Bulletin de Limoges, t. XLVI, p
inébranlable de leur fille, consentirent à ce qu'elle se séparât de son mari et entrât en religion.
Le 17 mars 1647 fut choisi par les mariés pour faire leur acte de séparation. Tous deux, ce jour-là, accompagnés des membres de leurs familles, du prieur des Petits-Carmes et du P. Elisée, se rendirent chez Tévêque de Limoges, et lui déclarèrent que, librement,*ils désiraient se séparer l'un de l'autre et entrer en religion, suppliant le prélat d'accepter leur mutuel consentement, et de leur donnersabénédiction.«Iln'yeut, dit le chroniqueur, aucun des assistants, et même Tévêque, qui ne fondît en larmes, voyant deux personnes en la fleur de leur âge, le mari n'ayant que trente-trois ans, et la femme vingt-quatre, de cette condition, qui possédaient abondamment tout ce qui pouvait attacher quelqu'un dans le monde, et qui d'ailleurs s'entr'aimaient passionnément, se séparer si généreusement, et quitter tout, pour embrasser la croix et pauvreté de Jésus-Christ. » L'évêque accepta ce consentement, et leur donna sa bénédiction. Et de ce pas, tous deux, avec la même compagnie, s'en allèrent au parloir du Carmel, où le sieur de Majembaud prit congé de sa femme, et la mit entre les mains de la Mère prieure. Le 11 juin 1647, la jeune postulante prenait l'habit. En 1672, elle fut choisie comme prieure du monastère de Brive.
De son côté, Jacques Dupeyrat, après avoir mis ordre à ses affaires, entrait au couvent de Saint-André, où il prit l'habit et fit profession. En 1651, il donnait des sommes considérables, pour l'établissement d'un couvent de carmes déchaussés, à Angoulême. En 1668, il mourait, en odeur de sainteté, dans la maison des Carmes, à Blaye, et était inhumé à Saint-André de Limoges, aux pieds de François Vidaud, fondateur et prieur de ce monastère ^
5^ Fin de Vépiscopat de Raymond de la Martonie.
Les ordres religieux, on vient de l'établir, reprenaient, dans le diocèse de Limoges, un nouvel aspect, par suite des réformes et des institutions salutaires de cette époque, la piété et les études y refleurissaient à la fois, et de nombreux exemples de ferveur et de pénitence y ramenaient les beaux temps de la discipline monastique. L'esprit sacerdotal se ranimait par le concours des efl'orls de nos prélats, et de prêtres également vertueux et zélés. Ce qui est digne de remarque, c'est que de simples laïques, de saints prêtres, tels que Bardon de Brun, Marchandon, Vidaud étaient les initiateurs de ce mouvement religieux,auquel le zèle ardent des Jésuites imprimait, en même temps, un élan décisif. Il y avait encore, certes, de nombreux abus à déraciner, des scandales affligeants, dont le progrès des réformes devait diminuer le nombre ; mais déjà
1. Bonaventure de Saint-Amable, Hisloire de Saint-MctfHial, t. III, p. 850 et suiv. Notons ici que l'auteur de cet ouvrage, dépourvu malheureusement de toute critique, était religieux de Saint-André de Limoges, quand le premier volume de son histoire parut à Clermont et à Limoges, en 1670.
Tesprit général était éminemment chrétien ; on respectait la religion, lors même que Ton n'en observait pas exactement les règles; on aimait partout à s'affiliera ses pieuses confréries ^.
Quand un pays était menacé d'une calamité quelconque, de la disette par exemple, on voyait ses sentiments religieux se manifester vivement. Ce fut le spectacle que présenta le Limousin, quand, dans les mois de juin ou de juillet 1626, des pluies continuelles, et les inondations qui s'ensuivirent, causèrent de grands ravages en certains lieux, et emportèrent les ponts, les moulins et les maisons, situés sur les bords de la Vienne. « Durant ces déluges des villes et des campagnes, les habitants de Limoges, nous apprend le chroniqueur, tâchaient par larmes, prières et processions réitérées, de fermer les cataractes du.ciel ». Le 6 juillet, les prêtres de Saint-Pierre-du-Queyroix, au nombre de quarante-six, se rendirent en procession à Sainte- Valérie, où ils chantèrent la grand'messe, « devant une grande multitude de peuple» ; les Récollets, au nombre de quarante-deux, allèrent en procession à Saint-Junien. Le 12 juillet, on fit à Limoges une procession générale, pour obtenir la cessation du fléau. On se rendit, selon l'usage, de la cathédrale Saint-Etienne à l'église Saint-Martial, où Pierre Talois, officiai et grand vicaire, prononça un sermon, et enjoignit, par l'autorité de l'évêque, de jeûner trois jours dans la semaine. Le dimanche 19 juillet, le Saint-Sacrement fut exposé dans la cathédrale, où les prêtres des paroisses, les religieux et le peuple allèrent faire leurs prières. Le mardi 21, on fit encore dans Limoges une procession aussi solennelle et plus suivie même que celle des Ostensions du mardi de Pâques. Les reliques des saints furent portées à travers les rues de la ville, et accompagnées de nombreux pénitents, avec leurs sacs et pieds nus, et d'une foule d'autres personnes en chemises, selon la coutume du pays 2.
Ces démonstrations religieuses nous font comprendre l'esprit général de la société limousine à cette époque, et le grand développement que les ordres monastiques avaient pris, dans le diocèse de Limoges. L'évêque, qui favorisait les religieux de tout son pouvoir, ne pouvait qu'être des plus sympathiques à ses dévots diocésains.
Aussi sommes-nous en droit de supposer, que la nouvelle de la maladie de Raymond de la Martonie, dut les affliger. L'historiographe du diocèse nous apprend, qu'en octobre 1626, attendu le grand danger de maladie qui régnait alors à Limoges (et dont le vénérable évêque devait être déjà probablement atteint), le synode de la Saint-Luc fut ditTéré, jusqu'à celui d'après Pâques 3. Au commencement de janvier 1627, notre prélat touchait à la fin de sa carrière épiscopale. Le jour de l'Epiphanie, il fit son testament devant Tardieu, notaire royal de Limoges, et par cet acte, il choisit sa sépulture dans son église cathédrale, laissa un legs à Jacques de la