‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 335 sur 480 · Labiche, ibid,, t. 1, p · texte numérisé non relu

Labiche, ibid,, t. 1, p

se trouvant épuisé et ne voulant pas cesser de faire l'aumône, il engagea son anneau épiscopal et dépouilla sa main de ce bel ornement. »

Un dernier trait plus touchant encore peint au vif la charité héroïque de notre prélat : il se produisit la veille de sa mort, alors qu'il avait distribué tous ses biens aux pauvres. « Il restait encore à ses fermiers quelques comptes à lui rendre. Il les fit appeler à ce dernier moment, et, imitant la prudence de l'économe de l'Evangile, pour se faire des amis du peu de biens qui lui restait : « Quantum déhes'l Que me restez- vous (devoir) ? leur dit-il. Si vous me restez (devoir) cent, je vous (laisse) quitte pour cinquante, pourvu que vous me donniez cela comptant, pour pouvoir le distribuer aux pauvres avant de mourir. Je souhaiterais après cela que mon corps, qui est le seul gage qui me reste, pût se changer en pain pour le leur distribuer, et tel qu'il est, je le donnerais volontiers à leur cimetière, si je pouvais le ravir à l'église de mon séminaire, qui doit être son lieu de repos jusqu'au jour de la résurrection ^. »

Si nous ajoutons enfin que « le mouvement que notre prélat se donnait durant ces années de famine et les fatigues qu'il essuyait pour procurer le soulagement de son peuple, lui occasionnèrent à diverses reprises des incommodités », qui ne furent pas étrangères au mal foudroyant qui l'emporta presque subitement, on conviendra aisément que Louis d'Urfé manifesta à Limoges, dans des circonstances semblables, un dévouement aussi digne d'admiration que celui d'un Belzunce, dont la ville de Marseille devait être témoin quelques années plus tard.

Encouragé par l'héroïsme de sonévéque, le clergé de Limoges fit preuve à son tour dans ce même temps d'une fidélité constante à son devoir, qui contraste à son honneur avec la désertion et la faiblesse, dont quelques dignitaires de ce même corps avaient donné un exemple lamentable pendant la peste de 1631. Cette différence si notable de conduite de la part du clergé limousin à deux éf)oques relativement rapprochées, nous permet de constater d'une manière saisissante le progrès considérable de son état moral vers la fin du dix-septième siècle. Le curé de Saint-Michel-des-Lions, au lieu d'abandonner son troupeau, en s'excusant, comme l'avait fait en 1631 l'un de ses prédécesseurs, resta à sa tête et pria l'évêque, tant le nombre des malades était grand dans sa paroisse, de lui faire donner des secours spirituels extraordinaires. Les Récollets de l'hospice Saint-François s'y prêtèrent avec tant de zèle, que le prélat prêchant ensuite (en 1694) dans l'église des Dominicains le jour de la fête du Rosaire, fit hautement l'éloge des services que les religieux franciscains avaient rendus au public, et il retraça les obligations que la ville de Limoges leur avait 2,

1. Dupuy, Oraison fun.^ p. 49 et suiv.... Du Carrier rend le même hommage à notre prélat dans les mêmes termes : « Enflammé d'une charité toute divine... il disait souvent à Dieu, et il nous l'a dit à noua-mêmes, qu'il voudrait pouvoir se changer en pain pour nourrir ses pauvres. Quelle parole, Messieui-s ! quelle charité!... » Du Carrier, Oraison f un. ^ p. 26.

Page 1