Mss. 0. 33, p
et la méditation plus facile à ceux qui commencent à s'y appliquer. Félix Vialart de Herse, évèqne de Ghâlons-sur-Marne, prélat que M. Olier, son ami et son cousin, avait en grande estime, les avait aussitôt recommandées dans une lettre pastorale. Des docteurs en théologie les avaient approuvées. Le confesseur du roi, le P. de la Chaise se vantait, assure Saint-Simon, de les avoir toujours sur sa table, et Clément XI lui-même qui les condamna au feu en 1708, en aurait au premier moment fait l'éloge. Leur succès fut immense. En 1687, il fallut en donner une seconde édition ; en 1693, une troisième, celle-ci définitive, très augmentée, et formant quatre volumes in-S®. Les années suivantes les éditions s'enlevant, et les lecteurs se multipliant, cet ouvrage fut bientôt la nourriture spirituelle de tous les catholiques de France.
Cependant le P. Quesnel s'était déjà signalé par son jansénisme militant, à ce point que, en 1681, l'archevêque de Paris, François de Harlay, l'avait exilé à Orléans. Bien plus, Quesnel s'était subrepticement enfui de cette résidence imposée; il avait gagné Bruxelles pour y rejoindre Arnauld. Ce fut entre les bras de TOratorien Pasquier Quesnel que le fauteur du jansénisme rendit le dernier soupir en 1694. Sans tenir compte de ces incidents, Louis de Noailles, successeur de Félix Vialart, célébra le livre de Quesnel dans un mandement enthousiaste. Pareille estime et pareille louange des Réflexions morales furent confirmées en 1694 par François de Baglion, évêque de Poitiers, prélat de grande vertu. C'était le premier pas dans une voie semée d'épines pour l'Eglise de France et pour l'évêque de Châlons lui-même. Car son transfert à l'archevêché de Paris, qui survint bientôt après (1695) fut l'étincelle qui ralluma les querelles théologiques et le point de départ d'une des crises religieuses le plus redoutables *.
Si l'on en croit le témoignage suspect des jansénistes, Louis d'Urfé n'aurait pas moins goûté le livre des « Réflexions Morales », que l'évêque de Châlons. Peu de temps après la publication du mandement de Louis de Noailles, notre prélat aurait à son tour, en 1694, donné son approbation à l'ouvrage du P. Quesnel, et l'aurait représenté « comme étant propre à instruire et à édifier son peuple » 2, i^ien plus, l'évêque de Limoges aurait prié l'auteur de faire
1. Bès la ftn de 1690, les adversaires du P. Quesnel, indignés de la promotion de Louis de Noailles, se mirent à traiter les RôflcvUma morales à la façon d'une place de guerre. Après 1703 seulement, les évoques de France commencèrent à interdire à leurs ouailles la lecture du livre contesté. Mais auparavant Bossuet lui-même, qui ne manquait ni d'autorité ni de finesse comme l'archevêque de Paris, s'y était laissé prendre. Pour tirer son ami du mauvais pas où il se trouvait, il avait composé, en 1696, un mémoire manuscrit qu'il avait intitulé Avertissement, dans lequel il expliquait l'éloge donné au livre du P. Quesnel et ménageait à Noailles, en cas de censure, une porte de sortie. Voir les détails dans la revue Le Correspotulant, 10 avril 190i, art. de Lacombe. ^opposition retiffietise au début du di^^-fluiti^')ue siècle.
2. On peut lire Je même éloge sous la signature de Bossuet : « H ne faut que lire ce livre, pour y trouver avec le recueil des plus belles pensées des saints, tout ce qu'on peut désirer pour Tédilication, pour l'instruction et pour la consolation des lidéles. » Correspondant, ibid.
imprimer séparément les Réflexions morales^ seulement sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtes de l'année, pour en faire un volume de propagande que les curés de campagne auraient pu se procurer à juste prix. On raconte même que le P. Quesnel se serait prêté volontiers à ce que le zélé prélat désirait de lui et même qu'il aurait joint à ce nouveau livre des Réflexions sur les leçons tirées de V Ancien Testament, qui se trouvaient dans le Missel romain. Mais le manuscrit s étant perdu entre Bruxelles et Paris, et l'auteur n'en ayant pas d'autre copie, l'ouvrage ne fut point publié.
Môme en supposant véritables tous ces contes, l'erreur de notre prélat lui aurait été commune avec plusieurs autres évêques vertueux et savants, avec Bossuet lui-même, malgré ses discrètes réserves. Il aurait été séduit comme eux par ce qu'il y avait de bon dans les Réflexions moraleSy au moment où l'engouement des catholiques pour ce livre était presque universel ^. Néanmoins l'entraînement de l'évêque de Limoges dans cette affaire nous paraît invraisemblable, parce qu'il semble contraire aux idées connues du disciple de M. Tronson et qu'il est contredit particulièrement par sa conduite à l'égard des jansénistes de son diocèse.
4" Luttes de Louis d'Urfé contre les Jansénistes de so7i diocèse.
L'opposition énergique que fit notre prélat à un curé et à plusieurs religieux augustins de son diocèse, qui furent gravement suspects d'adhésion au jansénisme, rendit éclatante aux yeux de tout son peuple, la pureté de sa doctrine. Ce fut d'abord le curé deSaint-Symphorien ^^ nommé Albert du Chesne, que l'évêque de Limoges eut à ramener dans la bonne voie. Ce curé opiniâtre, en relations avec les gens du parti, avait déjà, du temps de François de la Fayette, refusé de souscrire au Formulaire. Devant une nouvelle instance et un nouveau refus, notre prélat l'interdit, le 13 août 1677, de ses fonctions curiales et sacerdotales 3.
Le moyen de répression parut excessif à M. Tronson : a Je n'ai point vu encore, lui écrit-il, le 4 septembre 1677, la signification que vous avez faite au curé de Saint- Symphorien, qui a refusé de signer le Formulaire ; mais l'interdiction que vous lui aviez prononcée de vive voix et sur le champ paraissait un peu forte. 11 semble aussi en vouloir tirer quelque avantage pour sa requête; et comme il ne manquera pas de personnes qui entreront dans ses intérêts, et que l'on en parle déjà beaucoup en cette ville, je suis ravi que vous en ayez écrit à Mgr l'Archevêque (de Paris), parce
\. Mss. n. 33, p. 630 et Labiche, Vies des Saints, t. I, p. 64.
2. Il y avait deux paroisses de ce nom dans le diocèse de Limoges : l'une de huit cents communiants près Nantiat (Haute-Vienne) ; l'autre, appelée aussi de Sainte-Feyre, de mille six cents communiants, avec uhe communauté de prêtres près Guéret (Creuse). Pouillê historiqiu*, p. 386 et 529.
3. Voir à la Bibliothèque de l'Arsenal, n. 2008, une requête de ce curé à Tévèque de Limoges, en date du 5 novembre 1677.
que je crois qu'il sera bien aise de vous y servir. Je lui en dis un mot avant mon départ pour les vacances, et il me parut dans les meilleures dispositions du monde. L'on a voulu me persuader que vous alliez renouveler la signature du Formulaire dans votre diocèse ; mais, j'ai peine à croire que vous vouliez vous exposer à faire tant de bruit ; et vos amis croient que ce que vous venez de faire en la personne de ce curé, sera si efficace, qu'ils vous conseilleraient volontiers de vous contenter, durant quelque temps, de ce premier exemple, sans en faire un second, à moins d'une extrême nécessité. Ce n'est pas sans raison que je vous mande ceci, parce que je vois que ceux qui ne vous veulent pas trop de bien, souhaiteraient que vous fissiez bien du bruit, pour avoir lieu de crier contre vous. Ils disent que vous allez mettre le feu dans tout votre diocèse, et ils avancent plusieurs belles choses" de cette nature ; mais elles ne serviront qu'à vous faire estimer davantage ; et, pourvu que, pour vouloir aller trop vite, et faire trop de bien, vous ne leur donniez point de prise ^.. 5)
Les résistances du curé de Saint-Symphorien préoccupèrent la cour de France, qui redoutait énormément le réveil des querelles du jansénisme. « Il est très vrai, écrivait M. Tronson le 9 octobre 1677, que le roi désire effectivement que l'affaire de votre curé s'assoupisse. 11 s'attend donc que vous Tassoupirez sans bruit; et c'est ce que Mgr Tarchevéque me dit hier de sa part, pour vous récrire. Si l'on pouvait vaincre Topiniâtreté de ce curé, et le guérir de son entêtement en lui faisant souscrire simplement le Formulaire, ce serait assurément un coup important, et pour l'Eglise en général, et en particulier pour tout votre diocèse. Mais il (l'archevêque) croit que si l'on ne peut absolument l'y réduire, et qu'il •se fixe à ne point donner de signature simple, vous devez vous contenter d'une expliquée comme celle que les jansénistes ont donnée et en suite de laquelle le pape les a reçus. Il m'a ajouté, que pour les suites de cette souscription, vous ne devez point craindre que d'autres se servissent de cet exemple, parce que le roi lui avait dit que, si la même chose arrivait une seconde fois, il y mettrait un si bon ordre, que, de votre vie, vous n'en seriez embarrassé. Je crois néanmoins vous devoir dire qu'en pareil cas, il serait nécessaire de faire seulement un procès-verbal de ce qui se serait passé, sans rien ordonner ; el ensuite l'envoyer ici, afin qu'on pût le faire voir au roi... C'est parle moyen de ces procès-verbaux que Mgr de Coutances - s'est si absolument rendu maître dans son diocèse, et que tout le parti soulevé contre lui a été obligé de plier et de se taire ^ ».
Un mois après, le curé janséniste ne semblait guère disposé à