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BÂYMOND DE LA MAHTONIE 81
une plainte de Pierre Poylevé, l'un des quatorze vicaires de la cathédrale, au sujet d'une querelle assez grave qui avait été suscitée à cet ecclésiastique par un de ses confrères. Quinze jours après, le chapitre suivait l'avis du rapporteur de l'affaire, et statuait que désormais, aucun prêtre ne pourrait être pourvu d'une des vicairies de Saint-Étienne, qui viendraient à vaquer, soit par la mort, soit par la résignation du titulaire, qu'c il n'ait demeuré au préalable enfant de chœur de cette église l'espace de cinq ans, qu'il n'ait été reçu en la psalette et porté la robe rouge, par notre commandement ».
Ce fut encore le chanoine Talois qui fut pris comme arbitre, le 25 mai 1623 par l'évêque et le chapitre pour le règlement amiable du procès, sur les revenus de la prébende épiscopale. Pierre Talois sut ainsi mériter l'affection de Raymond de la Martonie, qui lui conféra, vers la fin de 1624, à la mort de Pierre Boyol, la double charge d'official général et de grand*vicaire de Limoges. Il réunis* sait, à une connaissance approfondie du droit ecclésiastique, une rare prudence dans l'application des principes, et une intégrité de vie exemplaire. L'official, à cette époque, était, après l'évoque, le premier personnage du diocèse. Juge ecclésiastique et président du tribunal, il était chargé d'infliger des peines canoniques aux infracteurs de la discipline. Les exemples de Pierre Talois, et l'appui qu'il trouva dans l'élite du clergé de Limoges, rendirent son ministère plus efficace. L'official, en effet, avant de remplir ses fonctions, avait connu tout particulièrement le saint prêtre de Limoges, Bardon de Brun. Avant d'être le principal continuateur de son œuvre de réforme ecclésiastique, Pierre Talois avait été son conseiller et son ami ^ .
2<» Principaux collaborateurs de Vévêque : Bardon de Brun et les Pères Jésuites,
Depuis son ordination sacerdotale (1615), le zèle de Bardon de Brun s'accroissait, à mesure qu'il approchait de sa fin. Le « Bourdoise » de Limoges s'occupait d'abord tout spécialement de la réforme du clergé. Dans ce but, il érigeait en 1616, sous l'invocation de saint Martial, une association de prêtres, à qui le pape Paul V accorda, cette même année, de nombreuses indulgences. L'évêque de Limoges approuva et confirma leurs statuts le 15 juillet 1618, se basant, dit-il, sur ce principe « que leurs règles tendaient à l'honneur de Dieu, à l'exaltation de son Eglise et à l'instruction du prochain ». Les confrères, « prêtres et gens d'église», se proposaient deux fins : s'avancer eux-mêmes dans la perfection chrétienne et s'employer au salut des âmes. Ils devaient choisir, pour confesseur, « un Père de quelque sainte ou réformée reli-
1. Sulletifiy ihid. Les registres capitulaires de Saint-Etienne nous apprennent que révêque de Limoges envoya, le 3 décembre 1021, Pierre Talois prêcher TAvent à Saint-Léonard. Voir ibid., p. 352, 356.
d2 UN SIECLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE
gion ». Ce règlement nous prouve, ajoute Tabbé Legros, que le clergé de Limoges ne comptait pas alors, dans son sein, à part le saint promoteur de cette œuvre sacerdotale, de prêtre assez réformé, pour exercer Thonorable emploi de diriger ses membres dans les voies du salut ; ce qui ne lui faisait pas un grand honneur. De feit, l'article suivant du règlement imposait pour le temps présent, aux confrères, la direction des Pères Jésuites, qui possédaient alors à révôché une influence prédominante. Toutefois il était permis, aux membres de l'association, quand cela leur serait plus commode, « de se réconcilier à quelqu'un de leurs confrères, ou à tout autre honnête prêtre, pour traiter de quelque cas de conscience ^ i. De plus, il était convenu qu'au commencement de chaque mois, les prêtres diraient une messe pour les progrès de la réforme du clergé diocésain. Celui-ci, dit encore Legros, « en avait alors un grand besoin, et l'on ne savait encore comment s'y prendre 2 ».
Néanmoins, le clergé de Limoges se trouvait engagé dans la bonne voie de la réforme catholique, celle qui devait l'amener, peu à peu, de l'organisation des conférences à l'institution des séminaires. Quinze ans avant l'établissement de la célèbre conférence du mardi à Saint-Lazare, les confrères de Saint-Martial, accomplissaient les mêmes œuvres à Limoges. Ils se réunissaient, une fois par semaine^ «pourconférer entre eux sur les matières de piété, et pour s'animer les uns les autres aux vertus de leur état. Ils devaient visiter les hôpitaux et les prisons, instruire les ignorants et pratiquer les exercices de miséricorde. Ces ecclésiastiques tenaient aussi des conférences sur les objets de leur ministère; on y expliquait l'Ecriture Sainte, on y décidait les cas de conscience, et l'on s'y exerçait sur tout ce qui pouvait édifier et instruire ». Cet établissement, écrivait le P. Petiot en 1636, rendit de grands services au diocèse de Limoges. L'association fit imprimer ses statuts à Limoges, en 1641, preuve, qu'elle était alors à sonapogéeet qu'elle devait exister encore vingt ans plus tard, à la date de la fondation du séminaire ^.
Malgré ses infirmités habituelles,qu'il supportaavec une patience à toute épreuve, Bardon de Brun se fit le principal promoteur de toutes les bonnes œuvres qui furent accomplies à Limoges, sous l'épiscopat de Raymond de la Martonie. Plusieurs ordres religieux lui durent leur réforme ou leurs fondations. Non content d'avoir introduit les pénitents en Limousin, pour y relever l'inlluence du clergé, il fut encore un des principaux restaurateurs, avant sa mort, de la grande confrérie de Saint-Martial *.
La dévotion particulière qu'il avait pour l'apôtre de l'Aquitaine, rengagea à défendre l'apostolicité du siège de Limoges, et l'authenticité des épîtres de Saint- Martial, contre les nouveaux critiques
1. Ce fut là l'origine des Conférences ecclésiastiques, dont nous parierons plus loin.