‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 235 sur 480 · Mss. ai, p · texte numérisé non relu

Mss. ai, p

d* c intendant général des affaires de révéché de Limoges », tantôt de «f secrétaire de MgrTEvêque ». Si considérable qu'en fût le passif, le budget de son maître pouvait être aisément équilibré. Quoi qu'il en soit, cet intendant administra les affaires de Tévêché d'une manière si indélicate, qu'il prit peur un beau jour et partit brusquement de Limoges, emportant avec lui des papiers importants de l'évêché. L'un de ses amis, le chanoine Pabost, essaya vainement de le faire revenir. Il lui écrivait à Paris, le 23 mai 1666, en ces termes : « Vous aurez pu cognoistre, par la lettre que je vous ay cidevant escrite, l'estonnement dans lequel estoit Monseigneur et vos bons amis pour raison de vostre départ si soudain et de Temportement de vos bardes avecq les papiers concernant la recepte du revenu de mon dit seigneur; mais la lettre que vous lui avez escrite par courrier l'a bien davantage surpris, aussi bien que tous nos bons amis, puisque par icelle vous ne lui témoignez pas seulement ne vouloir plus revenir en ce pays, mais encore vous vous plaignez de luy et de sa conduite à votre égard d'une manière si peu raisonnable et avec des termes qui offensent Sa Grandeur, de telle façon qu'il en est sensiblement touché. Il est impossible de soutenir une démarche si irrégulière. En partant, vous pouviez pour le moins, déclarer votre dessein à mon dit seigneur. Au lieu de vous attirer les reproches et le blâme de toutes les personnes, qui ont l'honneur de vous connoistre, vous eussiez acquis et mérité la bienveillance de mon dit seigneur, et l'estime et l'approbation de tous les gens d'honneur, au lieu que, etc.. Je vous parle en véritable ami, et après avoir consulté des personnes d'honneur et de mérite, qui désireraient vous rendre service. M. Tofficial (P. Maillard) et M. Constant (avocat de l'évèque à Limoges) vous écrivent pour le même faict. Signé : Pabost. > Le sieur Vaynet, dont la gestion sans doute était sujette à caution, ne revint pas à Limoges. Sur l'ordre de Tévêque, il fut arrêté par des sergents de la justice et jeté en prison ^.

On comprend qu'à cette époque le train de vie de l'évêché de Limoges et les malversations de son intendant, jointes à une insouciance naturelle de grand seigneur, qui faisait trouver à notre prélat le souci de ses affaires au-dessous de sa dignité, avaient fini par creuser un grand vide dans ses finances et le jeter dans les dettes. Nous savons en effet que son principal collaborateur, Pierre Maillard, officiai et grand-vicaire de Limoges, prêta dans ces circonstances, à l'évèque, des sommes considérables, pour combler les lacunes de ses dépenses, et qu'il abusa de cette situation obérée, pour accaparer une foule de bénéfices -.

c M. Bourdon, nous apprend Grandet dans ses Mémoires, qui

i. Archives de la Haute-Vienne, G, n. 223 et n. 224. Voir au n. 248, ce qui regarde les biens personnels de notre prélat. Nous n'avons fait ici qu'eflleurar cette question. Nous ignorons la suite de l'affaire de Gilles Vaynet.

2. Cette accusation contre l'official, afllrmée par Grandet (voir Les saints prêtres, t. II, p. 4i3) est confirmée par Pierre Mercier dans sa vie inédite sur la Mère du Calvaire. Xotes de M. Gaignet,

avait une prudence admirable, vit les premières années qu'il fut à Limoges », toutes ces défectuosités de Tévêché, « sans en rien dire à personne, se contentant d'en parler à Dieu seul, et de le prier de toucher le cœur et d'ouvrir les yeux au prélat, qui avait les meilleures intentions du monde. » Or un jour * qu'il s'entretenait avec le supérieur de son séminaire, qui avait gagné son estime et sa confiance, « M. de la Fayette lui découvrit de lui-même la peine qu'il avait, de ne pouvoir remédier entièrement aux maux de son diocèse. Alors M. Bourdon, profitant de l'ouverture que lui faisait M. rEvêque,pritla liberté de lui représenter avec beaucoup de respect qu'il devait achever la réforme de son diocèse par celle de sa maison, en retranchant son train de maison et les dépenses excessives et superflues de sa table pour payer ses dettes, sans quoi il n'apporterait jamais aucun ordre définitif aux dérèglements de ses prêtres, et qu'ensuite il lui serait facile de régler tout le reste, parce que, suivant la maxime de saint Paul, il n'est pas possible qu'un évêque qui ne prend pas soin de sa maison, puisse faire observer les règlements qu'il fait pour son église : Qui domui suœ prœsse nescit^ quomodo Ecclesias Del diligentiam hahebii ? » M. de la Fayette, ajoute Grandet, a bien loin de se choquer d'une si sainte liberté, en remercia M. Bourdon, et faisant une sérieuse attention à ses paroles, retrancha ses domestiques {sic\ ses équipages et la dépense de sa table. En peu de temps, il fut en état de payer ses dettes et de rembourser son officiai. Après quoi il s'appliqua avec soin à terminer la réforme religieuse de son diocèse. Il eut beaucoup de peine à remédier à certains abus des plus invétérés mais enfin, par les conseils de M. Bourdon et par sa patience, co7isilio et patientia, il en vint à bout. Peu à peu la discipline ecclésiastique se rétablit dans le Limousin et son église devint une des plus florissantes du royaume 2. »

Quoique la réforme de la maison épiscopale n'ait pas été en réalité aussi complète qu'elle apparaît dans ce tableau, selon le rapport de Grandet 3, le train de vie de notre prélat se rapprocha dès lors de la simplicité évangélique, telle que le concile de Trente la recommande aux évêques. A en juger par les détails de son testament, François de la Fayette n'avait dans son palais, durant les dernières années de sa vie, pour commensaux, quecinq ousixecclésiastiques, à savoir : son grand-vicaire, ses deux aumôniers, son secrétaire *, un confesseur du commun, et un religieux carme 5. « 11 accomplissait dans son oratoire ses exercices de piété, qu'il

1 . Ce devait être probablement après la découverte des concussions du sieur Vaynet.

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