‹ La recherche du colibacille dans les eaux de boisson par la méthode au neutral-rotChapitre 11 sur 18 · MÉCANISME DE LA REACTION · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE LA REACTION

Le rouge neutre, très employé en teinture, est, comme on sait, un chlorhydrate de diméthyldiaminololuphenazine symétrique, répondant à la formule :

AzH NC

ae CHE CHI D CID Ad AH PR AE ANG HI

Ce corps, soluble dans l’eau, lui communique une coloration rouge rubis.

Sous l'influence des alcalis, de l’ammoniaque en particulier, la base du rouge neutre est mise en liberté, Cette substance donne une coloration jaune orangé en solution aqueuse.

Si l’on fait agir sur le « neutral-rot » des réducteurs, tels que l'hydrogène naissant, en solution acide, le liquide devient rouge groseille, en même temps qu’apparait une légère fluorescence verte, visible par réflexion.

En solution alcaline, les réducteurs transforment

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le rouge neutre en son hydrobase! par rupture du noyau azoté de la phénarine ; le corps obtenu donne, en solution aqueuse, une coloration jaune serin par transparence, avec fluorescence verte par réflexion.

Il est d’ailleurs facile de produire cette réaction : on place dans un tube à essai 10 centimètres cubes d’eau, additionnée de X gouttes de solution de rougé neutre à 25 pour 100. On ajoute quelques parcelles de limaille de zinc et une dizaine de gouttes d’acide acétique ou lactique. Ce mélange est légèrement chauffé : un dégagement. d'hydrogène apparaît. En continuant à chauffer, le dégagement devient régulier et abondant ; la coloration rouge, légèrement violacé, qu'a prise le neutral-rot sous l'influence de l’acidification, passe au rouge rubis, puis au rouge brique. On voit, en même temps, apparaitre une fluorescence verte, qui va s’accentuant au fur et à mesure que là réduction se produit. |

Sous l’influence de la réduction, un des deux éléments de la réaction, la fluorescence verte, a apparu. A ce moment, on décante la liqueur pour la séparer du zinc et on ajoute, goutte à goutte, un alcali, ammoniaque ou potasse. La teinte rouge brique fait place à une teinte orangée, puis à une teinte jaune canarti, quand l’alcali est en excès. |

En même temps, la fluorescence augmente jusqu'à ce que l’excès d’alcali dissolve le précipité gélatineux

1 Cette hydrobase répond à la formule suivante : AZHPX AM Se CH?

CH? C6HS — A CHEQUE 7 NX CH:

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nt d'oxyde de zinc. La fluorescence est exagérée par la présence du précipité gélatineux *.

La réaction est alors complète : coloration jaune canari par transparence, avec fluorescence verte par réflexion.

Elle est due, comme on l’a vu, à la réduction du rouge neutre en milieu alcalin.

Dans les cultures de colibacille en bouillon au rouge neutre, le mécanisme est le même.

1° FLUORESGENCE VERTE. — La réduction du rouge neutre par le colibacille est certaine. Nous n’avons pas à étudier ici le pouvoir réducteur de ce microorganisme, qu’il nous suffise de rappeler qu’il est capable de réduire un très grand nombre de substances.

CassEDEBAT (6) obtient la décoloration de la chrysoidine, de la fuchsine, du vert brillant, du violet de gentiane, du bleu de méthylène, Wursr (62) du tournesol. ELSNER (11) étudie son pouvoir réducteur sur un milieu de pommes de terre avec l’hydroquinone. CapaLpr et PROSKAUER (4) utilisent le molybdate d’ammoniaque. SMirx (53) reprend l’étude de la décoloration du tournesol et du bleu de méthylène. Wor (52) étudie l’action du colibacille sur l’oscéine. ScARZELLA (50) utilise plus de trente-quatre matières colorantes. Puis ce sont les travaux de Bucanozz (4), avec l’orseille, de Gurx (22) avec l’alizarine, de FREGONNEAU (4) avec le méthyl-orange, Lrppens (33)

! Dans les cultures, la présence des bactéries joue le rôle du précipité, en augmentant la fluorescence.

nr avec l’hémoglobine, de WicHerN (63) avec le bleu de méthylène.

Le colibacille réduit le rouge neutre au même titre que les substances précédentes, Mais il possède visà-vis de cette substance une affinité particulière, alors que beaucoup d’autres bactéries, cependant réductrices, restent sans action sur elle.

D'ailleurs, la fluorescence dans les cultures aérobies, disparait assez rapidement, l'oxygène de Pair agissant sur la matière colorante, alors que dans les cultures anaérobies, la réaction persiste très longtemps. Cette dernière observation confirme donc le rôle du phénomène de réduction dans la production du virage des cultures de colibacille en bouillon au neutral-rot,.

2° COLORATION JAUNE CANARI. — C'est sous l'influence de l’alcalinité, due à l'apparition d’ammoniaque dans les cultures, que le rouge neutre passe au jaune canari, comme l'ont montré RocHaix et Durourr (42).

Cependant cette condition n’est pas suffisante; il faut, pour obtenir le virage complet, l'intervention de phénomènes réducteurs, ainsi que l’a mdiqué GuEerBET (19.) Sous l'influence de l’alcalinité seule, on n'obtient souvent qu’une coloration jaune brique.

L'intervention du pouvoir réducteur du bacille est démontrée par les faits suivants :

1° On sait que la réaction du rouge neutre en aérobie, même quand elle s’est présentée avec toute sa netteté, disparait assez rapidement. La fluorescence disparait d’abord; cette disparition indique que les

Te processus de réduction sont terminés et que l’oxygène de l’air influe sur la matière colorante. En même temps que la fluorescence s’atténue, la coloration jaune canari tend à virer au jaune rougeûtre. Dans une culture de coli vieille de huit jours, il ne reste plus qu'une coloration pelure d’oignon. Cependant, au début de la culture, le virage jaune canari s'est produit alors qu'il n’y avait pas d’ammoniaque libre en apparence dans la culture (il s’en forme cependant des traces qui sont suffisantes pour aider les phénomènes de réduction); d’autre part, la teinte jaune disparait, malgré les proportions croissantes d’ammoniaque, en même temps que le pouvoir réducteur des bactéries s’atténue.

2° Prenons une culture anaérobie (de trois jours) de colibacille, ouvrons le tube et agitons-le à l’air ; en l’espace de quelques minutes, sous l’mfluence de l'oxygène de l’air, la fluorescence disparait et la temte jaune canar1 fait place à une teinte jaune rougeàtre ; c’est cette teinte rougeätre qui correspond à l’action de l’ammoniaque seule sur le rouge neutre.

Quelle est l’origine de lammoniaque ?

A. RocHaix et Durourr (42), au cours de recherches sur les urobactéries, ayant reconnu que ces microorganismes agissent sur le rouge neutre, ont pensé qu'il pourrait y avoir une relation entre cette action et la fermentation ammoniacale. On sait, depuis HazLé et Dissarr (23), que le colibacille est capable de transformer l’urée en carbonate d’ammoniaque.

Plusieurs faits, d’après ces auteurs, paraissent montrer les relations qui unissent les deux propriétés :

1° En faisant varier le pouvoir de faire férmenter l’urée, on observe des variations parallèles dans le pouvorr de faire virer le neutral-rot. Des cultures qui, par une série de générations artificielles, perdent leurs propriétés fermentatives, voient également disparaitre leur pouvoir de faire virer le neutral-rot. Lorsque, en reprenant ces cultures, on les excite par des passages successifs sur divers milieux appropriés, comme de l'urine par exemple, ou par des passages sur des animaux, on voit qu’elles récupèrent les unes assez vite, les autres plus difficilement, et leur pouvoir sur l’urée et leur action sur le neutral-rot. Il y a une constance presque absolue et réciproque dans l’exaltation et la disparition de ces deux propriétés.

2° Dans certaines circonstances exceptionnelles, 1l est arrivé aux deux auteurs précités de voir certaines cultures non récentes, mais n’ayant pas cependant séjourné pendant très longtemps au laboratoire, ne pas donner lieu au virage connu, lorsqu'on les ensemençait dans le bouillon de Savage. Ils ont pu faire réapparaitre cette propriété en additionnant la culture d’une petite quantité d’urée. |

Rocaix et Durourr (42) ont tiré de ces faits la conclusion que la réaction du neutral-rot est spécifique du groupe des microbes qui transforment l’urée en carbonate d’ammoniaque, comme nous l’avons indiqué ailleurs.

Ils ont conclu, en outre, que ces faits pouvaient éclaircir le mécanisme intime de la réaction du neutral-rot. Han 4

On sait que les microbes, comme d’ailleurs tous les

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tissus vivants, déterminent, par leurs réactions vitales, la production d’urée.

Or, il est probable que les microbes de la fermentation ammoniacale, qui, seuls, sont capables de transformer l’urée en carbonate d’ammoniaque, soit aussi les seuls à transformer ultérieurement dans les cultures cette urée en composés ammoniacaux qui, par suite de réactions secondaires, donneraient momentanément de l’ammoniaque libre. L’ammoniaque, ainsi mis en liberté, agirait sur le neutral-rot, pour le faire virer au jaune.

GuERBET (19) soutient de son côté que la réaction du neutral-rot serait spécifique des bactéries ayant un pouvoir réducteur et capables de produire de lammoniaque, aux dépens de laliment azoté. Cette affirmation, comme le fait remarquer l’auteur lui-même, ne tendrait rien moins qu’à nier toute spécificité à la réaction du rouge neutre.

En effet, la plupart des microbes sont capables de phénomènes de réduction ; c’est une fonction générale de toutes les bactéries qui vivent dans la profondeur des milieux de cultures.

D'autre part, en dehors même des microbes de la fermentation ammoniacale, il en est un très grand nombre qui donnent de l’ammoniaque aux dépens des substances protéiques du milieu de culture.

Mais ce qui conserve à la réaction sa spécificité, c’est l’affinité du colibacille pour le neutral-rot, cas particulier de la règle générale d’affinité des espèces microbiennes pour telle ou telle matière réductible.

En somme, on peut dire que le virage au jaune canar!i avec fluorescence verte des bouillons au neutralrot par les eaux colibacillifères est dû à la réduction du rouge neutre, en miliea alcalin. Cette alcalinité est due à ammoniaque libre produite dans la culture et dont l’origine est encore discutée.

Vos

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