Bulletin de Linu^ges^ t. XL, p
années. Dans ce temps de disette, le clergé de Limoges fit tout son devoir et se montra aussi charitable que ses ressources le lui permirent. Le chapitre de la cathédrale prit à sa charge l'entretien d'une cinquantaine de pauvres ^. Mais ce fut Tévêque qui donna le prepfiier un merveilleux exemple de charité. L'argent lui manquant bientôt pour le soulagement d'une foule de pauvres qu'il avait pris à sa charge, il vendit à l'exemple de son prédécesseur ses meubles, sa vaisselle d'argent et fixa de nouveau par esprit d'économie sa résidence habituelle et modeste au séminaire des Ordinands. N'ayant plus rien à donner aux pauvres vers le commencement du mois de mai 1699, le prélat se rendit à Paris, pour exposer aux gens charitables le pitoyable état de son diocèse, et les porter à assister par leurs aumônes son peuple infortuné qui se mourait de faim 2. Le supérieur de Saint-Sulpice fut le premier à lui venir en aide. « Gomme le séminaire de Limoges avait amassé 6000 livres pour avoir un tabernacle magnifique, M. Tronson les lui fit donner en disant que Jésus-Christ serait plus honoré, en empêchant de mourir de faim- ses temples vivants, que de lui faire faire des tabernacles d'or et d'argent 3. »
Le prélat s'étant ensuite adressé aux ministres de l'État obtint une audience du roi, pour lui représenter sa requête. Gomme en l'abordant l'évêque lui demandait la permission de l'entretenir des misères de son peuple de Limoges, Sa Majesté lui dit : « Monsieur, vous avez achepté trop cher le droit de me parler, pour ne le pas faire avec toute liberté, et moi de ne vous pas écouter avec toute l'attention possible. » Le roi ordonna à l'issue de l'audience de délivrer à l'évêque de Limoges 20 000 livres. François de Ganisy profita encore du crédit, dont il jouissait dans certaines églises de Paris, pour y faire des quêtes abondantes, qui rapportèrent en quelques jours (pendant le mois de juin 1(599) la somme de 22000 livres.
De retour à Limoges, le prélat utilisa de son mieux ces divers subsides pour le soulagement d'une multitude de pauvres. Ginq ans plus tard la famine sévissait encore dans le diocèse de Limoges. La disette de blé provenant de la mauvaise récolte de 1704 se faisait sentir parmi le pauvre peuple de la province l'hiver suivant. L'évêque de Limoges, dont les ressources furent bientôt épuisées, se lassa de voir de grandes misères auxquelles il ne pouvait plus porter remède. Un désastre du même genre qui se produisit pour les récoltes de l'été 1705, mit le comble à la peine qu'éprouvait le sensible prélat. Sur ces entrefaites son état de santé étant devenu plus précaire, François de Ganisy, dontlacomplexion avait toujours été faible *, craignit alors que ses infirmités ne le fissent manquer