‹ La réforme agraire, contributions théoriques et historiquesChapitre 42 sur 56 · rajus (j/r/cc/ms · texte numérisé non relu

rajus (j/r/cc/ms

L'homme le plus intluent du parti populaire, frère cadet de Tibérius, Gajus Gracchus, était tenu éloigné de Rome, Le Sénat lui avait donné un emploi en Sardaigne et après l'expiration de son temps avait « oul)lié » de le relever de son poste. Mais Gajus revint, maigre tout, à Rome, où il fut reçu avec enthousiasme ])ar h^ peuple.

Il fut acquitt('' de l'accusation d'avoir quitté son poste sans autorisation et fut nommé tribun en 123. Dépassant son frère en talent, en passion et en éloquence, il reprit la lutte contre les Oj)timatcs, en connaissance do cause. Sa haine contre le parti qui ébranlait la patrie et qui avait

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assassiné son frère était devenue chez lui une véritable passion.

Il se mit méthodiquement à l'œuvre. D'abord, il attira encore davantage à lui la population de la capitale, en réussissant à faire mettre à la portée de chaque citoyen, moyennant un prix extrêmement modique, une certaine quantité de Q-rain, tirée des o^reniers de TEtat. Il voulait ainsi paralyser l'influence des riches qui, à l'occasion d'élections importantes, achetaient des voix contre de l'argent ou du blé. Puis il essaya, très habilement, de diviser le parti des Optimales en opposant l'aristocratie des fonctionnaires à celle de l'argent.

Il donna des droits spéciaux, aux frais du Sénat, à la classe des chevaliers, qui comprenait tous ceux possédant une certaine fortune. Il introduisit dans la nouvelle province, Asie, un impôt répondant pour le mieux aux intérêts de la classe des chevaliers et il parvint ainsi à enrayer la résistance du Sénat et des Optimales. Lorsque son année de tribunat fut écoulée, il fut réélu. Le parti populaire voyait poindre la victoire, car, avec un tel chef, on ne pouvait qu'aller de l'avant.

Le parti des Optimales ne vit d'abord aucun moyen d'agir contre l'influence croissante de cet homme. La deuxième année de son tribunat, Gajus s'attaqua à la plus dangereuse question de la politique romaine de l'époque, question de la plus haute importance pour l'avenir de la Repu-

blique. 11 voulait conférer le droit de bourgeoisie à ceux des conledé''és qui avaient partagé tous les dangers des guerres romaines, pour donner ainsi à TEtat romain une base plus large et plus solide. Mais son propre parti lui opposa une grande résistance. Les Optimates surent profiter de la disposition du peuple. On a conservé une partie d'un discours du consul d'alors, qui en appelle aux plus basses passions du peuple. « Si vous accordez le droit de bourgeoisie aux Latins, croyez-vous pouvoir garder alors les mêmes places aux assemblées, aux jeux et au cirque ? Les nouveaux citoyens nous les prendront et pour vous il ne restera plus rien ». Cette argumentation parut probante à une partie des électeurs de la capitale.

Lorsqu'on en vint aux voix, le tribun Drusus put, pour la première fois, opposer son veto à la proposition de Gracchus.

Ce même Drusus trahit son peuple ; sa manière d'agir, comme celle* du Siuiat, était assez transparente : Gajus Gracchus eut toujours conscience de la responsabilité de ses actions, de là la reserve qu'il apportait à ses prescriptions de réforme agraire. Partant de là, on essaya de le rendre suspect au peuple.

Drusus, surpassant en promesses chacun des projets de réforme de Graccluis, se donnait luimême comme le véritable ami du peuple, attendu que Gracchus n'avançait pas assez vite. Du reste,

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puisque Gajus descendait de la noblesse, il ne pouvait pas tenir pour les intérêts du peuple ! D'après une proposition des Gracches, il avait été imposé aux bourgeois romains, pour chaque trente arpents de terre, une modeste rente foncière ; Drusus demanda l'abolition de cet impôt. Gajus préconisait rétablissement de colonies dans des pays en dehors de l'Italie, sur les ruines de Carthage ou ailleurs, tandis que lui, Drusus, était beaucoup plus large, puisqu'il proposait de fonder immédiatement douze colonies de 3.000 colons chacune, en Italie même ! Le Sénat approuvait, souriant. Le peuple devait sentir que les Optimates n'étaient pas du tout opposés à lui faire de grandes concessions, pourvu qu'il abandonne Gracchus.

Malheureusement, à cette époque, vers la fin de la seconde année de son tribunat, Gracchus n'était pas à Rome. Il avait été désigné par -le sort pour aller établir sur les ruines de Carthage une des colonies projetées par lui. Il fut absent pendant soixante- dix jours. Ses adversaires mirent à profit cette absence pour retourner complètement l'opinion du peuple. Il ne fut pas réélu une troisième fois, et ce résultat est dû, fort prol^ablément, à des fraudes électorales.

Le parti des Optimates profita de la victoire ot, lors des élections consulaires, Opimius, leur champion le plus autoritaire, fut placé à la tête des affaires de l'Etat. Il s'attaqua en premier lieu

à la récente fécondation de Gracchus, la colonie sur les ruines de Garthage. Lorsque la puissante rivale fut détruite, on en avait maudi l'emplacement.

La nouvelle arriva alors que des hyènes avaient déterré les bornes frontières et les archiprètres romains, tous chauds partisans des Optimates, confirmèrent aussitôt que c'était un signe de mécontentement des dieux. Les citoyens furent mandés pour discuter de la chose ; Gracchus, ainsi que son parti, étaient naturellement sur les lieux. L'agitation était à son comble. Chacun comprenait l'importance de ce vote. Le consul offrit le sacrifice accoutumé. L'huissier tenant encore en mains les entrailles sacrées, dit en s'adressant aux partisans de Gracchus: « Que les mauvais citoyens fassent place aux bons. » Il sembla môme vouloir attaquer Gracchus, mais un chaud partisan de ce dernier assomma Thuissier. Ce meurtre fut le signal d'un grand tumulte. Gracchus, voulant apaiser le })euple, n'avait pas aperçu qu'un tribun haranguait déjà la foule d'un autre côté. Comme une ancienne loi défendait, sous les peines les plus sévères, d'interrompre un tribun lorsqu'il parlait, ses adversaires saisirent ce prétexte pour formuler contre (iracchus l'accusation précise d'avoir, lui, l'ami du peuple, outragé les droits des trii)uns j)0j>ulaires.

Les Optimates se préparèi-ent, pendant la nuit, au combat. Sur l'ordre du consul, ils apparurent

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tous accompagnés de deux esclaves armés. Les chefs du parti populaire s'étaient rendus dans leurs maisons. Lorsqu'au matin on apprit les préparatifs guerriers des adversaires, les partisans de Gracchus se réunirent sur le mont Aventin, lieu de ralliement 'du parti populaire. Gracchus était opposé aux combats dans la rue et, silencieusement, armé seulement d'un poignard, il se joignit à ses amis. Un parlementaire fut fait prisonnier par les Qptimates et le consul donna le signal de l'attaque. 11 fît en même temps annoncer par toute la ville que quiconque poserait les armes ne serait pas puni. Le combat fut court; 250 partisans de Gracchus, tous du peuple, tombèrent ; lui-même voulut se tuer, mais ses plus proches amis le conjurèrent de se conserver pour Rome et pour sa cause. Gracchus l'essaya, mais il tomba et se blessa au pied. Pour lui donner le temps de prendre la fuite, un de ses amis se dévoua en se plaçant devant les poursuivants et lorsqu'il fut tombé, un autre sacrifia également sa vie pour le chef vénéré. Mais ces sacrifices furent inutiles, car on trouva bientôt dans un bois sacré le cadavre de Gracchus et celui de son fidèle esclave. Tous deux s'étaient eux-mêmes donné la mort. Ce fut un ancien ami des Gracches qui découvrit le premier le cadavre; il coupa la tête de Gajus et Tapporta aux Qptimates jubilants. On dit même qu'il sortit la cervelle et en remjtlit la cavité avec du j)l(>ml). afin d'en rendre

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le poids plus lourd, car les vainqueurs tinrent leur promesse — ■ ils pesèrent cette tête aU poids de l'or.

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