Mémoires manuscnts sur la Mère du Calvaire, p
pour rendre visite à Marie de Petiot, qu'il ne connaissait pas encore, quoiqu'elle fût sa parente.
L'aumônier de Thospice, Pierre Mercier, qui l'avait reçu dans cette maison, crut devoir aller, quelques jours après, remercier « M. de Savignac » de la visite qu'il avait faite à ses pauvres malades, et à leur sainte gouvernante. Mercier raconte lui-même, dans ses Mémoires, qu'il le trouva dans les meilleurs sentiments, et dans une ferveur admirable, qui ne se démentit plus dans la suite. Il ne parlait que de Dieu, et du désir qu'il avait de le servir dans les pauvres, ses enfants chéris, et de se donner à eux sans réserve. Cette visite fut bientôt suivie de plusieurs autres, que ces deux ecclésiastiques se rendirent réciproquement ; et ainsi s'établit entre eux une pieuse et inaltérable union.
Pendant les mois qui suivirent sa première visite à Marie de Petiot, sa cousine, Martial de Maledent se prépara, sous la direction du P. du Sault, à la réception des saints ordres. L'ordinand s'étant présenté aux examinateurs de l'évêché, et ayant justifié devant eux des connaissances théologiques nécessaires, franchit d'un pas rapide les degrés ecclésiastiques. Il fut promu au sacerdoce en 1649, à l'âge de trente-trois ans.
Etant devenu prêtre ^, Martial, dont l'attrait particulier pour les pauvres avait augmenté, forma le projet, pour les assister plus aisément, de mener désormais au milieu d'eux, une vie cachée, et, dans ce but, de se retirer auprès de son ami, Pierre Mercier. Mais, se défiant de ses lumières, nous dit Labiche, Martial fit part de son dessein à son directeur, le P. du Sault, et aussi à son évêque, François de la Fayette, sans l'agrément duquel, il n'entreprenait jamais rien de considérable. Le Père et le prélat, non seulement lui donnèrent leur approbation, mais encore le louèrent beaucoup, et achevèrent de l'y confirmer. De plus, le père de Martial, consulté, mandait à son fils, de Bordeaux où il se trouvait, qu'il agréait sa retraite à l'hô pital, etM. de Bernet, premier président du Parlement de cette ville, écrivit au nouveau prêtre une lettre de félicitation.
Mais comme la chambre de Pierre Mercier était trop étroite pour y loger deux personnes ensemble, Martial de Maledent pria le chanoine Dubois de lui prêter la maison de son prieuré de Saint-Gérald, qui était proche de l'hôpital. Il s'y retira, et vécut en communauté avec plusieurs ecclésiastiques, qui vinrent demeurer avec lui pour aller ensemble, tous les jours, visiter et instruire les pauvres. Quelques années après, pour n'être à chargea personne, Martial fit bâtir une petite maison, auprès de l'hôpital, où il mena les ecclésiastiques qui vivaient avec lui.
Sur ces entrefaites, après la mort de son frère, le conseiller (13 marsl651), et de son beau-frère, le président (mai 1652), Martial
1. Six ans plus tard, Martial de Maledent alla compléter sa formation sacerdotale au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Il y fut admis le 20 février 1655. Sa sortie du séminaire n'est point mentionnée sur les registres. Il y vit entrer , la même année, Julien de Tanoarn, futur supérieur du séminaire de Limoges, et Tannée suivante, Louis Tronson et Raymond Gaye. Registres des entrées.
accepta momentanément le titre de chanoine de la cathédrale de Limoges *. Son vieux père étant mort saintement, en février 1657, et sa belle-sœur, Mme de Meilhac, ayant convolé à de secondes noces, le vertueux prêtre se vit obligé de prendre soin de l'éducation de ses trois nièces, qu'il mit en pension au couvent des Filles de Sainte- Claire, auprès d'une de leurs tantes, sa propre sœur. Il allait les voir souvent, pour s'informer de leur conduite, et surtout de leurs progrès dans la piété. Il prodiguait particulièrement ses soins à l'aînée de ses nièces, Anne-Marie de Meilhac, à cause des dons surnaturels qui commençaient à se manifester dans cette âme tendre. Le 12 août 1659, Anne-Marie donnait un exemple, que devaient suivre ses deux sœurs. Elle prit l'habit de Sainte-Claire, et fut dès lors la confidente habituelle de son oncle, qui n'entreprit aucune bonne œuvre, sans l'avoir consultée. Par suite de la vocation providentielle de ses nièces, Martial de Maledent devint l'unique héritier des biens considérables de toute sa famille. Il fut mis ainsi, en état de pouvoir être, tout à la fois, un fondateur incomparable d'institutions religieuses de tout genre, et le plus grand bienfaiteur des pauvres de Limoges.
Dans le même temps, Pierre Mercier fut le coadjuteur et le promoteur de toutes les bonnes œuvres de Martial, qui s'était mis sous sa direction, et suivait en tout ses conseils. Ils s'entr'aidaient mutuellement, l'un de ses avis, et l'autre, de ses grands biens, de sorte qu'on peut dire, que Martial de Maledent n'aurait rien fait sans Pierre Mercier, et que Pierre Mercier n'aurait rien entrepris ni exécuté sans Martial. Car ce fut Mercier, leur directeur spirituel, qui porta les nièces de son ami à entrer en religion, qui engagea leur oncle à travailler au rétablissement de l'hôpital, et à la construction du séminaire de la Mission et des Ordinands, sans qu'il aiteu pourtant l'initiative du dernier dessein, qu'il ne fit qu'approuver et encourager. Mercier eut aussi beaucoup de part à rétablissement du petit couvent de Sainte-Claire et des Filles de Saint-Alexis. Il fut jusqu'à so mort leur confesseur et celui des religieuses de la Visitation.
François de la Fayette le prit aussi pour son directeur. Ce saint prêtre inspira à notre prélat, quantité de bonnes œuvres. L'évêque de Limoges, qu'il assista àses derniers moments, l'avait désigné, en 1670, comme l'un de ses exécuteurs testamentaires 2. H nous suffira maintenant, pour compléter la liste des principaux collaborateurs du grand évêque de Limoges, d'indiquer ici, en attendant que nous ayons à montrer leur œuvre spéciale, le rôle non moins dominant, quoique plus spécial, de deux autres saints prêtres, nouveaux venus dans le diocèse : le premier supérieur du séminaire des Ordinands, Jean Bourdon, et le missionnaire de l'Oratoire, Jean Le Jeune.
1. M. de Savignac résigna bientôt sa prébende. Le saint prêtre ne paraît pas s'être livré, du moins assiduement, au ministère de la chaire et du confessionnal, soit à cause de sa santé, qui fut toujours faible, soit à cause de sa modestie et de sa timidité naturelles. Labiche, Vie des Saints, t. II, p. 419.
2. Grandet, Les saints prêtres français. Paris, 1897, t. I, p. 212, 224. Labiche de Reignefort, Vie des Saints du Limousin^ t. Il, p. *00 et suiv. Laforest, Ltmoges, p. 404, 447«