‹ La réforme agraire, contributions théoriques et historiquesChapitre 9 sur 56 · LES LOGEMENTS · texte numérisé non relu

LES LOGEMENTS

lement les classes pauvres, quoique les petits logements soient proportionnellement plus cliers que les appartements comptant beaucoup de pièces ; il y a une solidarité de la santé pour toutes les couches sociales. II est vrai que les épidémies ont presque toujours leurs foyers dans les quartiers malsains des villes, mais la maladie franchit les boulevards, elle pénètre dans les hôtels et les villas, semant partout la mort et le deuil. ^Nlaint homme riche qui, il y a quelques jours seulement, a haussé les épaules en parcourant les statistiques immobilières de son journal, et qui avait traité de subversifs les commentaires qui les suivaient, pleure au chevet de son enfant, et pense peut-être autrement sur la question du logement. Mais il n'y a pas seulement les épidémies, telles la fièvre typhoïde ou le choléra ; il y a les endémies, bien plus dangereuses encore, mais dont l'habitude nous laisse oublier la gravité. Tous les ans, en France, il y a 150.000 morts causées par la tuberculose ; c'est-à-dire que si cette mortalité se concentrait sur une seule ville, ce seraient des villes comme Toulouse, des départements comme le Gard, le Morbihan, la Saône-et- Loire qui, en un an, seraient privés de population. A Paris, la proportion des morts tuberculeux est de 55 pour 10.000 habitants, soit un quart de la mortalité générale. Là encore, il y a différence entre les quartiers riches et les quartiers pauvres : tandis que dans les Champs-Elysées la mortalité

par la tuberculose n'est que de 11 pour 10,000 habitants, elle s'élève à 103 aux Epinettes, à Grenelle et à Javel.

Le Congrès international contre la tuberculose, tenu à Londres, l'a nettement proclamé : « Ce sont les logements trop peuplés, la ventilation insuffisante, l'humidité, et en général le manque d'hygiène dans les maisons habitées par les classes pauvres, qui favorisent la maladie et en facilitent la propagation. » La lutte contre les logements malsains, même de la part des classes aisées, n'est donc qu'un acte d'égoïsme bien compris.

Mais les maladies physiques ne sont pas les seules qui trouvent un terrain favorable à leur développement dans les domiciles insalubres ; les maladies morales y croissent aussi d'une façon effrayante : la prostitution, l'alcoolisme et tant d'autres plaies sociales poussent comme champignons entre les murs sales et suintants des ruelles. M. de Liszt, le fameux criminaliste de l'Université de Berlin, dans son discours inaugural, en 1899, a montré l'importance du problème : « Une réforme sérieuse dans la question des logements est de meilleure prophylaxie sociale qu'une douzaine de nouveaux paragraphes du Code pénal. »

Il faut chercher la racine du mal. Pour cela, il importe avant tout de ne plus considérer certains individus comme responsables de cet état des choses. Certes, il y a des exploiteurs parmi les

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