I. Les visites pastorales et les visiteurs diocésains
Les visites des paroisses de son diocèse furent la première, et la principale occupation de l'évoque de Limoges, au début de son épiscopat. Peu de temps après la tenue de son premier synode de l'automne (1628), François de la Fayette se transporta dans les deux églises les plus importantes de Limoges, Saint-Pierre-du- Queyroix et Saint-Michel-des-Lions. L'enquête canonique à laquelle il se livra fut des plus approfondies. Il lui apparut que « le divin service et les mœurs des personnes ecclésiastiques de ces paroisses avaient un besoin extrême de réforme ».
Après sa visite, le prélat convoqua et assembla plusieurs fois, dans son palais, d'une part les curés, vicaires, et prêtres communalistes *, de l'autre côté l'élite de la population de ces paroisses, représentée par les fabriciens et les marguilliers ; ij écouta et reçut leurs plaintes et leurs avis de tout genre, discuta avec eux, pendant plusieurs séances, leurs dépositions et dressa ensuite, en l'appuyant « sur les mêmes ordonnances que, leurs pères leur avaient laissées par tradition etparescrit », un ensemble précis de statuts paroissiaux qui avaient pour but, de remédier aux grands maux, à l'état môme a de désolation » qu'il venait de constater.
L'évêque de Limoges publia ces règlements le 7 février 1629, et, en vue de réduire toutes les paroisses de son diocèse à l'uniformité, il enjoignit, par cet acte, « à toutes personnes, tant du clergé que du peuple, de les observer et garder de poinct en poinct,
i. Abbé Sicard. L'Ancien Clergé, i, 305.
2. Citons ici les noms de Balthazar de Douhet, chantre de Saint-Martial, curé de Saint-Pierre, Pierre de Razés, vicaire, Simon Foumier, prêtre communaUste de Saint-Pierre, Antoine Barèges, vicaire perpétuel de Saint-Michel (en Tabsence du curé de cette paroisse, Henri Martin). Cf. Infra.
selon leur forme et teneur, aux peines portées par iceux » ^.
François de la Fayette continua dans les campagnes, Tannée
suivante, après la Fête-Dieu, la visite générale de son diocèse (1629).
Les registres de Pierrebuffière nous apprennent, que, le 3 juillet
1629, il envoya, dans cette petite ville, son aumônier, avec une
9 lettré signée du secrétaire, par laquelle il mandait au curé « de lui
bailler un logis honorable pour le loger, parce qu'il voulait y
* venir dîner et faire la visite ». Par ce « logis honorable, le prélat,
^ naturellement ennemi du faste et du luxe, entendait, sans doute,
, un logement dans une maison d^honnêtes gens, et différente d'une
auberge ou d'un cabaret ».
L'évêque arriva à Pierrebuffière, le lendemain matin, à onze heures, accompagné de Pierre Talois, son officiai, de Joseph de Verthamôn, curé de Boisseuil, son promoteur, et de plusieurs autres de ses conseillers et habitants de Limoges, au nombre de vingt hommes à cheval. Le prélat entra aussitôt dans l'église avec , toute sa suite. Il y fit la visite du Saint-Sacrement, des saintes reli-
w ques, des fonts baptismaux, et ne remarqua pas d'autre défaut,
I que certains calices détériorés, qu'il fit rompre. Cela fait, il s'en
i alla dîner en son logis, et commanda aux prêtres de l'aller trouver,
après son repas; ce qu'ils firent. Le curé fut appelé dans une chambre, et interrogé, ainsi que son vicaire, et les prêtres de la communauté de la paroisse, l'un après l'autre. L'évêqueen interdit deux pour un mois, et fit payer au curé cent sols pour ses droits de visite, et deux écus d'un défaut de synode, nonobstant une attestation de médecin. Il s'en alla ensuite coucher à Saint-Germain I de Masseré, où il eut à interdire encore deux prêtres.
^ Les procès-verbaux de la même visite attestent que le prélat
ordonna l'établissement de tabernacles dans toutes les églises, où \ le Saint-Sacrement était suspendu sur l'autel. On y voit le cas sin-
/ gulier d'un prêtre, faux témoin ordinaire, concubinaire, ivrogne,
, portant l'habit de laboureur et de vigneron, accusé de célébrer
chez lui des mariages clandestins, de deux ou trois lieues à la ronde, sans tenir compte des empêchements canoniques, et recevant les promesses des conjoints, sans aucune publication de bans, hors de l'église, sous un arbre, et non revêtu des ornements sacerdotaux, ni même d'aucun habit ecclésiastique 2.
Le 17 septembre de la même année 1629, notre prélat, poursuivant le cours de sa visite pastorale, vint de Treignac à Eymoutiers, où il séjourna sept jours. La réception de l'évêque mérite d'être ici enregistrée, d'après la note historique du registre paroissial :
Messieurs du chapitre, Messieurs les consuls, et les habitants plus notables furent au-devant du dit seigneur, au nombre de trente chevaux jusques à une lieue et demie de la ville. Monseigneur, ayant aperçu cette compagnie, sortit hors de son carrosse ; alors M. le prévôt, Josias de la Pomélie, le harangua, et puis M. le procureur lui dit deux
1. Statuts et règlement» des églises paroissiales de Saint-Pierre... et de Saint- Michel... Limoges, 1629, Préface.
% Mss. 34, p, 3, 4.
OU trois mots pour la ville. Mon dit seigneur pria M. le prévôt d'entrer dans son carrosse, ce qu'il fit, et puis, étant remontés à cheval, nous conduistmes Monseigneur en ville, et jusques à son logis, qui était le logis de M. de la Vareilhe. Quelque temps après son arrivée, moi et les prêtres de notre communauté ^, nous allâmes faire à mon dit seigneuries offres de notre service, et fûmes les très bien venus et accueillis.
Le jour de saint Mathieu, qui était un vendredi, Monseigneur, fit le matin les tonsures (sic !) et les ordinations des quatre ordres moindres dans la grande église, et planta ensuite la croix dans le nouveau couvent des Ursulines, et Taprès-dîner, par son commandement, je fis une prédication dans leur chapelle. Le dimanche suivant, il célébra la messe pontificalement au Moustier, et y bailla de sa main la communion à plus de deux mille personnes. Les paroisses circonvoisines étaient venues ici en procession. D'Eymoutiers, mon dit seigneur s'en alla à Saint- Léonard 2.
Au cours de cette même tournée pastorale, Févêque de Limoges fit de nouveaux règlements dans les lieux où il passa, et toujours pour le bon ordre ou la correction des mœurs de son clergé. Entre autres choses, il ordonna au théologal du chapitre du Dorât d'enseigner la théologie, deux jours chaque semaine, et aux chanoines, prêtres habitués, d'assister à ses leçons 3. Le prélat se fit reconnaître à Bénévent, dans la Marche, pour supérieur de l'abbaye, avec droit de visite, par les onze religieux et les trois novices, qui composaient alors cette communauté. Il arriva le l«f août, à Nontron ; le lendemain vendredi, il dit la messe, et confirma « force peuple» de cette ville et des environs ; le dimanche suivant, il y chanta la grand'messe. Quelques jours après, il donnait la confirmation à Lesterps. Le 20 août, François de la Fayette fit son entrée à Saint- Junien, et comme évêque, et comme seigneur temporel de la ville. Deux chanoines du chapitre de ce lieu le complimentaient à Limoges, le 27 septembre, sur l'heureux retour de sa tournée pastorale *.
Interrompue par la peste et par deux absences forcées, la visite générale du diocèse de Limoges fut reprise, du côté nord-est, avec le même zèle, et terminée par notre prélat, à la fin de l'été 1633 ^
Dans sa tournée pastorale de 1636, l'évêque s'efforça de supprimer un certain nombre d'abus, qui régnaient encore dans plusieurs paroisses, et de remédier autant qu'il lui fut possible à tout désordre. Des prêtres de son diocèse, condamnés par contumace, aux Grands Jours de Poitiers de 1634, avaient été pendus en effigie. On inhumait, pêle-mêle, dans l'église paroissiale d'Aubusson, les hu-
1. Le curé de Notre-Dame d'Eymoutiers, en 1629, était François Masmoret, qui mourut en 1658, âgé de soixante- seize ans. La communauté de cette paroisse était composée de prêtres du pays. On y était admis dès Tâge de vingt-cinq ans. Note de M, Leroux.