II. Louis d'Urfé, Tun des plus saints prélats de son temps
i® Conseils de perfection épiscopale donnés à Vévêque de Limoges par Vahhé de Rancé.
Notre prélat eut l'honneur d'avoir pour conseiller et pour soutien de sa vie épiscopale le célèbre réformateur de la Trappe, Tabbé de Rancé. Louis d'Urfé s'était lié avec lui dès sa plus tendre jeunesse, au moment mêmede son entrée à la cour de France, (1647) ^. Agé de vingt-et-un ans, le filleul du cardinal de Richelieu, Armand Le Bouthillier de Rancé, était déjà connu dans le monde par ses talents extraordinaires et aussi par son amour du luxe et du plaisir. Le brillant abbé reçut dans ces dispositions du jeune Louis lui-même des exemples d'édification, « de sagesse et de maturité », qu'il était loin encore de pouvoir donner 2.
Dix ans plus tard (1657) le spectacle de la mort réveillait ses sentiments de foi et le détachait du monde. S'étant démis de ses bénéfices, il ne garda que son abbaye de la Trappe dans le Perche, où il se retira dans le désir d'y établir la réforme. Il remit peu à peu en usage dans ce monastère les pratiques les plus austères, s'astreignant le premier aux exercices de pénitence qu'il imposait aux autres. Les hautes vertus de l'abbé de la Trappe et de ses fervents solitaires attirèrent bientôt auprès d'eux un fiot continu de visiteurs. Prélats, ecclésiastiques, religieux, hommes du monde de toutes les conditions se succédaient à l'abbaye sans relâche, pour y passer quelques jours dans la méditation des vérités éternelles, en sorte qu'un seigneur de la cour pouvait dire avec raison : « Aller à la Trappe, c'est la passion de tous les honnêtes gens 3. »
Louis d'Urfé l'un des premiers sans doute à visiter son ami après sa conversion, fut heureux de revenir plusieurs fois s'édifier dans le désert de la Trappe du genre de vie des religieux. Aussi eut-il à cœur de s'y rendre aussitôt après son sacre en 1677, d'y passer quelque temps près du vénérable abbé et de se préparer sous sa direction, par la prière et la retraite, à ses fonctions épiscopales *.
Durant toute la durée de son épiscopat, la Trappe exerça sur notre prélat le même attrait que sur d'autres saints évêques de France, qui y firent de fréquents voyages 5. « Je suis affectionné à la Trappe », écrivait à l'abbé de Rancé, Bossuet, le plus illustre de ses visiteurs, « comme le serait un de vos religieux, et à vous comme à un ami cordial et à un homme que je crois à Dieu et
1. Comme celle d'Urfé la famille de Rancé avait son hôtel à Paris sur la paroisse Saint-Cosme et Saint-Damien, en plein faubourg Saint- Germain. Le P. M.-L, Serrant, Vahhé de Rancé. Paris, 1903, p. 2.
2. Archives de la Grande Trappe, Lettres inédites de piété, n. 71, \^ série.