‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 329 sur 480 · A Leroux, Archives hospitalières, t. XXV-XXVI · texte numérisé non relu

A Leroux, Archives hospitalières, t. XXV-XXVI

En principe, l'œuvre du Refuge devait participer de i'asile et du pénitencier, en vue des existences brisées qui chercheraient à se rattacher à la vie morale par le repentir et aussi en vue d'opposer un frein au désordre. Dans la pratique, dès le début du moins, par TefTet de Timmoralité des sujets eux-mêmes, rétablissement tint du pénitencier plus que de l'asile. Cette déviation forcée, cette sévérité étendue à des sujets diversement disposés, quelquefois peut-être désireux de s'amender, affligeaient les administrateurs et les religieuses. Les duretés du régime excitaient d'ailleurs la sollicitude épiscopale. On voit en 1(589 le saint évêque Louis d'Urfé, demander aux supérieures des Refuges de Lyon et de Paris des renseignements, afin d'améliorer le Refuge de Limoges. La réponse de Madame de la Chapelle, supérieure de la maison de Paris (établie à l'hôpital général de la Salpétriére, en avril 1665) sera lue avec intérêt, t Pour rendre plus utiles les Refuges, est-il dit dans sa lettre du 2 décembre 1689, il a paru nécessaire de sépai'er les filles paisibles et de bonne volonté d'avec cefies qui sont retenues par force. Il y a des règlements pour Theuredulever et du coucher, la prière, la lecture, le travail et le silence. Les exercices se font sous la présidence de la supérieure. On profite plus par voie de douceur que par rigueur. Ce sexe veut être conduit par la mansuétude. De petites mortifications répétées valent mieux que de sévères châtiments. Il faut une grande patience, et ne point se décourager. Pour les sacrements, on les y exhorte seulement. Nous faisons venir des prédicateurs, et ménageons des retraites qui profitent à plusieurs. J'ai donné à votre secrétaire (Noël Drouet) les règlements des Refuges d'Angers, de Dijon et autres. Je finis », etc... Ainsi à Paris les filles repenties étaient séparées des filles incorrigibles. On avait par là satisfait, en distinguant le Refuge du pénitencier, à la première condition d'une bonne administration.

Louis d'Urfé eut voulu, dès lors, soumettre le Refuge de Limoges à un semblable régime. Il reconnaissait les avantages de la séparation, il en comprenait la nécessité ; mais, pour réaliser cette disposition, il fallait construire dans l'enceinte de l'hôpital, un édifice supplémentaire. Le prélat n'eût pas reculé devant la dépense; mais, obéré par une série d'années de disette, il versa, jusqu'à la fin, toutes ses ressources dans le sein des pauvres ^. Son projet du moins dut être réalisé sous son successeur ; car nous avons lieu de supposer, d'une part, qu'une des deux maisons contiguës du Refuge ne fut construite qu'à cette époque, et d'autre part, nous savons par l'auteur de la Relation limousine de 1701 et de 1702, Jean de Périère, que le Refuge établi par l'inspiration du P. Honoré, était alors un établissement bien ordonné et prospère, a Ces filles pénitentes se conservant par la vigilance et par l'attention qu'ont Messieurs les administrateurs de l'Hôpital général pour tout ce qui les concerne, vivent dans une profonde paix, dans un sincère regret de leur égarement, et dans les exercices d'une piété

J. Laforest, iOul., p. 481, 485.

LOUIS DE LÂSCUUS D*UflFÉ 447

exemplaire. De sorte qu'on voit, avec une consolation sensible, dans celte terre sainte, où la Providence de Dieu a^ en si iieu de temps, donné une heureuse retraite aux pauvres et aux pc^heurs, Tétendue de ses bontés pour les corps et i>our les âmes * i>...

Aucune des grandes actions et des bonnes œuvres de Louis d'Urfé ne laissa dans les esprits un aussi long souvenir que son amour des pauvres 2^ qui lui avait inspiré la fondation du Refuge, et l'avait poussé à doter cette mtùson. Cette vertu, en effet, était Tincl inaction favorite du saint évêque : elle lui foisaît regarder ses biens, comme le patrimoine des i^auvres. Ses mains ne sa\^ient rien retenir de ce qu'elles pouvaient prendre dans son trésor souvent épuisé, ou dans les bourses de ses charitables citoyens auprès desquels il se rendit le quêteur des pauvres. Il donnait même de son nécessaire, et sans songer aux besoins du lendemain, il empruntait sur ses revenus à venir, pour avoir de quoi faire Taumône... Ce n'était pointe un sol b qu'il jetait à un |>auvre, mais tout chemin faisant, il leur donnait de l'argent sans mesure. Comme il eut un jour donné quatre écus à un i^auvre qui lui demandait Taumône, raconte le panégyriste Du puy, son aumônier lui dit sur l'heure : «i Votre Grandeur n'a sans doute pas pris garde, qu'elle â donné quatre écus à ce pauvre ». A quoi il répondit, en faisant le sur[)ris à son tour : « Ai-je donné quatre écus ? »

Ce n'était point par hasard qu'il assistait les pauvres, et lorsque des accidents imprévus les lui faisaient connaître, il les allait chercher lui-même et les visitait fréquemment dans les hôpitaux. « Il était si souvent parmi eux, qu'encore aujourd'hui, dit son panégyriste, ils croient le voir répandre ses bénédictions sureux... » — « Le bon prélat de son côte avait toujours les pauvres dans sa niémoii*e ou sous ses yeux. H s'informait curieusement de leurs besoins, et s'appliquait sans relâche à les prévenir et presque à les deviner. Il songeait continuellement aux maux dont ils souffraient, et aux biens qu'il pouvait leur faire, ne négligeait rien, veillait sur tout et treriiblait encore qu'une infinité de misères n'échappassent à sa vigilance. Cependant il n'ignomit rien, parce que su charité généreuse lui attirait par ses profusions, tous les pauvres de son diocèse, qui comptaient sur ses revenus comme sur une ressource assurt^e à leur indigence ^ «.

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