‹ La réforme agraire, contributions théoriques et historiquesChapitre 10 sur 56 · LES LOGEMENTS · texte numérisé non relu

LES LOGEMENTS

propriétaires, mais le prix du loyer dépend assez peu de la volonté du propriétaire. C'est la loi de l'olTre et de la demande qui gouverne ici. Là où beaucoup de logements salubres sont disponibles, même là où simplement il y a moyen d'en construire dans des conditions acceptables, aucun propriétaire ne pourra imposer des conditions trop onéreuses aux locataires. Mais, là où les logements convenables n'existent pas en nombre suffisant, la demande fait hausser les loyers d'une manière excessive.

Mais pourquoi ne remédie-t-on pas à ce besoin de logements salubres et de prix raisonnables ? Si, dans un autre domaine de l'industrie, une demande se fait sentir, le capital et le travail se portent de suite de ce côté.

Lorsque les bicyclettes commencèrent à devenir un objet d'usage général, les fabriques de vélos surgirent de toutes parts ; les installations électriques, aujourd'hui les usines d'automobiles, ont suivi l'appel de l'acheteur.

Seulement, pour le logement, cette adaptation à la demande n'a pas lieu. Ce n'est pas que le profit serait insuffisant, ce n'est pas non plus le manque de la matière première : le fer, le verre, le sable, le bois, les tuiles, les pierres et la chaux se trouvent en abondance ; mais pour construire des maisons ou des ateliers, il faut encore quelque chos3 que la technique la plus perfectionnée ne peut produire : il faut le sol.

Il n'y a pas de sol disponible, ou du moins il n'y en a pas, à prix assez bas pour que la construction de maisons puisse rapporter un profit suffisant. C'est que tout le sol, ou à peu près, autour des villes qui ont la tendance de s'accroître, est entre les mains de spéculateurs immobiliers, souvent de sociétés immobilières, qui retiennent la marchandise : sol, pour la faire hausser de prix.

Qu'est-ce qui pousse les spéculateurs à cette manière d'agir ? C'est un raisonnement que nous voudrions faire faire par toute la population. Ils savent très bien que la rente foncière s'accroît sans le moindre travail du propriétaire, avec la naissance de chaque individu, avec tout progrès effectué, par l'Etat ou par la commune, dans la ville respective.

La propriété du sol dans le sein de nos villes et autour d'elles, donne la possibilité de prélever un tribut, presque toujours croissant, du travail aussi bien que du capital.

Le prix d'achat du sol se fixe proportionnellement cà ce tribut. Qu'on demande au propriétaire d'un terrain à bâtir, dont la valeur agricole est presque nulle, pourquoi il évalue à 100.000 francs cette parcelle de sol sablonneux? Il calculera devant vous qu'on peut y construire un certain nombre d'immeubles ; il vous en évaluera les lo^'^crs probables, déduira les intérêts des frais de construction et l'amortissement, plus les frais

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de régie, etàlafin, nous démontrera qu'il reste un excédent de 5 à 6000 francs par an. Cette rente, que ne produit ni le capital, ni le travail, c'est la rente foncière. En la capitalisant, on arrive à la somme de lOO'OOO francs, prix qu'il faudra payer pour acquérir la terre en question.

La rente foncière, abandonnée à la spéculation privée — voilà la cause de l'usure immobilière, provoquant le prix irrationnellement élevé du sol, les loyers exorbitants et l'insuffisance hygiénique des logements pour la grande majorité de la population.

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