Mss. D. 14, t. U, Mélange» imprimés
3. On peut voir à cette dernière référence, dans la Bibliothèque des Mss. au séminaire de Limoges, un texte de cette ordonnance êpiscopale qui porte la signature de François Juge, curé de Saint-Pierre : voir de même aux Archives de la Haule-Vienne, G, n. 2^, un texte semblable et le formulaire signé par les religieux frères mineurs de Nontron. M. Leroux nous signale encore, dans Fintrorluction de la série (D, p.xx) fempressement des vingt-huit jéifeuites qui résidaient au collège à signer, en 1661, la profession de foi. L'historiographe du diocèse dans son mémoire, (mss. n. 34, f. 2f3) nous apprend qu* « un des écrivains du parti janséniste aurait remarqué que notre prélat se contenta, en 16(35, d'expliquer de vive voix que le pape n'exigeait point la croyance du fait de Jansènius, et qu'il ne demandait la signature que comme un témoignage public que Ton condamnait sincèrement les cinq propositions ». Une double réponse peut être faite à cette articulation : l** Son auteur anonyme la mentionne dans l' Histoirp générale du Jansénisme, par M. l'abbé (sept étoiles). Amsterdam, 1700, t. m, p. 203. Or Quérard nous révèle que l'auteur caché sous ce pseudonyme est dom Gerl)eron, polémiste fécond du parti janséniste, dont les attaques furent jugées par le grand Amauld lui-même « dures et véhémentes «.C'est avouer que souvent elles ne portaient pa.s, quand elles n étaient point appuyées sur des faits authentiques. C'était le cas dans la question présente. 2« D'autre part, dit Legroa, chacun expliquait alors le fait de Jansénius à sa manière. 11 peut se comprendre de deux façons : 1) en ce qu'on peut dire que Jansénius a réellement enseigné les cinq propositions condamnées, et 2) en ce qu'elles sont certainement contenues dans son livre, qu'il ait eu l'intention de les enseigner ou non. Il peut se faire, ajoute l'historien, que le pape n'ait pas exigé la croyance du fait dans le premier .sens, et alors notre prélat n'aurait pas eu tort de l'assurer. D'ailleurs toute sa conduite, dans cette affaire du jansénisme, prouve qu'il a toujours cru, que le pape exigeait la croyance du fait pris dans le second sens. Le texte du formulaire qui suit son ordonnance en fait foi d'ailleui*s. Cela seul nous suffit pour justifier entiéren^ent son orthodoxie, Mss. n. 27, 1. 111, p. 41.
sainte ardeur pour la foi catholique, il travailla sans relâche à extirper Thérésie protestante dans. tous les centres de son diocèse, oh elle était implantée dépuis de longues années ^.
« Fidèle à tous les devoirs de Tépiscopat, le vénérable prélat les remplit avec une exactitude que le poids des affaires, la variété des occupations et les infirmités d'un âge avancé ne purent altérer. Il cherchait avec empressement et saisissait avec plaisir toutes les occasions où il pouvait exercer ses fonctions pastorales. A un air majestueux dans les cérémonies, il joignait un recueillement qui annonçait les sentiments de sa religion, et qui les inspirait aux assistants. C'est cette religion qui le rendait si assidu dans les églises, qu'on disait communément quil rendrait son dernier soupir au pied des autels. Il se faisait un devoir de distribuer la sainte communion aux nombreux fidèles qui désiraient la recevoir de sa main. Il assistait à tous les sermons où il pouvait se rendre ; sa bénédiction rassurait les prédicateurs ; ses exemples soutenaient leurs discours, sa présence inspirait aux auditeurs le respect pour le lieu saint et l'attention pour la parole de Dieu. Il célébrait la sainte messe avec une attention et une modestie qui frappaient tout le monde. Il était heureux de porter chaque année la sainte Eucharistie en triomphe à travers les rues de Limoges ». On dut à la piété du prélat(etau zèle des compagnons du Saint-Sacrement, qui voulaient opposer des pratiques édifiantes aux débauches du carnaval), l'institution définitive des Quarante Heures dans les principales paroisses de la ville épiscopale. Le Saint-Sacrement y était exposé, durant les trois premiers jours des trois semaines qui précèdent le Carême, et pendant ce temps l'on y faisait des prédications et des prières publiques. La dévotion qu'avait ce digne évêque pour la sainte Vierge était solide et agissante; elle le rendit extrêmement attentif à tout ce qui pouvait faire fleurir dans son diocèse le culte de la Mère de Dieu. Successeur de saint Martial, M. de la Fayette eut la vénération la plus profonde pour cet apôtre de l'Aquitaine, dont les reliques lui faisaient verser des larmes de joie, chaque fois qu'il les voyait.
Son cœur, sensible à tous les objets que lui offrait la religion, fut aussi des plus tendres pour les personnes qu'il pouvait obliger. D'un accès facile, ce prélat aimable faisait l'accueil le plus gracieux à tous ceux qui l'abordaient. Affable envers les pauvres comme à l'égard des riches, la douceur de ses mœurs paraissait sur son visage, et s'annonçait dans le ton de sa voix. Cette vertu de douceur, signe d'un naturel heureux, lui faisait pardonner et oublier les injures, lors même que sa dignité semblait exiger qu'il les punît. Sa charité le portant à se rendre utile dans toutes les occasions où il pouvait l'être, M. de la Fayette devenait l'arbitre des contestations les plus importantes qu'on soumettait à sa décision: il les terminait avec une sagacité, une prudence et une droiture,
t. Voir dans la dernière partie de notre étude le cJiapitre eonsacré au prosélytisme de noire prélat.
:92>i IN atkrj.E ut, wr, vjjaJj^ix^tva'T- dc fp.«'Vince
i\m rjm^ttlmieBi I^ f^prïUi le^ plu.-* aigris et les plus opposés. Les jM'it^ri^ijf» J*?* plu»(dijitirigué^ de la province le choisissaient f^^^ur iiMiHt^or dSLtm leur» déf/j»>léi^ : il ména^'^ait si bien les caractères et le» iotéf/'tft de cïtAftun^ qu'il.* étaient tous satisfaits ; les quereiles iïnin^siîfMif tiue paix durable y succédait.
Humble et rnodej^te dan» les surrcès de son zèle, il en rapportait t/iute la gloire à fiieu. Attentif à se cacher à soi-même le mérite de «ie« \}fmtiffH i»*n\r^.Y>^ il ne le« produisait au dehors que lorsqu^il devait le faire [Kiur édifier. Oubliant les qualités éminentes qui le diiitinguaient, il m rapetissait autant que son rang pouvait le permettre. On lui a s^iuvent ouï dire: « Hélas! Je ne méritais pas dïftre évAque, j'étai» indigne de ce caractère, j'étais propre à servir un maître, et k être un valet de pied, ji — H usait plus souvent de prière que de commandement; on rapporte à ce sujet le trait suivant : u V,u gentilhomme fort puissant menait une vie des plus scandaleuseH ; le (iréiat en est averti, il parle au coupable, il l'exhorte, il le prie, et ne pouvant vaincre son obstination, il se met à M*M genoux en ponlure de suppliant; le gentilhomme en est touché; couvert de confunion, et pénétré d'un vif repentir, il rentre dans le devoir. »
Voulant pratiquer, m/^me apr^s sa mort, l'humilité chrétienne ce grand ("n'^que en a laissé un témoignage authentique dans le préliminaire de son leslament qu'il rédigea, le 29 mai 4670. « Con- Hidérant les inllnies obligations que j'ai au bon Dieu pour m'avoir donné... dcn biens et faveurs que je dois à sa seule libéralité, je lui denuindo pardon du mauvais usage que j'en ai fait... et de louleH les fautes, nian(|ueinens et négligences que fai commis (lauH mon ministt'»re. Je déclare que j'ai aussi de très grandes obligatiouH à tout mon diocèse, et singulièrement à la ville de Limoges, pour le» nmrqucvs qu'ils m'ont données en plusieurs occasions de ItMir amour, agréuient et confiance pour ma personne, et gratitude pour les petils services que j'ai tâché de leur rendre. Je dois en reconnaissance et pour la descharge de ma conscience, disposer de tout ce que j'ai pour le bien et l'avantage du clergé et des peuples de Uion diocèse, particulièrement pour ceux de Limoges. Je souhaite et demande très instamment qu'on ne fasse point d'oraison funèbre pouo moi, parce que j'en suis très indigne *... t^
IV. Derniers jours du prélat. Sa mort. Ses funérailles. Son éloge.
« Le vènéiiible prélat s\i[>[)liq«uit depuis près d'un demi-siècle à la conduite de son diocèse avec tous les soins d'un bon pasteur, pour le troupciiu que Dieu lui u\ait conunis. II se montrait à la fîn de sa carrière aus^^i vi^^oureux que dans ses premières années et dans sa primitive t'iM'veiir. Ou ne put jamais l\)bli«zer dans son extrême vieillesse, à [)retulre uii moment de repos, tellement le
1. Cr chapitre fsi tiiv pn'snue ni iMitifi-dr ^'Kloge hintoriqtit^ à part quelques courl»'N citations ili' VihiUi>on finirotu' t^i du Ti'stiunf'Hl {mprn)u\
FRANÇOIS m: LA F'AVKTTK .M29
repos était inconciliable avec son zèle. Il fallait lui faire violence, pour le détourner des moindres fonctions de sa charge. Il voulait les remplir toutes par lui-même, sans emprunter un secours étranl?er » ^ Son zèle pastoral semblait même au^rmenter en lui, à mesure qu'il approchait de sa iin. On le voyait dans ses dernières années réunir plus souvent son clergé et ramasser toutes ses forces, pour l'exhorter au maintien de cette exacte discipline qu'il avait travaillé sans relâche à lui rapjieler.
Son amour jiour son peuple le [)ortait égaleuient à prendre part à ses afflictions. Il en donna une preuve éclatante en 1<)74. Cette année-là, des pluies continuelles qui ruinaient les campagnes du Limousin, en pourrissant les moissons, faisaient redouter une grande famine. Le prélat, toujours prêt à favoriser les désirs légitimes de son peuple, permit de faire à Limoges, le 25 juillet, une proceasijon générale où furent portées la châsse de saint Martial et celles det^ autres saints, dont on conservait les reliques dans cette ville. Il voulut môme y assister ))ensonnellement, pour autoriser davantage cette cérémonie par sa présence. On s'assembla sur la place des Arbres, à côté de Téglise Saint-Martial, comme c'était Tusage ïH)ur la procession du mardi de Pâques. II y eut aussi prédication à cause de la grande afïluence du peuple qui s'y était rendu. On y vit défiler un grand nombre de « personnes en chemise », c'est-à-dire les confréries de jiénitents alors si prospères. Les religieux mendiants et tout le clergé des paroisses y assistèrent, ainsi que les magistrats du I^résidial et les consuls. Le chroniqueur ajoute qu\( après tant de prières et desu))plicalions le temjKs devint si beau et -si favijrable que les blés purent être ramasst*s au grand contentement de tous, et que cette année de récoltes fut remarquable par une grande abondance de toutes choses ». Heui'eux temï>s et lieureux peuple - !
L'année prétrédente cUniV Tévèque de Limoges avait été heureux de présider pour la septième fois b^ fêtes des Ostensions septennal<^ poui- la vénération de^ reliques de saint Martial et detj autres ^saints de Limoges et de la province. « Elles eurent lieu, dit l'un des témoins, avec la dévotion et le concours ordinaire, et M. de la Fayette, comme présageant que c'était la dernière fois qu'il tiendrait en ses mains le précieux chef de notre apêtre, le baisait dévotement et en pleurant '^. i> Tîne dernière occasion s'offrit au vénérable ]iréla1 de paraître avec éclat au milieu de sou jieuple. Le i«) septembre i(wT), Fram-ois de la Fayette oflicia pou lilicalement en présence d'une très grande assemblée, dans le service solennel qui fut célébré en sa cathédrale pour le uunéchal dv Turenne.
l. (htit.KOii f'Hit''hri', p. 4.*»<»1«uiv. \ot»)i>s ifj, ilapivs un e.xtrait Hh.s iv;ai.strHs> ih' SaiiH-Maiint' . l; iiusain!\> p^i'- un tarnilitT dt- 1 . vèrij ., !.• rurf iioii", i|u<' • la fiant»* du préiat /.à jjart ta rrt.v tU' son m-".!*!!!!' h \*aTis *^t\ Ui'ki. • ivista (uiijnurs rohuste '. . jiuM^iiii sa dt>riii«'n- fiiaiadie. Ms.*? *M, 1. 3-i.
!2. liss. Hi, 1. 31.
'^. lionavtrntui"»' Sainl-Amai)!*-. Histoire tir SaitU-MurtiaL t. III. p, 8G7.
gouverneur du Limousin. Le 7 octobre suivant, le prélat se trouvait incommodé. Il faisait appel à toute son énergie, pour tenir son synode le jeudi après la Saint-Luc, 24 octobre, et adresser à son clergé ses suprêmes recommandations ^
Quelques jours après, pendant qu'il vaquait dans son oratoire à ses exercices de piété, le saint évêque fut saisi tout à coup d'une maladie de langueur mortelle*. Des douleurs aiguës causèrent durant six mois de cruelles atteintes à ses jambes défaillantes '^. Se reconnaissant alors incapable de remplir désormais ses fonctions, il eut soin tout d'abord, de s'assurer un coadjuteur avec future succession. Dans cette circonstance, le vénéré prélat, dit de Périère, « sut faire un si bon choix et porta ses vues sur un si digne sujet, qu'il n'eut pas de peine d'obtenir de l'auguste monarque reflet de sa demande i>. Ce fut pour le vieillard la plus douce des consolations, mais il n'eut pas la joie de voir à son chevet « ce fils adopté», qu'il attendit avec une grande impatience. L'avenir de ses œuvres lui paraissant assuré, i'évêque de Limoges vit sans effroi la mort s'approcher. Dans ses derniers jours, ses vertus |
parurent avec un nouvel éclat. Fait extraordinaire, dit son panégyriste, c le prélat n'eut jamais un meilleur sens, un esprit plus i présent, un jugement plus solide ; son mal avec cette grande vieillesse n'était pas capable d'interrompre les exercices de sa piété. Il se plaignait même quelquefois de ce que Dieu lui faisait souffrir une mort trop douce » *.
Dès que la maladie l'eut mis hors d'état de se rendre à sa cha-N ;
pelle, pour y assister à la messe, il la fit célébrer dans sa chambre. Se levant de son lit, tout affaibli qu'il était, on le voyait s'appuyant, |
se traînant, pour se prosterner aux pieds de l'autel, et y recevoir avec plus de respect et de piété, la sainte communion. Un autre |
trait nous découvre encore toute l'ardeur de sa foi. Pierre Mercier, j
directeur du pieux évêque, lui dit trois heures avant sa mort : j
c Monseigneur, ce fut une grande consolation pour sainte Thérèse, |
de pouvoir mourir fille de l'Eglise : vous êtes un des Pères de cette Eglise, mais n'ètes-vous pas bien content de mourir comme un de ses enfants? » A ces mots, M. de la Fayette ranimant les forces qui lui restaient, se leva un peu sur son lit et répondit : e Je souhaiterais de mourir non seulement enfant de l'Eglise^ mais martyr de l'Eglise : je donnerais mon sang pour les intérests de la foy, je donnerais pour cela mille vies. )> Déjà mort à tout, d'esprit et de cœur, sa belle âme ne tenait plus qu'à Dieu, qui l'occupait sans cesse.
Pour annoncer au digne prélat la fin prochaine de sa vie, on n'eut pas besoin des timides ménagements d'une prudence mondaine. Il recommanda très instamment qu'on l'avertît, lorsqu'il serait convenable qu'il reçût les derniers sacrements. Il s'y disposa