‹ La réforme agraire, contributions théoriques et historiquesChapitre 24 sur 56 · LES COMMUNAUX · texte numérisé non relu

LES COMMUNAUX

qui, primitivement, appartenaient entièrement aux villages; mais ils envahirent les terres cultivées et en chassèrent les habitants pour les reboiser et agrandir ainsi leurs chasses. C'est surtout au xvi« siècle , quand la noblesse prit des habitudes de luxe et de dépense, qu'elle fut poussée à s'emparer des terres communales. Des ordonnances royales eurent beau protester contre Taliénation illégale des biens communaux. — Les mesures restaient généralement sur le papier ; ce n'est que la Révolution qui rendit aux communes une partie du moins des terres usurpées par la noblesse féodale (i). Malheureusement, les gouvernements révolutionnaires favorisaient le partage définitif des communaux entre les habitants de la commune et ce n'est que grâce aux mouvements insurrectionnels des petits paysans que la France doit ce qu'elle a conservé des allmenden. « Un rapport du ministre de l'agriculture reconnaît que les communaux occupent encore aujourd'hui la onzième partie de la superficie totale du territoire de la France. La décomposition de ces propriétés, telle qu'elle résulte d'un recensement spécial, les porte à 4.718.655 hectares. Sur cette immense surface, moins do la moitié est actuellement en valeur, savoir: 1.690.000 hectares, environ, plantés en bois, et 230.000 hectares composés

(1) Voir Laveleye : La propriété primitive; chap. Les biens coQiuiunaux en France.

de terres labourables, prés, vergers et vignes. Cette partie de la propriété communale présente une valeur de 1.300.000.000 francs et un revenu de 35.000.000. Le surplus, c'est-à-dire 2.790.000 hectares, se compose de marais, de terres vaines et vagues, de landes, de bruyères et de pâtures. La valeur de ces terrains n'est pas estimée à plus de 283.000.000 de francs, c'est-à-dire à 100 francs environ par hectare , et leur revenu total à 8.000.000 de francs, ou à moins de 3 francs par hectare » (1).

Le principal grief qu'on fait aux communaux, c'est qu'ils empêchent le paj^san à passer à une industrie plus profitable pour lui et pour la nation. Même en admettant que quelquefois un homme qui serait plus utile dans l'industrie reste attachée au sol, ce phénomène, dans sa généralité est du meilleur effet. Les grandes villes en brance, comme à l'étranger, ne cessent de grandir démesurément aux dépens de la campagne qui se dépeuple et qui, pour faire faire les travaux nécessaires doit faire appel à la main d'œuvre étrangère ; ainsi, des environs dt3 Paris jusqu'aux vallées de la Psormandie, la moisson est faite par des Belges, des Suisses et des Italiens.

Cet avantage à part, des communaux suffisants empêchent la genèse d'un [uolétariat rural; ils

(1) Maurice Block : Pelit dictionnaire politi<iue et ,sncial. Art. Communaux. Paris, 189(5.

Page 1