‹ La reconstruction de l'EuropeChapitre 8 sur 18 · DANS LA NOUVELLE EUROPE · texte numérisé non relu

DANS LA NOUVELLE EUROPE

Pourquoi les Etats-Unis font-ils la guerre ? — La duplicité du gouvernement allemand : le discours de Herr Zimmermann du 24 janvier 1917 et ses instructions au ministre allemand à Mexico du 19 du même mois. — Le loyalisme du peuple allemand envers l'Empire. — La Pétition des six ligues pangermanistes. — Les désirs du roi de Bavière, du duc de Mecklembourg, etc.. — Une conspiration contre l'Allemagne. — Les aveux du général von Gebsattel. — La presse pan-germaniste et le D' Dernbourg- — Herr Bassermann et Herr Zedlitz-Neukirch. — La responsabilité des Hobenzollern et le problème de la paix. — Un discours du prince Alexandre von Hohenlohe. — Un « royaume populaire des Hobenzollern » en réserve. —Théories du professeur Joseph Kohler: le Prussianisme. — C'est pour échapper au prussianisme que les Etats-Unfs font la guerre. — Une révolution est improbable en Allemagne tant que ses armées sont victorieuses. — Désintéressement des Américains.

Si essentiels que nous croyions les principes de la démocratie pour Tindépendance des nations et la paix suprême du monde, les Etats-Unis d'Amérique ne seraient jamais entrés dans la guerre dans le but d'imposer à un peuple une forme démocratique de gouvernement. Ce qui fait que la lutte actuelle est véritablement la bataille pour la démocratie, c'estle fait que

la connaissance des intentions impériales a établi cette conviction que, si ces intentions venaient à se réaliser, la démocratie ne serait plus possible nulle part dans le monde. En face d'un impérialisme triomphant, les nations se gouvernant elles-mêmes se verraient obligées de se protéger contre la menace d'agression en s'armant jusqu'à l'épuisement de leurs ressources et de recourir à une centralisation permanente des pouvoirs publics qui fausserait leur caractère démocratique. Mais avec les plus grandes précautions les états indépendants les plus faibles, abandonnés à eux-mêmes, seraient éventuellement contraints de céder à la domination impériale, augmentant ainsi progressivement les ressources du pouvoir arbitraire et affaiblissant dans une proportion égale les forces des états indépendants constitutionnels. Si, par exemple, l'Europe Centrale, telle que la conçoit Naumann, était consolidée par l'issue de la grande Guerre, ce ne serait plus qu'une question de temps pour que non seulement la Belgique, la Hollande, la Suisse, les états Scandinaves, la France elle-même peut-être, et certainement les états Balkaniques, tombent sous le joug impérial. Et une puissance maritime comme celle qui existerait alors avec des stations navales sur toutes les côtes européennes et de nouvelles colonies, pourrait entreprendre la conquête du monde. Si le gouvernement impérial allemand peut à présent interrompre et rendre très périlleux le commerce de l'Atlantique et de la Méditerranée, que ne pourrait-on attendre de lui lorsqu'il

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aurait à sa disposition des ports bien outillés sur la Manche et dans l'Adriatique pour ne pas mentionner de plus hardies possibilités.

Ce ne fut pas cependant la crainte de l'expansion allemande en Europe qui poussa les Etats-Unis à abandonner leur politique de neutralité. Tant que la guerre fut considérée comme un conflit européen de puissances on pouvait s'attendre à ce que l'Amérique, fidèle à sa tradition de non-intervention dans les affaires européennes, regardât la lutte comme étrangère aux intérêts du peuple américain. Mais au cours de son développement, on commença à se rendre compte vaguement qu'un conflit aussi étendu et de conséquences si importantes devait affecter profondément le monde entier.

Même une longue suite d'outrages incroyables commis contre les citoyens des Etats-Unis, et une intervention presque ouverte dans ses affaires intérieures, n'avaient pas décidé le gouvernement américain à sortir de la neutralité et n'avaient pas non plus éveillé le peuple américain à la conscience complète du péril auquel il était exposé. Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants américains qui voyageaient innocemment à travers l'Océan, confiants dans la protection des lois et des coutumes que toutes les nations avaient convenu de respecter, furent impitoyablement massacrés sur les ordres du gouvernement impérial allemand. Les protestations répétées furent suivies par de nouvelles pertes de vies de non-combattants.

Des navires furent coulés sans avoir été visités et sans avertissement, en violation non seulement des lois établies de la mer, mais des principes énoncés dans les traités qui avaient été solennellement conclus et qui étaient invoqués par le gouvernement impérial comme liant encore les Etats-Unis.

Lorsque le gouvernement américain eut finalement annoncé que, si le gouvernement impérial n'était pas disposé à se conformer aux règles établies du droit international, les relations diplomatiques devraient cesser entre les deux pays, le gouvernement impérial promit de se conformer désormais à la loi internationale, mais il adressait en même temps au gouvernement des Etats-Unis une demande par laquelle il le sollicitait de servir ses desseins au détriment d'autres puissances amies des Etats-Unis. Il est maintenant établi d'une manière qui démontre la complète insincérité du gouvernement impérial dans toutes ses soidisant relations amicales avec les Etats-Unis que la restriction concernant les ravages des torpilleurs sousmarins ne devait avoir dans l'intention du gouvernement allemand qu'un caractère temporaire et que les attentats seraient repris aussitôt qu'un nombre suffisant de bateaux auraient été construits de manière à pouvoir supprimer réellement le commerce américain.

Le 24 janvier 1917, le Secrétaire Impérial allemand pour les Affaires Etrangères, Herr Zimmermann, tenait le langage suivant destiné à être publié aux Etats- Unis :

« Dans le message que le Président Wilson a adres-

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sé au Sénat (22 janvier 1917), le Gouvernement Impérial allemand reconnaît avec une satisfaction extrême le fait que les aspirations et les pensées du Président continuent à se rapporter au rétablissement de la paix permanente. L'ardente élévation morale des pafoles du Président leur assurera l'attention du monde entier. Le Gouvernement Impérial allemand espère vivement que les efforts inlassables du Président pour rétablir la paix sur la terre seront couronnés de succès. »

Tout en paraissant croire à « Tardente élévation morale » du Président des Etats-Unis et à « ses efforts inlassables pour rétablir la paix sur la terre, Herr Zimmermann, au milieu de ces efforts pour la paix, non seulement méditait la guerre, mais cinq jours avant de tenir ce langage, il avait communiqué par code secret et par l'intermédiaire de l'ambassadeur allemand à Washington, les instructions suivantes au ministre d'Allemagne à Mexico :

Berlin y / 9 janvier 1917,

« Le l®"" février, nous avons l'intention de commencer la guerre sous-marine sans restriction. Malgré ce fait, nous ferons tous nos efforts pour que les Etats-Unis restent neutres. Si nous n'y réussissons pas, nous proposons une alliance avec Mexico sur les bases suivantes. Nous ferons ensemble la guerre et la paix. Nous accorderons une aide financière générale et il est entendu que le Mexique devra reconquérir les territoires perdus du Nouveau Mexique, du

Texas et de l'Arizona. Le détail du traité est laissé à vos soins.

« Vous devrez informer le Président du Mexique dans le plus grand secret aussitôt qu'il sera certain que la guerre éclatera avec les Etats-Unis. Vous suggérerez que le Président du Mexique se mette, de sa propre initiative, en communication avec le Japon lui demandant d'adhérer de suite à ce plan. Offrez en même temps la paix entre l'Allemagne et le Japon.

« Veuillez appeler l'attention du Président de Mexico sur ce fait que Pemploi impitoyable de la guerre sous-marine forcera l'Angleterre à faire la paix dans quelques mois. »

ZiMMERMANN.

Une semaine après avoir exprimé son espoir que les efforts du Président en faveur de la paix « seraient couronnés de succès », le 31 janvier, le gouvernement impérial allemand annonçait formellement, comme il en avait eu déjà Viniention pendant toute cette période, qu'à partir du 1*"^ février il adopterait une politique impitoyable dans l'usage des sous-marins contre tous navires cherchant à passer à travers certaines zones désignées de la haute mer.

Cette violation d'un accord précédent d'observer les règles du droit international, le gouvernement impérial allemand savait bien qu'elle équivalait à une déclaration de guerre aux Etats-Unis, une déclaration de guerre faite au milieu des « efforts inlassables du Président pour rétablir la paix du monde »* C'était la

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manière allemande d'exprimer son « espoir » que ses efforts seraient « couronnés de succès ». L'engagement d'observer le droit avait duré jusqu'à ce que des centaines de sous-marins fussent prêts à accomplir leur tâche qui consistait à ruiner le commerce du monde comme préliminaire essentiel du « rétablissement de la paix sur terre ! » L'intention avait été longtemps un secret, que la proposition allemande de commencer des négociations de paix avaient aidé à cacher. Le 19 janvier, le ministère des Affaires Etrangères impérial savait que cette nombreuse flotilU de sous-marins serait prête le i" février et que sa mission entraînerait des menaces de guerre contre toutes les nations neutres. Cependant, lorsque le 3 février les relations diplomatiques avec le gouvernement impérial furent rompues par les Etats-Unis, Berlin protesta naïvement de son « étonnement »!

Ce ne fut que le 6 avril cependant qu'il fut officiellement déclaré que l'état de guerre existait, lorsque des actes décisifs eurent démontré le dessein arrêté du gouvernement impérial allemand de couler des navires américains.

Ce fut avec raison que le Président dit au peuple américain que « les torts contre lesquels nous nous redressons maintenant ne sont pas des torts ordinaires ; ils s'atta*quent aux racines mêmes de la vie humaine ».

C'est la violence allemande qui malgré nos intentions pacifiques a fait de cette guerre notre guerre. U I était inévitable pour les Etats-Unis de ne pas y être

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entraînés lot ou tard, car rAllema^ne afliciia ie mépris le plus arrogant de tout ce pourquoi le peuple américain se considère comme garant. Nous avons accepté le défi qui nous a été lancé, comme a dit le Président, « pour défendre le principe de paix et de justice dans la vie du monde contre le pouvoir égoïste et autocratique et établir parmi les peuples du monde réellement libres et se gouvernant eux-mêmes un accord d'intentions et d'action de façon à assurer dorénavant l'observance de ces principes ».

Il devint à la fin évident que l'isolement géographique ne constituait plus une garantie suffisante de la sécurité américaine et que c'était en face d'un problème mondial que nous nous trouvions maintenant. Jusqu'à ce que le fait eut été établi par des preuves irréfutables et par un aveu qui ne sentait rien de honteux dans cette perfidie, peu de nos compatriotes auraient cru qu'il aurait jamais pu entrer dans les plans du gouvernement allemand de se proposer de démembrer les Etats-Unis ; qu'il aurait même désigné à l'avance des états entiers destinés à devenir les dépouilles d'une guerre de conquête déchaînée par de l'or allemand payé à des armées mercenaires sous le commandement d'officiers allemands, comme les forces de l'empire ottoman déjà commandées par eux, dans le but de faire prévaloir la volonté suprême de l'Allemagne par la conquête de l'Europe et la maîtrise de la mer.

Heureusement, ce plan secret fut découvert à temps pour dévoiler complètement, à un moment critique, l'attitude réelle du gouvernement impérial envers les

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Etats-Unis et révéler sans erreur possible au peuple américain la dégénérescence de l'esprit officiel prussien. Heureusement aussi les gouvernements japonais et mexicains ressentirent tous deux comme une insulte Tinfâme proposition qui leur fut faite. Même les citoyens des Etats-Unis que leurs affinités ethniques avaient conduits tout d'abord à sympathiser avec la cause allemande à cause de leur croyance dans la santé morale du peuple allemand, doivent maintenant réaliser combien ils ont été déçus cruellement par les procédés frauduleux de la propagande du gouvernement impérial allemand qui a fait partout appel au préjugé ethnique et à l'intérêt sordide, mais jamais à ce noble humanisme que l'on avait cru être une fois la marque caractéristique de l'esprit allemand.

La preuve que les motifs du gouvernement impérial étaient rapaces, impitoyables et dépourvus de scrupules, est devenue accablante. Ses conspirations enveloppent le monde entier. Elles furent ourdies par la diplomatie officielle et sous le masque de l'amitié sur notre sol. Elles s'étendent à toutes les régions du globe et cherchent des complices dans les deux hémisphères. Un pareil pouvoir est l'ennemi du genre humain. Le peuple américain l'a enfin compris. Mais a-t-il bien compris comment l'Amérique sera affectée par le destin de l'Europe, car le destin de l'Europe déterminera le destin du monde.

Le Président des Etats-Unis a dit :

« Nous n'avons aucune querelle avec le peuple

allemand. Nous n'éprouvons pour lui qu'un sentiment de sympathie et d'amitié. Ce ne fut pas sous son impulsion qu'agit le gouvernement allemand en déclarant la guerre, et il n'eut pas à donner son approbation en connaissance de cause. »

Il y a dans ces mots un louable esprit de loyauté ! Cependant il ne faut pas perdre de vue que le peuple allemand n'est pas sans avoir ses responsabilités en ce qui concerne la guerre et ses conséquences. C'est une erreur de croire que la population de l'Allemagne est victime d'un système d'oppression contre lequel le peuple est dans un état de révolte mentale, qu'ils n'ont aucune sympathie pour leur gouvernement, ou que, s'ils pouvaient, ils le renverseraient comme le peuple russe a renversé l'autocratie des Romanof. Le peuple allemand a beaucoup profité économiquement de la création de l'empire ; il a foi dans un gouvernement fort et c'est passivement et sans protestations qu'il a accepté la domination prussienne. Ce que l'on peut appeler la classe dirigeante — la classe qui forme et contrôle ce qui en Allemagne passe pour « l'opinion publique » — est virtuellement unanime à supporter la dynastie des Hohenzollern, et ce n'est pas sans raisons, car l'empereur est un généreux dispensateur d'honneurs que les Allemands apprécient particulièrement. Il est même en mesure de donner un appui financier et une position à ceux qu'il désire favoriser. L'armée et la marine sont des éléments constitutifs reconnus du système commercial et industriel de l'empire allemand, à un degré

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qui œ souffre de comparaison dans aucun autre pays. On les regarde comme les tentacules du commerce étranger, les organes d'appréhension de l'expansion Dationale. Ajoutez à cela qu'en Allemagne chaque mâle bien portant est entraîné pour la guerre, qu'on lui enseigne être une « nécessité biologique » et il devient peut-être possible de comprendre pourquoi le gouvernement impérial allemand a eu et aura -encore probablement — si ses plans réussissent — Tappui de la nation allemande dans tout ce qu'il fait. Il n'y a que son impuissance à réaliser ses projets d'annexion et à satisfaire les ambitions de la classe dirigeante qui puisse détruire son influence sur le pays .

Il y a en Allemagne un reste de teodalié qui n'existe nulle part en Europe au même degré. Dans les questions d'intérêt public le paysan prussien n'est qu'une argile malléable dans les mains de son maître, !e Junker. Autant que possible — et son labeur rend la tâche aisée — on le laisse dans l'ignorance de la politique. Pour son esprit simple, le Kaiser agit, comme il le dit lui-même, sous la direction divine et toutes les convictions et émotions religieuses des paysans deviennent ainsi propriété impériale. Soldat, ie paysan prussien est une sorte d'automate joyeux, exécutant le « pas de l'oie » partout où on lui ordonne de marcher. Comme citoyen il est nul. Quand il vote il prend l'avis des die Herrschoften^ comme il appelle obséquieusement ses supérieurs.

Dans les villes, les ouvriers et leurs chefs ont mon-

tré un vif intérêt pour les questions politiques, mais leurs idées politiques sont fréquemment nébuleuses et toujours beaucoup trop théoriques bien que souvent accompagnées de convictions courageuses et honnêtes dont l'expression est généralement supprimée. Tels sont les éléments qui forment la socialdémocratie. Occasionnellement la conscience profonde de ces hommes s'exhale en paroles éloquentes en public et quelquefois même devant le Reichstag, comme lorsque Karl Liebknecht dit le 2 décembre 1914 :

« Je refuse les crédits de guerre demandés et je proteste en même temps contre la guerre, contre \ ceux qui en sont responsables et qui la dirigent, contre la politique capitaliste qui y a poussé, contre les buts capitalistes qu'elle poursuit, contre les projets d'annexions, contre la violation de la neutralité de la Belgique et du Luxembourg, contre la dictature militaire, contre l'oubli du devoir politique et social dont le gouvernement et les classes dirigeantes se rendent encore maintenant coupables. »

Pour avoir pris cette attitude, Liebknecht, bien que membre du Reichstag, fut envoyé en prison et le texte de son discours ne fut jamais imprimé par les journaux allemands. Ceux qui s'y seraient risqués auraient été supprimés.

Cette violation de l'immunité parlementaire aurait en Angleterre, en France ou aux États Unis causé certainement un soulèvement populaire. En Allemagne, cet acte arbitraire fut le sceau mis sur les

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lèvres de milliers d'Allemands qui pensaient comme Liebknecht. « Nous n'avons pas comme vous l'habitude de compter avec l'opinion publique )», disait un des jeunes fonctionnaires les plus distingués du monde officiel allemand. « Pour nous, elle ne compte pas. L'opinion n'a jamais eu d'influence sur la politique. Elle ressemble plutôt au chœur antique qui contemple et commente une action qui se déroule autour de lui. Je la comparerai » , conclut-t-il, « à une foule qui regarde et suit le jeu auquel elle n'est pas admise. »

Il y a, naturellement, une différence entre les agresseurs agissants et ceux qui, sans faire de distinction entre leurs actions, leur donnent un appui loyal. Mais les autres nations ont à compter avec les conséquences de l'attitude nationale plutôt qu'avec ses motifs. Par conséquent, tant que le peuple allemand continuera à appuyer une guerre que sa propre classe dirigeante continue à défendre après avoir dans un moment de franchise avoué que c'était une guerre de pillage, le reste du monde doit le traiter en ennemis comme le gouvernement qui tire toute sa force de son appui.

Quel est donc le témoignage des Allemands euxmêmes en ce qui concerne leurs buts et leurs ambitions dans cette guerre ? Dans un livre in-octavo de plus de quatre cents pages, le publiciste suisse Grumbach a réuni les « Documents publiés ou circulant en secret en Allemagne depuis le 4 août i9i4 »> (1), por-

(1) V Allemagne annexionis te, Tû9kT S. Gnimbach. Pavot et G»*, Paris, 1917.

îii La J\BCONSTRUGTIOaN DE L'EUROPË

tant sur Tannexion des territoires conquis. Dans sa préface, il déclare: « aucune personne compétente ne peut nier le fait que les buts de guerre de l'Allemagne soM de nature à causer la plus grande anxiété au monde entier. »

Quoique le gouvernement impérial évite autant que possible de se livrer à aucune déclaration politique définie, il permet, encourage même, une demande populaire d'annexions et d'indemnités. Des hommes de tous les partis, de toutes les classes, de toutes les professions, possédant une influence dans les affaires publiques de TAllemagne, ont constamment émis des demandes d'annexion pareilles à celles que formulait la littérature pangermaniste avant la gueri'e, et souvent dans les mêmes termes. La perspective et l'attente des dépouilles qui rendirent la guerre populaire au début ont au cours de chaque phase de son développement pris une forme plus nette d'urgence et de nécessité de réalisation pour la fin de la guerre.

Ne sachant pas au juste comment la guerre finira, le gouvernement impérial n'ose pas trop promettre, mais il n'hésite pas à entretenir l'approbation populaire des conquêtes que ses foi*ces militaires peuvent éventuellement lui permettre de faite. « Comparez », écrit Grumbach, « la passivité dont firent preuve les autorités quand les six grandes ligues agrariennes et industrielles mirent en circulation leur fameuse pétition annexioniste sans rencontrer le moindre obstacle, avec la confiscation au moment de sa publication de la pétition de la ligue anti-annexionisfè' Neues

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Vaterland conçue comme une réplique », suivi par rétraoglement graduel de la ligue anti-annexioniste par les soins de la police, et Temprisonnement de son secrétaire.

Il est important de remarquer que le territoire à annexer, maintenant réclamé dans FOuest, dépasse même en superficie celui réclamé par les écrivains pangermanistes en 1911. « Dans l'intérêt de notre propre existence », dit la pétition j, nous devons affaiblir la France politiquement et économiquement sans scrupule, et rendre plus favorable notre situation militaire et stratégique à son égard. Nous sommes convaincus que, pour atteindre ce but, une sérieuse modification de toute notre frontière occidentale est nécessaire. Nous devrions faire notre possible pour conquérir une partie de la côte française du ?{ord au Pas-de-Calais afin d'être en possession d'un point stratégique de regard contre TAngleterre et améliorer aussi notre approche de l'Océan. Les experts scientifiques allemands, est-il expliqué par Tun des commentateurs au sujet de cette extension de la frontière, « ne s'étaient pas rendu compte en 1871 des vastes trésors de fer et de charbon qu'ils n'ont pas su demander ! »

Le territoire maintenant demandé comprend : à l'ouest, toute la Belgique et les territoires de la frontière française, c'est-à-dire une portion de la côte allant presque jusqu'à la Somme avec un hinterland assurant la complète exploitatiorn écotiomique et stratégique d'un port sur la Maûche, les gisements dd

minerai de fer de Briey, les forteresses de la frontière avec les lignes de la Meuse, surtout Verdun et Belfort avec le versant occidental des Vosges entre Verdun et Belfort. A l'est, « au moins » des parties des provinces baltes et les territoires qui se trouvent au sud de façon à ce que les nouvelles acquisitions protègent avant tout les provinces prussiennes tout le long des frontières de la Prusse orientale, et aussi de la Prusse occidentale, de la Posnanie et de la Sjlésie.

Pour assurer ces avantages les six ligues déclaraient dans leur manifeste qu'elles ne désiraient pas une « paix prématurée », car « d'une telle paix on ne pouvait attendre un butin suffisant ! »

Mais, en plus d'étendues de territoires définies, il y a certaines aspirations indéfinies énoncées avec la mention « s'il est possible de les réaliser I » Il s'agit « d'un empire colonial qui donnerait pleine satisfaction aux multiples intérêts économiques de l'Allemagne, sans compter des garanties pour notre avenir commercial et une indemnité de guerre suffisante payée sous une forme appropriée. »

Cette définition des buts de la guerre préparée en mai 19i5 est signée par les représentants de la Ligue des Agriculteurs, de la Ligue des paysans allemands, du Groupe directeur des associations chrétiennes de paysans allemands, du Groupe céiitral des Industriels allemands, de la Ligue des industriels et de l'Union des classes moyennes de l'empire, c'est-à-dire des six groupes économiques les plus importants et les plus puissants do l'empire. On ne prétend pas dans cette

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pétition que les résultats demandés soient d'ores et déjà assurés. C'est un programme de buts de guerre à réaliser avant la fin de la guerre et Une extension avouée de ceux fixés au début des hostilités. « Ces exigences, il est inutile de le dire, dépendent de la possibilité qu'aura l'armée de les réaliser.

Les raisons invoquées pour justifier ces conquêtes supplémentaires sont que la Belgique et la France ont encouru la confiscation de ces territoires en attaquant l'Allemagne. Les gisements de charbons et de fer sont déclarés « indispensables non seulement pour l'existence de notre puissance industrielle et constituent des nécessités militaires», c'est-à-dire qu'on désire les acquérir pour les utiliser comme bases d'une activité militaire future. On fait remarquer que « les états neutres industriels se trouvent contraints de devenir les outils de celui des belligérants qui peut leur fournir du charbon ». Par la possession de tout le charbon de l'Europe occidentale, la race allemande sera en mesure de mieux exercer cette contrainte, a L'Allemagne a déjà été obligée d'avoir recours à la production belge afin d'empêcher nos voisins neutres de devenir dépendants de l'Angleterre. » D'ailleurs, en Belgique, est-il expliqué, se trouvent aussi « les éléments fondamentaux de nos explosifs » et « le benzol seul substitut de la benzine qui nous manque et qui est indispensable pour nos sous-marins ».

Pour ces raisons la Belgique et le nord de la France doivent appartenir à l'Allemagne. Les populations indigènes de ces districts « ne seront pas mises en po-

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sition d'acquérir une influence politique sur les destinées de l'empire allemand. » Il est aussi spécifié que « les richesses économiques de ces territoires, y compris les grandes et moyennes propriétés, passeront aux mains des Allemands ; la France accueillera et indemnisera les propriétaires ! »

Ces encouragements au pillage et à la conquête étaient-ils une simple expression spontanée des désirs des signataires ou étaient-ils inspirés indirectement par le gouvernement allemand lui-même, dans le but de présenter sa conduite comme l'exécution d'un mandat populaire ? Il est impossible de répondre d'une manière positive à cette question ; mais ce qui est certain c'est que le gouvernement impérial ne se montra jamais hostile à ces revendications excessives. L'empereur dont l'enjeu, dans cette partie, est le plus important, est le moins précis dans ses déclarations; mais ses paroles peuvent être interprétées dans un sens ultra-annexioniste si les circonstances s'y prêtent. Il a exprimé son désir d'une paix « qui nous donne les garanties militaires, politiques et économiques dont nous avons besoin dans l'avenir et qui réalise toutes les conditions nécessaires à la libre utilisation de nos forces créatrices, chez nous comme sur la mer. )x Le roi de Bavière désire expr.>ssément « une porte de sortie directe du Rhin à la mer » avec o l'extension de l'empire hors de ses frontières actuelles ». Le duc de Mecklembourg, « un puissant empire colonial en Afrique et un nombre suffisant de points d'appui solides sur le globe terrestre pour notre marine et notre

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commerce, des stations de charboûs et des postes de télégraphie sans fil. » L'ancien chancelier impérial Bettmann-Holiweg limite ses désirs à « tous les pou^ voirs et toutes les garanties possibles » qui doivent, insiste-t-il, « assiïrer à l'Allemagne une position d^one fofce inébranlable ». Le ministre de Tlnlérieur prussien Loebell pense que « l'empire allemand doit se frayer une route par le fer et parle feu jusqu'à ce qu'il soit arrivé au point où il pourra remplir sa mission de politique mondiale. »

C'est dans le même esprit, mais souvent avec plus de précision que parlent d'innombrables conseillers privés, membres du Reichstag, professeurs d'universités, officiers, diplomates et pasteurs dont les vues sont reproduites et généralement applaudies par la presse à l'exception des organes social-démocrates, depuis les journaux quotidiens jusqu'aux revues les plus sérieuses. Il est prouvé d'une manière qui ne laisse aucun doute que depuis les premiers mois delà guerre les classes dirigeantes de l'Allemagne ont été anxiettses de s'âôsuref des conquêtes territoriales.

Afin de donner une apparence de justice à ces plans d'expansion impérialiste au dépens de la France et de la Belgique, la légende d'une « conspiration » pour attaquer l'Allemagûe et la détruire, avec l'Angleterre pour tête, la France, la Belgique et la Russie pour instruments, a été propagée avec persistance en Allemagne et aux Etats-Unis. Gomme sanction, exptiqne la légende, potrf le critte d'avoir déchaîrré Ihor-

rible fléau de la guerre sur la pacifique Allemagne, ces nations coupables doivent l'indemniser des terribles sacrifices faits par ses braves fils et ses loyaux sujets qui ont donné leurs vies et leurs biens pour la défense de la patrie. On attend non seulement des territoires, mais des indemnités en argent. Ces dernières, l'ancien chancelier impérial, pas plus tard que le 27 février 1917 les a déclarées « nécessaires ». Le gouvernement qui a déclaré la guerre à la Russie et à la France, qui a ordonné l'invasion de la Belgique, qui a autorisé l'Autriche-Hongrie à soumettre la Serbie ; qui, en juillet 1914, a rejeté les propositions russes et serbes de soumettre la question austroserbe au Tribunal de La Haye, qui a ruiné et dépeuplé la Belgique, annihilé la Serbie, et dévasté la Pologne, — ce gouvernement attend « des indemnités pour les dommages causés à l'Allemagne » ; et pour donner un semblant de justice à ces extorsions, elle tient ces pays pour coupables I

Notez, par exemple, la tentative faite pour amonceler des calomnies contre la Belgique pour s'être défendue : « Le député Hirsh (Social-démocrate) », s'écrie le député national-libéral, D'' Friedberg, au Landtag prussien en janvier 1916, « désire que l'indépendance politique et économique de la Belgique soit restaurée. Mais nous n'avons pas le droit d'oublier que la Belgique ne fut nullement le pays neutre qu'elle sembla être le 2 août i9i4 ! » Ainsi la maison d'un homme assassiné dans son lit sera livrée au pillage, parce qu'on aura découvert pen-

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dant le meurtre que la victime avait essayé de faire des arrangements préalables avec ses voisins pour se protéger contre ce même crime !

L'Allemagne, disent-ils, ne désirait pas la guerre. Mais écoutez le major général von Gebsattel, éminent soldat-diplomate qui ne craint pas d'avouer la vérité à ses camarades officiers. Il disait, en octobre 1915 :

a Nous n'avons pas voulu la guerre pour essayer sérieusement cette fois l'excellence de nos canons à tir rapide et de nos mitrailleuses — de cela, nous avions, nous, les vieux soldais, une idée assez exacte. — Nous l'avons voulue, parce que nous comprenions que notre peuple était dans une mauvaise voie pour son développement, parce que nous considérions la guerre une nécessité, et parce que nous savions qu'une guerre est plus facile — au point de vue mi« litaire et au point de vue du minimum de sacrifices — lorsqu'un peuple, contraint de toute manière à lutter pour son existence, est plus prompt et plus résolu à choisir le moment favorable pour une agression. »

Il n'y a ici pas la moindre tentative pour cactier le fait que la guerre actuelle était non seulement désirée par les officiers allemands, mais que le moment favorable fut choisi à propos, — non sans d'ailleurs quelques erreurs sérieuses — et que tout le développement de la guerre a montré combien est ignoble et dépourvue de fondement l'accusation d'une conspiration internationale.

Comprenant la futilité de la légende de la conspiration, le théologien Mumm, député socialiste-chrétien

au Reichstag, recommande dans le Berliner Neueste Nachrichten que la conquête soit justifiée aux yeux des Allemands et du monde en montrant qu'historiquement, à un moment donné dans le passé, la Belgique — qu'il décrit comme un « pur concept politique dû au hasard et un pis-aller de diplomates embarrassés » — et les autres territoires convoités, ont fait autrefois partie de l'empire d'Allemagne. « Plongez-vous dans le passé », crie-t-il, « afin d'écrire ce qui doit être dès à présent connu ; les lecteurs comprendront bien quelles inférences ils doivent faire eux-mêmes, lorsqu il n'est pas possible de les exposer ouvertement. » Ingénieuse méthode, vraiment, de cacher un crime national perpétré de sang-froid !

Dans certains milieux on considère que c'est presque une trahison envers l'empire que de poser seulement la question de la validité des annexions forcées. Invitant à s'expliquer, l'ancien secrétaire pour les colonies, le D'' Bernhardt Dernbourg, pour avoir déclaré au peuple américain, au cours d'une mission en mai 1915 que la promesse du chancelier impérial de restaurer l'indépendance de la Belgique après la guerre serait tenue, le Tàgliche Rundschau écrivait : « Si Herr Dernbourg a vraiment offert à nos ennemis — ou à des gens qui sont pour nous comme des ennemis — l'évacuation volontaire de la Belgique, ce serait d'une audace inouïe et contre laquelle il serait absolument nécessaire de protester avec véhémence. S'il a véritablement dit que l'Allemagne ne peut pas penser à accroître ses territoires en Europe, ce serait de sa

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pari une présomption extraordinaire !» Et le Leipziger Neueste Nachrichten, ridiculisant la déclaration attribuée au D"^ Dernbourg que l'Allemagne ne soumettrait pas par la force des peuples voisins, doute qu'il ait réellement fait cette déclaration ; car, dit-il, « un tel point de vue mettrait fin à tout développement politique et à toute colonisation ».

La doctrine orthodoxe allemande sur cette question fut, semble-t-il exposée par le chef du parti National -Libéral, Herr Bassermann, dès le mois de décembre 1914, lorsqu'il dit au Reichstag : « Nous conserverons par devers nous jusque dans l'avenir le plus lointain les pays arrosés par le sang allemand... Nous saurons garder ce que nous avons conquis et acquérir en outre ce dont nous avons besoin. »

Mais nous n'atteignons la formule finale de l'ambition nationaliste allemande que lorsque nous la recueillons de la bouche du chef du libre parti conservateur au Landtag prussien, ilerr Zedlitz-Ndukirch. Il dit : « Si nous voulons une paix durable, elle doit nous assurer toutes les acquisitions territoriales que r Etat-Major général jugera nécessaires pour nous protéger contre le danger d'une guerre future. Ht aucune considération pour nos adversaires, leur pays ou leur peuple, ne nous empêchera d'imposer ces conditions ; moins que tout autre Boas considérerons le soi-disant droit des habitants des territoires à conquérir de disposer librement d'eux-mêmes. »

Les buts pour lesquels la guerre fut commencée

n'ayant pas été réalisés à cause de la résistance obstinée et inattendue des Alliés de l'Entente, le problème de la négociation d'une paix est devenue des plus sérieux pour le gouvernement impérial allemand- Ne réaliser ni annexions de territoire ni indemnité en argent en dehors des impôts et amendes de guerre perçus en Belgique et en Pologne pendant l'occupation militaire signifierait une défaite pour les Allemands. Ceux qui sont responsables de la guerre font naturellement objection à ce mode de règlement et ne veulent rien abandonner des territoires occupés, ni voir diminuer les horreurs de la lutte dans l'espérance que les Alliés bientôt désunis ou épuisés, laisseront la victoire à l'Allemagne. La dynastie des HohenzoUern, ayant pris la responsabilité de cette vaste entreprise de pillage, ne peut cependant pas sauver la face sans montrer une justification quelconque pour les « sacrifices » imposés au peuple allemand. Tant que les Alliés de l'Entente persisteront dans leur opposition, cette difficulté subsistera. Et pendant ce temps, deux changements sont en train de s'opérer dans l'esprit du peuple allemand : une fatigue croissante de la guerre résultant de l'épuisement et une compréhension graduelle de la réalité au sujet de la responsabilité d'une guerre que la masse du peuple allemand croyait au début imposée à l'empire par une conspiration de puissances hostiles. Le résultat est que le désir d'une paix même sans annexions ni indemnités, demandée d'abord par un groupe de social-démocrates, devient rapidement le sentiment du

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pays, à l'exception des Junkers, des militaires et des industriels impérialistes dont l'existence même comme classe dominante dans Tempire dépend de la continuation de l'alliance des affaires particulières avec le pouvoir dynastique et militaire. Placé entre ces instigateurs de guerre de rapine et le peuple allemand soupirant pour la paix, l'ancien chancelier impérial Bethmann-HoUweg anxieux de sauver la dynastie, hésita à formuler les termes de la paix allemande et adhéra jusqu'à la fin de son administration à la formule ambiguë : « Tous les gages et toutes les garanties réelles possibles. »

La difficulté n'est pas et ne sera probablement pas levée par des changements de personnages officiels occupant les grandes charges de la maison de Hohenzollern. Les buts et les intérêts restent toujours les mêmes et la nomination par l'empereur de nouveaux ministres ne sert qu'à ajourner les nécessités de réformes et une définition nette de la politique de paix. La déclaration votée par le Reichstag à une grande majorité : c Nous ne sommes guidés par aucun désir de conquêtes » ne signifie pas grand 'chose, pas plus que sa répudiation « des acquisitions de territoires imposées par la force et des mesures de violences politiques, économiques et financières », carie Reichstag n'est pas le gouvernement impérial allemand. Au contraire, il a de nouveau et maintes fois mérité son surnom de : « Salle des Echos. * Porté au pouvoir par le parti militaire, le successeur de Bethmann- Hollweg, le D^ Michaelis, parlant avec toute l'autorité

226 LA RECONSTIiUCTlON DE L'EUROPE

de l'empereur sur ce que les conseils de famille avaient décidé au sujet des intérêts de la dynastie, prononça ces paroles : a Les droits constitutionnels du chef de l'Empire ne doivent pas être mis en péril et je ne permettrai à personne de prendre les rênes de mes mains. »

Quelle que puisse être l'impuissance du Reichstag comme expression de la volonté du peuple allemand, un fait est évident et reste d'une grande importance : faire la paix est pour le gouvernement impérial un problème plus grand qu'aucun autre problème ne Ta jamais été au cours de la guerre. Et la raison en est que le gouvernement impérial ne peut plus cacher plus longtemps l'alliance qui amena la guerre, alliance conclue entre le clan rapace des affaires et le pouvoir militaire.

Devant ces deux demandes : que les buts de guerre soient atteints par des annexions et que les assurances du gouvernement impérial que la guerre était strictement défensive soient confirmées en faisant la paix, la maison de Hohenzollern est chargée d'une lourde responsabilité. Il lui est difficile d'un côté de désappointer les espoirs de l'alliance des hommes d'affaires avides et des militaires ; elle ne peut d'un autre côté avouer à ses loyaux sujets qui ont cru à ses affirmations et ont été amenés par la guerre au bord de la ruine, qu'elle les a délibérément trompés. Cependant elle paraît réduite à ce choix.

Le danger de la situation est au moins avoué franchement par un homme d'état du caractère le plus

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élevé, le prince Alexandre von Hohenlohe. Ses paroles sages et courageuses sont dignes du fils du chancelier impérial allemand qui en 1899, pendant la première Conférence de La Haye — et sur la demande de l'ambassadeur d'Amérique à Berlin et premier délégué à la Conférence, M. Andrew White qui envoya dans ce but un messager à Berlin — avertit l'empereur du dommage durable qu'il infligerait à l'Allemagne s'il permettait aux délégués allemands de faire échec, comme ils en avaient reçu l'ordre, aux propositions pour la formation d'un tribunal international. Il réussit à obtenir avec difficulté l'abandon du système de l'opposition ouverte.

Le prince de Hohenlohe, avec une clairvoyance analogue, déclare que courir après des butins de guerre au lieu de déclarer franchement le désir de conclure la paix, est une politique de courte vue. Il prétend que, pour le peuple allemand comme pour les autres peuples, la plus haute récompense et la seule vraie pour tous les sacrifices faits consiste seulement dans l'assurance d'une paix durable ; et une pareille paix ne saurait être basée sur les trophées que le chancelier von Bethmann-HoUweg et son successeur espèrent s'assurer. Elle ne peut être fondée que sur un règlement juste et honorable ne laissant derrière lui aucun sentiment de vengeance pour l'avenir. Rien, dit-il, ne pourrait mieux consolider l'empire, au dedans comme au dehors que la conclusion d'une pareille paix.

Le peuple allemand, croit-il, lorsqu'il saura tout,

saura tirer sa vraie leçon de la guerre. Il se rendra compte que c'est à son propre gouvernement qu'incombe en premier lieu la responsabilité dii conflit. Mais, croit-il, il ne souffrira aucune interférence étrangère dans son organisation politique.

Il fallut au prince un courage plus qu'ordinaire pour dire publiquement en réponse au député clérical Spahn :

« Sans doute, la majorité de la nation allemande est encore monarchiste. Les différents peuples de l'Allemagne sont encore fidèles à leurs princes, plus ou moins, selon le caractère personnel des souverains- Mais que la confiance dans le chef suprême de l'Empire soit encore entièrement intacte, est une affirmation qui, après trois années de guerre, ne saurait être maintenue... La confiance dans la direction de FEmpire a commencé à disparaître dans le peuple allemand... Il commence à se demander comment il se fait que presque le monde entier soit en armes contre nous et qui est responsable de cela. »

En ce qui concerne l'attitude de la masse allemande envers les termes de paix, le prince dit :

« Le peuple allemand, dans son ensemble, ne demande pas d'annexions de territoires étrangers. Seulement de petits groupes d'industriels et les pangermains échauffés qui ne sont pas recrutés dans la masse, mais dans des milieux d'universitaires, de fonctionnaires et de bourgeois, veulent des annexions. Herr Scheidemann a été rappelé à l'ordre, parce qu'il a prononcé le mot « Révolution » à la

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tribune du Reichstag. Et pourtant il n'a fait que répéter ce qu'on entend tous les jours dans la rue. Lui aussi a ajouté : « Nous n'en sommes pas encore arrivés là. » Mais il serait puéril de diminuer ce qui pourrait se produire, si les hommes qui tiennent dans leurs mains les destinées de l'Empire allemand ne sont pas de taille à porter les responsabilités placées sur leurs épaules, s'ils ne savent pas reconnaître les nécessités des temps nouveaux et en tenir compte. En ce cas le moment pourrait bien venir où ils reconnaîtraient avec terreur qu'il est trop tard et qu'à la fin le peuple allemand a perdu patience. »

Pendant la guerre il sera difficile à tout allemand de faire opposition au gouvernement impérial. Mais il est évident qu'il y a en Allemagne des tendances difficiles à étouffer vers un changement politique profond. La nature et l'extension de ces changements dépendra en grande partie des résultats de la guerre. Si les Alliés étaient défaits ou désunis, le triomphe de l'autocratie serait complet. Personne en Allemagne ne résisterait aux impressions causées par le retour triomphal d'armées arrivant des champs de bataille et aux effets d'une paix dictée par l'impérialisme victorieux. D'un autre côté, la maison de Hohenzollern se prépare à une autre éventualité. L'empereur, toujours impressionné par les mouvements populaires profonds, malgré ses proclamations stridentes que ses prérogatives royales « viennent de Dieu seul », a déjà proposé « un royaume populaire des Hohenzollern » dans la croyance qu'un droit conféré par le

230 LA RECONSTKUCTION DE L'eQROPE

peupte vaudrait mieux qu'aucun droit du tout, et guidé aussi par le soupçon croissant que, si ses armées sont battues, le peuple, à la fin, sera plus puissant qu'il ne l'avait supposé. Dans ce cas, il serait aussi expédient de désavouer de nouveaux ministres que de mettre fin aux exercices sur la corde raide de Bethmann-Hollweg. Les négociations en vue de la réforme n'auraient qu'à être engagées, car cette race des Hohenzollern est une race de trafiquants malins qui d'une petite seigneurie sur un village de paysans de Souabe a su s'élever jusqu'au sommet de l'empire en employant tour à tour l'effusion de sang et le marchandage. Elle préférerait peut-être régner par la volonté du peuple que de suivre l'exemple des Romanof.

Avec quelle aisance, dans une extrémité, le gouvernement impérial pourrait conduire des négociations pour réaliser « un royaume populaire des Hohenzollern » est un fait illustré par cet autre fait : l'intérêt qui fut soulevé lorsque ce même Herr Scheidemann qui prononça le mot « révolution » au Reichstag, fut couvert d'approbations en faisant entrevoir les possibilités d'une paix séparée avec la Russie par l'intermédiaire des socialistes et reçut même de la part de la presse annexioniste le compliment qu'il était « en beau chemin de devenir un homme d'état». Et pourtant c'était Herr Scheidemann qui avait audacieusement énoncé cette doctrine que « l'annexion du territoire d'une population étrangère constitue une violation du droit des peuples à disposer d'eux-

t.'LNTÉIlÊ*r DE L AMÉRIQUE 23 1

mêmes ». Ce pourrait être là une nouvelle doctrine de la maison de Hohenzollern ; mais si l'armée échouait, il ne serait pas surprenant que l'on donnât à entendre au monde que l'empereur, ainsi que certains l'ont soutenu, avait été, contre sa volonté, forcé de faire la guerre par ses officiers et leurs associés î L'historien sera peut-être un jour en mesure de fournir la preuve que c'est vrai. En ce cas, ce serait la fin du prussianisme, mais ne serait-ce pas aussi la fin de l'impérialisme ?

Quelles que puissent être les surprises de l'avenir, on ne peut douter que la question principale de la grande Guerre ne soit : le droit des peuples de disposer d'eux-mêmes. Si ce droit fondamental est concédé, il existera une base solide pour l'édification de la nouvelle Europe lorsque le congrès de paix se réunira pour déterminer l'avenir ; car ce droit entraîne la répudiation de l'autocratie, en donnant à l'état une base morale et en même temps il implique l'existence de l'obligation naturelle de chaque peuple de respecter ce droit chez les autres peuples.

Malheureusement cette doctrine n'a pas encore été clairement énoncée comme principe de droit public. En Allemagne on la discute encore. L'éminent professeur de droit de l'Université de Berlin, le D*" Joseph Kohler, écrit :

« La force irrésistible de la guerre et de la conquête prend possession des contrées et des peuples. C'est un des principes fondamentaux du droit international et il suffit à faire litière des vieilles senti-

mentalités... Il est inutile de se laisser troubler par un sentiment de scrupule en ce qui concerne le plébiscite en vertu duquel il est important de consulter la population pour savoir si elle désire appartenir à un état ou à un autre. Le territoire porte avec lui la population qui l'habite ; l'individu qui n'est pas satisfait n'a qu'à quitter le territoire de l'Etat... L'assentiment rationnel d'un peuple n'a presque aucun sens ; les forces impulsives de l'âme populaire reposent presque toujours au-dessous du seuil de la raison et de la réflexion. Tout est donc réduit à la force, à une domination inflexible. »

C'est là du pur prussianisme qui est à la fois une philosophie, une institution et par-dessus tout une armée. C'est l'apothéose du pouvoir autocratique. Cette doctrine a créé l'état prussien et la politique logique de l'état prussien est la domination du monde. « L'empire du monde ou la chute », telle est l'alternative du complot désespéré et de la barbarie sans remords avec laquelle la Prusse conduit à sa ruine une des plus grandes nations de la terre.

Historiquement, la Prusse peut prétendre justement que l'Europe n'a jamais formellement répudié la doctrine du droit de conquête et que chaque état l'a virtuellement pratiqué à un certain moment. Ceci est indiscutable et il est important de ne point l'oublier car le moment est maintenant arrivé de déterminer d'une manière permanente si la force arbitraire ou les principes généralement acceptés de justice constitueront la base de la civilisation européenne. Si

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Ton doit juger les empires du centre par leur conduite et les Alliés de l'Entente par leurs professions de foi, c'est bien réellement une question fondamentale qui se dresse entre eux. Si l'avenir de l'Europe et du monde civilisé doit reposer sur l'affirmation qu'un état puissant pour satisfaire ses ambitions économiques peut prendre possession du territoire et du peuple d'un état militairement plus faible, et disposer à sa convenance de l'un et de l'autre, alors l'Europe et le monde entier sont déjà prussianisés en principe et le seront bientôt en fait. Il serait encourageant de croire que seuls les empires du centre et leurs alliés turcs et bulgares acceptent ce principe.

Ce fut la menace d'appliquer la théorie prussienne des relations internationales aux Etats-Unis qui finalement ouvrit les yeux au peuple américain et le rendit capable de voir que la neutralité envers un empire agissant et complotant pour étendre et perpétuer cette théorie était impossible. 11 avait hésité à venger ses morts, cruellement immolés, en haute mer ; il avait répugné à se joindre à ce qui semblait être une querelle européenne; il croyait que la nation allemande se lèverait d'elle-même pour dénoncer de pareilles énormités qu'elle avait été entraînée à commettre ; il attendit cela longtemps, croyant qu'un peuple — un peuple qui s'était déjà élevé à tant de sommets, dans tant de formes de civilisation — ne pourrait être toujours aveuglé par des chefs qui défiaient toutes les nations de la terre d'ébranler seulement ce qu'ils pensaient être leur force irrésistible ; mais c'est en vain qu'il a attendu.

Ceux qui connaissent l'Allemagne et les Allemands n'attendent pas une révolution générale tant que les armées allemandes ne sont pas battues sur les champs de bataille. La rébellion contre le système existant n'est pas seulement extrêmement périlleuse pour ceux qui pourraient la proposer, mais il est dans le caractère allemand d'être loyal envers le gouvernement impérial pendant qu'on croit que le pays est encore en péril. Non, pas avant que l'affreuse vérité ne les éclaire et ne leur montre les atrocités commises en leur nom, comment ils ont été eux-mêmes trompés, quel sort cruel fut celui de leurs fils et de leurs frères, menés à la boucherie pour gagner des ports, des mines, des indemnités de guerre, et que tout cela ne leur a rapporté que le désastre, la dette et la honte — pas avant ce moment le peuple allemand ne réclamera un contrôle plus responsable de sa destinée et une réorganisation de la vie internationale sur une base de paix par la justice. Déjà des voix isolées ont été entendues demandant ces changements. Les protestations ont surtout émané des social-démocrates, mais il n'y a pas qu'eux qui savent que l'Allemagne est devant le reste du monde comme un coupable démasqué et convaincu de son crime, comme un coupable dont la bonne renommée s'est perdue dans une alliance sacrilège entre la convoitise de chacun et le dogme sauvage de la prérogative divine ; association qui a élevé un autel du sacrifice au nom de la religion afin de donner au pouvoir militaire une sanction sacrée pour la perpétration d'an crime immense.

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Ce qui a permis à cette alliance d'obtenir l'appui du peuple allemand, c'est le sophisme que l'Allemagne est la victime des désirs égoïstes des autres puissances ; que des possibilités convenables de développement industriel et commercial et la sécurité de l'Allemagne contre une attaque future ne pourraient être assurées que par le combat. Tant qu'on croira cela, le gouvernement impérial pourra exiger l'appui même de ceux qui réprouvent la politique agressive de l'Allemagne.

Le sentier de la paix nous mène donc vers un avenir de meilleures garanties de justice pour toutes les nations. Mais tant que les intérêts purement nationaux seront considérés comme prééminents, la rivalité militaire se trouvera justifiée.

Il faut donc désirer que les fruits de cette guerre constituent avant tout un avantage international. Il ne devrait être permis à l'avenir à aucune nation de placer ses intérêts particuliers au-dessus du bien-être général. Chaque nation prenant part à la Grande Guerre n'y est sans doute entrée que pour servir ses intérêts nationaux spéciaux, mais on ne peut pas dire que les buts de l'Entente ne sont pas justes. La Russie réclamait pour la Serbie le droit d'être entendue. La France était l'alliée de la Russie et une victime désignée de l'attaque allemande. L'Angleterre était garante de la neutralité de la Belgique qui fut impitoyablement subjuguée en violation d'engagements solennels pris envers les Etats-Unis aussi bien qu'envers les puissances européennes. L'entrée de TAmé-

rique dans la guerre fut la réponse à des agressions militaires répétées et à des complots secrets dirigés contre ses industries, ses droits de puissance neutre et son intégrité territoriale. Comme Ta bien dit le Président: « Nous n'avons aucuns désirs égoïstes à satisfaire. Nous ne voulons ni conquête/ ni colonies. Nous ne réclamons ni indemnités pour nous-mêmes, ni compensations matérielles pour les sacrifices que nous ferons librement. Nous ne sommes que les champions des droits de l'humanité. » Mais cette défense des intérêts humains les plus élevés serait une illusion si le traité de paix impliquait une reconnaissance des doctrines contre lesquelles nous nous élevons, peu importe au nom de qui elles pourraient être invoquées. La cause que nous défendons serait perdue s'il restait encore dans le champ quelque butor ou quelque spadassin affirmant de nouveau son droit de prétendre à des territoires ou de réduire des peuples en esclavage par l'emploi de la force militaire. Le peuple américain ne participe pas à cette lutte dans le but d'aider à placer une nation européenne quelconque au-dessus des autres.

Il y aura des questions de réparations de dommages causés, de restitution de territoires pris à tort et de garanties pour l'avenir ; mais ces mesures seront motivées par des raisons de justice et non par des raisons militaires. Les demandes de réparations et les avantages exigés présentés par les belligérants pourront être soumis au jugement des autres avant

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d'être admis à titre de conditions du règlement final. Si la paix future doit être durable, l'idée d'internationaliser les résultats de la guerre devra prendre un immense développement. La victoire des Alliés n'appartiendra pas à un seul, mais à tous. Plutôt le fait de la communauté des intérêts sera établi et plutôt prévaudra dans les esprits une disposition à se soumettre à des jugements collectifs — plutôt la paix juste et durable sera possible. C'est seulement par le triomphe de ces idées que les mers et les océans du monde pourront être sûrs et librement accessibles à tous les peuples. Bien des routes commerciales de transit qui ont été jusqu'ici interdites à des nations sans débouché sur la mer devront être ouvertes et les nations arriérées du monde devront être traitées comme les pupilles communs des peuples plus civilisés.

Rien ne pourrait contribuer plus efficacement à la conclusion de la paix qu'un désaveu franc de tout profit national exclusif. L'esprit exemplaire de renonciation manifesté par la Russie et l'absence connue de fins égoïstes de la part des Etats-Unis pourraient heureusement inspirer un pareil désaveu. Une déclaration claire des principes de droit public qu'il est désirable d'établir dans l'avenir et un engagement solennel de les observer et de les défendre constitueraient d'excellents préliminaires aux négociations de paix. Le monde entier pourrait à ce moment exprimer son adhésion libre et volontaire à ces principes. Un tel engagement comprendrait nécessairement la répudiation du droit de conquête mili-

taire et de son infâme corollaire qui lie le sort des habitants à celui du sol et les soumet à la volonté du conquérant, car la seule base sur laquelle l'Europe puisse être reconstruite comme société d'états est l'inviolabilité de ses membres.

L'histoire jugera les nations qui ont pris part à la Grande Guerre moins par les motifs pour lesquels elles s'y sont engagées que par les résultats qu'elles sauront en tirer.

Si les puissances signataires du traité de paix contractent des engagements secrets en vue de futurs agrandissements et sortent du congrès de paix avec de nouveaux engagements secrets dans leurs poches, la nouvelle Europe ne sera qu'un rêve, et c'est avec une yieille Europe travestie que l'Amérique devra vivre/ Le peuple américain approuvera sans doute son gouvernement s'il prend part à une ligue pour la paix, mais avec l'espoir que ce soit un projet sincère 4e paix et non une occasion de nouveaux conflits dsiîs lesquels les Etats-Unis ou les autres nations américaines se trouveraient entraînées.

Un écrivain anglais a prématurément affirmé ; « Le Président Wilson a offert de garantir une ligue pour la paix et d'appuyer les traités internationaux par la promesse que l'Amérique interviendra en dernier ressort contre l'agresseur ou le contrevenant aux stipulations du traité. En d'autres termes elle garantit l'exécution de pareils traités dans l'avenir. Son intervention constitue un fait nouveau, une garantie que le passé n'a pas connue. »

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Oui, une pareille garantie serait bien en yérité f un fait nouveau », mais d'une nature telle que très probablement l'avenir n'en connaîtra jamais. Le Président n'a naturellement pas pris un tel engagement. Aucun homme d'état intelligent ne « garantirait w — sachant comment les traités sont quelquefois faits — des traités qu'il n'aurait pu préalablement approuver.

Il y aura certainement une ligue pour la paix. Mais une pareille ligue ne saurait être une ligue concernant les guerres futures, militaires ou économiques. A tous les états, il faudra demander des garanties égales, mais la meilleure garantie sera une communauté d'intérêts basée sur l'attribution à chaque signataire du traité de paix de droits égaux et Timposition de devoirs égaux.

Le peuple américain désire s'opposer aux agressions et aux violations de traités; mais s'il est sage, il n'engagera pas son gouvernement, sous le prétexte d'imposer la paix, soit à faire là guerre à d'autres nations, ou à se soumettre lui-même à la guerre, si elle lui est faite, comme à un acte régulier, dans des circonstances totalement inconnues au moment où sera signé le traité de paix.

La véritable sagesse pour l'Amérique est de se joindre, de bonne foi, aux forces qui veulent réaliser dans le monde la paix par la justice ; mais, pour pouvoir jouer efficacement son rôle, son premier devoir sera d'être toujours prête à se défendre elle-même.

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