TIBÉRIUS GRACCHUS
Il fut père de douze enfants dont neuf moururent en bas âge ; il lui resta donc une fille, Sempronia, et deux fils, Tibérius et Gajus. Après la mort de son époux, Cornélie se voua entièrement à Féducation de ses enfants. Un jour que les nobles dames en sa compag-nie, s'enorgueillissaient de leurs bijoux, elles lui demandèrent de montrer aussi les siens ; elle conduisit ses enfants dans la chambre disant : « Voici tout mon orgueil ».
Lorsque le roi Ptolémée d'Egypte la demanda en mariage, elle refusa cette olFre tentante, craignant que la couronne royale fut un obstacle à ses devoirs maternels. Sa fille Sempronia épousa le jeune Scipion l'Africain, le destructeur de Carthage. Tibérius prit une femme de la famille de Claudius, et Gajus, son frère, épousa la fille de l'archiprêtre ^lutiamus.
Tibérius était donc en droit de compter sur plus d'un appui s'il se mettait à l'œuvre de suite après avoir été tribun. Son. projet de loi n'était en vérité pas autre chose que le rétablissement de la loi licinienne qui, à proprement parler, n'avait jamais cessé d'exister, mais qui avait intentionnellement été foulée aux pieds. Les domaines de l'Etat qui étaient utilisés sans fermage devaient être confisqués. Mais les terrains loués légalement et pour lesquels l'Etat percevait un droit, n'étaient pas atteints par le projet de Gracchus. Mais pour jtrévenir les Optimates dans la mesure du p(issil)lc, cliacun devait pouvoir
garder 500 arpents déterre publique, comme propriété privée j auxquels seraient ajoutés encore 250 arpeuts pour chaque fils jusqu'à concurrence de i.OOO arpents !
Les propriétaires actuels seraient dédommagés pour toutes améliorations, tels que bâtiments et plantations. Le terrain confisqué devait être partagé en lots de 30 arpents et cédés à des citoyens romains, non comme propriété privée, mais comme emphytéose inhypothécable et inaliénable. Une commission de trois membres devait s'occuper des confiscations et des distributions, et décider quelles seraient les terres de TEtat et celles restant propriétés privées.
Il est de toute évidence que ce projet de Tibérius Gracchus répondait, non seulement au droit social et formel, mais encore on peut dire qu'il fut modéré. Tibérius était certainement prêt à des concessions pourvu que sa réforme aboutisse, iNIais le parti des Optimates, représenté surtout au Sénat, ne voulait pas en entendre parler. Il considéra de prime abord la proposition de Gracchus comme une déclaration de guerre à outrance.
Le parti des Optimates parvint à gagner à sa cause, parmi les 10 tribuns élue, Octavius, un collèo'ue de Tibérius. Possédant lui-même beaucoup de terres, il fit opposition, lorsque Gracchus mit son projet aux voix, ce qui, d'après la constitution, écartait d'emblée le projet. Tibérius lit alors usage des moyens que lui conférait la loi. II
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apposa les scellés aux caisses publiques et suspendit les affaires d'Etat et l'administration de la justice. Tout ceci ne servit à rien, car le Sénat pouvait attendre et pendant ce temps l'année de son tribunat prendrait fin. Plutarque nons montre dans l'unique grande page qu'il nous ait conservée de ses discours, avec quelle passion Tibérius Gracchus tenait à son idéal et comme il savait lé faire partager au peuple. « Les animaux sauvages ont leurs tannières et leurs gites, mais, aux hommes qui combattent et meurent pour l'Italie, il n'est rien resté que l'air et la lumière du jour. Ils errent, sans foyer, avec leurs femmes et leurs enfants. Ne sont-ce pas de vains mensonges, lorsque nos généraux, excitant noB guerriers au combat, les invitent à protéger les tombeaux et les autels de leurs aïeux? Ils combattent et meurent pour le luxe et la richesse des autreis ; on les nomme maîtres de la terre, alors que pas une motte ne leur en appartient ».
Gracchus. ne voulant pas laisser écouler l'année de sort tribunat sans faire avancer sa cause, porta sa motion une seconde fois devant l'assemblée du peuple. Tibérius supplia, en vain, Octave, un vieil ami des Gracches, de retirer son opposition. Alors, Tibérius Gracchus passa outré sur la constitution qui prescrit qu'aucun magistrat ne peut être mis en état d'accusation pendant la durée de son mandat et, s'adressant au peuple, lui demanda si celui qui trahit les intérêts du
peuple était encore digne de le représenter comme tribun ! Un cri unanime d'allégresse répondit à ses paroles 'et, sur Tordre de Gracchus, Octave fut éloigné des tribunes par les huissiers. La loi agraire fut alors acceptée sans restriction. Puis on nomma immédiatement les premiers membres de la commission de partage ; ce furent Tibérius Gracchus, son frère Gajus Gracchus et son beaupère Appius Claudius.
Le dernier roi de Pergame mourut à peu près à cette époque, instituant les Romains ses héritiers. D'après la Constitution, c'était le Sénat qui devait décider de l'emploi de l'héritage . Mais Tibérius proposa de consacrer les trésors de Pergame à l'installation de nouveaux agriculteurs, c'est-à-dire à procurer aux citoyens des maisons de ferme, des orpano-es, des outils aratoires, des bêtes de trait et de la semence . Cette proposition fut adoptée.
La haine des Optimates contre le hardi novateur croissait de jour en jour. Tibérius n'ignoi"ait point comment ceux de sa classe savaient haïr. C'est pourquoi il aurait voulu pouvoir conserver sa fonction de tribun pour l'année suivante, afin que, protégé par l'inviolabilité de cet emploi, il put continuer la réforme commencée.
Le jour des élections arriva au milieu d'uiuî agitation extrême. Lorsque les premiers an'oi\dissements eurent donné leurs sulïrages à 'i'ihrrius Gracchus, les Optiinat(is s'avancèrent vers