IV. L'évèque de Limoges et le cardinal Mazarin
L'évêque de Limoges, qui n'avait pas, depuis 1637, reparu à la cour de France, s'empressa d'y revenir, quelques mois après la mort de Richelieu. Il se trouvait à Paris au printemps de 16^ ; il y prolongea, dans l'hôtel de sa famille, rue de Vaugirard, où il avait établi, sans aucun doute, sa résidence, un séjour de plus de deux ans, qu'il employa, « dit l'historiographe de son diocèse, « à négocier plusieurs affaires importantes » *.
François de la Fayette, qui eut alors, plus que jamais, la confiance de la reine, ne manqua pas d'observer les changements qui s'opérèrent dans son esprit, dès le début de la régence. Il lui fut aisé de constater, que la puissance de Mazarin reposait sur de solides fondements, et qu'il serait dangereux de s'y attaquer. La cour de France comptait alors un certain nombre d'hommes et de femmes, dévoués à la personne de la régente, mais ennemis de son premier ministre, dans lequel ils croyaient voir revivre Richelieu, leur persécuteur. Mazarin eut le talent de les traiter différemment, selon le genre de leur opposition. La marquise de Senecey, exilée dans ses terres par Richelieu, en 1638, avait retrouvé auprès de la reine son influence toute-puissante ; plus souple que son amie de Hautefort, qui dut se retirer de la cour au bout d'un an, à cause de son entourage de mécontents, elle sut se plier à la fortune du cardinal. Aussi fut-elle, malgré ses liaisons avec plusieurs seigneurs du parti des Importants, comblée d'honneurs par Mazarin : elle conserva sa place de première dame d'honneur de la reine, et elle fut pendant quatre ans, gouvernante du jeune roi *.
La situation de l'évêque de Limoges à la cour bénéficia du crédit de sa tante. Aussi François de la Fayette ne fut-il point, compromis par la cabale du parti des « Importants», dans lequel on résolut de l'entraîner. S'il ne reçut pas l'ordre, ainsi que les évêques de Beauvais et de Lisieux (septembre 1643), de se retirer dans son diocèse, c'est qu'il avait eu soin, de décliner, au moment opportun, la proposition du chef de l'opposition politique, du ducdeBeaufort, qui « avait pour but de le pousser auprès de la régente », et de le
assistèrent à la prise de voile et à la profession de sœur Louise. Dirigée par la sage prudence de saint Vincent de Paul et de la mère L'Huillier, supérieure de la maison, sœur Louise fit de rapides progrès dans les vertus. En 1650, eUe faisait la connaissance d'Henriette de France, reine d'Angleterre, et fondait avec son aide, sous la direction de la mère L'Huillier, qu'elle remplaça comme supérieure, le monastère deChaillot, sur l'emplacement du palais du Trocadéro. Là, les rois, les reines, les princes et les princesses vinrent demander à la mère Angélique de la Fayette le secret de sanctifier leurs triomphes et leurs infortunes. EUe y mourut comblée de mérites, le il janvier 1665. La conduite de Mlle de la Fayette, a dit l'historien Ânquetil, a été un modèle de vertu peut-être unique dans l'histoire. Â. Sorin, Louise Angélique de la Fayette^ Nantes, 1892, in-8 de 380 p. Tous les détails qui précédent, à part les exceptions indiquées, sont tirés de cet ouvrage composé d'après les Mss. de la Visitation.