Mémoires donientiques de l'Oratoire^ p
comptait parmi ses membi-es et ses dignitaires, Tun de ses frères. A en juger par une lettre de M. Tronson adressée, le20 juin 1684^ à Julien de Tanoarn, professeur de dogme au séminaire de Lyon *, notre prélat eut à intervenir probablement, pour apaiser la querelle, auprès du P. Claude d'Urfé, alors visHeur de son Ordre et de leur neveu le confrère de Langeac ^, qui s'étaient faits l'écho de vagues plaintes et de faux rapports contre la Compagnie de M. Olier tout entière, et particulièrement contre les messieurs du séminaire de Limoges 3. Quoique graves, les accusations du P. d'Urfô et du neveu ne semblent pas avoir eu de suite. En tout cas, la prétendue querelle des communautés de Paris n'eut pas d'autre répercussion à Limoges.
A l'arrivée des PP. Ruben dans cette ville, vers la fin de 1685, les rapports de l'évêqueavec ses prêtres de la rue de Manigne s'améliorèrent promptement. « L'estime que leur liaison avec le P. Le Jeune avait inspirée pour l'Oratoire à ces ecclésiastiques du pays, nous apprend Batterel, leur fît souhaiter, quelques années après la mort du missionnaire, d'y être reçus. Leur exemple engagea deux autres prêtres vertueux du même diocèse, et du groupe des bons missionnaires qui avaient travaillé avec le Père aveugle, à en vouloir faire autant. Il n'y avait d'autre exercice à exiger de sujets ainsi formés, que la cérémonie d'une retraite, pour leur faire prendre la robe et le collet. Le premier dessein du conseil des Pères de l'Oratoire fut de les faire venir à l'Institution de Paris (rue Denfert), selon une délibération du 18 mars 1678. Mais on se contenta depuis, pour leur épargner le voyage, de les adresser à la maison de Niort, pour aller demeurer à La Rochelle, après une simple retraite (mai 1679). Ils furent reçus de cette manière dans la congrégation, au commencement de juillet 1679. On le voit par leur lettre de remerciement au Père général de Sainte-Marthe, qui est du7 juillet, signée des deux PP. Ruben, du P. de la Saigne, et du P. du Teil de Grand-Saigne. Ils disent qu'ils attendent de leur pays un cinquième compagnon, qu'ils nomment Oudoin. Leur lettre est tendre, pleine d'estime et d'attachement pour la congrégation. Elle ne respire qu'un grand désir d'y servir Dieu, et de s'y dévouer au salut du prochain.
Sur la fin de novembre 1679, Gabriel et Jacques Ruben furent envoyés à la maison de Notre-Dame des Vertus à Aubervilliers,
1. Correspond,^ t. I, p. 476. Ce prêtre de Saint-Sulpice, docteur de Sorboniie, devait succéder en 170(3 à Jean Bourdon, comme supérieur du séminaire.
2. On sait que les doctrines jansénistes envahissaient les maisons de TOratoire, nonobstant le zèle et l'orthodoxie d'une élite de cet Ordre, et notamment du P. d*Urfé. Ce dernier était comme ses confrères prévenu contre la Compa^ gnie de Saint-Sulpice, accusée à tort, protestait M. Tronson (I, 36Î)) < de faii'e paraître son opposition pour TOratoire ». Voir (Appendice I) la notice concernant le P. d'Urfé.
3. Julien de Tanoarn avait écrit à M. Tronson que plusieurs Pères de l'Oratoire, notamment ceux de Limoges, étaient prévenus contre les prêtres de Saint- Sulpice de cette ville. Ceux-ci étaient accusés d'avoir montré contre eux une si grande antipathie qu'elle serait allée « jusqu'à les traiter d'hérétiques ». Le P. d'Urfé, ajoutait-il, lui avait dit qu'il « trouvait cette manière d'agir^ fâcheuse, crueUe et malhonnête ». Ibid.y U I, p. 476.
près de Paris. Les deux Pères y eurent alors pour supérieur le ■p. Claude d'Urfé ; ils furent témoins de son zèle ardent de missionnaire et furent aussi pour lui de fidèles collaborateurs. L'Oratoire entretenait à Notre-Dame des Vertus, un corps de réserve de missionnaires, dont on détachait au besoin de petites colonies, qui allaient exercer leur ministère dans les divers diocèses à la demande des évéques. C'est jie là que le P. Gabriel Ruben fut tiré, Tannée suivante (1680), pour aller faire à Angoulême des conférences aux ecclésiastiques de la ville, qui y firent concevoir une si grande estime de l'Oratoire et de sa personne, qu'on offrit pour lui à la congrégation la cure importante de Saint-André, comme un acheminement à la conduite du séminaire. Mais le temps ne parut pas propre pour l'acceptation de cette offre.
Ses supérieurs envoyèrent le P. G. Ruben dans les missions du Midi, auxquelles le gouvernement attachait une grande importance, car c'était dans ces contrées que les calvinistes se trouvaient les plus nombreux, et les nouveaux convertis en général avaient plus de confiance dans les missionnaires de l'Oratoire qu'en ceux des autres corps. Le P. Ruben avait alors soixante ans; mais la vieillesse n'avait pas amorti l'ardeur de son zèle. Cette même année (1680), Charles de Pradel, évêque de Montpellier (1676-1696), le demanda pour prêcher l'Avent et le Carême dans sa cathédrale. C'était une station d'autant plus importante que la ville de Montpellier était remplie de protestants. Le P. Fressinaud, supérieur du séminaire, écrivit à son sujet au P. de Sainte-Marthe : « La personne que ce prélat nous demande est l'homme qu'il nous faut, pour soutenir l'honneur de notre pauvre congrégation dans ce pays-ci, où feu Mgr son oncle (François Bosquet) avait tant souhaité de le faire prêcher autrefois. » Il le fit et tout le monde avoua qu'on n'avait jamais vu un prédicateur de ce talent, ni qui eût si fort le don de plaire et de toucher en même temps. Aussi le cardinal de Bonzy, archevêque de Narbonne, le retint pour le Carême de 1682 dans sa cathédrale, et le cardinal de Grimaldi, archevêque d'Aix, lui fit le même honneur dans la sienne, pour le Carême d'après. Dans les intervalles de ces stations, les frères Ruben furent employés dans les missions des Cévennes, pays presque entièrement rempli de protestants, et où leur zèle fut couronné des plus heureux succès. Ils travaillaient aussi à Niort sur la fin de 1685, aux missions pour l'instruction des nouveaux convertis, genre de vocation pour lequel on leur connaissait un talent particulier. Ce fut là le terme des travaux apostoliques de Jacques Ruben. Il revint à Limoges pour y rendre le dernier soupir le 25 janvier 1686. Il fut enseveli auprès du P. Le Jeune dans l'église de l'Oratoire. Son frère, en composant son épitaphe qu'il fit graver sur son tombeau, rendit un solennel hommage à sa mémoire.
Malgré leurs nombreuses prédications dans divers diocèses, celui de Limoges, leur pays, resta le principal théâtre des travaux apostoliques des deux frères Ruben. Ils y travaillèrentavec une grande bénédiction depuis leur entrée dans l'Oratoire, comme avant. « Le
LOUÎS DE LASCARÎS D'URPÉ 4l7
P. Le Jeune et eux, dit avec une certaine exagération leur confrère Batterel, sont après Dieu les auteurs de presque tout le bien qui s'y est fait depuis longtemps ». Marchant en tout sur les traces de son vénérable ami, le missionnaire de l'Oratoire, le P. Gabriel Ruben y continua avec beaucoup de fruit son œuvre et fut particulièrement pour révêque de Limoges Tun de ses auxiliaires les plus précieux dans les missions si importantes qui suivirent la révocation de redit de Nantes. Il termina sa carrière apostolique le 14 février 1693, étant supérieur de la maison de l'Oratoire à Limoges, depuis le mois de mars 1689 *.
Le talent oratoire et le zèle ardent de G. Ruben lui avaient fait une telle réputation dans sa province, que, cinq ans après sa mort, l'abbé du Carrier prêchant à Limoges (1697), dans l'église de l'Oratoire, un sermon sur les Grandeurs de Jésus, pouvait faire Téloge suivant du pieux missionnaire: «Combien de^grands hommes sont sortis de cette maison où j'ai l'honneur de parler? Vous n'avez pas perdu, Messieurs, le souvenir de ce grand prédicateur que la mort nous ravit, il y a peu d'années, épuisé par ses travaux apostoliques; cet homme dont les rares talents ont fait si longtemps votre admiration, et qui a rempli pendant tant d'années nos premières chaires avec un concours si général et une réputation si soutenue ; cet homme enfin plus admirable aux yeux de ses confrères par sa profonde humilité et par sa vie intérieure et si pénitente, qu'aux yeux du monde, par tous ses talents 2. »
3^ Relations prétendues de JLouîs d'Vrfé avec le P. Quesneh
Si l'on s'en rapporte aux seules déclarations des jansénistes de la fin du dix-septième siècle, des relations écrites auraient existé entre Louis d*Urfé, évêque de Limoges et le P. Quesnel de l'Oratoire. Le prélat serait même allé jusqu'à donner son approbation aux premiers livres du célèbre novateur. Mais il importe de remai*quer avec l'historien du diocèse « qu'on n'a jamais rien cité d'authentique de notre prélat et qu'on n'a songé à réclamer son témoignage (à cause de la réputation de ses vertus), qu'après sa mort» ^. Admettons un instant ces assertions des jansénistes de ce temps ; l'erreur hypothétique de l'évêque de Limoges, dans les circonstances où elle se serait produite, ne ferait aucun tort à sa mémoire.
Les Réflexions morales, qui étaient un recueil de maximes commentant le texte des Evangiles, avaient été imprimées à Paris en 1671 . Elles formaient alors un tout petit volume et portaient pour titre: Abrégé de la morale de V Evangile ou Pensées chrétiennes sur le texte des Quatre Evangélistes, pour en rendre la lecture
1. L. Batterel, Mémoit^ûs domesiiqKes de VOmloire, p. 93 et suiv.
2. L'abbé Arbellot, Notice sur G. Huben. Notons ici que les ossements du P. Le Jeune et des frères Ruben, transférés en 1765 dans la nouvelle église de rOratoire,rue Manigne, furent consumés dans leur cercueil par le terrible incen'die qui détruisit ce quartier de Limoges^ le 6 septembre 1790. Aïheûoi^ ibid,