‹ La Réforme à Nérac: les origines, 1530-1560Chapitre 11 sur 14 · LETTRES DU XVF SIÈCLE · texte numérisé non relu

LETTRES DU XVF SIÈCLE

W. F. Capiton à Margruerite de Navarre.

De Strasbourg^ 22 mars 4528.

(Traduit du latin. Extraits.)

Sommaire. — Capiton félicite la reine de Navarre de ce qu'après avoir mis sa confiance tour à toar dans de vaines pratiques et dans une fausse philosophie religieuse, elle est enfin arrivée à la pleine possession de la foi en Jésus-Christ. Il l'encourage à profiter des secours qui sont à sa portée pour persévérer dans cette voie , et il la remercie de la protection qu'elle accorde aux Eglises de France persécutées.

A très illustre, très religieuse et très vertueuse dame Marguerite, reine de Navarre, duchesse d'Alençon, etc., sœur du roi de France ,

W. Fabricius Capiton souhaite prospérité,

... Très illustre reine, très chère sœur et fiancée de Christ ! En vous dédiant mes commentaires sur Osée , je ne me propose point de vous rien apprendre, car l'Esprit de Christ qui vous dirige, vous amène chaque

88 LBTTBES.

jour à la connaissance de la vérité. Je n*ai point d'ailleurs reçu le mandat de vous inviter à persévérer courageusement dans la carrière où vous êtes entrée y ni même celui de vous mettre en garde contre les tentations Ce qui m'empêche surtout d'usurper cette

mission, c'est que je sais que près de vous se trouvent bien des hommes plus capables que moi de la remplir. Faut-il vous nommer Michel d'Arande, d'une si sérieuse éloquence , d'une piété si remarquable , d'une fidélité si scrupuleuse à mettre d*accord son titre et ses devoirs d'évêque? S'il le fallait, Gérard Roussel n' ouvrirait-il point la bouche en temps utile , lui chez qui le discernement le plus juste s'allie au zèle le plus vif pour la gloire de Dieu ? L'un et l'autre occupent, en effet, ainsi que je l'ai appris , la place de prédicateurs dans cette cour de France où vous tenez votre rang à côté de l'héroïne votre mère , que sa prudence , sa vertu , sa grandeur d'âme rendent égale aux hommes les plus illustres.

Vous pouvez, en outre, toutes les fois que vous le désirez, — et vous le désirez très souvent, je le sais, — vous entretenir avec cet aimable, savant et pieux vieillard. Le Fèvre d'Etaples, dont Vesprit sérieux^ tempéré par une sorte d'enjouement qui sied à son âge, traite avec une grâce pleine de charmes , quand on l'y invite , les mystères de notre foi. Je me tais sur tous ceux qui , dans la France entière y placés sous votre protection (car ce ne sont pas seulement des frelons qui volent vers cette ruche) , sont mis à l'abri de la cruauté et des violences de leurs persécuteurs. C'est à eux, mieux qu'à moi, qu'il convient, ne fût-ce que pour vous témoigner leur reconnaissance, de vous suggérer la prudence

quand vous bravez le danger ^ la mesure quand vous voulez faire le bien ^ les conseils quand vous ôherchez à vous instruire, et les encouragements quand, au milieu de la carrière évangélique, vous vous sentez peut-être défaillir

Elevée au sein des délices des cours , vous avez

cependant toujours tourné vos pensées vers les choses de Dieu , en vous laissant conduire par la crainte du Seigneur, qui est la pépinière des enfants du royaume et le commencement de la divine sagesse. C'est sous cette influence que d'abord vous avez traversé toute la variété des superstitions , comme je Tai appris de témoins oculaires. Ensuite vous vous êtes adonnée , selon les idées du temps , à ce qu'on appelle la contemplation de Dieu, et vous en avez heureusement profité, si toutefois cette méthode peut porter d'heureux fruits. J'ai lu moi-même deux lettres en français qui vous étaient adressées, et dans lesquelles, à l'imitation de Nicolas de Cusa , on philosophait sur l'essence et la puissance de Dieu. Enfin l'expérience vous a appris la vanité de toutes ces œuvres et de toutes ces pratiques auxquelles vous vous étiez livrée , le plus souvent sans y mettre votre cœur. Vous avez également éprouvé combien cette philosophie de haute volée apporte avec elle de fatigue et combien elle procure peu de satisfaction. Je vois d'ici les crises intérieures par lesquelles vous avez dû passer , quand vous avez senti disparaître successivement votre pleine confiance en vos bonnes œuvres et en cette lumineuse philosophie sacrée, que vous vous représentiez comme la vérité chrétienne elle-même et comme le gage assuré de l'éternité future. Mais vous

avez fini par voir resplendir au milieu de toutes ces ténèbres la vraie lumière et Celui qui est la vie du monde : Jésus-Christ. C'est Jésus seul, c'est Jésus crucifié qui est devenu l'objet de votre choix, c'est lui qui seul peut vous rendre, par son Esprit, < capable d'accomplir toute bonne œuvre. » Vous êtes ainsi parvenue à ce degré de piété qu'on nomme vulgairement le chemin de la croix

De Strasbourg , le 22 mars 4538.

(Herminjard, Correspondance des Réformateurs ,

t. II, p. 449.)

Marguerite de Navarre à Anne de Mont-

morenoy.

L'on est à caste heure a parfaire le procès de

Maistre Gérard, ou j'espère que la fin bien cogneue, le Roy trouvera qu'il est digne de mieulx que du feu et qu'il n'a jamais tenu opinion pour le mériter ny quy sente nulle chose hérétique. Il y a cinq ans (4) que je le cognois et croyes que sy je y eusses veu une chose doubteuse,je n'eusse point voulu souffrir sy longuement une telle poison ny y employer mes amis. Je vous prie [que] ne craignies a porter ceste parole pour moy , car j'espère que la chose sera sy bien prouvée que vous et moy serons trouvés véritaibles.

Votre bonne tante et amye^ Marguerite.

(Genin, Lettres de Marguerite, p. 298. Herminjard, Correspondance des Réformateurs, t. III, p. 52.)

(i) La correspondance de Roussel prouve qu'il était l'aumônier de Marguerite depuis le milieu de Tannée 1526 (Herminjard, o. c. , n. 6).

Calvin au roi de Navarre.

Il Tencourage à s'attacher fermement à la Réforme et à intervenir

en faveur des persécutés.

Sire y aiant entendu la grâce que Dieu vous avoit faicte de sapproeher de vous plus familièrement que iamais pour vous certifier droictement de la pure vérité de levangile de son fiiz lesuschrist , nostre souverain Roy , iay prins la hardiesse de vous escrire espérant que pour Ihoneur et révérence que vous portez au Maistre a qui ie sers vous daigneriez bien recevoir la présente... selon que les Roys et princes ont a soustenir une charge difficile tant plus ont ilz besoing destre advertiz quel est leur debvoir. Et voila aussi pourquoy dieu a notamment commande que les Roys applicuassent leur estude plus que les personnes privées a profltter en sa Foy

Pensez sire, quant Dieu après vous avoir choisy pour estre Prince dune si noble maison vous a aussi retire des ténèbres de superstitions où vous estiez plonge comme les aultres et vous a illumine en la cognoissance de l'Evangile de nostre Seigneur lesus ce qui nest pas donne a tous , na pas voulu que la foy que vous avez receue demeurant enclose en vous et comme ensevelie mais plus tost que vous soiez une lampe ar-

dente pour esclairer et grans et petitz. Et de faict ne doubtez pas que beaucoup de gens ne regardent a vous, et Dieu les y adresse affm que vous soiez tant plus solicite a vous aquitter a monstrer le chemin a beaucoup

d'aultres

D'aultre part, Sire^ les souspirs et angoisses de tant de pauvres fidèles méritent bien destre exaulcez de vous pour prendre courage a leur subvenir et leur procurer quelque allégement tant quil vous sera possible. Et a présent loccasion sy offre plus que iamais en

ceste assemblée des Estatz Nattendez pas que Dieu

vous envoie quelque message du del ; mais tenez pour résolu quen vous appelant en tel lieu et degré il vous

produit pour son tesmoing et procureur de sa cause

Ce H de décembre 4557.

Page 1