INTÉRÊTS ET IMPÔTS
contraire, telle que nous la voulons, Taffranchirait de tous ces soucis.
Il est évident qu'il faudra fixer des normes absolues pour la limite de l'hypothécation et pour l'avance de fonds de la part des caisses publiques de manière que l'arbitraire des fonctionnaires soit rendu impossible. — Gomme il n'y aura plus que des hypothèques indénonçables à amortisation, le cauchemar du paysan d'aujourd'hui aura disparu. Quant au payement de l'intérêt de cette hypothèque indénonçable, il ne constitue pas un rapport de dépendance autre que le payement actuel de l'impôt foncier. Au contraire, ayant le droit à une hypothèque dans les limites fixées par la loi et à un taux fixé par la loi, le paysan jouira d'une liberté qu'il ne connaît pas encore.
Dernière objection: les résultats de la réforme hypothécaire ne se feront sentir que dans un moment fort éloigné. C'est vrai ; si Ton ne considère le projet qu'au point de vue mathématique, il n'aura donné tous ses résultats qu'en une soixantaine d'années. Mais qu'on entreprenne seulement notre réforme et immédiatement la situation des campagnes s'améliorera. 11 est fort probable qu'au bout de peu d'années on pourra élever le taux de l'amortissement et accélérer ainsi l'extinction de la dette agraire. Le capital privé, ne pouvant plus s'infiltrer dans le sol, rendra meilleur marché le crédit de l'Etat et facilitera ainsi l'œuvre dos réformes.
Certes, la réforme hypothécaire amènera une modification profonde de la situation économique en général, comparable seulement à l'abolition du servage. Mais raffranchissement du servage pour dettes n'est-il pas aussi important que l'a été l'autre ? La misère est grande ; même elle grandit toujours. Le sort du paysan français n'est-il pas digne d'un eiïort énergique ?