Mss. de Legros, n. 14. Mélanges imprimés
avaient été alors définitivement supprimés, de grands scandales avaient disparu, et une décence convenable était rendue au culte de Dieu. Les pasteurs gouvernaient leurs paroisses avec plus d'attention et d'assiduité, les instructions étaient plus fréquentes, et les mœurs devenaient plus chrétiennes, dans le diocèse de Limoges.
Cette merveilleuse transformation était due, en grande partie, à deux causes principales. D'abord, à l'étendue en quelque sorte sans limites, de l'investigation personnelle de notre prélat dans ses tournées pastorales, puis à la surveillance continuelle des paroisses du diocèse, par l'institution des visiteurs. Comme dans le diocèse de Limoges, il n'y avait ni archidiacres, ni doyens à qui appartînt le droit de visite ordinaire, l'évêque déléguait tous les ans, pour remplir cette fonction, un petit nombre de prêtres instruits, et versés dans les choses ecclésiastiques *. Concurremment avec lui, cette élite des principaux membres de son clergé, connus sous le nom de a prêtres- visiteurs », maintint toujours présente sur les paroisses de son vaste diocèse, la surveillance épiscopale. L'institution existait depuis longtemps et avait rendu de grainds services, à l'époque surtout de la rareté des visites épiscopales 2.
Mais elle était loin d'avoir l'importance qu'elle reçut de notre prélat à la suite d'une réorganisation, qui augmenta le nombre et agrandit la charge de ces missi dominici. Cette réforme fut introduite sous forme de onze Instructions données dans le palais épiscopal de Limoges, le 48 juillet 1650 : « Pour la réformation des abus... aux ecclésiastiques qui seront commis pour la visite particulière des paroisses du diocèse. ]» Auparavant, les visiteurs diocésains n'étaient délégués, qu'une fois par an, pour s'assurer de Texécution des ordonnances épiscopales ; ils étaient, de plus, en petit nombre, et venant ordinairement des villes, ils ne pouvaient faire un séjour suffisant dans les paroisses rurales, pour y apprendre les désordres et abus qui s'y commettaient.
A cette même date, notre prélat avait fait choix d'un nombre convenable ^ d'ecclésiastiques dans chacun des dix-huit archiprieurés (ou archiprestrés), qui pouvaient commodément voir et visiter les paroisses (une dizaine environ par district), sur lesquelles il leur avait ordonné de veiller, pour rendre compte ensuite à chaque synode, de l'état des églises et des personnes.
1. Devoyon, Eloge historique, p. 10. Les chroniques locales ne font mention d'aucune autre visite pastorâle de François de la Fayette, après 1653. Cette absence de documents ne prouve rien contre notre prélat, dont le zèle, au lieu de se ralentir, ne fit que progresser avec l'âge.
2. Rituel de Limoges, édition de 1698, p. 214. Nous avons parlé plus haut, des mandats de visiteurs diocésains, que les prédécesseurs de notre prélat confièrent même à des religieux jésuites. Les registres paroissiaux de Bujaleuf nous apprennent, que en 1629, de Verthamon passa dans cette paroisse, comme prêtre visiteur ; en 16i4, Guitard de la Borie, curé de Roziers, prêtre-visiteur, etc.. Bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 216.
3. Le Pouillé de Nadaud (de 1773) compte quatre-vingt-douze visiteurs diocésains. Donc à cette époque, un visiteur était chargé d'un district d'environ dix paroisses.
Pour rendre plus utile leur inspection, Tévêque jugea nécessaire de leur donner les instructions suivantes : Chaque visiteur devait se transporter au moins une fois par trimestre, dans les paroisses qui lui étaient confiées. Il était chargé de visiter l'église, et même les chapelles domestiques, dans chaque paroisse. Il devait lire les ordonnances particulières, faites par Tévêque en ces lieux au cours de sa dernière visite, et les faire au besoin exécuter, suivant leur forme et teneur.
Il devait se faire présenter les calices, ornements sacerdotaux et linges d'église ; vérifier exactement les divers registres de baptêmes, de sépultures, de mariages, s'enquérir de la fidélité des curés à la résidence ; se faire exhiber les signatures et lettres de provisions des bénéfices, ainsi que les lettres d'ordinations des ecclésiastiques récemment promus aux ordres, voir aussi les lettres d'approbation épiscopale de tous les prêtres confesseurs ; faire une enquête tant dans chaque paroisse que dans les lieux voisins sur la vie et les mœurs des ecclésiastiques et des jeunes clercs ; donner ordre à ce que les conférences entre les curés et vicaires perpétuels et prêtres habitués sur la doctrine chrétienne, cas de conscience et fonctions curiales, soient faites régulièrement; en un mot veiller avec soin à l'observation ponctuelle des règlements diocésains.
Les sanctions contre les délinquants étaient des plus sérieuses. Quand le visiteur avait appris une violation grave des ordonnances de l'évêque, commise quelque part dans son district, il deviat faire constater cette contravention par un notaire, et envoyer l'information précise au secrétariat de l'évêché. 11 appartenait k l'évêque de juger si le délinquant devait être corrigé ou traduit devant Tofficialité dont il relevait. Chaque commissaire était obligé de porter, ou d'envoyer à l'évêché, un mois avant le jour des synodes, les procès-verbaux qu'il avait dressés, et les informations qu'il avait prises pour la réforme des abus ^.
Il ressort du programme de ces visiteurs diocésains qu'ils exerçaient un contrôle universel sur les mœurs des ecclésiastiques, et sur l'observation des lois de l'église. On comprend que cette organisation de surveillants toujours présents dans toutes les parties de son diocèse, aurait permis à la rigueur à notre prélat si bien informé, d'être moins souvent en course, pendant les dernières années de son épiscopat.
II. Les Hissions diocésaines. Le P. Le Jeune et Gabriel Ruben.
A l'obligation de connaître son peuple, s'ajoutait, pour François de la Fayette, celle de l'instruire et de le préserver de Terreur. A une époque, où le peuple lisait peu, où la presse n'existait pas encore, où le trône allié à l'autel se prêtaient un mutuel appui, les évêques de France pouvaient, plus aisément que de nos jours,