‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 87 sur 480 · Mss. 27, t. Il, p. :n7 et suiv · texte numérisé non relu

Mss. 27, t. Il, p. :n7 et suiv

5. Pnnilh' /nstnri(fHf*, p. Wrl. Notons ici qu'en KHri, h» pape rrbain II, qui pi-èchait la croisade a Limo^'es. bénit la chapelle de l'abbay*», et y célébra le jour de Noël la m<»sse de minuit. 11 n'existe plus rien de cette chapelle, qui l'ut peutêtre le premier sanctuaire du diocèse de Limoges, dédié à la sainte Vier{j:c. Les bâtiments conventuels de l'abbaye, reconstruits entièrement en biri9, servirent, de 171^2 a 171l!>, de maison de détention pour les [)n;tres insermentés. Lorscfue Mfçr Dubourg voulut y établir le j^rand séminaire, en LStii, il ne restait plus de l'abbaye (jue les afjpartements de l'abbei-îse, uni subsistent en<-ore au milieu de constnictions plus récentes, M. (iai«^net. supérieur du Grand Séminaire de Limo«zes, vient de faire élever, avec les oITrandes du clergé diocésain

. RAYMOND DE LA MARTONIE i07

placé sur les pentes orientales de la cité, dans un site ravissant, et dominait, de ses hautes murailles, qui servaient de rempart à la ville dans le voisinage de Tévêché, le cours de la Vienne, traversée en ce point par le vieux pont Saint-Etienne, L'abbesse de la R^le avait droit de seigneurie sur une parlie de la basse cité ; elle portait le titre de Madame, et jouissait de 14000 livres de revenus. Elle avait droit de nomination sur bon nombre de bénéfices situés dans plusieurs diocèses. Elle portait au chœur la crosse abbatiale, et prétendait ne relever que du Saint-Siège. De tels avantages excitèrent l'ambition des grandes familles de la province, qui donnèrent des abbesses à la Règle. Le vieux monastère eut à souffrir, au seizième siècle, du régime de la commende et du relâchement général de ce temps troublé ^. Tout fut néanmoins régulier, dans cette communauté affaiblie, jusqu'à la fin de ce même siècle.

Deux religieuses de la Règle exposaient à leur prieure, le 22 septembre 1591, qu'elles faisaient avec les autres le service divin, et assistaient à toutes les heures canoniales; mais, comme elles n'étaient point bénites, et qu'elles n'avaient pu se faire bénir, à cause de l'absence de l'évêque, elles la priaient de les autoriser à continuer leur office, avec les autres religieuses qui étaient bénites, et de leur donner, comme à ces dernières, pour avoir de quoi vivre, leur part dans les anniversaires et autres fondations de leur église. Ce que la prieure leur accorda, en présence de l'abbesse de la Règle, qui se trouvait, ce jour-là même, dans le monastère. Celle-ci, nommée Jeanne de Dourbon-Lavedan, permuta sous le bon plaisir du roi et le bret du pape, le 6 septembre 1594, avec Françoise de Rohan de Gié, pour l'abbaye de la Trinité à Poitiers.

Quatre ans plus tard, la succession de la Règle donnait lieu à de graves difficultés. François de Dalzac, seigneur d'Entraigues, auquel Henri IV avait fait don de cette abbayo, se désista de ses droits en faveur de Françoise de la Martonie, ou de toute autre personne qui agréerait à l'évêque de Limoges. Pour le bien de la paix, Henry de la Martonie accorda ses préférences à Marie Vidard de Saint-Clair, procureuse du monastère, en faveur de qui Françoise de Rohan avait déjà résigné la Règle, nonobstant la promesse qu'elle avait faite de laisser cette abbaye à Louise de Balzac.

Le choix du prélat ne fut pas heureux, à cause des funestes résultats de la nouvelle administration. L'abbesse, Marie Vidard, se mit en effet à résider sur Tune de ses terres des environs de Limoges, à Laugerie ; et elle laissa ainsi, en son absence, le

principalement, une magnifique chapelle qui comprend deux parties : une crypte très spacieuse en style roman, et une partie supérieure en style ogival, dont les verrières doivent représenter, en vitraux, les principaux faits de l'histoire religieuse du diocèse, et notamment nos deux grands évéques, Fi-ançois de la Fayette et Louis d'Urfé. L'ancienne chapelle de l'abbaye était bâtie à Test, à Tendroit où se trouve aujourd'hui le grand réfectoire du séminaire. La nouvelle chapelle, pourvue d'un splendide clocher ogival, est construite à Touestdu côté deTévêché. Plans de Limoges, Ducourtieux. 1. Laforest, Limoges^ p. 305 et suiv.

monastère de la Règle tomber dans un état déplorable. Fait encore plus regrettable, quelques mois avant sa mort (juin 1613}, elle résigna sa charge en faveur de sa nièce, Virgile de Pont-Jamo.

La nouvelle abbesse,àgée de vingt-quatre ans seulement, n'avait aucune des qualités, qui sont nécessaires pour le gouvernement dune communauté. Elle tenta, néanmoins, de réformer les huit religieuses de condition qui composaient alors tout le personnel de la Tiègle. Elle recourut même à la force pour faire l'entrer à l'abbaye quatre d'entre elles, qui n'observaient pas la résidence et la clôture. Mais que valait une pareille répression imposée par une abbesse coupable de méfaits plus graves? Virgile de Pont-Jarno parut d'abord très négligente pour le temporel de Tabbaye. L'évèque-<:oadjuteur Raymond de la Martonie, affligé <le voir auprès de son palais les ruines, les détériorations, et les démolitions même de l'église Sainte-Marie et des bâtiments conventuels de la Règle, occasionnées par l'insouciance de Tabbesse, la pressa plusieurs fois de faire les réparations nécessaires, et de rendre le monastère habitable. Ses avis et ses onires étant inutiles, le prélat eut recours au procureur général du Parlement de Bordeaux. Par arrêt de cette cour,dn 12 août 1617, le lieutenant-général ou le premier conseiller du président de Limoges eut Tordre de se transporter à l'abbaye, et d'y faire un procès- verbal de l'état des lieux. De plus, les revenus du monastère furent saisis, et l'administration de ses biens retirée à rribbe>i.se. On lui laissa seulement la disposition de ce qui était nécessaire pour l'exercice du culte, et pour la nourriture et l'entretien des religieuses. On enjoignit à ces dernières de garder les règles de leur profession, et de vivre suivant l'esprit de leur ordre.

D'autre part, la conduite de l'abbesse était à cette mèmeéiK>que, trop scandaleuse, pour que l'évéque de Limoges pût longtemps l'ignorer. Son promoteur porta contre Vii-gile de Pont-Jarno les plaintes les plus criantes, le 18 novembre 1618. Dans sa dénonciation, il exposa que l'abbesse entretenait ouvertement des relations coupables avec im gentilhomme du pays, Pierre de B*'* * ; que ce seigneur vivait même, depuis trois ou quatre ans, au monastère de la Fiêgle, ou emmenait Vii-gile de Pont-Jarno dans ses terres de la Quintaine ou d'Oradour-sur-Vayres -, etc.. Le pmmoteur, Joseph de Verthamon, et l'ofticial de Limoges, Pierre lk)yol, concluaient à l'arrestation de Tabbesse età Tinslruction deson procès.

1. Le .sf-andah.' êfait d'autant pltis «•clalant {fiie FMerre do B'**, marié depuis IfiCK», appartenait à une famillf^ nuble îles plus honoralfh'S de la pn>vince. qui avait donnn à i'Ejrlisr rU.» Limo-^'i-s un de ses diixnitaires, rhanlre de la calhédralo en l.Vri. H qui compta à rette époque, ou peu après, un archiprêtrt» de Nontron, un curé d'Oradour-sur-Vayrrs et d»Mix relij:ieusrs de Saiule-CIaire. Voir le Xohthnirf tir l*t tji nth'nfih' fit* JJinnffcs, t. I, p. 313-^>I6.

2. Le rhàteau de la Quintain»* était situé sur la paroisse de Panazol (aujourd'hui canton sufl de Limnvf»*s). Oradour-sur-Vayn's 'chef-lieu de canton, arrondissement de Rochechouart, Hault'-Vieiine) était à la fi»is le sié>re d'un comté que possédait, dans le siéele suivant, le marquis de Coustin, et le siéjre de l'archiprétré de Nonlron. I^ cur^ comptait deux mille sept cents communiants. Snh'dutire (l** Lhunfjrx^ t. I, p. 310 et Pov.tUr histur., p. 470.

En conséquence de ce réquisitoire *, l'évêque prescrivit l'expulsion immédiate de l'intrus du couvent de la Règle. Le chef de la milice bourgeoise, Gaspard Benoist, qui devait agir pareillement, quatre ans plus tard, contre les Jacobins rebelles, se rendit à Tabbaye avec une escorte de quelques soldats. Le sieur de B*** tut chassé du monastère ignominieusement, mais non sans avoir opposé à la force une défense énergique, digne d'une meilleure cause. Il y eut une échange de plusieurs coups de feu, dont le colonel des troupes < ne fut garanti », dit la chronique, « que par miracle » 2. L'affaire, naturellement, passionna vite l'opinion publique à Limoges. L'officialité diocésaine venait de prouver, à la suite d'une enquête des plus minutieuses, la vérité du scandale. ^ qui était par trop commun et public », et elle avait déjà prononcé la remise de Virgile de Pont-Jarno au bras séculier. Le Présidial de Limoges était sur le point d'entreprendre le jugement de cette cause, quand l'exabbesse, accablée de chagrins, succomba à une courte maladie (1623). Cette mort imprévue fut comme un allégement à la conscience publique: les poui'suites cessèrent 3.

Cette triste affaire, qui aurait pu causer la ruine de l'abbaye, fut le point de départ de son relèvement. Dans Tespoir de se tirer d'embarras, au moment où le scandale avait éclaté, Tabbesse voulut vainement démissionner en faveur de Florence de Pont-Jarno, bénédictine de la Règle, et sa propre sœur, qui n'était pas moins indigne qu'elle-même de l'habit religieux *. Après bien des tergiversations, Virgile dut résigner sa charge, d'une façon définitive, vers la fin de 4618. Maureille de Verthamon, qui fut alors pourvu par le roi et le pape, du titre d'abbesse de la Règle, ne fit que passer en sa dignité, qu'elle résigna, le 23 juin 4619, en faveur de Jeanne, sa sœur puînée 5.

Issue d'une des premières familles de Limoges 6, Jeanne de Verthamon, achevait à l'abbaye des Allois, son noviciat. La nouvelle abbesse était, quoique fort jeune, très digne de sa charge, car, che^ elle déjà, se faisaient remarquer des qualités d'un ordre supérieur. Ses bulles, ayant été signées en janvier 4620, elle prit possession de l'abbaye, et y prononça ses vœux, le 5 juillet suivant '^,

Un an plus tard (24 juillet 4624), Raymond de la Martonie, évêque

1. On ne connaît que les conclusions du réquisitoire ; le reste fut détruit dans le siècle suivant par l'évêque de Limoges, Benjamin de l'Isle du Gast. Voir le Mss. n. 35, p. 580 et suiv.

Page 1