Livre X, La loi du piiogrès humain
Chapitre premier. — Si notre doctrine correspond à la réalité il doit être possible de la subsumer sous une loi plus étendue.
Quelle est la loi du progrès humain ? On admet généralement que la ditférence entre le sauvage et l'homme civilisé provient d'une longue éducation de la race, se manifestant dans une organisation intellectuelle durable et toujours tendant vers des degrés supérieurs de la civilisation. Cette théorie n'explique pas les civilisations qui, à partir d'un certain moment sont restées stationnaires, encore moins celles qui ont rétrogradé. Toutes les civilisations connues avaient une époque de développement rapide, d'arrêt, do décadence. La terre a recouvert des empires comme des individus. Faudra-t-il donc admettre que la vie d'une nation na dilfère pas de celle de l'individu ? Des analogies de ce geiire seraient super-
ficielles. Aussi longtemps que ses membres naissent, passent par la jeunesse, l'adolescence et la virilité, un état ne peut vieillir comme cela se produit chez l'individu dont les forces finissent par aller en diminuant. Cette analogie, néanmoins contient une vérité indéniable : c'est que les obstacles qui finalement arrêtent le progrès sont créés par la marche du progrès même.
Chapitre II. — La différence entre les peuples de divers pays et à des époques différentes — les différences de civilisation — ne sont pas inhérentes à rindividu, mais à la société. Le milieu, voilà le facteur qui dirige l'esprit et qui le façonne.
Chapitre III. — Ce sont les désirs, infinis par essence, qui poussent l'homme au progrès. L'esprit est riustrument à l'aide duquell'homme évolue, qui lui fait atteindre chaque nouveau progrès, transformée de suite dans une marche vers un progrès ultérieur. Le progrès se produit proportionnellement à la force intellectuelle qu'on lui consacre ; mais la force intellectuelle n'est que ce qui reste disponible des forces générales absorbées par la conservation et la lutte, La conservation n'est non seulement la lutte pour l'existence, elle est encore le maintien do la position sociale, du progrès acquis. La lutte est la dépense de force dans la recherche d'une satisfaction aux
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dépens d'autrui, ou la résistence à des attaques de ce genre.
Chapitrée IV. — Une civilisation telle que la nôtre ne peut rester stationnaire : elle progresse ou elle régresse. Ce qui a détruit toutes les civilisations antérieures à la nôtre, c'était la tendance vers un partage inégal de richesse et de pouvoir. Cette même tendance se manifeste aujourd'hui ; plus un pays évolue, plus grande y devient l'inégalité.
Chapitre V. — Les maux engendrés par l'inégalité des richesses ne sont pas des conséquences accidentelles du progrès, ce sont au contraire des forces qui, en se développant, finiront fatalement par arrêter le progrès. Ces forces qui nous ferons reculer vers la barbarie ne disparaîtront pas d'elles-mêmes ; d'autre part elles ne sont pas déterminées par des lois de la nature : leurs origines sont des institutions sociales. En rendant les dons de la nature à la collectivité, nous détruirons la racine du mal et nous ferons faire un pas énorme au progrès de l'humanité. Il est impossible de continuer à bavarder sur les droits inaliénables de l'homme et de renier le premier des droits inaliénables, celui aux dons de la création. Mais si — aussi longtemps que c'est encore possible — nous retournons vers la Justice, notre maîtresse, si nous confions en la Liberté et en suivons les enseignements, les dangers qui nous entourent
ne tarderont pas à disparaître, même les forces hostiles finiront par devenir des instruments de l'évolution humaine.
Conclusion. Le problème de la vie individuelle. Derrière le problème de la vie sociale il y a celui de la vie individuelle. Profond est le désir de rhomme d'une vie future, mais à la grande majorité il ne parait être qu'une vaine espérance. Les pensées qui détruisent l'espoir d'une vie future ont leur source dans les doctrines des sciences politiques et sociales affirmant l'existence d'une tendance à la procréation de trop d'individus ; proclamant le vice et la misère comme liés aux lois de la nature. Nous avons combattu ces doctrines, nous en avons montré la fausseté. Ainsi nous chassons le cauchemar qui prive le monde moderne de la croyance en une vie future. Xous ne croyons pas avoir écarté toutes les difficultés ; partout encore nous nous heurtons à des phénomènes jusqu'alors incompréhensibles. Mais nous avons écarté des objections d'apparence probante, voir irréfutable. L'espoir peut naître — cet espoir qui est à la base de toutes les religions. Celle que les poètes ont chanté, que les prophètes ont annoncé, dans les profondeurs des cœurs humains des battements en proclament la vérité.
Henri George a raconté lui-môme de quelle manière il est arrivé h la conception formant le
pivot de toute son œuvre : « Retourné de Californie dans les Etats de TEst, à New- York, vers la fin des années 60, tout mon être fut ému par le fait que nulle part la pauvreté était plus grande que dans les régions où l'industrie était le plus développée. Ce problème, dès lors, m'a toujours occupé. C'est à l'époque à laquelle je publiais un modeste journal dans la ville de Oakland, que l'explication de ce phénomène m'a apparue, telle une révélation. Un jour je faisais une promenade à cheval. Absorbé par mes idées je faisais courir mon cheval dans les montagnes jusqu'à ce qu'il soit essouflé ; afin de le calmer, je l'arrêtais. Un charretier passait près de moi ; pjur lui demander quoique ce soit, je l'interrogeais sur le prix des terrains autour de nous. Il me montrait du doigt quelques vaches, si éloignées qu'elles semblaient petites comme des souris et il me dit : « J'ignore le prix des terres ici, mais là-bas il y a quelqu'un qui veut vendre ses terres à raison de un dollar par acre. » L'homme passait. Tout à coup je tins la réponse du problème : le lien entre le progrès et la pauvreté. Lorsque plus d'hommes travailleront par ici, la terre coùtera-t-elle encore un dollar par acre ? Avec l'accroissement de la population, la valeur du sol augmente aussi, et ceux qui l'habitent et ceux qui le cultivent sont forcés de payer sans trêve cette valeur croissante du produit de leur travail, sous forme de fermages, de loj^ers, etc. qui ne cessent d'augmenter ».
Sur le champ de bataille
Lorsque George eut achevé son livre, il s'agit de trouver un éditeur, ce qui ne fut pas chose aisée, malgré le bon renom qu'il s'était acquis comme auteur. « Le public n'achète pas ces gros volumes de recherches sur l'Economie », lui fut-il répondu plus d'une fois. Enfin il trouva un éditeur qui voulut bien en faire imprimer 500 exemplaires, naturellement sans que Henry George reçut la moindre gratification. Il accepta et Progrès et Pauvreté parut.
En peu de temps, il en fut vendu 28 éditions en Amérique et 10 en Angleterre. Aujourd'hui, Progrès et Pauvreté est traduit en français, en russe, en portugais, en suédois, en hongrois, en japonais, en arabe, en polonais, en tchèque et en danois.
Pi^ogrèK et Pauvreté a donc sa place marquée parmi les œuvres faisant partie de la littérature universelle. Le succès de son livre arracha George au calme de sa vie de fonctionnaire pour le jeter au milieu des luttes les plus grandes et les plus décisives de notre époque.
Il se rendit pour la première fois en Irlande et en Angleterre, en 1881, comme correspondant du Irish World. Il donna partout des conférences, répandant la nouvelle vérité qu'il avait trouvée, et partout, à côté de violents adversaires, il
trouva une sympathie enthousiaste. Des sociétés se formaient pour défendre sa doctrine, et son nom devint le drapeau divisant les esprits. Lorsqu'il vint en xA.ngleterre pour la deuxième fois, en 1883, sa doctrine y était déjà fortement implantée. 11 fut reçu à Londres, à Saint-James- Hall, par une grande assemblée. Le célèbre parlementaire Henry Labouchère, qui présidait, lui souhaita la bienvenue. « Puis, écrit George, je parlai dans les villes les plus importantes d'Angleterre, où j'eus partout beaucoup d'auditeurs. Presque tous m'étaient d'abord hostiles, mais je les conquis facilement, à l'exception de ceux d'Oxford, siège de l'érudition, qui étaient décidés à troubler l'assemblée, quoique je fusse l'hôte du célèbre professeur Max Muller, qui la présidait ». A côté de ces fatigantes conférences, George s'évertuait à répandre aussi sa doctrine par des écrits et son grand ouvrage : « Libre échange et protectionnisme^ parut à cette époque.
Afin de faire connaître ses idées en Ecosse, il accepta l'invitation de ses partisans et s'y rendit en 1884. Son grand discours dans la salle municipale de Glasgow^, sur la deuxième sentence de l'oraison dominicale : « Que ton règne vienne », eut un très grand succès. Il répondit par un brillant pamphlet intitulé Peer and Propket, au duc d'Argyll, qui l'avait surnommé ironiquement le « prophète de San Francisko», et aujourd'hui en-
core, l'administration de Glasgow est entre les mains de partisans convaincus de George.
Pendant ce temps, le mouvement prenait de Textension en Amérique ; George, soutenu par ses amis, décida en 1886, de tenter la première grande lutte électorale en faveur de sa cause, en briguant le poste de maire de New- York.
Les vieux partis, forts de leur argent, de leur organisation et de leur presse largement répandue, se riaient naturellement de ces enthousiastes, car les réformistes agraires n'avaient etfectivement que leur enthousiasme et leur énergie à mettre au service de leur cause.
Un prêtre catholique de Téglise Saint-Etienne, le docteur Mac-Glynn se joignit à George et prêcha en une éloquence entraînante la « nouvelle croisade », la croisade contre la pauvreté, contre la gêne et la misère. Les adversaires de George engagèrent alors Tarchevêque de New-York à paralyser l'action du vaillant prêtre, et finalement à le destituer même; mais Mac Glynn ne se rebuta pas et n'abandonna pas la cause de George. Il fonda la « ligue contre la pauvreté » et prêcha devant des milliers de personnes le devoir du chrétien, c'est-à-dire : servir sans crainte, la cause de la justice.
Le jour des élections venus, Henry George remporta 67.699 voix, tandis que son rival en obtenait 90.000; mais de ce jour, les adversaires de la réforme agraire, du moins sur tout le terri-
toire où se parle la langue anglaise, ne se permirent plus jamais de railler sa doctrine.
L'année suivante en 1887, George brigua le poste de gouverneur de l'Etat de New-York.
L'esprit de sacrifice de ses partisans fut immense. Un seul bazar où prirent part 1000 femmes et jeunes filles rapporta la somme de 50.000 frs. Mais les socialistes démocrates se déclarèrent contre lui, parce qu'il justifiait de la propriété privée. Les 73,000 voix qu'il obtint ne répondirent pas à l'attente ; mais enfin, c'étaient des voix librement obtenues.
Cette même année, George fonda une feuille hehdomRdRire,\e Standard dansjlaquelle dès lors, il défendit et développa sa doctrine ; cette feuille ne tomba qu'à la mort de son fidèle élève et collaborateur William Croasdale.
En 1888, nous retrouvons Henry George en Angleterre où sa doctrine s'affermissait de plus en plus.
Ainsi qu'en Amérique, où la plus puissante orijanisation syndicale « les chevaliers du travail » avait adhéré à la doctrine de H. George^ le 1"' mai 1887, par l'intermédiaire de leur grand maître Powderly, le congrès des associations ouvrières anglaises s'en déclara partisan à Swansea, à l'unanimité.
De retour en Amérique, George fut invité par le Sénat de l'Etat d'Ohio à développer devant lui sa nouvelle doctrine. Comme les corporations lé-
gislatives de Minnesota lui avaient fait la même invitation, il donna une conférence pour les deux dans le Hall du Parlement de St-Paul.
Il avait été suggéré par l'Exposition universelle de Paris d'organiser dans cette ville un congrès international des réformateurs agraires, ce qui fut fait, et Henry George fut nommé président d'honneur. C'est avec enthousiasme, que l'assemblée, comptant dans son sein des représentants de France, d'Angleterre, d'Amérique, d'Allemagne, de Hollande, de Belgique, de Danemark, d'Italie et de Suisse, rendit hommage a l'initiateur émérite du grand mouvement réformiste.
En 1890, nous trouvons l'infatigable Henry George en Australie, où des gens courageux et désintéressés avaient déjà travaillé pour la propagation de sa doctrine et même envoyé quelquesuns des leurs dans les Parlements.
Il débarqua le 6 mars au soir, dans le port de Sydney, salué par les bravos enthousiastes d'une foule de plusieurs milliers de personnes. Accompagné par M. Garland, éminent réformateur agraire et membre du Parlement, il se rendit à la maison de ville où le maire de Sydney l'attendait. Mais il ne put y arriver sans donner satisfaction à la foule massée dans les rues et qui réclamait impétueusement quelques paroles. Le maire de Sydney, M. Burdekan, n'était point réformiste, cependant il ne pût s'empêcher, en portant son toast, d'exprimer toute son estime pour Thon-
nêteté et l'activité si désintéressée de H.George, La réponse de ce dernier fut couverte d'applaudissements.
Le 7 mars eut lieu, à la maison de ville, un banquet des réformistes australiens. Le 8, George fit une conférence où il développa le sujet : « Peuple et pays ». Quoiqu'on eût choisi la plus grande salle de la ville, beaucoup de personnes, vu le manque de places, durent s'en retourner longtemps avant l'ouverture de la séance.
Le 9 mars était un dimanche. On avait mis l'église congréganiste à la disposition de George et il prit pour texte de son discours la deuxième sentence de l'Oraison dominicale : « Que ton règne vienne ». Le peuple se pressait autour de l'église ; un- passant étonné demanda ce qui arrivait là. Oh ! lui répondit-on, c'est quelque chose de nouveau ; il paraît qu'un homme y est en train de prêcher enfin le christianisme. Le 10 mars il parla sur le protectionnisme, le 11, sur les principes de la réforme agraire. Malgré un temps épouvantable, les grandes salles étaient combles, Le 12 mars il donna une conférence au profit des sans-travail. Le fait même, dit le Démocrate^ que « dans un pays si peu peuplé que l'Australie, une conférence au profit des sans-travail puisse avoir lieu est une preuve de la nécessité de la réforme sociale préconisée par George ».
Le 13 mars, George parla à Lithgow, ville appauvrie de mineurs. Les mineurs eux-mêmes, à la
lueur de leurs lampes, allèrent au-devant de lui en grande procession et le maire l'introduisit dans la salle des conférences. Ainsi se succédaient les conférences. C'est dans une église qu'il parla à Bathurst et prit comme sujet : « Moïse législateur ».
A la Nouvelle-Zélande, « l'Angleterre de l'avenir », où George s'était rencontré avec Téminent président des ministres, Georges Frey, les élections de 1892 accusèrent une majorité du parti de la réforme agraire, majorité qui s'est maintenue jusqu'à aujourd'hui. Dans toutes les autres colonies australiennes le mouvement a, de même, acquis des bases solides et prend toujours plus d'extension.
Eti 1891 parut la célèbre encyclique du pape Léon XIII sur la question ouvrière, encyclique qui attaque aussi des parties importantes de la doctrine de George. Ces circulaires du pape ne sauraient lier les consciences catholiques, attendu que les préceptes de l'Eglise ne prétendent à l'infaillibilité du pape que pour les déclarations dogmatiques dûment formulées. George répondit à cette circulaire du pape par un écrit intitulé : « Les conditions du travail » que beaucoup regardent comme son chef-d'reuvre, et qui fut répandu dans le public de langue anglaise à environ 150.000 exemplaires.
L'ami dévoué, le représentant éloquent de la réforme agraire, Mac Glynn, fut appelé à Rome où
il se rendit pour exposer les principes de la nouvelle doctrine.
11 fut reçu par le pape, personnellement. Comme on acquit la conviction que cette doctrine ne contenait rien contre la foi, ni contre les principes de la morale de l'Eglise, le fidèle réformateur agraire fut réintégré dans son pastorat et devint le directeur d'une communauté dans une banlieue de New- York où il resta jusqu'à sa mort. Cette décision de Rome eut une grande portée pour la propagation de la nouvelle doctrine dans les milieux catholiques et l'on vit bientôt des évêques et des prêtres, en nombre toujours plus croissant, annoncer la vérité de la réforme agraire.
Son caractère ; sa fin.
George travaillait sans relâche à recruter de nouveaux partisans pour sa doctrine, à les organiser, à les grouper et c'était pour lui chose toute naturelle, de n'employer que de bons moyens à la réussite d'une bonne cause. Les nombreux adversaires qui se trouvaient naturellement parmi ceux qui, par sa doctrine, se voyaient menacés dans leurs droits et privilèges, sont unanimes à constater sa bonne volonté et son désintéressement. Un tel exemple est doublement remarquable, surtout en xA-mérique où politique et corruption sont étroitement liées et où dans certains milieux,
on est enclin à considérer la politique comme quelque chose de peu honorable.
Voici un exemple de son désintéressement : Un ami de sa cause, M, Hudgins, à Camden, New- Yersey, après avoir toutefois assuré le sort de sa veuve, avait légué à George, par testament, une somme de 100.000 francs pour sa propagande. La veuve attaqua le testament, et la Cour de Justice de New-Yersey lui donna raison, attendu que la loi ne saurait maintenir un legs destiné à répandre un livre tel que « Progrès et pauvreté », prêchant des principes anti-légaux.
A son tour George en appela de ce jugement et requit les meilleurs avocats. Le procès lui coûta 35.000 francs mais il eut la satisfaction de voir la cour suprême ratifier le legs, se basant sur les raisons suivantes : « Un legs destiné, au moyen des écrits d'un auteur en renom, à instruire le peuple sur n'importe quelle branche digne d'être connue, à un but de bienfaisance, à condition que les dits écrits ne contiennent rien ni contre la morale, ni contre la religion ou la loi , et les œuvres d'Henry George ne contiennent rien de contraire à ces trois choses ».
L'exécuteur testamentaire compta donc à George les 100.000 francs, mais celui-ci les renvoya à Mme Hudgins en lui écrivant : « J'ai tenu à gagner mon procès parce (pie je ne pouvais pas admettre qu'un juge qualiliat mes priucipes, auxquels je crois, d'immoraux ou d'illégaux ;
mais mon intention n'a jamais été de prendre, contre votre gré, l'argent que votre époux me légua pour en faire un si honorable emploi » .
Il est permis de douter, au point de vue moral, quant à la justesse de cette action, car, celui qui avait reconnu la grandeur infinie de la misère, corrompant les hommes, celui-là aurait peut-être dû, malgré la volonté contraire d'une femme à esprit borné, employer cet argent honnêtement reçu, à la propagande de la réforme ; néanmoins ce procès caractérise bien le désintéressement de George.
En 1896, George se rendit auprès d'un ami de la réforme agraire à F'ort Hamilton près de New- York.
Attiré par le calme de cet endroit, ainsi que mû par des raisons de santé, il décida de s'y fixer. Les revenus de ses ouvrages lui permettant enfin de songer à lui et aux siens, il se fit construire une maison de campagne, de la vérandah de laquelle on jouissait d'une vue splendide, jusque sur la côte opposée. Le vestibule de la maison était orné du buste en bronze de George, œuvre de son fds Richard, sculpteur. Son plus jeune fds avait de grandes aptitudes pour les affaires publiques et devint bientôt un précieux soutien pour son père. Sa fille Anna, charmait les loisirs de son père par son jeu, car elle était bonne violoniste. Mais cette vie de famille ne devait pas être de longue durée, car, quelque mois plus tard, la
fille chérie de George, mariée récemment à M. Atkinson, mourut. Ce fut un coup terrible pour le père, qui ne s'en releva que lentement.
George consacrait tout son temps libre à la rédaction de son dernier grand ouvrage « La science de l'économie politique » dans lequel il voulait concentrer sa doctrine et Texposer dans ses dernières conséquences .
Vers le milieu de Tannée 1897 ses partisans lui demandèrent de reprendre part à une grande lutte politique. Les faubourgs de New- York s'étaient réunis à cette cité commerciale, la plus puissante dû iNouveau-Monde, qui devint ainsi « la grande New-York », dépassant maint royaume par le nombre de ses habitants. Quel serait l'élu appelé à occuper le plus haut poste dans les affaires publiques de la grande cité ? Les réformateurs agraires firent l'impossible pour faire nommer George.
Quoique le docteur Kelley, ami et médecin de George, lui conseillât fortement de ne pas accepter ce poste, à cause de sa santé ébranlée, il persista et, lorsque les organisations amies vinrent au devant de lui il s'écria : « J'accepte, dussé-je en mourir ! »
Une lutte de la plus haute importance s'engagea alors. Les grands quotidiens français et allemands qui, en général, s'occupaient fort peu des élections en Amérique, suivirent cette lutte électorale avec intérêt.
De jour en jour les espérances s'accentuaient. Il n'était jamais entré dans les vues de George de llatter l'intérêt d'un parti plutôt que celui d'un autre, aussi, un jour que dans une assemblée composée de plus de l.OOO ouvriers on le présenta comme ami des travailleurs, il s'écria : « Je n'ai jamais ambitionné le titre d'ami des travailleurs, pas plus aujourd'hui qu'hier. » Un profond silence suivit ces paroles. Il ajouta :«. Je n'ai jamais défendu les intérêts particuliers des travailleurs et ne les défendrai jamais ». Nouveau silence. Henry George descendit de la tribune et s'adressant à l'assemblée il s'écria : « Je défends les droits de tous les hommes — droits égaux pour tous. Pas de droits particuliers, ni pour les capitalistes, ni pour les travailleurs ». La foule alors applaudit à tout rompre.
Le résultat des élections était attendu pour le i novembre. Les conférences se succédaient et le 28 octobre, George parla dans quatre grandes assemblées populaires. La dernière, composée d'environ 5.000 personnes, eut lieu àl'Opéra-Central. Avant l'arrivée de George, ses plus fidèles amis avaient parlé en sa faveur. Lorsque, sortant des autres réunions il arriva après 10 heures, et que, accompagné de sa femme il entra dans le Hall, la foule se leva et lui souhaita la bienvenue par des cris d'allégresse sans fin. Après avoir conduit sa femme à sa place il monta à la tribune. Son pas avait toujours l'énergie accoutumée et
son visage l'air souriant. Un profond silence succéda aux cris d'allégresse, lorsqu'il commença son discours. Sa voix, faible d'abord, devint de plus en plus forte. Il dit qu'il était sûr de la victoire finale puisque, seul, il combattait dans une juste cause, pour le bien du peuple. Lorsqu'il eut terminé et quitté la salle, plusieurs centaines de personnes l'accompagnèrent en triomphe. 11 rentra en voiture à son hôtel et se retira à 1 heure. Lorsque sa femme se réveilla à 3 heures elle vit son époux dans un fauteuil, près de la fenêtre, la tête appuyée dans ses deux mains.
« Je ne me sens pas bien ; répondit-il aux questions inquiètes de sa femme. Comme il semblait aller mieux, il voulut essayer de dormir. Mais avant l'arrivée du docteur Kelley, appelé en toute hâte, le malade recommença à s'agiter. Il parlait très peu, ne se plaignait pas, on voyait cependant qu'il souffrait beaucoup. Puis il perdit coaaissance et, à 4 h. 50 la mort survint, donnant à l'infatigable lutteur le repos éternel.
Au léger reproche qu'on fit au médecin, de n'avoir pas énergiquement empêché George de prendre part à cette campagne électorale, il répondit : « Je ne crois pas qu'aucune puissance au monde aurait pu empêcher George de se sacrifier pour la cause qu'il défendait ».
Il fut enterré le dimanche 31 octobre. Son modeste cercueil à couvercle de verre, laissant apercevoir son calme visage, fut exposé dans la plus
grande salle du grand palais central. Là, se rassemblèrent la famille, les amis les plus proches, les représentants de New-York et de Brooklyn ; puis la foule du peuple envahit la salle aussi longtemps qu'il y eut de la place. Selon le désir de la veuve, la cérémonie commença par le chant d'un cantique anglais : « Viens douce lumière ! » Puis le docteur Herbert Newton s'avança sur la tribune, drapée de noir, et bénit le corps selon le rite de Téglise protestante anglaise. Un pasteur de cette église, Nymann Ablott, fit ressortir les vertus du défunt et donna en exemple son désintéressement et sa fidélité. Après le pasteur protestant, le rabbin, D'" Gottheil, s'avança et prit pour texte de son discours : « Le vrai sage sera plus grand après sa mort que de son vivant. »
Puis ce fut au tour du prêtre catholique, D*" Edward Me Glynn, de prendre la parole. « Je ne pense pas », dit-il, « me rendre coupable de profanation en disant : l'n homme, dont le nom était Henry George, nous fut envoyé par Dieu... Son livre n'est pas seulement l'œuvre d'un économiste, mais aussi celle d'un prophète. C'est un poème religieux. . . Et lorsque les noms des maires et des présidents ne se trouveront plus que dans des catalogues, celui de Henry George vivra et reluira encore dans les consciences humaines. ))
Ce fut John Crosbv qui termina la série des discours. « Si, » dit-il, a Henry George pouvait
encore vous parler, il vous dirait : « Je mourus en « combattant pour vous, restez-moi fidèles jusce qu'à la fin. » On dit de lui qu'il avait essayé de changer certaines institutions. C'est vrai, car il fit plus encore, il les ébranla. Comme Philipps, Sumner et Seward ébranlèrent et renversèrent l'institution de l'esclavage, ainsi fit George avec les institutions non basées sur le rocher de la justice. Il vécut pour enlever à ses frères leur fardeau de pauvreté et de misère, et ses principes, assurément, ne seront pas oubliés; la pensée émanant du cerveau de celui qui n'est plus, révolutionne aujourd'hui le monde. »
Lorsque les 30.000 assistants eurent encore jeté un dernier regard sur les traits de H. George, on referma le cercueil.
L'enterrement commença à 7 heures. L'n haut catafalque drapé de noir, couvert de fleurs, laissait voir sur le côté droit un livre avec l'inscription : (( Progrès et Pauvreté. » Sur le modeste cercueil renfermant les restes mortels de George était posée une simple couronne d'immortelles. Toutes les fenêtres des maisons, les toits même, étaient garnis de monde. Dans les rues, des milliers de personnes attendaient.
Aussitôt qu'on aperçut le cercueil, les hommes se découvraient pleins de respect au passage du cortège. Devant beaucoup de maisons se voyaient des drapeaux en berne et le portrait de George encadré de noir.
Jamais, en aucune occasion, on n'avait vu, à New- York ou à Brooklyn, une affluence si considérable, ce qui fut constaté même par les journaux qui avaient le plus violemment combattu, de son vivant, les idées du défunt.
Partout on honora la mémoire de George, aussi bien à la Société de « Culture Ethique » ou le docteur Félix Adler fit un panégyrique enthousiaste du défunt, que dans les chapelles appartenant aux sectes les plus rigoureusement croyantes. Et partout ce fut la môme reconnaissance, la même admiration pour l'homme désintéressé qui avait servi la cause de ses frères jusqu'à la mort. C'estdansle cimetière de GreenwoodqueH. George a trouvé, à côté de sa fille bien-aimée, le repos que la vie ne put jamais lui donner.
On lui érigea un monument, le 3 juillet 1898. Le buste du défunt, très ressemblant, est placé devant une plaque de granit haute de neuf pieds. Sur cette dernière sont sculptées deux couronnes et deux dates : celle de la naissance : 2 septembre 1839 et celle de la mort : 29 octobre 1897. Audessous de ces couronnes sont gravés ces mots, tirés de « Progrès et Pauvreté » : « La vérité que j'ai cherché à rendre claire ne sera pas reconnue de sitôt. Si cela avait été possible, il y a longtemps qu'elle eût été reconnue. Mais elle trouvera des partisans qui travailleront, soutfriront et, s'il le faut, mourront pour elle. Voilà la puissance de la vérité j).
La mise en Pratique
Kiautchbu.
La première grande expérience pratique, tentée dans la voie de la réforme agraire, est celle que le gouvernement allemand a accomplie à Kiautschou.
On sait que ce port, avec le terrain de 515 kil.' qui l'entoure, a été loué, en 1897, par la Chine, à l'Empire allemand, ou plutôt qui a été annexé par ce dernier (sans parler de la zone d'influence de 7000 kilom.-). En ce moment, commençait la spéculation immobilière : c'étaient d'abord les Chinois qui forniiùent un consortium et qui exigeaient pour les terrains des prix à peu près décuples de ce qu'ils étaient avant l'occupation allemande. L'amiral von Diederichs, le chef de l'administration impériale, prit alors une décision tranchante pour rompre le pouvoir du consortium. On octroyait à chaque propriétaire foncier chinois une somme d'argent, équivalant à peu près au double de l'impôt foncier annuel payé jusqu'alors. En re-
KIAUTCHOL
vanche le gouvernement exigeait que lui seul puisse dorénavant acheter du sol, et cela au pri-x qui avait été la règle avant l'occupation allemande ; ce prix pouvait facilement être constaté à l'aide des autorités locales et des tableaux chinois pour l'impôt foncier. En outre le gouvernement achetait pour son compte environ 2.000 hectares de terres.
Alor.s, comme cela avait été le cas pour toutes les autres colonies, il se formait des cartels pour acheter des terrains à Kiautchou et pour spéculer sur le sol. Ces arrangements étaient poussés si loin qu'on désignait déjà les parcelles sous le nom de leurs futurs projtriétaires.
Mais lorsque ces spéculateurs se présentèrent à Kiautchou, le gouvernement leur déclara qu'il n'était nullement pressé de vendre ces terres ; qu'il voulait attendre jusqu'à l'achèvement de tous les travaux préparatoires et surtout jusqu'à l'arrivée des représentants nationaux du commerce et de l'industrie. Une vive campagne de presse fut alors menée contre l'administration de la marine, mais celle-ci ne cédait point.
Le 2 septembre 1898, le port de Kiautchou fut déclaré port franc et en même temps parût la « Landordnung » règlement sur les ventes immobilières. On y distingue des^terrains compris dans le plan général des constructions, et d'autres en dehors de celui-ci.
Les terrains non compris dans ce plan furent loués ou vendus à l'amiable par le gouvernement
colonial. — Dans les deux faubourgs chinois, Teitouncheng et Taisitcheng, le sol est loué contre une modeste redevance annuelle, mais à condition qu'au moment où éclate une épidémie ou pour toute autre cause de salubrité publique, toutes les maisons chinoises avec le terrain qui les entoure reviennent au gouvernement allemand contre le remboursement des dommages. C'est surtout pour forcer les indigènes à une certaine propreté que ces prescriptions ont été édictées.
Voici ce qu'on a décrété pour les terrains compris dans le plan général des constructions :
Si la nécessité s'en présente, le gouvernement métaux enchères des terrains, et en fixe le prix minimum. Quiconque s'inscrit huit jours avant l'adjudication, en présentant son projet d'utilisation, peut participer aux enchères. L'impôt — l'unique d'ailleurs de la colonie — consiste en 6 pour 100 sur la valeur d'échange du sol, fixé en ce cas par le prix d'achat. Tous les trois ans a lieu une nouvelle estimation des parcelles, afin que l'impôt immobilier puisse subir une augmentation en rapport avec la valeur du sol.
L'édit argumente ainsi: la hausse de la valeur du sol n'est certainement pas due au travail des propriétaires, mais elle est due au travail de toute la nation allemande ; chaque navire venu de la mère-patrie, les travaux pour agrandir le port, toute amélioration des moyens de communication,
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toute église, toute école, toute caserne, chaque employé que l'Empire y envoie — tout cela augmente le prix du sol à Kiautchou. Il est donc évident que cette augmentation de la valeur, à laquelle le propriétaire n'a pas contribué (le unearned increament des Anglais, la Zmvachsrente des Allemands) doit profiter à la collectivité qui Ta produite.
Lors d'une vente immobilière, on déduira donc de l'augmentation du prix les dépenses de toutes les améliorations faites par le propriétaire, mais on prélèvera un tiers du reste comme impôt sur la plus-value.
Afin que personne ne soit tenté d'indiquer, devant les tribunaux, un prix inférieur au prix réel, pour ne pas payer la totalité de cet impôt, le gouvernement s'est réservé le droit de préemption au prix indiqué par le vendeur. L'impôt de 33 1/3 p. 100 sur la plus-value, sera prélevé tous les 25 ans sur les propriétés n'ayant pas changé de mains.
Voici, d'ailleurs, le paragraphe si important de la Landordnung :
0 § 6. Les acheteurs s'engagent à payer au gouvernement 33 1/3 p. 100 du profit net bénéficié sur le sol en cas de revente. Cette servitude sera inscrite comme limitation perpétuelle de la propriété dans la seconde partie du cadastre.
« Avant de vendre du terrain, les propriétaires sont tenus d'en indiquer le prix de vente au gou-
vernement. En calculant le piofit net de cette vente, on déduira du prix demandé ce dont le vendeur déclarera avoir investi la terre en question, plus les intérêts du 6 p. 100 de cette somme. Ces indications peuvent être soumises au contrôle d'une commission, composée de deux fonctionnaires et de deux autres personnes domiciliées dans la localité.
« Le gouvernement se réserve le droit de préemption au prix indiqué par le vendeur. »
Un impôt de 2 p. 100 sur les transactions (1 p. 100 payé par l'acheteur et 1 p. 100 par le vendeur), complète ce système.
Ces impôts fonciers sont les seuls impôts de ce protectorat. Il est vrai qu'il y a à côté des droits de tonnage, des concessions payantes pour les cabarets, les théâtres, etc., enfin des plaques pour les chiens et des permis de chasse. Mais ces derniers sont des taxes et non pas des impôts. Aucun droit de timbre n'entrave le commerce, aucun impôt sur le revenu ne « décourage l'industrie ».
Afin que des constructions s'élèvent le plus vite possible sur les terrains vendus, le gouvernement a fini par prendre la mesure suivante (édit du 31 décembre 1903) : Au bout de trois ans après la vente, les parcelles doiventêtre emploj'ées selon le projet d'utilisation; sinon, l'impôt foncier s'élève de 6 p. 100 à 1) p. 100 ; après un autn; délai de trois ans, l'impôt monte à 12 p. 100 et
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ainsi de suite jusqu'à 24 p. 100 de la valeur marchande du terrain. Si la construction demandée se fait, l'impôt redescend à 6 p. 100.
Par une ordonnance impériale (du 16 mai 1903), l'industrie minière a été déclarée un monopole du fisc ; jusqu'à présent, l'extraction n'a pas encore commencé, mais des explorations scientifiques promettent des gisements de houille. Cette richesse du sol profitera donc aussi à la collectivité.
Le succès de cette tentative, toute jeune qu'elle est, est déjà des plus assurés. Tous les partis politiques du Parlement allemand, de l'extrême droite jusqu'à l'extrême gauche, ont fini par se rallier à cet essai de réforme foncière ; quant à l'opinion publique, elle lui est devenue des plus favorables, et s'occupe sérieusement des tentatives faites à Kiautchou — il y a de quoi.
APPENDICE
Programme du « Buxd deutscher Bodenreformer »(1)
Le Bund deutscher Bodenreformer (Ligue des réformistes agraires allemands) considère la question du sol comme la partie essentielle du problème social.
Il s'efforce de faire placer le sol, cette base de toute existence nationale, sous un droit qui favorise son usage comme champ d'activité et comme lieu d'habitation, mais qui en exclue tout abus.
Il prend fait et cause pour qu'on rende à la
collectivité, dans la mesure du possible, toute la plus-value du sol, ne provenant pas du travail individuel.
Afin de réaliser ces postulats le B, D. B. demande :
I. Transition organique du crcLUt foncier entre les mains de la collectivité.
II. Empêchement de l'exploitation privée — en tant que nuisible au bien public — des forces de la nature et des industries monopolistes.
(1) Lo B. D. B. qui coin])to anjoiinrimi plus do ^OO.OOO mombres, :i son siège contrai à Berlin, Lossiuj^strasso 11. Il publie deux pt-riodiquos : Deutsche Volksstintme et lahrbiich der Bûdcniefonn.
APPENDICE
III. 1" Goiiservatioii et agrandissement successif des terres communales.
2° Promulgation d'une loi, empêchant l'usage spéculatif et démesuré du sol, et éliminant les logements moralement et physiquement insalubres.
3" Impôt sur la valeur marchande des terrains à bâtir dans les villes. Cet impôt doit être levé après la déclaration du propriétaire ; la commune ne se réserve que le droit d'acquérir la terre eu question, au prix indiqué par son propriétaire.
4<' Participation financière des propriétaires fonciers intéressés aux travaux d'utilité publique (ponts, chaussées, écoles, musées, tramways, parcs, etc.) au prorata de l'augmentation donnée à leur propriété du fait de ces travaux.
5° Droit de préemption pour les communes et PEtat, dans les ventes de terres rurales après
faillites.
6° Colonisation intérieure par TEtat, ceci d'une manière qui empêche l'usage spéculatif ou un endettement excessif des nouvelles propriétés.
7° Sauvegarde des créances des ouvriers en bâtiment.
8° Subvention aux sociétés immobilières conservant la propriété collective du sol, notamment cession emphytéotique de terres communales.
TxVBLE DES MATIÈRES