FOSTER, LE FINANCIER
Mon honorable ami de Toronto-nord ne s'est pas contenté de critiquer la convention, ce qui aurait été vraiment son droit; mais il a été tout simplement injuste en essayant de déprécier non seulement la convention mais encore ceux qui l'ont conclue. Il a parlé de mon honorable ami le ministre des Finances et de mon honorable ami le ministre des Douanes, comme étant des hommes très extraordinaires. Il est revenu là-dessus deux ou trois fois en parlant tout particulièrement de l'honorable ministre des Finances. Mais si l'honorable député de Toronto-nord ne l’a pas encore appris, il peut l'apprendre maintenant, c'est que s’il avait à son crédit la moitié de ce qu'a accompli mon honorable ami le ministre des Finances, il pourrait être plus fier qu’il ne l'est de sa carrière. Puis il a passé en revue les membres du cabinet, prenant tantôt l'un, tantôt l'autre, et enfin il en est arrivé à ma très humble personne et, parlant de ma très humble personne, il s’est exprimé ainsi :
Des hommes d'une aptitude financière aussi remarquable et d'une pénéträtion d'esprit aussi grande pour les affaires que le très honorable chef du Gouvernement et du parti.
Je ne me suis jamais considéré comme un homme doué d'une aptitude financière, remarquable ni d'une grande pénétration d'esprit pour les affaires ; mais quand je constate jes prétentions de certains hommes qui se mêlent de finances et d'affaires, je suis étonné de ma modestie. Si je m'étais mêlé de finances et d'affaires, je puis bien reconnaître que j'en aurais peut-être fait un joli gâchis. Mais je n'aurais pas pu faire pis que mon honorable ami. Si après avoir
Là
posé en financier et en homme d’affaires je n'avais pas autre chose à montrer qu’une suite d’insuccès, j'irais me cacher, tellement je serais honteux, et je serais assez prudent pour ne pas jeter de pierres dans le jardin des autres, de crainte qu’elles ne me fussent renvoyées
avec intérêt composé.
J'ai dit, il y a un instant, que la convention que nous avons faite a simplement pour but d'obtenir de meilleurs prix pour les produits des agriculteurs du Canada. C’est une proposition si facile à comprendre que je suis surpris de ne pas l’avoir vue mieux: accueillie par nos honorables amis de l'opposition. Mais les objections qui sont faites à cette convention ne découlent pas de ce qu’elle renferme : elles reposent toutes sur des motifs qui y sont étrangers. Le parti conservateu& est opposé à cette convention, parce que, nous dit-il, elle produira des conséquences désastreuses pour le pays. J'ai écouté avec soin presque tous les discours qui ont été prononcés dans la
Chambre sur cette question et j'ai lu avec une égale attention ceux que je n'ai pas eu l'occasion d'entendre; aussi je crois pouvoir dire avec raison que les objections qui ont été faites à cette convention peuvent se résumer à quatre. La première est que le commerce abandonnera les voies canadiennes pour suivre les voies américaines. La seconde est que nos ressources naturelles seront détruites. La troisième est que nos industries seront mises en péril, et la quatrième — certainement pas la moindre — c'est que notre autonomie sera perdue et que finalement nous serons absorbés par la république américaine, Je crois avoir assez bien exposé les objections des honorables députés de l'opposition, et la Chambre me permettra sans doute de les discuter.
15. — LA RECIPROCITE NE SAURAIT DETOURNER LE COMMERCE DES VOIES CANADIENNES POUR LE DIRIGER VERS LES VOIES AMERICAINES.
Prenons la première : l’objection que cette convention va détourner le commerce des voies canadiennes pour le diriger vers les voies ainéricaines . Cette question, il faut la discuter en se plaçant à deux points de vue: d'abord à celui des marchandises qui sont expédiées du Canada aux Etats-Unis pour être transportées ea Angleterre, et en second lieu au point de vue des marchandises envoyées du Canada aux Etats-Unis pour être consommées aux Etats-Unis. En examinant le premier point qui a trait aux marchandises expédiées du Canada aux Etats-Unis pour être transportées en Angleterre, en quoi voit-on que la convention puisse nuire au système actuellement en vigueur? le ne le modifie pas d'un iota. Actuellement les marchandises partent du Canada pour être expédiées à Boston, New-York ou un port quelconque d'Amérique sans payer de droits. Les marchandises américaines viennent de la même façon au Canada pour être expédiées à Montréal, Halifax ou Saint-Jean, sans payer de droits. Un chargement de blé peut quitter Winnipeg pour New-York, y être déchargé et transbordé sans qu'il soit exigé de droits. Un chargement de grain peut quitter Minneapolis pour Montréal et étre expédié de notre port sans payer de droits. Ceci se passe en vertu des facultés de transit qui ont été'accordées par un gouvernement à l'autre, et réciproque: ment, afin de faciliter le transport. Cet état de choses existe depuis environ soixante ans et je n'ai jamais entendu de plaintes alléguant que c'était injuste pour l’un ou l’autre pays. Il fut un temps où j'étais agacé quand je réfléchissais que cette faculté de transit n’était qu'un acte de bonne volorité de la part des Américains à notre égard.
C'est au moment où nous n'avions pas de voies de communication pour atteindre l'océan. Mais maintenant que nous avons une communication non interrompue d'un océan à l'ature, sur le territoire canadien, nous pensons que les Etats-Unis peuvent supprimer quand ils le voudront la faculté de transit et que s'ils le faisaient ils en souffriraient plus que nous, Mais, notre situation sous ce rapport est bien garantie, que ce traité soit ou non adopté.
Maintenant, monsieur le président, il ne s'ensuit pas que je sois opposé au système de conserver pour nos voies de transport le commerce canadien; au contraire, je m'occripe beaucoup de cette question et je crois pouvoir muntrer par ce qu'à fait le Gouvernement, que nous avons favorisé la construction de voies de communication à travers le Canada, de l’est à l'ouest, en vue de conserver le tra .ic sur nos propres voies de transport.
Une chose que je puis dire à l'honorable député de Torontonord (M. Foster), à l'honorable chef de l'opposition (M. Borden), à l'honorable député de Brandon (M. Sifton) plus particulièrement, c'est que s'ils croient pouvoir maintenir le trafic dans des routes canadiennts par des lois, par des entraves au commerce, ils comne la plus grave des erreurs; la chose a déjà été tentée et a échoué.
Quand le Pacifique-Canadien a été construit en 18851, c'éta'* dans le but ouvertement déclaré d'établir une voie de communication entre l'Est et l'Ouest ; on vouiait que le trafic canadien se fit, autant que la chose était possible, par des routes canadiennes.
L’honorable député de Toronto-nord a parlé, en termes sévères, de notre politique et des conséquences de cette convention douanière pour le crédit du Canada et pour ceux qui ont engagé des capitaux dans nos chemins de fer; il nous a parlé de l'indignation qu'ils éprouveront en apprenant que, grâce à cette nouvelle politique, le trafic pourra être détourné des voies ferrées allant de l'est à l'ouest, pour être dirigé vers le sud. Voici le langage dont l'honorable député s’est servi en cette occasion, et je cite ses paroles, en vue de ce que je dirai dans un instant :
Prenons les capitaux engagés dans nos chemins de fer allant de l'est à l’ouest. A-t-on jamais soupçonné, en Angleterre, qu’un jour viendrait où une politique nouvelle serait adoptée par ceux-là même qui ont demandé ces capitaux et réussi à les obtenir? A-t-on jamais prévu que lorsque ces capitaux seraient irrévocablement engagés, on permettrait la construction de voies transversales À tous les quelques milles, pour détourner le trafic et le diriger sur les lignes plus au sud, privant par ià nos propres lignes de leur trafic de long parcours?
En parlant ainsi mon honorable ami aurait dû se rappeler sans dout que, dans le marché conclu avec le Pacifique-Canadien, on avai pris des précautions pour maintenir le trafic de l’est à l'ouest. Il est dit dans l'article 15 de lu convention passée avec cette compagnie :
Pendant vingt ans, à partir de la présente date, le Parlement du Canada n'autorise ea la construction d'aucun chemin de fer au sud du Pacifique-Canadien, partant de cette ligne, ou d'un point rapproché, sauf une ligne allant vers le sud-ouest ou vers l'ouest du sud-ouest, et à pas moins de 15 milles du 49e degré de latitude,
Je vous prie de bien retenir ces mots. Ceux qui engageaient leurs capitaux dans cette entreprise avaient cette garantie que, durant vingt ans, le Parlement ne permettrait pas la construction d'une seule voie ferrée au sud du Pacifique-Canadien, et que dans une zone de 15 milles, le long de la frontière, il n'y aurait pas de chemin de fer.
Dans de telles conditions, il était impossible de détourner le trafic des voies canadiennes pour le diriger sur les voies américaines, puisqu'il ne devait pas y avoir de moyen de communication entre elles. C'est cette précaution extrême que prit le Gouvernement d'alors, et cette entrave à l'énergie, à l'esprit d'entreprise devait
peser sur la population de l'Ouest pendant vingt ans.
C'est avec cette garantie que le-gouvernement canadien décida les capitalistes étrangers à pl cer leur argent dans cette entreprise. Mais combien de temps dura cette restriction? Dura-t-elle vingt ans? Non, monsieur le président, elle dura six ans, et après cette expérience de six années, le Gouvernement dut faire abroger cette loi.
Comment la chose est-elle arrivée? T'est une des pages les plus dramatiques de l’histoire du pays, ec personne ne la connaît mieux que l'honorable député àe Brandon. J'ignore s'il était membre de la législature à cette époque, mais c'était un jeune homme s’intéressant aux affaires publiques, et il n’a pu rester indifférent à ces événements. J'ai dit que cette restriction était une entrave à l’énergie, à l'esprit d’entreg:. ‘se de la population de l'Ouest, et surtout du Manitoba. La population du Manitoba voulait un trafic du nord au sud, elle désirait commercer avec ses voisins les Américains, et pour cela, il lui fallait un chemin de fer entre le Manitoba et les Etats-Unis. Mais il y avait une loi fédérale, il ÿ avait l'autorité du Parlement fédéral qui leur interdisait de commercer ave: la répubhique du sud, et pendant six ans, le Gouvertiement canadi: s'efforça de maintenir cette loi en vigueur.
La législature du Manitoba accorda des chartes autorisant la construction de voies ferrées, dans cette zone que le Gouvernement fédéral voulait fermer à la civilisation et aux bienfaits qui en découlent. La législature du Manitoba voulait des chemins de fer allant du nord ou sud, et elle accorda des chartes à cet effet, mais le Gouvernement fédéral opposa son veto, en 1882, en 1883, en 1884, en 1885, en 1886 et en 1887. À tous les ans, la légishture du Manitoba pétitionna le Gouvernement, pétitionna le Parlement pour obtenir l’abrogation de cette restriction, et chaque fois sa demande fut repoussée. :
Finalement, en 1887, le gouvernement du Manitoba, appuyé par toute la province, vota une loi autorisant la construction d'un chemin de fer, entre Winnipeg et la frontière, où il devait se relier au réseau américain, et cette fois encore le Gouvernement fédéral refusa son assentiment. Mais la province n'en tint aucun compte et entreprit la construction de la ligne.
Ce n’était ni plus ni moins qu’une rébellion. Les honorables députés du Manitoba, l'honorable député de Brandon, n'ont pas oublié qu’un certain jour du mois d'octobre, quand la compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique niait à la province le droit de traverser sa ligne dans la direction du sud, 200 citoyens de Winnipeg, des membres du Parlement, des membres de la législature, des financiers, des hommes de profession, des marchands, des banquiers se rendirent au point d’intersection, déterminés à repousser la force par la force, pour obtenir que la ligne provinciale traversât celle du chemin de fer canadien du Pacifique.
Après ces événements le Gouvernement fédéral amena son pavillon et, à la session suivante, l'interdiction fut levée, mais le Gouvernement fédéral dut indemniser la compagnie pour l'abandon de ce privilège.
Je demande à mon tour à l'honorable député de Toronto-nord ce que sont devenus ces capitalistes qui avaient engagé leur argent dans cette entreprise sur la foi du Gouvernement fédéral. Ont-is été ruinés? Que signifie alors cette rhétorique ampoulée de mon honoïable ami, dont j'ai fait voir un échantillon il yYaun instant:
Prenons les capitaux engagés dans nos chemins de fer allant de l'est à l’ouest. A-t-on jamais soupçonné en Angleterre qu’un jour viendrait où une politique not selle serait adoptée par ceux-là même qui ont demandé ces capitaux :t ont réussi à les obtenir?
Non, ils ne l'avaient jamais soupçonné, mais la chose a été faite quand même, €: le résultat a été que les actions du chemin de fer canadien du Pacifique, eui étaieut cotées à cette époque à 30, se vendent aujourd’hui 213
Je répète que les lois sont impuissantes à détourner le commerce de ses voies naturelles ; laissons faire la nature et le trafic premdra la route canadienne. Pourquoi? Parce que nous avons les voies intérieures, les voies les plus courtes et les mieux outillées.
Voyons la situation telle qu'elle est à l'heure présente : Winnipeg peut commercer avec l'Europe, per les Etats-Unis et par le Canada. La voie ferrée, entre Winnipeg et Montréal, est de 1,414 milles, et de Montréal à Liverpool, il y a 2,760 milles, seit une longueur totale de 4,174 milles. De Winnipeg à New-York, par voie de Minnéapolis, Chicago et les routes américaines, la distance est de 1,790 milles, et de New-York à Liverpool, de 3,026, soit en tout 4,826 miles.
La route américaine est de 4,826 milles, et la, route canadienne de 4,174 milles, soit une différence en faveur de la route canadienne, de 652 milles. Je demande si, dans de semblables conditions, il est besoin de lois pour forcer le commerce à prendre la route canadienne. N’est-il pas de toute évidence que ie commerce, par pur intérêt, prendra toujours la route canällienne, qui est la plus courte ?
Mais il y a plus; nous avons les enseignements de l'expérience : nous avons pu constater que le trafic, par les voies canadiennes, comparé au trafic par les routes américaines, se développe par sauts et par bonds. En 1900, les exportations de blé canadien, dans le port de Montréal s'élevaient à 4,000,000 de boisseaux; en 1910, elles ïtteignaient 14,140,000 boisseaux. En 1900, les exportations de blé américain, dans le port de Montréal, s’élevaient à 5:000,000 de boisseaux et en 1911, elles atteignaient 10,000,000 de boisseaux.
Il ne peut donc y avoir aucun doute sur ce point; la route Canadienne aura toujours la préférence, parce qu'elle est la plus avantageuse et la pius courte.
Mais, monsieur l'Orateur, il convient aussi d'étudier la questien au point de vue des marchandises qui sont exportées aux Etats- Unis, pour la consommation dans ce pays. Lorsque l'honorable chef de l'opposition a pris la parole sur cette question, il a prétendu que notre politique devait tendre à développer le commerce interprovincial. Tout le monde est de cet avis ; ROUS désirons tous favoriser le trafic interprovincial, de préférence au trafic avec tout autre pays, et je reconnais, avec mon honorable ami, que le marché intérieur est le plus avantageux pour les produits.
Mais je dois faire observer à l'honorable député que cette convention douanière ne vise que les produits naturels, et il ne voudra pas soutenir que la population du Canada peut consommer tous les produits naturels du pays.
L'honorable député de Brandon disait l’autre jour que la consommation intérieure absorberait 80 p. 100 de notre production. II est assez difficile de se procurer des données exactes sur ce point, et de déterminer au juste la quantité de viande, d'oeufs, de fruits que consomme une population. Cela dépend beaucoup de la richesse de cette population ; mais il existe un moyen infaillible de déterminer la quantité de blé que la population d'un pays consomme, et elle est de beaucoup inférieure à 80 p. 100 de ce que nous produisons.
Il y a trente ans, ou environ, on estimait que la consommation du blé était en moyenne de cinq boisseaux par tête, et je suis convaincu que cette moyenne est considérablement plus élevée aujourd'hui. Je discutais la question, il y a quelques semaines, avec un minotier très en vue; il calcule que la consommation actuelle du blé est de 6 à 7 boisseaux par tête. Si on accepte ce calcul et si on porte la population du Canada à: 8,000,000, on arrive à une consommation intérieure ue 50,000,000 de boisseaux, et partant le Canada ne consommerait que la moitié de sa production de blé. Où ira l'excédent? Mon honorable ami me répondra que nous avons le marché anglais. En effet, le marché anglais est parfaitement en état d’absorber le surplus de notre production de blé, pendant plusieurs années à venir, bien que nous ayons la certitude que cette production sera bientôt décuplée.
Mais nous avons d'autres produits que le blé, que nous ne pouvons pas écouler sur le marché anglais, du moins avec la même facilité que sur le marché américain. L’honorable député de Brandon a parlé du foin de la province de Québec et a laissé entendre, sans trop vouloir l’affirmer, que l'exportation du foin est une mauvaise affaire pour le cultivateur. =
Je puis assurer à mon honorable ami de Brandon qu'il ne s’exportera pas de foin provenant des versants des collines des cantons de l'Est et de la province de Québec ; mais, ainsi que le ministre de l'Agriculture l'a rappelé à mon honorable ami de Brandon, nous avons dans la province de Québec des prairies naturelles, n'exigeant aucun labourage, et sur lesquelles le meilleur mil a pu être cultivé, non pas depuis cinquante, mais depuis cent ans. Sur les deux rives du lac Saint-Pierre, il y a des prairies naturelles qui ne sont élevées que de quelques pouces au-dessus du niveau d: lac. Ces prairies sont inondées tous les ans, et comme chacun le sait dans la province, on ne cultive là que du foin et pas autre chose. Les comtés de Berthier, Maskinongé et Saint-Maurice, sur la rive Nord, et les comtés de Nicolet, Yamaska et Richelieu, sur la rive Sud, sont situés de telle sorte qu’il y a là, peut-être mille cultivateurs de foin .pour
ui ce traité, si jamais il est ratifié, sera une faveur inappréciable. ans le moment, ces cultivateurs ne peuvent pas vendre de foin aux
Etats-Unis parce qu'il y a un droit de $4 par tonne. Que ce droit soit enlevé, et immédiatement un immense commerce surgira dans cette partie du pays, ainsi que cela s'est vu il y a quelque trente ans. Les mêmes remarques peuvent s'appliquer aux oeufs, à la volaille et aux produits des mines. Pour toutes ces raisons, il est de notre avantage que nous ayons accès, non seulement au marché de la Grande-Bretagne, mais aussi au marché des Etats-Unis. L'honorable député de Brandon a prétendu que si nous adoptions ce traité, nous rendrions par là même inutiles les facilités de transport que nous nous sommes créées avec la Grande-Bretagne. Le même commerce continuera toujours, la seule différence “tant que nous produirons plus qu'auparavant.
Il y a aussi le commerce du bétail. Autrefois, nous exportions beaucoup de bestiaux dans la Grande-Bretagne. Nous en exportons toujours, mais ce commerce n'est pas aussi considérable qu'il devrait l'être, car personne n'ignore qu'il a été constamment paralysé par l'embargo décrété il y à quelque vingt ans. Mais il y a tout près de nous, aux Etats-Unis, un marché facilement accessible pour tous les produits de nos éleveurs.
J'en arrive maintenant à un point très important. On a déclaré, au cours de ce débat, et la presse s'est faite l'écho de ces déclarations. (même, je pourrais ajouter que le bruit a aussi couru dans la Grande- Bretagne), que cet arrangement aurait pour résultat de mettre fin à toute possibilité de commerce mutuel préférentiel avec la Grande- Bretagne. Mon honorable ami de Brandon s'est lui-même rangé à cet avis, et plusieurs membres de cette Chambre ont aussi prétendu la même chose. Je nie formellement qu'il en puisse être ainsi. Bien plus, cela n'est pas même soutenable. et il suffit d'analyser de semblables prétentions pour que la fau<::.é en soit démontrée. Les membres de la droite de cette Chambre. monsieur le président, n’ont jamais pris part, et ils ont toujours refusé de prendre part à la controverse qui dure depuis si longtemps en Angleterre sur la question du commerce mutuel préférentiel. Nous ne voulons prendre aucune part au débat entre réformistes et libre-échangistes. Nous avons cru que ce sérait là manquer de déférence, et que c'était chose qui ne nous concernait nullement. Nous avons aussi pensé qu'en nous mêlant à cette controverse, soit d'un côté soit de l’autre, c'eüt été de notre part faire acte d'indiscrétion et nous avons préféré observer le silence là-dessus après avoir soumis notre politique au peuple anglais. Or, quelle a été cette politique? Les ministres du Canada l'ont exposée à Londres, à la conférence de 1902, en ces termes :
Les ministres du Canada ont déclaré que, s'ils pouvaient être assurés que le gouvernement impérial accepterait le principe du eommerce préfé-
ECTS TE
rentiel en général, et accorderait particulièrement aux produits alimentaires du Canada dans la Grande-Bretagne l’exemption des droits actuellement prélevés ou à être prélevés dans la suite, alors ils (les ministres du Canada) seraient prêts à aller encore plus loin et à mettre tout en oeuvre pour accorder aux manufacturiers anglais un surcroît d'avantages sur leurs concurrents étrangers au Canada.
Voila la politique qui a été exposée à la conférence impériale de 1902. Telle est encore la politique que nous voulons défendre, en cette année 1911, à la conférence qui doit prochainement avoir lieu. La gauche a prétendu que le présent arrangement rendrait impossible la réalisation de la politique que nous avons en vu= à l'égard de la Grande-Bretagne. Comment peut-on sérieusement soutenir pareille thèse? A la conférence de 1902 les ministres canadiens ont déclare qu'ils étaient prêts à accorder à la Grande-Bretagne une préférence sur les produits manufacturés exportés au Canada, si, en retour, la Grande-Bretagne voulait nous accorder la préférence pour nos produits naturels exportés en Angleterre. La Grande- Bretagne n’exporte pas beaucoup de p: sduits naturels ; tout au contraire, elle en importe des quantités considérables. De notre côté, nous exportons, non pas des produits manuiacturés, mais des -roduits naturels et nous importons des produits manufacturés pou: un chiffre considérable. Or, comme nous n’avons accordé aux Etats- Unis la libre entrée de notre marché que pour leurs produits naturels, de même que nous n'avons aux États-Unis la libre entrée que pour nos propres produits naturels, je me demande en quoi tout cela pourrait concerner la Grande-Bretagne. Assurémént, on ne saurait prétendre que notre commerce avec la Grande-Bretagne pourrait être ici en péril. Les producteurs des Etats-Unis pourront arriver sur notre marché avec leurs produits naturels, mais il est certain que l'Angleterre n’enverra jamais un minot d'aucune céréale en Canada. Cependant, l’Angleterre peut nous accorder la préférence pour nos produits naturels sur son marché si elle décide de changer sa politique, et alors nous serons prêts à lui accorder pour ses produits manufacturés un avantage correspondant. La politique du Canada, monsieur le président, est toujours précisément la même qu’il y a trois mois, alors que cet arrangement a été négocié. Bien plus, cette politique n’a ras varié depuis douze ans, et ce sera encore la politique du gouvernement canadien à la prochaine conférence impériole qui s'ouvrira au mois de mai. Que penser, alors, des cris, lamentations et imprécations que tout cela a soulevés de tous côtés! Assurément, la question n’a pas été examinée comme elle aurait dû l'être, car sans cela la réponse ne se serait pas fait attendre.
Il serait peut-être bon, au point où j'en suis — et comme je suis présentement à passer en revue toutes les objections qui ont été . soulevées — que je prisse en considération un autre point qui a eu
le don de tirer des larmes à plusieurs de ces honorables membres de la gauche, je veux parler des conséquences de l'arrangement en ce qui concerne les nations les plus favorisées. Il existe d'anciens traités entre l'Angleterre et d'autres pays, dans lesquels il est stipulé, advenant que l'Angleterre ou l'une de ces ccionies accorderait une préférence à un pays quelconue, que le même traitement devra être accordé à certaines nations avec lesquelles l'Angleterre a conclu ces anciens traités. Ces traités ont été dans le passé de si peu d'importance que nous ne nous en sommes ;amais préoccupés. Quand, en 1806, nous nous sommes trouvés contrecarrés par le traité avec l'Allemagne et le traité avec la Belgique, nous avons demauclé la dénonciation de ces traités. Les autres traités conclus avec d'autres pays ne nous nuisaient nullement, et nous ne nous en sommes point préoccupés. Cependant, et subitement, voilà que ces traités ont pris une énorme importance aux yeux de quelques-uns, et nous avons même entendu, il y a quelques jours, un des membres de la gauche affirmer que nous étions pour ainsi dire en passe d'ouvrir nos portes à l'univers entier. C'était là se servir d'un gros mot, mais nous allons examiner tout cela en détail et voir ce que ce mot-là représente en somme.
En ce qui conu‘erne ces traités, “l'univers” comprend ici le Vénézuéla, la Suisse, la Suède, l'Espagne, la Russie, le Japon, le Danemark, la Colombie, la Bolivie (a-t-on jamais entendu parler d'aucun commerce avec la Bolivie?) l'Autriche-Hongrie et a République Argentine, Voyons donc ce que représente notre commerce avec ces pays,
L'année dernière, nous avons exporté en tout au Vénézuéla pour $14,000 de marchandises.et nous en avons importé pour $53,000,
c'est-à-dire, pour un montant représentant le chiffre d'affaires de la première épicerie du coin. F: dans ces 553,000 de notre commerce
avec le Vénézuéla ne se t: nt aucuns des produits naturels mentionnés dans ia conven vec les Etats-Unis, De la Suisse NOUS avons importé pour $: 3,000 de marchandises, et nous en
avons exporté pour $I0,000, nos importations étant surtout des soies et des cotons et des produits manufacturés en soie et coton. Nos exportations en Suède, l'année dernière, se sont élevées à $111,000, et nos importations à $207,000, et il n'y a pas là pour un seul dollar de marchandises spécifiées dans la convention. Nous avons exporte l'année dernière en Espagne pour $31,000 de marchandises, et nous en avons importé pour $1,040,c00. Ces importations comprenaien: des fruits, mais ii s'agissait d'oranges et de fruits des tropiques appartenant à une catégorie qui n'est pas mentionnée dans Ja convention. Avec la Russie, nos exportations se sont élevées l'année -rnière à $59,000, et nos importations à $138,000, et je ne voi: pas
là un seul article relevant du présent arrangement. Avec la Norvège et la Suède nos exportations se sont élevées à $487,000 et nos importations à $168,000. Il y a là un peu de poisson, et la Norvège retirerait avantage de la clause concernant l'entrée du poisson en franchise, et c'est là le premier article qui soit atteint. Il y a aussi un peu de commerce avec le Japon, mais peut-on vraiment s'imaginer que le Japon nous enverra jamais du blé, du beurre ou des céréales ? Avec le Danemark nous avons fait quelques affaires, mais pas très considérables, nos exportations étant de $425,000 et nos importations de $86,000, et bien que le Danemark soit un pays exportateur de beurre, il n’est pas venu une seule livre d= beurre danois au Canada. Avec la Colombie nos exportations ont été de $42,000 et nos importations de $28,000, mais il n’y avait rien de ce qui est mentionné dans l’arrangement. Quant à la Bolivie, nous ne faisons avec elle aucun commerce ; nous n’en achetons rien et nous n'y exportons rien. Avec l’Autriche-Hongrie, nos importations ont été de $1,410,000 et nos exportations de $60,000. Les importations sont surtout des dentelles et des articles de ce genre. J'en arrive maintenant à la République Argentine. Nos exportations totales avec ce pays se sont élevées à $2,869,000, et nos importations totales à $2,181,000, mais je constate que nous n'avons pas importé de l'Argentine un
seul article qui soit compris dans l’arrangement. C’est là, cependant, un pays producteur de blé et il en exporte ; mais si jamais l'Argentine envoie du blé au Canada, je ne vois pas pour quelle raison le Canada n’enverrait pas à son tour du blé dans l’Argentine, de sorte que cette objection tombe d’elle-même et peut être entièrement mise de côté.