‹ La Réforme à Nérac: les origines, 1530-1560Chapitre 12 sur 14 · I. Calvinus · texte numérisé non relu

I. Calvinus

{loannis Calvini opéra. Brunsvigœ, 4877. Volu-

men XVI , c. 730.)

Calvin au roi de Navarre

Afin quil ne soffensast de ce que maistre François (1) son ministre sestoit oppose a David ; quil souifrist le dit François ministre en son pays.

Sire ai ie a vous prier quil vous plaise dadmettre

les excuses que ie vous feray pour Ihomme que vous a semble trop rude et austère. Encore quil y eust eu de lexces ou quelque inconsideration le zèle qu'il a de servir a Dieu mérite bien destre supporte en cest endroit, le crois bien que vous estes adverti. Sire, que desia de long temps nous lavions envoyé par delà pour subvenir aux bonnes gens qui estoyent affamez de la pasture de vie. Ce nestoit pas sans l'avoir esprouve de long temps et avoir congnu sa suffisance et preudhommie. Nous estimons bien selon quil a commense ici entre nous que par delà il sest aussi efforce de sei^yir a Dieu. SU vous a offensé, Sire, résistant a David et retirant de de luy tous ceux quil povoit, ie vous prie, au nom de Dieu , de bien poiser toutes les raisons et en ce faisant iespere que vous seres facilement appaise ou pour le moins addouci.

le suis contraint de vous declairer , Sire, quoutre ce quil ny a nulle fermeté de bonne doctrine en David il est fort plein doutrecuydance et de vanité et iusqu^ ce quil ait mieux apprins de sabaisser et nestre plus tant ad-

(1) François fioisnormand, fondateur de l'Eglise de Nérac.

donne a soy il ne sera iamais propre pour servir a Dieu, Parquoy si maistre François a conseille a ceux lesquels il avoit enseigne et qui se fioyent en luy de se destourner dun homme double et branlant a tout vent qui les vouloit faire nager entre deux eaux , il ne sen fault esbahir et ie vous prie, Sire , de ne le trouver estrange

Lhomme contre lequel vous aves este indigne, Sire, est venu par deçà. Nous lavons adverti et exhorte de ce qui nous sembloit estre bon. Or dautant qui! a édifie très bien leglise de Dieu en voz pais, et que son labeur a fort profite ie prendray la hardiesse de vous supplier, au nom de Dieu , quil vous plaise luy permettre de continuer avec telle modération que nous pensons bien quil fera. lespere bien que vous ne me refuserez point en ceste requeste sachant que ie ne preten a autre fin sinon que vous faciès a Dieu un service qui luy soit agréable : comme a Topposite ce nest pas une légère offense de retarder ceux qui désirent dadvancer le règne du fils de Dieu,

le vous asseure du présent porteur (i) qu'il a converse par deçà en homme Ghrestien et désirant de servir a Dieu : et ne doute pas que partout ou il sera il ne continue en bien (2).

{loannis Calvini opéra. Bruns vigae , volumen

XVIII, c. 69.)

(1) Le ministre Pierre Villeroche, d'après M. Bonnet. Ce ministre est l'auteur de la lettre p. 106.

(2) Sans date. Mais nous savons, par la lettre de Villeroche, en date du 13 avril, qu'à ce moment David est en disgrâce auprès du roi. La lettre de Calvin est donc un peu antérieure (premiers mois de 1558).

Boisnormand à Calvin.

Il lui raconte ce qu'il a fait à Nérac et aux environs.

A Monsieur Monsieur Maistre Charles Despeville à

Turin.

(Traduction.)

Quand ma femme m'a apporté votre lettre j'étais absent et je n*ai pas pu parler à son compagnon de voyage. Il me parait utile de vous faire connaître , le plus brièvement possible^ la cause de mon absence.

Je vous conterai ensuite ce que j'ai fait depuis ma dernière lettre et ce qui m'est arrivé. Vous avez déjà appris, cher et vénéré maître, comment j* ai été appelé par les frères de Nérac et de Gondom pour les consoler et dresser bien des choses qui manquaient dans leurs églises.

/'at passé qvslqvss semaines avec eux^ surtout à Nérac ; lày V espace a fait défaut dans les réunions privées, et Von a dû se montrer en public. On a commencé par se réunir hors des murs; puis, comme notre nombre augmentait , on m'a conduit dans la grande église. Le temps accordé par les miens était expiré; j'allais m'en aller. On veut me retenir, mais je persiste , car

j'avais entenda parler de je ne sais quels troubles qui s'étaient élevés parmi les nôtres. Enfin, on me laisse partir avec des lettres des consuls et de toute l'Eglise, me demandant de revenir à Nérac pendant quelque temps. J'y consens volontiers^ et, à mon retour , toute la vUle me fait le meilleur accueil. Je prêche dans régïise chaque jour, et le dimanche deux fois, devant un grand concours d'auditeurs de la ville et de la campagne. Sur ces entrefaites , on nous dit , ce qui est vrai , que les membres du Parlement de Bordeaux , sous la juridiction duquel nous sommes, ont obtenu du roi l'autorisation de prélever sur le revenu des évéques l'argent nécessaire à l'entretien de commissaires , comme on les appelle; ils parcourront tout le pays de leur ressort pour en extirper les luthériens. On le rapporte aux conseillers du prince. Ils craignent pour eux-mêmes ; aussi écrivent-ils au procurateur du roi de Navarre (car il est investi du gouvernement de la province, et non du pouvoir suprême) et aux consuls de Nérac : ils leur défendent d'y laisser faire une réunion sans l'autorisation de l'évêque de Gondom. Enfin, ils voient avec peine qu'on ait supporté jusqu'ici certains hommes, et surtout moi. David apporte une lettre ; les habitants prennent peur , car ils respectent avant tout le roi de Navarre, leur souverain.

On délibère et on décide que je dois me taire pendant quelque temps. David, qui fait sans cesse profession de servir Christ, prend jna place.

Pour ne pas rester inoccupé, je m'en vais visiter les frères dans quelques villes. J'étais à Sainte-Foy quand arrivent votre lettre et aussitôt après un autre paquet.

Ma femme aurait bien voulu me revoir ; je lui réponds qu'il me reste beaucoup de frères à visiter, et que je ne peux pas revenir si vite. Pendant ce temps, une division s'élève à Nérac entre les frères : ils me rappellent ; je me disposais en ce moment même à aller à Bordeaux; mais sur Tappel qui m'est fait, je change mon itinéraire et je me dirige sur Nérac. J'écris à un jeune homme dont la personne m'est inconnue , et qui m'est cependant très cher^ que j'ai appris son zèle pour le service de Christ. Ce jeune ami , nommé Campanus , travaille avec beaucoup d'ardeur dans l'œuvre de Dieu à Bordeaux; je l'ai exhorté^ en mon absence, à persévérer.

Je me rends donc à Nérac ; chemin faisant , je confirme les frères dans la foi , et, d mon arrivée , je suis reçu par presque tout le monde avec de grandes démonstrations de joie. On avait fini par comprendre que la doctrine de notre David était trop pâle.

Je tiens quelques réunions privées, et je fortifie l'Eglise dans la foi. Il me fallait aller à Pau ; je pars en promettant de revenir bientôt, et j'y passe quelques jours. Il est vrai que là tout n'était pas tranquille ; mais, en l'absence de mon antagoniste David, j'ai pu parler trois fois dans le château, et faire même le soir la prière en public devant le prince, les conseillers et les autres frères. Mon cher collègue , Henry de Barran , m'a constamment apporté son concours. Avant mon retour à Pau , ma femme avait été frappée , et même blessée à la jambe par un vaurien d'athée. Ses souffrances l'ont énervée et elle est tombée dans un état de langueur. Henry de Barran a écrit au nom des frères aux amis de Nérac et leur a adressé d*as8ez durs

reproches, parce qu'ils m'ont laissé pendant trois mois les presser et les supplier en vain, matin et soir, de chercher un pasteur pour eux-mêmes. La moisson est si grande dans leur ville ! et Us ne se sont pas encore remués! Les familles les plus riches, faut-il l'avouer 'f n'ont rien donné à l'Eglise, et les pauvres ont fait de si grandes dépenses !

Leur incurie a une cause. Dès qu'ils ont été assurés de l'arrivée du président et de plusieurs conseillers du Parlement de Bordeaux , ils ont envoyé vers le roi de Navarre pour qu'il apaisât ces bétes féroces.

Je ne saurais assez dire combien j'aimerais avoir un collègue savant et fidèle ou même deux. Si cela était possible , je suis sûr que nous sérions les plus forts. Je n'ose parfois m'avancer que pour reculer aussitôt.

Pour revenir au fait, je retourne à Nérac , malgré la maladie de ma femme. Elle ne me voit pas m'éloigner sans douleur. Je tiens des réunions privées. Trois jours après surviennent nos Bordelais. Je me tais ; j'apprends, et par beaucoup de lettres et par des conversations, qu'avec eux sont venus 600, peut-être 1000 soldats. On met les gardes aux portes de la ville et on défend l'entrée à tout homme armé. Les conseillers sont introduits et logés chez les principales familles. On prend soin de ne laisser entrer avec eux aucun traître. Pendant la nuit, 300 hommes environ, portant des torches, sillonnent la ville, et les conseillers ont une garde à leur porte. Le procureur du roi, homme vraiment pieux, est toujours sur pied, et leur recommande de rester tranquille , de peur qu'une révolte n'éclate à leur sujet.

Quant à nous , nous tenons conseil , et nous déci-

dons de ne pas nous montrer, mais de continuer les réunions et d'aller si possible à Téglise , pour faire profession de la foi au nom du peuple. David , prédicateur du roi, monte en chaire, et le troisième jour il fait, dans un discours franchement digne d'un moine , une très pâle profession de foi. Mandé, il vient malgré les personnes pieuses ; interrogé , il répond à sa manière. Jour est pris pour le lendemain. Appelé à mon tour, je ne comparais pas. Un de nos consuls, qui n'est pas des nôtres, n'a-t-il pas reçu l'ordre de me conduire à Bordeaux avant trois semaines, sous peine d'une amende de 1000 livres? Mais il est bien puni de son mauvais vouloir. Il ne me trouve pas , et s'il me trouvait il n'oserait ouvrir la bouche , car les trois autres consuls et la plupart des gens de bien tiennent pour moi.

Nos envoyés du Parlement vont à Gondom exercer une véritable tyrannie.

J'avais oublié de dire que les discours de David avaient été interdits. Il prétendait qu'il voulait se taire pour ne pas paraître désobéir au roi. Les gens de bien l'avaient pressé, lui donnant ordre de s'éloigner, s'il n'avait pas l'intention de s'acquitter de sa charge. Je devrais parler alors ouvertement ; mais , contre TattenU> de tous , c'est David qui préside l'assemblée le dimanche suivant. « En présence de la défense du roi, » dit-il, « il faut garder le silence. » Je suis donc réduit à me cacher. Les gens de bien reviennent à moi au sortir de l'assemblée , et me demandent- ce qu'il y a à faire. Nous nous réunissons, nous prions Dieu, et nous décidons de convoquer le peuple, la nuit, par quartiers^ jusqu'au départ de nos ennemis. J'espère

bien que nous aurons toute la ville pour nous, sauf quelques méchants^ qui seront bien obligés de demeurer tranquilles.

Vous voilà au courant , cher et vénéré maître , de tout ce qui s*est passé ici. Maintenant , je serai bref. Les envoyés royaux dont j'ai parlé traitaient avec dureté les frères de Gondom. J'écrivais à plusieurs d'entre eux chaque jour ; je les faisais exhorter par d'autres frères, et, malgré tout, ils se sont rués pendant la nuit, les armes à la main, contre le palais épiscopal. C'est sur les fenêtres mêmes des chambres où logeaient les tyrans qu'ils dirigent le feu de leurs bombardes ou de leurs arquebuses (j'emploie ce mot, ignorant le mot propre). Il enfoncent la première porte. Surviennent des frères plus pacifiques qui apaisent le tumulte.

On espérait que les envoyés seraient portés par la crainte à plus de douceur vis-à-vis des chrétiens. Ils ne sont que plus implacables; ils menacent la ville d'une ruine totale.

La nuit suivante , nouveau complot , nouvelle attaque. On allait tout incendier. Le frère que nous avions envoyé sur les lieux était là. H les maîtrise par la crainte de Dieu , et ils abandonnent leur projet.

Pendant ce temps , on en met bon nombre en prison. L'un d'eux confesse hautement le nom de Christ. Que le Seigneur soit avec eux et les assiste de son Esprit ! Les envoyés royaux sont en danger de ne pas rentrer sains et saufs dans leurs demeures.... Dieu vous conserve à son Eglise I Amen. Nérac , 1 septembre 1658.

Recommandez-nous, je vous prie, aux prières de nos frères. Excusez mon style rude et inculte.

Votre ami en Christ ,

F. 6. A. fioiSNORMAND.

(loannis CcUvini opéra. Brunswigae, 4877, volu-

men XVII , c. 330.)

Calvin à Boisnormand.

(Traduction.)

Calvin loue Tactivité de Boisnormand et en bénit Oieu. Une place de professeur étant vacante à l'Académie, on allait lui adresser vocation à l'unanimité. Raisons qui ont fait différer cet appel.

Je ne suis pas étonné, cher frère, que ton fardeau te semble lourd et pesant, ni que tes travaux, mêlés d'angoisses, de périls môme, t'accablent souvent au point que tu en désires la délivrance et la fin. Je suis étonné plutôt que tu aies pu être à la hauteur de si rudes combats. Tu aurais succombé cent fois si l'esprit de Dieu ne t'avait soutenu. C'est précisément à cause de ces commencements qui ne promettent rien de vulgaire, que nous n'avons pas voulu t'enlever à ton champ d'activité. Lorsque, il y a sept ou huit mois, le Sénat décréta la nomination de professeurs des trois langues, nos frères désiraient Rappeler pourvu que nous eussions sous la main quelqu'un bien qualifié pour te remplacer en Guyenne... Pendant que nous délibérions, il est arrivé à l'Eglise de Lausannemn malheur dont vous avez entendu parler, je le crois du moins.... C'est ce qui amena le choix d'Antoine Chevalier, gendre d'Emmanuel , dont il a épousé la belle-fille.

Toi voulu te raconter brièvement cette affaire pour que tu n'ailles pas croire que nous t'avons oublié. Comme tu le vois, ce choix a dû être fait sur-le-champ. La délicatesse et la conscience que nous apportons en toutes choses nous faisaient un devoir de mettre au courant de tout un frère qui pouvait se croire repoussé sans motif.....

27 mars 1559.

(loannis Calvini opéra. Brunsvigœ, 1877. Volu-

men XVII, c. 477.)

De la Motte (Plancus) à Calvin.

(Traduction.)

Oe la Motte, à son retour de Nérac. fait connaître à Calvin l'état des esprits dans cette ville. On attend Th. de Bëze.

A Monsieur Monsieur Despeville.

Il y a seize jours j'étais à Nérac, où j'ai contemplé un spectacle qui a surpassé de beaucoup mon attente. Les prédications ont lieu ouvertement^ en public. Toutes les rues retentissent du chant des Psaumes, Les livres de religion sont vendus au grand jour et aussi librement que cela se pratique chez nous. Tout ce que j'ai apporté a été reçu avec le plus vif plaisir. Ma fille aînée se marie ici ; l'autre cherchera à s'établir dans notre voisinage Le mouvement inusité que f ai constaté à Né'

rac est causé par l'arrivée prochaine de Théodore de

Bèze. On l'attend d'un moment à l'autre du Mas

d'Agenois. Ce 27 juillet (1).

Plancius (dé son nom nouveau) DE LA Motte.

(loannis Calvini opéra. Brunsvigae, 1 878« Volu-

men XVIIl, c. 163.)

(1) 1560. Pour les raisons qui nous font mettre cette date, voir lettre de Théodore de Bèze à Calvin » p. 108.

Villeroohe à Calvin.

(Traduction.)

Villeroche annonce à Calvin que les menées du chapelain du roi de Navarre sont découvertes, et fait l'analyse d'un sermon de S. Brossier.

A Monsieur Monsieur DespeviUe (i).

Je sais que vos nombreux corresponddiits et ceux qui émigrent chaque jour à Genève vous tiennent au courant des alternatives de difficultés et de succès^ de luttes et de progrès, que traverse FEvangile en France. Je ne vous rappellerai donc pas ce que vous savez déjà. Je ne veux ni perdre du temps en vous écrivant, ni vous en faire perdre quand vous lirez cette lettre. Je vous parlerai seulement de ce qui est arrivé ces jours-ci. Vous serez heureux d'apprendre, je pense, que le chapelain qui , jusqu'à présent, avait assez bien dissimulé, est entièrement démasqué aux yeux du roi , son maître. Cette découverte du roi a produit les plus heureux résultats. Tout le monde a pu voir clairement les mauvaises passions , les fraudes , la ruse , la honte

(t) Pseudonyme de Calvin. Un grand nombre de lettres adressées à Calvin portent cette fuscription.

de cet homme sans honneur (1). Nous devons nous réjouir de ce qu'on ait enfin enlevé à ce coquin son masque.

Hier, Simon Brossier (du moins je crois que c'est ainsi qu'il s'appelle) a eu un entretien avec notre roi , et il a prêché jusqu'à une heure avancée de la nuit. Il a parlé longuement, et avec une haute raison, des devoirs des princes, de la vie éternelle de la croix de Christ et de la vraie religion. Le témoignage de sa vie sans reproche ajoutait beaucoup d'autorité et de majesté à sa parole. Les choses vont si bien qu'après avoir eu au commencement des craintes, nous trouvons que le présent dépasse de beav^coup notre entente. Dieu veuille qne la fin réponde à ce que nous sommes en droit d'espérer! Adieu. Nérac, avril 4558.

Pierre Yillbroghb.

{loannis Calvini opéra. Brunsvigae, 4877. Volu-

menXVlI, c. 136.)

(1) Le moine David.

Théodore de Bèze à Calvin.

De Nérac , 25 aoust 4 560.

A Monsieur d'EsperviUe.

La part ou il sera.

Monsieur, pource que je fays mon compte de vous veoir bien tost ou pour le moins vous aprocher de bien près je ne vous feray long discours. Seulement je vous advertiray que les choses vont de bien en mieulx et de mieulx en tresbien, grâces a Dieu, lequel nous offre un moyen d'intenter nostre action , sans comparaison meilleur et plus conforme a noz intentions que celuy que nous avions résolu. Toutefoys la conclusion ne s'en peult prendre que dedans Mardy prochain. Voyla pourquoy il fault que toute la production qui s'aprestoit pardelà demeure en surseance sans rien s'advancer jusques aux nouvelles que jenvoyerai ou porteray a la plus viste quil me sera possible sachant bien que le tarder ny vault rien qu'a tout gaster (1)..... Geste retardation

(1) Termes généraux qui ae laissent pas que de manquer de clarté, du moins pour le lecteur, placé, comme nous, à distance. Il arrive fréquemment de rencontrer, dans la correspondance des réformateurs , des lettres assez obscures , mais d'une obscurité cherchée , par mesure de prudence , au cas oti la missive viendrait , soit à être égarée , soit à tomber entre les mains d'un faux frère ou d'un ennemi.

pourra fascher quelques uns des plus hastifs mays je ne double nullement que n'en approuverez les raisons avec singulier contentement. Les daraoyselles (1) se recommandent bien fort a vous, comme ils m'ont charge par exprès de vous escrire. Je n'écry point à celle (2) que je vous recommende tousjours pource que bien tost jespere la veoir. Cependant je me recommende tousjours a vous et a tous les amys, priant nostre Seigneur quil vous doint sa grâce de plus en plus.

De Racney (3) ce 25 Aoust (4).

Le tout vostre entièrement

Ghallonat (5).

(Opéra loannis Calvinû Brunsvigae, 1879, vo-

lumen XX , c. 472.)

(1) Il s'agit avant tout de la reine de Navarre et peut-être d'elle seule (note 1 de l'édition citée).

(2) Sa femme {id. l. c).

(3) Anagramme de Neyrac (Nérac) {id. l. c).

(4) Nous mettons sans hésiter 1560. En 1561 , Bèze arrivait à Paris le 22 août, et le 25 il écrivait à Calvin, de Saint-Germain. En 1562, à pareille époque, il était à Strasbourg avec sa femme. Enfin, s'il fallait un argument plus décisif, Calvin répond à la présente le 10 septembre 1560 (id. L c).

(5) C'est le pseudonyme sous lequel Bèze a écrit pendant ses différents séjours en France {id. l. c).

Calvin à la reine de Navarre.

Il la félicite d'avoir fait franchement profession de la foi.

Madame ie ne vous scauroye asses exprimer combien iay este resioai par la lettre quil vous a pieu escrire a mon frère, monsieur de Chaioné (1) voyant comment Dieu avoit puissamment besongné en vous en peu d'heures le parle familièrement ma Dame pensant que vous me donneres volontiers congé de ce faire comme aussi iay receu ce bien de vostre letre quelle ma donne ouverture et accès facile a vous escrire. Car vous aves senti par expérience comme les vanités de ce monde amortissent la cognoissance de la vérité. Proprement on veult nager entre deux eaues ; tellement que la parole est par la rendue froide et inutile , si la vertu de Dieu nest conioincte avec. Et cest la vraye et parfaite alliance quil promest contracter avec les siens, dimprimer et engraver sa doctrine en leurs entrailles Mais puis que ie voy comment lesprit de Dieu

vous gouverne iay plus docccmon de luy rendre grâce

(1) Pseudonyme de Théodore de Bèze. Voir la lettre de Th. de Bèze écrite de Nérac 1560, p. 108,

LETTRES. lil

que de vous exhorter comme si vous aviez besoing daiguillons

Ce 46 de Janvier 1561.

(loannis Calvini opéra, Brunsvigae, 1878, volu-

men XVIII , c. 31 2.)

L'Egrlise de Mézin (1) à Calvin.

Demande de pasteur (2).

A Monsieur et très honore père Monsieur Calvin

à Genève.

Grâce et paix de par Nostre Seigneur lesus Christ

Par vostres labeurs et noteurnes lucubra tiens

aves régénère nos speris ensamble nous aves tires de la maudicte et damnable Idolatryee et superistition papale en laquelle nous et nous pères avons long temps demeure et par la grâce du seigneur dieu vous nous aves conduys a la droyte bergerie du seigneur dieu et man tenant vous assurons que somes comme povres ovelles esgarees sans pasteur, les enfans demandent le pain vif mais ny a guère persone que leur en coupe. La moyson est grande et meure. Depardesa et pour ce vous subplyons de bon cueur que soyt vostre bon playsir de nous vouloyer envoyer ung bon pasteur et que soyt aces fort pour nous couper ce vray pain vif que nest

(1) Mézin est actuellement un cheMieu de canton de Tarrondissement de Nérac.

(2) Sur les progrès de l'Evangile dans la circonscription du parlement de Bordeaux. Hist. eccl.^ l, 785 (Bèze).

LICTTRKS. 113

aultre chose que la parole de Dieu et ses saincts sacremens et de ce derechief vous subplyons a lonneur de nostre bon dieu et père lequel prions tous de bon cueur et bonne affection que vous doint sa grâce et accomplissement de vous souvetz et bons désirs nous recommandant hombiement a vous et a vous bonnes prières et oresons.

De Mezin en Gasconye ce 26® jour du Moys de Octoubre 1561.

Par vostres hobeissans filz du consistoire de la seurdicte ville.

Michel Lesgiradz diacre. Delabalut survelan.

De Maidrus diacre.

Francays Gennardes surveiilan.

(loannis Ccdvini opéra. Bruns vigœ, 1879, volu-

men XIX , c. 78.)

L'Eglise de Condom (1) à Calvin.

Demande d'un second pasteur.

A Monsieur et ùreshonoré père Monsieur Calvin a

Genève.

Grâce et paix par Jésus Christ. Amen.

Monsieur et treshonnore père : Les grâces que le seigneur dieu nous communique journellement en abondance grande pardessa nous a induictz vous escripre la présente pour vous supplier estre vostre bon plaisir prouvoir le présent frère, homme de nostre concistoire, dung pasteur, aux fins que nous puissions proficter en la parolle de Dieu. Et d*aultant que nostre ville est la capitalle du pays munie de gens doctes de toutz estatz , vous plaira nous envoyer homme qui soict exercé aux bonnes lectres, ensemble exercé au ministère, ce que faisant seres cause du plus grand bien que pourroit advenir en ce pays. Et où ne sen trouveroit en vostre ville vous prions vouUoir donner adresse audit pour leur en lieu quil en puisse recouvrer. Que sera fin , Monsieur et treshonnere père , priant le Seigneur dieu vous vouUoir tenir en sa grâce , et a nous

(1) Nérac dépendait alors de l'évêché de Condom.

en la vostre, a laquelle humblement nous recommandons ensemble a vous bonnes prières. De Condom ce xvnj® Novembre 4561.

Vous treshobeissans serviteurs

G. ïhouzin Costa ministre Barrey

Labal diacre De Superiori

Saige Dufaur De la chapelle

J. Hicon Jehan betous.

{loannis Calvini opéra. Brunswigse, 1879, volu- ;|

men XIX, c. 118.)

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