I. Ses Vicaires généraux
L'œuvre épiscopale d'Henry de la Martonie se présente dans son ensemble, comme un véritable prélude de la rénovation religieuse dans son diocèse. Le jugement très formel sur ce point d'un historien de l'ancien clergé de France, peut être admis comme l'écho d'une tradition encore vivante dans le diocèse de Limoges.. « Ce prélat, dit cet auteur, travailla avec un zèle infatigable à réformer les abus d dont souffrait son diocèse *. Voyons, si les faits confirment ce témoignage.
Le premier acte administratif du nouvel évèque de Limoges, peu de temps après son sacre, fut d'envoyer (le 12 octobre 1587) de Paris où il se trouvait alors, des lettres du vicaire général, à l'un des prêtres les plus distingués de sa ville épiscopale, Joseph de Julien. Cet ecclésiastique, dont la famille comptait alors à Limoges deux trésoriers de France, les sieurs du Genesti et du Breuil 2, était depuis 1567 abbé commendataire de Saint-Martin et licencié en droit. Ordonné prêtre et pourvu d'une prébende à Saint-Martial en 1572, il résigna ce bénéfice en 1579 et fut nommé cette même année curé de Saint-Priest-sous-Aixe. Durant neuf ans (1587-1595), Joseph de Julien nous semble avoir rempli avec succès les fonctions alors difficiles et délicates de vicaire général. Par le fait même qu'à l'époque des troubles civils delà Ligue, il habita dans la ville de Limoges une maison noble qui lui appartenait 3, nous sommes en droit de conclure, qu'il partagea les sentiments royahstes de ses concitoyens et qu'il put, en l'absence de l'évêque proscrit, remplir auprès de ses compatriotes un ministère utile. Il avait près de soixante ans, quand il mourut à Limoges le 25 avril 1595 ^.
Il eut pour l'aider dans les soins de l'administration du diocèse
\. Hugues duTems, Le clergé de France, Paris, 1775, iir, 287. L'auteur déclare qu'il a écrit ses notices sur les évéques de Limoges d'après les renseignements que Mgr Louis d'Argentré lui avait fournis.
2. Nobiliaire de Limoges^ 11, 469. La délibération de ville pour les souscrîp" tions du collège (1598) porte les noms de Jean de Julien, président et trésorier général de France, et de Joseph de Julien, contrôleur. Laforest, Limoges^ 598.
3. Elle était appelée le Basliment ou la Bayardère et était située sur l'emplacement de récolo primaire supérieure actuelle. Cette grande maison, construite au quinzième siècle par Guillaume de Julien, avait servi de logis aux rois Charles Vil et Louis XI pendant leur séjour à Limoges. Le Breuil (Hôtel de rintendance au dix-huitième siècle et ancienne préfecture au dix-neuvième) supplanta la maison de Julien au seizième siècle et servit de résidence aux princes et aux personnages. Limoges. Plans, Ducourtieux, 188i, p. 83, 101.
\. Manusn*it du Séminaire^ n. 35, p. 167 et Mss. n. 2*1, p. 778.
dès 1593 1, le célèbre Pierre Benoist, catéchiste de Henri IV. La famille Benoist, Tune des plus anciennes et des plus honorables de la bourgeoisie de Limoges, compta en mars 1561 un premier président au Parlement de Bordeaux, Jacques-Benoist, grand-père du vicaire général. Son frère aîné, Martial Benoist, seigneur de Compreignac et du Mas-de-Lage, fut président du bureau des trésoriers de France à Limoges 2. Pierre Benoist, après avoir reçu une excellente éducation de ses parents, enseigna à Paris avec succès la philosophie. C'était alors un professeur d'un rare mérite, d'une grande science et d'une vertu solide. Aux applaudissements do tous ceux qui assistèrent aux épreuves de son examen, il obtint en Sorbonne le titre envié de docteur en théologie. Il se fit ensuite d'église, à l'exemple d'un de ses oncles, son homonyme, qui avait été officiai de Limoges. Il monta dans les principales chaires de la capitale et y déploya beaucoup de zèle et de talent pour la prédication, ce qui le fit connaître d'Henri IV, devant lequel il prêcha avec honneur. Le roi prit en affection l'abbé Benoist et le désigna comme l'un des membres de la commission des prélats et des docteurs, qui furent chargés de l'instruire avant son abjuration. A en croire l'auteur de son épitaphe, Pierre Benoistaurait été le pluspersuasif de ces célèbres docteurs. En reconnaissance de l'instruction religieuse qu'il avait regue de son catéchiste limousin, le roi protégea d'une manière toute particulière la famille Benoist. Au sympathique docteur, il fit une pension considérable ; quant à ses frères, Martial et Gaspard, qui avaient été, en qualité de chefs principaux de la Ligue à Limoges, si longtemps ses adversaires, non seulement HenrilVles fit de bonne heure bénéficier de l'amnistie, maisencore il les combla de marques de confiance et d'estime ^.
Bien des liens et des titres attachèrent Pierre Benoist au diocèse et à l'évêque ae Limoges. Le jeune docteur n'était âgé que de vingt ans, quand il portait déjà selon l'historien Mèzeray le titre de prévôt de Gompreignac, du nom d'une des terres de sa famille. Nommé le 22 avril 1582 archidiacre de Malemort, Pierre Benoist devenait troisième dignitaire du chapitre de Limoges ; celui-ci le pourvut peu de temps après d'une prébende canoniale et lui confia la charge de théologal *. L'année môme de la conversion du roi,