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« A l'arrivée à la Mission, le benedicius fut chanté en fauxbourdon. Les doyen, diacre, sous-diacre et chapiers, et tous les chanoines de la cathédrale étaient en vêtements sacerdotaux pour honorer davantage la pompe funèbre. Etienne de Chavaille chanta la messe. Les cinq premiers dignitaires du chapitre donnèrent, selon Tusage, les cinq absoutes. Après cette cérémonie, le corps du prélat fut mis dans une bière de plomb et inhumé sous le marche-pied du grand-autel *. Au retour de Téglise de la Mission, le chapitre accompagna en procession le cœur du défunt, qui fut porté dans un petit colTre par le chanoine-diacre, couvert d'un voile noir, et déposé dans une armoire de l'église Saint- Etienne, jusqu'au service de quarantaine ».
Cette cérémonie eut lieu avec beaucoup d'éclat et devant une assistance considérable, le 2 juin, à la cathédrale. Avant d'ensevelir le cœur du prélat, à l'issue de la messe 2, l'orateur désigné par le chapitre, Jean de Périère, docteur en théologie, chanoine de Saint-Martial ^, prononça l'oraison funèbre de messire François de la Fayette. Il prit pour texte de son discours ce verset de la Genèse, Î35 : Consumptus letate mortuus est et appositus est populo suo senex et plenus dienim. Il est mort dans un âge fort avancé, et il a été enseveli parmi son peuple après une longue vieillesse et une heureuse plénitude de jours. Après un commentaire de ce texte, le panégyriste l'applique à son héros : « C'est ainsi, messieurs, que vous avez vu mourir messire François delà Fayette, évêque de Limoges, ou, pour mieux dire, c'est ainsi qu'il s'est vu mourir lui-même. Mais, pour l'avoir longtemps possédé, nous laisse-t-il moins de regret? Cette Eglise, dont il a été l'époux fidèle pendant un demi-siècle, en est-elle moins affligée? Ce peuple, dont il a été le Père, en est-il moins saisi de tristesse? Ce grand diocèse, qu'il a gouverné avec tant de soin et de zèle, est-il
t sait (Je voir dans son cercueil, je ne puis m'empêcher de m'écrier: ... « Opré- « cieuse et «imable tête, pour laquelle nous aurons toujours des sentiments de « respect et de vénération, arrêtez maintenant le cours de cet éloge funèbre qui « n'était pas moins au-dessus de mes foires, quMl est au-dessous de votre « mérite!... • Oraison ftm., p. 5i, 52.
1. M. De Voyon, supérieur du séminaire de la Mission, fit graver vers 1771, sur le tombeau du prélat, une longue épitapho, qui résumait élégamment sa vie. La voir à la fin de V Eloge historique.
2. On posa une lame de cuivi-e, où étaient gravés, le jour et Theure du décès du défunt, et les dons qu'il avait faits à la cathédrale par son testament, afin d'avoir pour lui une perpétuelle mémoire de ses bienfaits. Legros ajoute que de son* temps on ignorait le lieu de l'église où le cœur du prélat avait été enterré et où la lame de cuivre avait été mise. Mss. 34, p. 36.
3. Mss. 34, f. 33 à f. 36. Le panégyriste Jean de Périére, prêtre, grand-chantre de Saint-Martial, issu probablement de la famille de robe illustrée à cette époque à Limoges par Henri de Périère, président au Présidial de Limoges et con- .sul de cette ville en •16()7, se distingua par son savoir, sa piété, son éloquence et .son zèle. Il avait prêché l'année précédente, dans la cathédrale de Limoges, Foraison funèbre du grand Turenne. Il fut nommé le 18 octobre 1677, second sui)érieur des Carmélites. Il mourut au mois de novembre 1684, après avoir résigné sa dignité de grand-chantre à son neveu, N. Périère, qui la posséda trente ans. Bullelin de. Limogea, t. XLI» p. 106.
moins désolé, n'ayant plus ce bon pasteur? Au contraire... (p. 5.) Je ne suis donc pas surpris de voir ce vaste temple plein de deuil et d'ornements funèbres, cet autel plein de tristes flambeaux, cet auditoire plein de tous les Ordres de cette ville et de ce grand concours de peuple, Tair plein de ces chants lugubres, vos cœurs pleins de tristesse et de douleur... (p. 6.)
«Je comprens bien qu'il est plus facile de parler de messire François de la Fayette, qu'à messire François de la Fayette : combien de fois a-t-il imposé le silence aux prédicateurs? Combien de fois s'est-il plaint des louanges véritables qu'on lui donnait (p. 8.) Je puis, en m'arrétant à la sollicitude pastorale, réduire l'éloge de cet heureux défunt à trois excellentes qualités qui sont tout le comble et l'achèvement d'un pasteur, la dévotion, la douceur et le zèle. Je vous feray admirer en cet aimable prélat trois nobles plénitudes, une plénitude de dévotion, qui l'a uni étroitement à Dieu; une plénitude de douceur, qui lui a attiré l'amitié du peuple, une plénitude de zèle, qui l'a occupé dans toute l'étendue de son diocèse... »(p. 9.) Après cet exordeet cette division du discours en trois parties, suivent quarante-sept pages in-4o de développements, dont nous avons donné les passages les plus saillants. L'orateur, pendant deux bonnes heures, tint son auditoire palpitant sous l'émotion de sa parole. Quand on relit à froid maintenant cet éloge funèbre du chanoine de Saint-Martial, on est frappé tout d'abord de la vive admiration, qu'il professe pour son héros, dont il exalte les qualités supérieures et retrace ainsi parfaitement la physionomie morale. Mais l'on regrette d'autre par que la chaleur communicative de son éloquence soit souvent exprimée par une rhétorique de mauvais goût. Le style de l'orateur manque parfois de simplicité, ou bien est émaillé de figures emphatiques. Son discours, riche en phrases sonores, est assez pauvre en détails historiques, si précieux pour l'érudit, sur la vie extérieure de son héros, qu'il supposait connue de son auditoire ^.
I^ conclusion que nous donnons à cette esquisse biographique de notre prélat, ne semblera point, pensons-nous, exagérée à ceux qui l'auront parcourue avec attention. Par ses talents, ses vertus et les bienfaits de sa féconde administration, François de la Fayette a mérité d'occuper, après saint Martial, la première place dans la série des évêques de Limoges, a La mémoire de ce grand prélat, a dit Legros, est en bénédiction (elle le sera toujours) dans son diocèse, et surtout îi Limoges, où l'on voit encore les beaux établissements qui furent les effets de son zèle et de son amour pour son peuple et pour son clergé 2 ».