‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 101 sur 480 · Durand de Maillane, it, mot. Consécration · texte numérisé non relu

Durand de Maillane, it, mot. Consécration

main droite appuyée sur TEvangile. Voici le texte de cette formule : « Sire, je jure le très saint et sacré nom de Dieu, et promets à Votre Majesté, que je lui serai, tant que je vivrai, fidèle sujet et serviteur ; que je procurerai son service et le bien de son état, de tout mon pouvoir, que je ne me trouverai jamais en aucun conseil, dessein ni entreprise au préjudice d'iceux ; et s'il en vient quelque chose à ma connaissance, le ferai savoir à Votre Majesté. Ainsi Dieu me soit en aide et ses saints Evangiles *. »

François de la Fayette se fit délivrer, le même jour, acte de sa prestation de serment, et selon Tusage, il le remit entre les mains du secrétaire d'État, qui avait signé le brevet et les lettres de nomination, cette formalité étant requise, pour obtenir du grand sceau les lettres patentes, dites de « serment de fidélité », et les lettres de don des fruits échus pendant la vacance du siège, fruits sur lesquels le roi de France prétendait avoir droit de régale. C'est ce qu'on appelait alors : « aller fermer la régale 2. »

Après avoir satisfait à toutes les exigences, François de la Fayette ne songea plus qu'à faire ses préparatifs, pour se rendre dans son diocèse.

Mais le rôle de notre prélat à la cour de France, qui n'était pas encore terminé, nous oblige à interrompre ici l'ordre des faits de sa vie. Non seulement l'évêque de Limoges gardait, pour de longues années 3, son titre de premier aumônier de la reine, mais il devait à deux reprises, en 1637 et en 1643, intervenir dans les événements politiques de ce temps, d'une manière plus bruyante qu'il n'aurait voulu. Nous allons voir, quelle conduite honorable et prudente il eut, dans les intrigues de cour, où il se trouva malgré lui engagé.

III. L'évêque de Limoges, François de la Fayette, à la cour de France sous Louis XIII et sous la Régence d'Anne

d'Autriche.

i» L'Intrigue de i637 contre le cardinal de Richelieu.

Marie-Louise de la Fayette, cinquième enfant de Jean de la Fayette (frère aîné de notre prélat), et de Marguerite de Bourbon- Busset *, née au château de Vésigneux (paroisse de Saint-Martin

1. Voir aux Archives nationales le texte original des serments de fidélité de François de la Fayette et de Louis d'Urfé

2. Durand de Maillane, it. mot. Serment et L. Bertrand, Vie de messire H. de Béthune, t. I. p. 92, 93.

3. Sa charge échut plus tard à messire Henri de Maupas du Tour, successivement évêque du Puy et d'Evreux. Archon et Oroux, ibid,

4. Ces époux laissèrent: I. François, comte de la Fayette, seigneur de Nades, qui s'allia en 1655 à Marie-Madeleine Pioche de la Vergne, Tamie de Mme de Sévigné. II. Chavles-François, baron de Hautefeuille, tué au combat d'Etampes, en 1652. III. Claude, seigneur de Hauteferre (terre située près Âuzances, en Combraille, Creuse), docteur de Sorbonne. IV. .Jacques, chevalier de Malte. V. Marie-Louise. VI. Claudine, épouse de César de Chauvigny, morte sans enfants. VII. Madeleine, abbesse pendant vingt- cinq ans de Saint-Georges de Rennes, où elle mourut en juin 1689, dans une grande réputation de vertus et de méritas. (J)'apré^ le P. Âpsplnie). Le P. Baudran, jésuite, prononça à Bennes,

du Puy-Nièvre), le 8 novembre 4618, avait à peine atteint sa treizième année, lorsqu'on parla de la faire venir à la cour. Secondée par les heureuses dispositions d'une belle nature, la comtesse de la Fayette, sa mère, n'avait pas eu de peine à réussir l'éducation de cette charmante enfant, qui semblait née pour la vertu. A une beauté remarquable, elle joignait la plus parfaite modestie, la plus grande douceur, une naïve et noble simplicité. Son intelligence était vive et pénétrante, son jugement droit et solide, son cœur tendre, dévoué et fidèle. Les belles qualités de son âme se reflétaient sur sa physionomie, en sorte que, dès l'âge où l'on sort à peine de l'enfance, elle inspirait l'affection, en commandant le respect.

Son oncle, François de la Fayette, et sa parente, la marquise de Senecey, demandèrent pour Marie-Louise une place de fille d'honneur à la cour, et la présentèrent (au commencement de 1632) à Anne d'Autriche, « à qui elle eut le bonheur de plaire ». Si l'évoque de Limoges n'eut pas de vives appréhensions pour le sort de sa nièce, qui passait à un âge si tendre, de la vie calme de l'antique manoir de famille, sur le théâtre le plus éclatant du monde, c'est qu'il la savait sauvegardée par les grandes leçons que sa mère avait gravées dans son cœur. De son côté, Marie-Louise, bien loin de se sentir appelée à y jouer un rôle, avait entendu, dès sa plus tendre enfance, l'appel divin. Pour elle, aller à Paris et entrer à la cour, était un moyen de pouvoir plus aisément réaliser son projet de vocation religieuse. Si extraordinaire que fût la voie qu'elle prit pour obéir à Dieu, elle devait pourtant parvenir à son but.

Nous n'avons pas à raconter ici, comment la nouvelle fille d'honneur de la reine mérita bientôt, par les agréments d'un esprit vif, insinuant et plein de droiture, et par les charmes d'une belle voix, les louanges de toute la cour, et des amis de Richelieu, qui provoquèrent, peu à peu, la disgrâce de Mlle de Hautefort ; comment, à dix-sept ans (1635), Marie-Louise s'attira l'admiration du roi. Louis XIII crut avoir trouvé, en Mlle de la Fayette, un cœur vertueux, désintéressé, discret, tel qu'il le désirait. C'était chez la reine, et en présence de toute la cour, que le religieux monarque se plaisait à entretenir sa confidente, et à la faire chanter.

Le cardinal ministre, en préparant la faveur de Mlle de la Fayette, avait cru que cette dernière distrairait agréablement Louis XIII, sevré de toute affection de famille, et enclin à la tristesse, sans exercer sur lui aucune influence politique. Mais les longues conversations du roi et de sa pure amie donnèrent de l'ombrage à Richelieu; il crut, mais à tort, qu'il en était quelquefois le sujet, que l'on n'y parlait pas toujours à son avantage, que l'aimable et vertueuse confidente se faisait, auprès du monarque, l'avocate des intérêts catholiques de l'Europe entière, sacrifiés par le ministre, et l'écho sympathique des a gémissements universels» des mécontents, et des chagrins secrets d'Anne d'Autriche. Aussi bien, il

le 28 juillet suivant, son panégyrique. Voir à la Bibl. nat. : VOraison funèbre de Madeleine de la Fayette, .,, par le P. Baudran, à Rennes, chez Vatar, 1689, 40, p. in-4.

redoutait que les impressions de Mlle de la Fayette ne vinssent à passer dans l'âme du monarque. Mais son plus cruel ennui, c'était de ne pouvoir arracher d'elle, un mot qui ressemblât à une révélation des épanchements du roi.

Cependant Marie-Louise jouissait de la plus haute faveur: Louis XIII l'entretenait peu, ou point, des affaires politiques ^, mais il lui découvrait, pour le reste, ses plus secrètes pensées, et il paraissait disposé à favoriser, en toute occasion, les personnes qu'elle lui recommandait; il voyait volontiers Mme de Senecey, sa parente, et l'évêque de Limoges, son oncle 2; ceux-ci avaient la liberté de lui parler, quand ils voulaient.

Quand Ri,chelieu s'aperçut que le crédit de Marie-Louise augmentait tous les jours, et qu'elle obtenait des grâces en dehors de son influence, il en fut alarmé. Il désespérait de la mettre dans ses intérêts, quand il apprit avec joie, que dès ses plus tendres années, elle avait eu le dessein de se faire religieuse, et que, malgré la faveur du roi, elle était toujours dans la résolution de se retirer du monde. Voulant alors se débarrasser, le plus tôt possible, de la confidente de Louis XIII, il chargea le confesseur du roi, le P. Caussin, d'engager la fille d'honneur de la reine, à ne pas trop retarder l'effet de sa résolution si fortement prise. Plusieurs mois, plus d'un an même, s'écoulèrent, sans que son départ de la cour fût décidé par la jeune fille, dont la vocation était combattue par le roi. Le confesseur, qui était de l'avis du monarque, excusait auprès du ministre ces délais, par la nécessité d'obtenir le consentement des parents de Marie- Louise, qui résidaient alors en Auvergne, sur leurs terres.

Ceux-ci, instruits depuis longtemps de la diversité des sentiments du roi et du cardinal, sur la vocation de leur fille, craignaient de déplaire à l'un, s'ils se pressaient trop d'accorder le consentement demandé, ou d'irriter l'autre, s'ils s'obstinaient à le refuser ; Dans cet embarras, ils crurent prudent de ne pas se prononcer, et de garder le silence. Comme laréponse de M. et de Mme de la Fayette n'arrivait pas, le cardinal, impatient, les effraya sur les dangers d'une liaison, dont les cabales politiques cherchaient à s'emparer ^. Il en vint même à accuser, auprès du roi, l'évêque de Limoges d'être engagé à fond dans l'intrigue de la cour de la reine contre son pouvoir, et pour en avoir la preuve, il fit surveiller la correspondance de François de la Fayette. Des lettres, qu'il écrivait à sa sœur ^, furent interceptées par la police du ministre, et mirent complètement hors de cause l'évêque et sa famille.

1. Les mémoires du temps affirment sur ce point le contraire, mais ils sont formeUement contredits par les lettres intimes que le roi adressait alors à Richelieu. Voir de Beauchamp, Louis XIII, p. 296.

2. François de la Fayette remplissait en effet à Paris, à cette époque (16^»-1636), sdti mandat de député à l'Assemblée générale du clergé de France.

3. D'après les mémoires du temps, le ministre accusait les deux oncles de Mlle de la Fayette, Tévêque et le chevalier, Mme de Senecey, les ducs de Saint- Simon et d'Halluin, Mlles d'Esches, de Vieux-Pont et de Polignac, fiUes d'honneur ou parentes, de faire partie de la cabale. Grande Encyclopédie Lannrault.

4. Il s'agit ici de Louise de la Fayette, comtesse de Châlus, qui, par son mar

Louis XIII s'était chargé lui-même de prendre leur défense auprès de son ministre, qui ne cessa jamais de posséder toute sa confiance, et dont il calmait à propos les griefs injustifiés. Dans une première lettre, datée du 31 mars 1637, le roi l'invitait à faire peu de cas des anectodes qu'on lui rapportait, qu'il n'entretenait pas ou peu sa confidente des affaires politiques, et qu'il s'amusait lui-même, c en débitant des sornettes 9, à induire en erreur les gens de sa cour. Une seconde lettre de Louis XIII, datée de Fontainebleau, du 5 juin 1637, c'est-à-dire d'une quinzaine de jours après le dénouement de l'affaire, tirait la moralité de l'incident, en l'honneur de la prudence épiscopale, à l'aide d'arguments spéciaux que lui fournissait l'enquête de la police ministérielle. <c Je suis bien aise, répond-il à Richelieu, que vous ayez vu par les lettres de M. de Limoges, qu'il écrit à sa sœur, comme la fille ^ ne se laissait gouvertier par eux (ses parents), et que, quand je vous ai dit cela souvent, je ne vous trompais pas... Louis 2. »

Cette justification, néanmoins, resta ignorée des intéressés. Dans cette situation critique, les deux oncles de Mlle de la Fayette, son frère aîné François, revenu de la campagne de Hollande, et Mme de Senecey se concertèrent, et par crainte de Richelieu, finirent par pousser la vertueuse jeune fille à entrer en religion.

Cédant alors, quelque pénible que fût pour elle une capitulation devant les menaces du ministre, aux sages avis de ses parents et aux instances de l'évêque de Limoges, son oncle vénéré, Marie- Louise prit le parti de ne plus tarder à tout sacrifier. Elle força le P. Caussin à obtenir du roi le congé dont elle avait besoin, pour quitter son service, et elle le demanda elle-même à la reine, qui lui témoigna beaucoup d'afi'ection. L'intrépide fille quitta la cour, le lendemain, a les yeux secs, parmi les pleurs de tous les assistants », et monta en carrosse. Mme de Senecey, avec quelques filles de la reine, la conduisit, du château royal de Saint-Germain-en- Laye, au monastère de la Visitation de la rue Saint- Antoine, où elle entra dès le jour même. C'était le 19 mai 1687. Elle avait dix-neuf ans 3.

riage avec Claude de Bourboti-Busset, était devenue une proche parente de la mère du P. Joseph du Tremblay, ami de Richelieu.

1. Ce mot, qui veut dire : Mlle de la Fayette, n*était pas pris en mauvaise part dans le langage de Tépoque.

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