aux femmes qui ont été leurrées par des promesses ou abusées par des engagements, certes, ce serait, justice. Mais les autres, celles pour qui la séduction est un métier et un moyen d'existence, méritent-elles qu'on songe à
leur assurer des revenus? Et, soyez-en certain, si l'on admet la recherche de la paternité, c'est à celles-là que la loi profitera.
Notez bien que la jeune fille qui aura commis une faute et qui aura eu le malheur de devenir mère, n'ira pas demander à la justice aide et assistance / contre l'homme qui l'aura trompée. Elle souffrira en silence, elle aura ce suprême orgueil de se suffire à elle-même et de ne demander rien à personne, surtout par la voie des tribunaux.
On a voulu assimiler cette question à celle du divorce et attribuer à la première l'importance de la seconde. Je ne pense pas ainsi, et autant je suis favorable au divorce, autant je suis hésitant
pour accepter ou repousser la recherche de la paternité.