Mss. 34, f
3. Laforest, ibkl., p. 511. L'évêque de Causerans était Bernard de Marmiosse, ancien promoteur et agent général des assemblées du clergé de France (164ô- 1655). Il rendit à ce titre, de grands services à notre prélat dans l'affaire Rogier, abbé de Saint-Martin-lès-Limoges.
4. Labiche, ihUL, t. II, p. 457. Pierre Mercier nous apprend que le prédicateur, après avoir rappelé la vertu de saint Charles, le vrai modèle des prélats, s'étendit sur le bien qu'on devait espérer de l'union des deux séminaires qu'on avait faite le jour précédent, et il complimenta l'évoque de Limoges d'avoir procuré à son diocèse des grâces et des bénédictions abondantes, que Dieu y verserait par son séminaire. Vie inédite de la Mère du Calvaire, p. 030.
Us voyaient enfin se réaliser cette heureuse union qu'ils avaient désirée avec tant d'ardeur et méritée par tant de prières, de pénitences et de peines. Ils ne pouvaient assez louer Dieu de voir l'œuvre de la sanctification du clergé limousin, confiée aux fils de M. Olier. En conséquence de cette union, Jean Bourdon fut confirmé dans sa charge de supérieur des Ordinands, et agrégé définitivement, sur sa demande, à la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. L'union établie entre les séminaires de Limoges et de Paris se maintint toujours très étroite, par suite de l'intimité des relations de leurs premiers fondateurs.
M. de BretODvilliers garda pour le séminaire de Limoges une prédilection particulière, dont témoigne sa correspondance avec la mère du Calvaire, qui lui rendait compte de l'état de son âme. En 1670, le supérieur de Saint-Sulpice revint à Limoges : il s'entretint de nouveau avec la pieuse fondatrice des Clairettes, qui lui découvrit tous les sentiments de son cœur, et lui raconta de nouvelles visions intellectuelles dont M. Olier l'avait favorisée, en vue de lui enseigner la vie intérieure. M. de Bretonvilliers examina avec attention ces voies mystérieuses, et déclara qu'elles étaient de l'esprit de Dieu.
5^ Jean Bourdon et les premiers directeurs du séminaire de Limoges.
Cependant Jean Bourdon s'appliquait surtout, à la direction du séminaire des Ordinands, et le succès qu'il obtenait, et les services qu'il rendait à tout le diocèse de Limoges étaient merveilleux. Le tableau de l'état du séminaire de Limoges à ses origines, que nous a laissé un contemporain de Bourdon, le Père jésuite de Périère, réalise pleinement la vision que la mère du Calvaire avait eue, le 4 mai 1666. Quelque temps avant l'arrivée de M. de Bretonvilliers à Limoges, « il plut à Dieu, dit Pierre Mercier, de donner à la sainte religieuse de grandes idées sur ce qu'il demandait et attendait du supérieur et des directeursduséminairedes Ordinands. Il lui montra dans une vision, une procession de prêtres en surplis, et qui allaient deux à deux, avec une modestie angélique, ayant chacun un cierge à la main. Il lui fut dit que Notre-Seigneur demandait de ces ecclésiastiques : qu'il donnassent un très bon exemple par une grande sainteté de vie, qui éclairât les peuples à l'exemple des cierges, avec cette différence néanmoins, que les flambeaux se détruisent en éclairant, mais, pour eux, ils devaient donner ce bon exemple, sans porter aucun préjudice à ce qu'ils doivent à Dieu, et s'il fallait se consumer, ce devait être, pour son unique gloire. » Jean Bourdon et ses collaborateurs n'ignoraient pas, sans doute, cette vision symbolique. Ils prirent à cœur de la réaliser, et ils y réussirent, à la grande édification des fidèles de Limoges, qui leur donnèrent en retour, des témoignages publics et fréquents de leur respectueuse sympathie *.
1. M. Gaigneti Sotes manuscrites d'apix's la vie inédite de la Mci'e du Calvait^e,
Pendant plus de quarante ans, on vit Jean Bourdon remplir au séminaire ses fonctions de supérieur avec une profonde sagesse, un grand zèle et des bénédictions particulières. C'était vraiment un homme providentiel, capable deconduire avec succès un séminaire naissant et de raffermir la discipline ecclésiastique, encore bien affaiblie. Le clergé de ce vaste diocèse avait besoin de la direction d'un prêtre aussi éclairé et aussi édifiant, parfaitement instruit de tous les devoirs, que l'Eglise impose à ceux qui se consacrent au service de Tàutel, d'un sens droit, d'un jugement solide, d'une fermeté d'esprit invariable, d'une prudence digne d'admiration, d'une douceur et d'une charité, qui lui gagnaient tous les cœurs. Jean Bourdon, ajoute le P. de Périère, « faisait aimer la vertu par un air insinuant et des manières aisées et agréables, qui lui attirèrent toujours la vénération et la confiance de tous ceux qui l'approchaient. Le bon ordre qu'il avait établi et maintenu dans le séminaire, la parfaite régularité de tous les aspirants aux saints ordres, faisaient chaque jour son éloge. Tous ceux qui voulaient s'instruire des moyens de salut, allaient le consulter. On écoutait ses conseils comme des oracles. Une foule de personnes de toute condition se disaient redevables à ses entretiens du règlement de leur vie. L'évéque François de la Fayette, qui l'honorait d'une estime et d'une confiance singulière, faisait rejaillir sur lui la gloire de la transformation de son diocèse *. »
Jean Bourdon ne se fit pas moins remarquer par sa prévoyance et son habileté dans l'administration de sonj établissement, que par ses autres qualités professionnelles. Parmi les principaux actes, qui assurèrent la fondation de sa maison, nous devons signaler ici celui du 24 avril 1674, relatif à la séparation de biens entre le séminaire de la Mission et le séminaire des Ordinands. Cet acte très important donna une complète autonomie à l'établissement des Ordinands, auquel le titre de séminaire devait désormais appartenir en propre. Il prévoyait et écartait d'avance tous les sujets de conflits qui auraient pu survenir entre les deux maisons. D'après ce même acte, revêtu des signatures des intéressés, nous connaissons le personnel du séminaire de Limoges 2.
Le premier signataire de l'acte, après le supérieur du séminaire, estGaye de Boisredon. C'était un ouvrier de la première heure, originaire du diocèse de Limoges. Admis comme tonsuré au sémi-
i. Voir la relation du P. de Périère, Archives /iis/or., t. II, Chroniques ecclés.,
2. Cet acte confirmait au séminaire des Ordinands la donation irrévocable et à perpétuité du clos Sainte- Valérie, et des bâtiments construits par le fondateur. II lui assurait la jouissance d'un jardin cédé a bail perpétuel par les administrateurs de l'hôpital. Il lui imposait toutefois, la charge de payer au marquis de Magnac, Antoine de Fénelon, une rente de 325 livres, créée à son profit par Martial de Maledent, qui lui avait emprunté, en juillet 1665, la somme de 6 500 francs, pour la construction du séminaire des Ordinands. Enfin, cet établissement renonçait par cet acte, à la jouissance en commun de l'église Saint-Alexis de la Mission. Ce qui indique qu'il était, dès lors, pourvu d'une chapelle intérieure. Archives histor., t. II, p. 115 et suiv.
naire de Saint-Sulpice, le !«»• octobre 1656, il prit en Sorbonne le bonnet de docteur, le 12 octobre 1662. Quelques jours après, M. de Bretonvilliers l'associait à Jean Bourdon, pour la direction du séminaire de Limoges. Pendant plus de vingt ans qu'il y resta, il se fit estimer par la solidité de son esprit, Taménité de son caractère, et les grands services que sa qualité d'enfant du pays lui permit de rendre au diocèse ^
Le troisième signataire de Tacte de 1674 était un prêtre encore plus éminent. Gabriel Bardon, né au bourg d'Espaly, près Le Puy, avait fait ses études ecclésiastiques au séminaire de cette ville. Sous la discipline du supérieur de cette maison, M. de Lantages, Tun des plus chers disciples de M. Olier, le jeune Bardon était devenu un modèle des vertus cléricales, et un théologien éruditet profond. Lorsqu'il eut été ordonné prêtre, l'amour d'une vie humble et laborieuse le porta à s'attacher à la Compagnie de Saint-Sulpice. M. de Bretonvilliers le rerut avec joie au séminaire de Paris, le 23 juin 1665. Désigné, deuxansaprès, pour être professeur au séminaire de Limoges, Gabriel Bardon arriva dans cette ville le 4 novembre 1666, le jour même où était signé le contrat d'union de cette maison avec celle de Saint-Sulpice. Il avait un talent admirable pour juger du caractère, de la science et de la vocation des jeunes gens. La vigilance n'avait rien d'odieux dans cet habile directeur. Son amour pour le travail et la mortification le portait à dormir peu de temps, et à ne prendre que peu de nourriture. Là réputation de son zèle et de sa sainteté le fit mettre, en 1671, au nombre des membres assistants de la Compagnie ; l'assemblée de 1676 le nomma consulteur. Il passa un peu plus de huit ans au séminaire de Limoges, où l'on devine aisément qu'il fit le plus grand bien aux jeunes clercs et aux prêtres de ce diocèse. M. Tronson étant devenu supérieur de Saint-Sulpice, choisit Gabriel Bardon pour remplir à sa place les fonctions de directeur du séminaire de Paris 2.
Claude de la Bacmondière, quatrième signataire de Tacte de 1674, était aussi un professeur d'un grand mérite. Il était né en 1631,àVillefranche-sur-Saône, de parents très riches. Il fut nommé docteur de Sorbonne le 19 décembre 1662, et donna, dès 1664, des répétitions de théologie au séminaire de Saint-Sulpice. Il manifesta dans cet enseignement une profonde pénétration et une solidité d'esprit exceptionnelle. On le regarda bientôt comme un des prêtres les plus complets de la Compagnie. Aussi fut-il mis au nombre des assistants, bien qu'il n'eût encore que trente-quatre ans. Il fut envoyé, en 1672, comme professeur de théologie scolastique, au séminaire de liimoges. M. Tronson le rappela à Paris (en 1676), en même temps que Gabriel Bardon 3.
1. M. Gaignet, Notrs tnnnuscritm. L. Bertrand. Uihliolhrqne Sulpicionne.
2. Sur la désignation de son ami, (iodot des Marais, évê(ïue de Chartres, Hardon eut, en 1691, la dirt^clion rie la conscience de Mme do Maintenon. Il mourut saintement le 10 août lt)9*2. Grandet, Lva saints prrlrcs, 2* série.
3. M. Tronson le plaça à la tête de la coîumunauté des prêtres de la paroisse
Un cinquième signataire de Tacte de séparation porte le nom de Pierre Masson. Il était clerc du diocèse de Lyon, quand il entra, à vingt-six ans (1665), au séminaire de saint-Irénée, dans cette ville. Après y avoir terminé ses études théologiques, il demanda à être admis dans la Compagnie de Saint-Sulpice. M. de Bretonvilliers renvoya directement (en décembre 1670), à Limoges sans le faire passer par le noviciat de Paris. Il dépassa bientôt au séminaire des Ordinands, les espérances qu'on avait conçues de lui. Ce dernier établissement en résumé fut dirigé, dès l'époque de sa fondation, par des prêtres de grand mérite *.
Saint-Sulpice. Deux ana après, Raguier de Poussé lui résigna la cure de ce nom. De la Barmondière mourut plein de mérites et de bonnes œuvres, en septembre 4694. M. Bertrand, Bibliothèque Sulpicienne, t. I.
1. Ibid., et notes de M. Gaignet. Voir plus loin la continuation de Thistoire du séminaire de Limoges.