M. Sicard, L'ancien clergé, t. I, p
pour gagner un peu de répit, et mieux combattre les parlementaires opposants, de convoquer les Etats-Généraux du royaume, avait adressé, le 23 janvier, dans toutes les provinces, des lettres de convocation. Il avait mandé « aux baillis et sénéchaux, de faire assembler ceux du Clergé, de la Noblesse et du Tiers-Etat de leur ressort, pour y députer, et de les avertir en même temps de se rendre en la ville d'Orléans, le 15 du mois de mars suivant, munis de pouvoirs et d'instructions sur « tout ce qu'ils auraient à proposer pour le bien général du royaume ».
• En conséquence, dès le 26 février suivant, l'assemblée des Trois- Etats du Haut-Limousin se tint, par ordre de la cour, dans le réfectoire des Frères-Prêcheurs ou Jacobins de Limoges. François de La Fayette s'y trouva, à la tête d'un grand nombre d'ecclésiastiques distingués. Les registres consulaires nous indiquent le doyen de la cathédrale, les abbés de Saint-Martial, de Saint-Augustin, et de Saint-Martin ; les prieurs de Saint-Gérald et d'Aureil (un Père Jésuite I) et quelques curés de Limoges, et des autres villes de la province. Nicolas, sieur de Traslage, lieutenant général de la sénéchaussée et siège présidial de Limoges, présida l'assemblée par ordre du roi, en l'absence du sénéchal, duc de Ventadour. Après les doctes harangues du président et de Pierre Moreil, procureur du roi, chaque ordre dut procéder à la nomination d'un député. A part quelques voix, qui se portèrent sur Perrière, curé de Saint-Pierre, et chanoine de Saint-Martial, fils du président, les ecclésiastiques furent d'avis, qu'on ne saurait choisir une personne plus digne de l'emploi de député, que le seigneur évêque. Furent élus : le marquis de Meillards, pour la noblesse, et Nicolas de Traslage, pour le tiers-état. Quelques jours après, on apprit à Limoges que le conseil de la reine avait, le 21 février, reculé d'un mois, et ûxé au 15 avril la réunion des députés. Puis, à cause des mouvements de rébellion qui persistaient dans quelques provinces, soumises à l'influence des parlementaires de Paris, elle fut différée jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné.
Le 16 mars 1651, pendant la retraite du cardinal Mazarin à Cologne, la reine fit inviter l'assemblée de la Noblesse, réunie au couvent des Gordeliers, en même temps que le Clergé, aux Grands- Augustins depuis trois mois, à se séparer, en lui promettant que les Etats-Généraux seraient convoqués prochainement. Quelques jours après, l'ouverture des Etats-Généraux était indiquée, comme devant se faire, dans la ville de Tours, le 8 septembre, de manière à suivre presque immédiatement la déclaration solennelle de la majorité du roi. La nouvelle en fut portée par les princes, d'abord à l'assemblée du clergé, qui déclara en être contente, puis à celle de la noblesse, qui se sépara aussitôt.
En vertu donc des lettres royales de convocation, l'assemblée des Etats particuliers du Haut-Limousin se tint dans l'Hôtel de Ville de Limoges, le 17 août suivant. Notre prélat fut encore député pour le clergé de son diocèse. Mais, en fait, et pour les mêmes raisons que ceux d'Orléans, les Etats Généraux de Tours furent
encore différés, et ne s'assemblèrent jamais. Cette mesure, proposée sans doute avec peu de bonne foi par le gouvernement, qui cherchait, dans l'emploi de ce moyen, un dérivatif quelconque à ses embarras du moment, ne réveilla alors aucun de ces désirs populaires, qui pouvaient faire prendre le change à la passion politique. Il s'en fallait encore de cent quarante ans que le temps ne fût venu de chercher là une espérance de réforme, ou un moyen de révolution ^.
François de la Fayette parut une dernière fois, sur la fin de sa vie, au milieu d'une élite de son peuple. La convocation de l'arrièreban 2 de la province du Limousin, lui fournit cette occasion extraordinaire. Voici ce qu'en dit sommairement un mémoire contemporain. « Le samedi, i^^ septembre 1674, l'arrière-ban de la noblesse du Limousin se réunit, à la suite de sa convocation, à la place des Jacobins, où il y avait un théâtre, au devant de l'église, sur lequel s'étaient assis, M. de Limoges, M. de Pompadour, M. de la Grandvilie, intendant, avec M. le Président de Périère. M. le lieutenant-général (le marquis de Pompadour) fit une harangue à la noblesse. On fit ensuite la nomination des adjoints aux gentilshommes, et on leur donna avis de se tenir prêts, pour aller à l'armée... ^. » C'était, on le voit, comme une sorte de revue des milices nobles de ce temps, à l'approche d'une campagne, et Ton comprend que leur convocation ne pouvait laisser indifférent révêque de Limoges.
V. Relations familiales et privées de François de la Fayette.
i^ Les deux abbés de la Fayette.
Claude de la Fayette, troisième fils de Jean de la Fayette, frère aîné de notre prélat, se fit, selon l'usage des cadets de famille, homme d'église, sans avoir peut-être pour la vie ecclésiastique, une vocation bien prononcée. Il ne répondit pas, du moins, entièrement aux vœux de son oncle, Tévêque de Limoges, qui le combla de ses bienfaits. Il était docteur de Sorbonne, et âgé de quarante-sept ans *, quand, le 22 septembre 1663, il fut ordonné prêtre à Notre-Dame de Paris, par Henri de la Molhe-Houdancour, arche-
1. Bazin, Histoire du vf'gnt* de Louia XI \\ t. VI, p. 23 et 184. Mss. 34, fol. 20. 21. Registres consul.^ t. III. Appendice, p. 73.
2. Anciennennent le roi convoquait le ban et l'arrière-ban de son armée. Le ban appelait sous ses drapeaux tous les propi'iêlaires de fiefs ; Tarrière-ban, les milices communales. Peu à peu, le service du ban et de l'arriére-ban tomba en désuétude, et il fut bientôt d'usage de le remplacer par une contribution pécuniaire, destinée à la solde des troupes. Cependant on trouve des preuves d.e la convocation de l'arriére-ban, même au dix-septième siècle, en 1674 et en 1()89. A cette époque, le nom d'arrière- ban ne s'appliquait plus qu'aux arrière- vassaux, possesseurs de liefs qui ne relevaient pas directement du roi. Les possesseurs de fiefs étaient tenus de servir en persoime. A. Chéruel, Dictionnaire historique. Paris, 1874, v« Armée.