‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 204 sur 480 · Gallia christ. , t. II, p · texte numérisé non relu

Gallia christ. , t. II, p

qui obtint, au chapitre de 1643, Tautôrisation d'établir dans TOrdre une réforme.

Charles Frémon, né à Tours en 4610, était entré encore très jeune (21 octobre 1629), dans un monastère de TOrdre. Devenu, en 1639, prieur à l'abbaye, il avait pu dans cette charge se rendre compte du relâchement de la discipline et du triste état où TOrdre était réduit. Il forma dès lors le dessein de vivifier ce corps alTaibli, en introduisant dans quelques maisons, et en faisant peu à peu accepter, dans les autres, sinon l'austérité des premiers disciples de saint Etienne, du moins une vie plus régulière, plus mortifiée et plus conforme aux maximes du saint fondateur. Il alla étudier la théologie à Paris, et y entretint plusieurs personnes de son projet; il sut même y intéresser Richelieu. C'était précisément l'époque où l'opinion publique suivait avec faveur les tentatives de réforme, qui se produisaient au sein de quelques ordres religieux. Le grand ministre témoigna à l'abbé Barny le désir qu'aucun obstacle ne fut apporté à l'entreprise de Charles Frémon.

Celui-ci, nommé prieur de la maison d'Epoisses, en Bourgogne, partit de l'abbaye, après la tenue du chapitre de 1643, accompagné du seul religieux qui eût consenti à s'associer à son projet. Mal accueillis d'abord, les deux nouveaux venus parvinrent, à force de douceur et de persévérance, à gagner tous les religieux du monastère. Frémon établit à Epoisses une communauté très régulière et très édifiante, qui suivait la règle primitive de saint Etienne, avec certaines mitigatîons. Une seconde maison fut fondée en 1650, à Thiers en Auvergne, et devint bientôt le principal établissement de la réforme. Dom Frémon y mourut le 13 novenjbre 1689. C'était un homme simple et bon, aimant passionnément la vérité, d'une pureté de mœurs rare et d'une grande piété ^. Dieu, avant de l'appeler à lui, avait donné au réformateur la consolation de voir sept monastères embrasser son observance. Les Grandmontains de l'étroite observance devinrent célèbres par leur piété et leurs mortifications.

Cette réforme ne devait pas sauver l'Ordre ; on peut dire qu'elle contribua, au contraire, à accélérer sa ruine ; elle attira, en effet, à elle tous les sujets de quelque valeur, qui entraient dans les maisons de l'ancienne observance, et qui auraient pu, disséminés dans ces monastères, y entretenir la régularité, la piété et l'amour de l'étude. Elle acheva ainsi d'épuiser l'Institut. Le nombre de ses membres alla en diminuant. Après avoir dépassé douze cents membres au moyen-âge, il se trouvait réduit, même après la réorganisation de l'ordre par Rigaud, au chiffre de deux cents religieux et à un nombre insignifiant de frères convers. A la fin du dix-septième siècle, les deux observances réunies, soumises à l'autorité du même général, comptaient à peine cent soixante religieux.

1. Le Bulletin de Limoges, t. XLVI, (année 1898), p. 469, signale une précieuse biographie de Ch. Frémon, d'après J.-B. Rochias, religieux de son observance (Mss. de 116 p.) dont L. Guibert désirait beaucoup qu'un érudil entreprit la publication.

Des divisions éclatèrent à la mort de Tabbé Barny (le 3 juillet 1654). Les suffrages des religieux, chargés d'élire un successeur, s'étaient partagés entre le prieur de Saint-Maurice, Antoine de Chavaroche, et celui de Raveaux, Etienne Talin, originaire d'une ville de la Corrèze, docteur de Sorbonne. Un long procès s'ensuivit, et au bout de cinq ans de plaidoiries, deux arrêts du conseil, en date des 8 et 9 avril 1659, confirmèrent la prise de possession de dom de Chavaroche, et firent défense à son compétiteur de prendre le titre de général ^ Reconnu comme abbé de Grandmont, à la suite d'une double élection, par les quatre prieurs principaux de l'ordre, Antoine de Chavaroche avait été déjà mis en possession de l'abbaye, le 15 janvier 1656. Le 31 du même mois, François de la Fayette lui donna solennellement la bénédiction abbatiale, dans l'église des Jésuites. L'évêque de Limoges fut assisté dans cette cérémonie par les abbés réformés de Saint-Augustin et de Saint- Martin 2.

IL Les Ordres mendiants.

Les Grandmontains ne semblent pas avoir exercé, en Limousin, une innuence sociale bien notable. Il n'en était pas de même d'une véritable phalange d'auxiliaires dévoués de l'action catholique. A l'arrivée de notre prélat dans son diocèse, il y avait déjà trente ans qu'une certain nombre d'Ordres monastiques nouveaux avaient pénétré cette province et établi leurs maisons dans toutes les villes un peu considérables. Les Récollets et les Cordeliers s'y trouvaient parmi les Ordres les plus répandus. L'occasion d'une peste, qui permettait à ces religieux de déployer leur zèle, était favorable pour s'implanter partout où l'on faisait appela leur dévouement. Encore devaient-ils, pour rester dans ces lieux d'une façon permanente, obtenir l'autorisation des autorités compétentes. François de la Fayette n'accorda ainsi aux Pères Récollets qui voulaient s'établir à Bellac, l'un des principaux centres ecclésiastiques de la Basse- Marche, la permission de s'y fixer, que pour le temps de la contagion qui faisait de grands ravages dans cette ville. C'était le 28 avril 1632, qu'il accordait aux Ùécollets cette faveur.

1. L. Guiberif Bps truc lion de Vordre de Grondruant. Limoges, 1887, p. 99-107.

2. Gallia christ., t. II. p. 659, et Mss. 34, f. 23, Not^. Antoine de Chavaroche mourut le 14 octobre 1677. De graves dissensions se renouvelèrent alors pour le choix du successeur. Un siècle après. Tordre de Grandmont ne comptait que quelques membres. L'évêque de Limoges, du Plessis d'Argentré, obtint en 1772, sa suppression pure et simple, du pape Clément XIV. Après la mort du dernier abbé, arrivé en 1787, on transporta à révêché les papiers et objets précieux de l'abbaye. En 1790. on fit la distribution des reliques de Grandmont à diverses églises du diocèse. La plus précieuse de* toutes et l'une des plus authentiques que l'on connaisse au monde, èlait un reliquaire de vermeil, qui renfermait un fragment considérai)le de la Vraie Croix. Amaury, roi de Jérusalem, qui mourut en 1173, l'avait léguée par testament à Grandmont. L'évêque de Limoges fit don de cette relique incomparable à sa cathédrale, qui la possède encore aujourd'hui. Arbellot, Cathédrale de Limoges. Paris, 1883, p. 241 et suiv.

Dès le 3 du même mois, il avait défendu aux Cordeliers de demeurera Bellac, où ils avaient aussi désiré s'établir. Quels motifs eut-il pour le leur refuser? Il y a apparence, ajoute ici Legros, qu' « un prélat si zélé d'ailleurs pour la jîloire de Dieu, et très porté à consentir à tous les établissements qui pouvaient la procurer, ne voyait pas assez de solidité dans les moyens qu'on voulait mettre en œuvre, pour procurer ces fondations » ^. Un contemporains, qui avait vu sur place ces religieux, Pierre Robert du Dorât, donne dans ses Mémoires une autre explication, plus juste peut-être au fond, quoique malveillante dans la forme : oc Ces moines, dit-il, sont en général, à part les Chartreux, des gens intrigants ; ils se mêlent à présent de toutes sortes d'affaires 2. i> De fait, notre prélat eut à défendre plus d'une fois, notamment à Saint-Junien, les droits du clergé séculier contre les empiétements des Récollets et des Cordeliers de cette ville.

Les Récollels de Saint-Junien devaient l'établissement de leur couvent de Saint-Amand situé en dehors des murs de la ville, sur les bords de la Vienne, aux savantes prédications du P. Mathurin Marsaut, Angevin, custode de leur custodie de Guyenne. Les habitants en furent si pénétrés qu'ils décidèrent, le 27 mai 1598, d'établir ces religieux près l'église Saint-Amand-le-Vigen, bâtie à la lin du onzième siècle. Martial de Montjou, conseiller au Présidial de Limoges, bourgeois et consul de Saint-Junien, s'offrit de réparer le vieil édifice et d'y faire construire un couvent. Le 29 mai, le chapitre de Saint-Junien accepta que l'église, les masures et les jardins de l'Hermitage, qui y étaient joints, fussent affectés aux Récollets, pour y faire le service divin, sans que ces religieux pussent rien prétendre aux revenus de la cure de Saint-Amand, et, à condition qu'il pourrait faire en cette église, comme auparavant, les otlices habituels, les cinq processions accoutumées, y être reru avec décence, et faire prêcher un ecclésiastique de la collégiale. Le i*'' juillet suivant, l'évêque de Limoges, qui se trouvait de passage à Saint-Junien, donna son consentement pour l'établissement projeté, et les Pères en prirent possession la même année, au nombre de cinq prêtres et d'un frère.

Le 26 octobre 1636, les chanoines de Saiiit-Junicii donnèrent au couvent des Récollets, la relique de saint Amand, qu'ils portèrent solennellement en procession au milieu d'une grande affluence de peuple. L'année suivante, on résolut de placer le couvent sur le sommet de la montagne et de faire une seconde église, sous les voûtes de la première. Le 28 avril 16:^7, Martial de Montjou, conseiller au Parlement de Bordeaux, posa la première pierre du nouveau mona.stère, qui devint l'un des plus beaux et des plus réguliers de la province. Le vicomte de Rochechouart et le marquis du Masnadaud ^, furent, après M. de Montjou, fondateur, les principaux

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