‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 92 sur 480 · Houssaye, ibid., p · texte numérisé non relu

Houssaye, ibid., p

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^. l//^^«h1)Mttl ^l« ?^oij^>M» ttV«H c'onti'Hté, en 1610, rautorité des prêtres sécu- \\ii^ti i\ti)\4iiir?i t^Ah«'*m»u <J<*«» ('«rrnéllU'w île France. Le pape Paul V fit reconm\^¥fi t*Hf ^<^ pnMft U'Hf iHvUWvWnw, par une bulle du 12 octobre 1614. — Picot, lio^ni hhfnf , i, I, ^: Wl.

H; fUfUilIfi hiiihffhiiw ttff i,i7nn{fi>iif p. 184.

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li; ilMUttVPlliur*» Mttltil«Amrtl»li«, Hintuimle Sainl-Martial, t, UI, p. 840.

suivantes (1631 et 1632), durant les mois de la peste qui sévit à Limoges, les Filles du Carmel furent hospitalisées par Mme la 4; générale ^ Benoist, à la campagne, dans son château du Mas-de-Lage *. Deux ans plus tard (1634), les Carmélites, qu'incommodaient les bruits de la ville au centre de laquelle était leur couvent, cherchèrent un local plus retiré, et s'installèrent près de la place des Jacobins, au bout du faubourg Manigne. Ce changement de domicile entraîna de grosses dépenses, qui furent couvertes en grande partie par les libéralités de Jeanne Benoist 2.

Trois ans avant sa mort, la mère Isabelle des Anges se démit de sa charge de prieure, pour occuper le dernier rang parmi ses filles. Elle expira le 14 octobre 1644. L'évêque de Limoges voulut avoir une dizaine du chapelet de la vénérable prieure, et il affirma à diverses reprises * qu'il avait eu en sa personne un grand trésor dans son diocèse, qu'il la regardait comme une sainte et se recommandait à ses prières ».

Françoise Nicolas de Traslâge 3, connue en religion sous le titre de Françoise de Sainte-Thérèse, avait vingt ans de profession, lorsqu'elle fut appelée à succéder, en qualité de prieure, à la mère Isabelle. C'était une femme d'un esprit supérieur. La Mère espagnole parlant mal notre langue, sœur Françoise lui servait d'interprète dans ses rapports avec le monde. Elle était encore prieure en 1657, quand elle écrivit, avec méthode et avec une simplicité pleine de charmes, la vie d'Isabelle des Anges *. Le Carmel de Limoges prospéra tellement, sous son habile direction, qu'il était en état d'envoyer, en 1663, une colonie de religieuses s'établir à Brives. Mais, après vingt-cinq ans d'existence, cette nouvelle communauté fut supprimée et incorporée à celle de Limoges, parce qu'elle n'avait pu, dit Gilles le Duc, obtenir des lettres patentes, faute sans doute de moyens de subsistance suffisants. Le Carmel de Limoges, qui comptait vingt-deux religieuses de chœur en 1634, en avait trentetrois d'après de Bernage à la fin du siècle s.

1. Paroisse de Couzeix, canton nord de Limoges. Labiche, îbid., t. II, p. 35i.

2. Les dons des Benoist au Carmel s'élevèrent à plus de 50 000 livres. Après la mort de son mari, Jeanne Benoist pouvait, en qualité de fondatrice, résider au Carmel trente jours par an. Elle y mourut presque centenaire, en 1643, et fut inhumée sous l'habit de Carmélite et au milieu du cloître, à côté de sa fille, qui l'avait précédée d'une année dans la tombe. Laforest, ibid, p. 364 et suiv.

3. Elle était la fille ainée de Jean Nicolas, sieur de Traslâge (château situé près de Pierrebuffière, qui appartient aujourd'hui au marquis de Calignon), conseiller au Présidial de Limoges. Un de ses frères fut lieutenant général de la sénéchaussée de Limoges. Un autre frère,Gabriel, devenu célèbre sous le nom de la Reynie, fut pourvu le premier de la charge de lieutenant de police à Paris, en 1667. BuUetin de Liynoges, t. XLI, p. 104.

4. Laforest, ibid. Le livre de Françoise de Traslâge parut sous ce litre : Vie de la Vénérable Mère Isabelle des Anges, Paris, 1658,in-12, 448 pages, s. n. d. a.

5. Labiche, ibid., t. III, p. 359. Notons ici, d'après le même auteur, que l'église du Carmel du faubourg Manigne, démolie au commencement du dix-neuvième siècle, fut commencée en 1678 et consacrée par l'évêque Louis d'Urfé, quatre ans après. Labiche a consacré à la vie de la mère IsabeUc une notice U*ès édi" fiante, mais trop longue.

S^ Etablissement des Vrsulines à Brives et à Limoges.

L'honneur d'avoir établi, les premières, dans le diocèse de Limoges l'instruction primaire pour les filles du peuple, revient aux dames Ursulines ^ Cette congrégation enseignante jouit dans la province du Limousin (Tulle compris), d'une grande popularité, et y compta dans cinq ou six villes des maisons importantes. La première en date fut celle de Brive.

Charmé de tout ce qu'il entendait dire, à Toulouse, des grands fruits qu'y produisait l'éducation donnée par ces dames, Antoine de Lestang, président au Parlement, eut l'idée de doter d'un pareil établissement la ville de Brive, dont il tirait son origine 2. C'est en 4607 que ce magistrat traita de ce projet avec la mère de Vigier, supérieure de la maison de Toulouse, et qu'il lui demanda deux de ses filles pour cette nouvelle fondation. La mère de Vigier, qui ne désirait rien tant, que de voir son institut se propager, destina à la maison de Brive deux de ses meilleurs sujets : la mère de Capdeville, et la sœur de Grison. La première, qui était issue d'une famille noble de Toulouse, fut nommée supérieure; la seconde, l'une des premières Ursulines de la maison-mère d'Avignon, venait de se distinguer à Toulouse, pendant trois ans, par son grand talent à instruire les jeunes filles. Ces deux maîtresses arrivèrent à Brive, animées d'un grand zèle, le 4 juin 1608. Le fondateur de Lestang les logea dans une belle maison meublée, et donna à chacune cent livres de pension. En peu de temps, la maison de Brives fut remplie d'excellents sujets, qui lui valurent Testime de tout le pays. Mêlées aux .filles du peuple, de nombreuses demoiselles de condition y vinrent se former à la piété et aux bonnes mœurs.

Vers 1615, la mère de Capdeville et sœur de Grison allèrent à Toulouse passer deux ou trois ans, pour prendre, après avoir fait leur noviciat et leur profession, l'habit religieux de leur congrégation, qu'on venait d'ériger en ordre régulier. De retour à Brive, les Ursulines fondatrices soumirent aux mêmes épreuves toutes leurs compagnes, déjà nombreuses, et les admirent à prononcer les vœux solennels en avril 1621 et 1622. Cette double céré-

1. Sainte Angèlc de Mérici avait établi à Brescia, en Italie, Tordre des Ursulines, vers 1537 ; mais celui-ci ne fut longtemps, qu'une association libre de personnes pieuses, qui restaient dans le monde. Une dame d'Avignon, Françoise de Bermond, les réunit en communauté dans cette ville. César de Bus les dirigeait en 1596. Grâce au zèle de Mme Acarie et de Mme de Sainte-Beuve, l'institut des Ursulines prit à Paris, à partir de 1610, une extension rapide. Il fut érigé en 1612 en ordre régulier suivant la règle de Saint-Augustin, mais il se partagea en plusieurs branches, qui comptaient au milieu du dix-septième siècle trois cent vingt couvents en France, La province de Toulouse commença dans cette ville en 1605 et comprit bientôt, avec ceux des diocèses de Limoges et de Tulle, une vingtaine d'établissements. La fondatrice de cette branche de l'ordre fut Marguerite de Vigier, l'une des premières compagnes de la mère de Bermond. Picot, Essai hislorique, t. I, p. 146 et 520. 2, Voir plus loin une notice sur la famille de Lestang.

monie eut lieu au milieu d'un grand concours de la population, et avec toute la solennité possible. La mère de Gapdeville gouverna encore, pendant sept ans, la communauté naissante, avec tant de sagesse, de prudence et de succès, que le couvent de Brive devint célèbre et recommandable par la piété, Tesprit de zèle et l'édifiante régularité, qui y régnaient, et qu'il fut bientôt peuplé d'un grand nombre de pensionnaires, des meilleures familles du pays.

Ce fut la réputation de cette maison qui inspira, dès 1620, à de pieux et notables habitants de Limoges, le désir de demander aux Ursulines de Brive des sujets de leur Institut, pour fonder, dans la ville épiscopale, une communauté enseignante pour l'éducation des filles du peuple. Ce projet d'établissement scolaire reçut un commencement d'exécution, au mois de juin 1620. L'évêque de Limoges, Raymond de la Martonie, faisant alors dans son diocèse sa tournée pastorale, la supérieure du couvent de Brive, sœur Marie de Libères, qui remplaçait la mère de Gapdeville, profita du passage du prélat dans cette vilUe, pour lui faire part de ce projet de fondation. Elle se dit prête à le réaliser, s'il approuvait l'entreprise. L evêque ayant agréé la proposition, les Ursulines firent présenter par le Père Recteur des Doctrinaires de Brive, à l'assemblée de ville du 4 octobre suivant, une requête demandant, « qu'il leur fût permis de s'établir en la ville de Limoges, aux fins de leur Institut, qui est d'instruire les filles ». Six jours après, Raymond de la Martonie, à qui le même religieux notifia le consentement unanime des habitants et des consuls, accorda, en son château d'Isle, l'autorisation sollicitée par la mère de Liberos de fonder, en la ville de Limoges, une maison « pour y vivre en la profession que ses compagnes et elles faisaient : de chercher la perfection chrétienne par la vie religieuse, d'instruire et de catéchiser les femmes et filles qui viendraient à elles, sans jamais quitter cet office, ny rechercher aucune exemption de Tobéissance qu'elles devaient à lui et à ses successeurs ».

Toutes les formalités étant remplies, le 25 novembre suivant, partit du couvent de Brive, une colonie d'Ursulines composée de la mère de Liberos, prieure, de Marie du Verdier, sous -prieure, de Claude du Verdier, professe, de Béatrix de Cosnac, novice, de Louise de la Fragnie, postulante. Elle arriva à Limoges cinq jours après, et fut, dit la chronique, «accueillie avec grande joie et consolation de tous les habitants ». Logées, d'abord, dans la maison Dupeyrat, en face l'église Saint-Martial, les Ursulines quittèrent ce local en 1621, et s'installèrent à l'extrémité de la rue Banc-Léger.

Le 4 avril de cette même année, veille des Rameaux, l'évêque bénit leur chapelle ; le 23 mai, il assista à la plantation d'une croix, près de la porte du couvent; après quoi, les sœurs prirent la clôtui'e. Une bulle du 9 octobre 1625 érigea eji monastère, sous la règle de saint Augustin, la maison des Ursulines de Limoges, et tout en lui reconnaissant les prérogatives de leur Ordre, les déclara sujettes à la visite, correction et obéissance de l'évêque diocésain. Le 2 février 1626, Pierre Talois, officiai de Limoges et délégué apos-

tolique pour cet acte, se rendit à leur couvent, pour procéder à la fulmination de la bulle du pape Urbain VIIL Après avoir célébré la messe dans la chapelle, et fait une exhortation (d'une demi-heure environ), le vicaire général proclama, en présence d'une grande foule de séculiers, l'agrégation de rétablissement à l'Ordre régulier des Ursulines, puis fit renouveler les vœux de treize religieuses professes, admit à la prise d'habit vingt-cinq postulantes, et donna, au nom de l'évêque, à la famille naissante, des Constitutions conformes à la teneur de la bulle ^.

D'après ces statuts, qui imposaient la pratique des règles canoniques, concernant la clôture des monastères, les Ursulines de Limoges ne pouvaient prendre de pensionnaires âgées de plus de dixhuit ans. Il leur était encore défendu de recevoir aucun présent (ou rétribution scolaire) de leurs élèves non pensionnaires. Les maîtresses des classes devaient enseigner aux jeunes filles les éléments de la doctrine chrétienne, la langue française, la lecture, l'écriture, les travaux d'aiguille et de couture.

Après des débuts assez difficiles, en raison de ses faibles ressources, l'établissement des Ursulines de Limoges devint très florissant. Bientôt populaires, les écoles de la rue Banc-Léger reçurent un grand nombre d'élèves 2,

3® L'Oratoire de Limoges.

Un chanoine de la collégiale Saint-Martial, Jacques Sahuguet d'Espagnac 3, résolut en 1619, — huit ans après la fondation de l'Oratoire de Paris, — d'établir à Limoges une maison de l'Institut de Pierre de Bérulle. L'affaire ayant rencontré des difficultés, Jacques Sahuguet tint à rendre possible, après lui, rétablissement qui n'aurait pu être créé de son vivant : c'est ce qui se voit par quelques passages de son testament : « Je lègue, dit-il, à Mgr l'évêque de

1. On sait que Tévêque de Limoges s^aida du conseil et des avis des Pères Jésuites Dubos et Ponson, dans la rédaction des Constitutions des Ursulines, qui furent imprimées avec la bulle, par Guill. Bureau, à Limoges, 1626, in-16. Les directeurs titulaires des Ursulines ne furent pas cependant des religieux, mais des prêtres du clergé séculier. Les chroniques signalent les noms des trois premiers confesseurs du couvent de Limoges : Vacherie, auparavant précepteur chez Poulaille, à Limoges, François de Villemonteys, curé de Saint- Domnolet, qui dirigea la communauté plus de trente ans (1636-1672), et un nommé Baresge.

2. Arcfiives histotùq., t. II, p. 116 et suiv. Tous les détails qui précèdent sont tirés des chroniques des Ursulines des maisons de Brive et de Limoges. Voir, sous répiscopat suivant, la suite des fondations.

3. Les Sahuguet étaient une famille noble établie à cette époque en Champagne et en Limousin, mais originaire de Navarreins, en Béarn. L'auteur de la famille, Denis de Sahuguet, servait avec un grade dans l'armée du roi de Navarre, père de Henri IV. Il se maria, en 1543, à Juillac en Bas-Limousin. Comme c'était l'usage, chacun de ses enfants prit le nom d'un fief; ainsi les du Vialard, de la Renaudie, d'Espagnac ne formaient qu'une même famille. Le chef de la branche aînée transplanté à Reims, acquit par un mariage, une grande fortune et le marquisat de Thermes. Les d'Espagnac étaient établis à Brive depuis Henri IV. De Seilhac, L'abbé d'Espagnac y Tulle, 1881, p. 1 et suiv.

Limoges, un chapelet ordinaire de médiocre valeur, Finstituant en cela, s'il lui plaît, mon héritier particulier. De plus, je lègue six mille trois cents livres pour rétablissement, en la ville de Limoges, des Pères de l'Oratoire de Jésus, à la charge par eux de dire, toutes les semaines, une messe à mon intention, et d'employer deux cents livres pour mon enterrement. S'il n'y a moyen d'établir les Pères de l'Oratoire à Limoges, trois ans après mon décès, je leur substitue les Pères Jésuites, à la charge de faire, trois fois par semaine, dans leur maison, une leçon de cas de conscience. »

Après avoir établi ses frères et un neveu héritiers de tous ses biens, Jacques Sahuguet désigne, pour ses exécuteurs testamentaires, messire Bardon de Brun, prêtre licencié en droit, et Pierre du Boys du Boucheyron, bourgeois de Limoges. La pièce est du 24 janvier 1619. Par un codicille daté de Saumur, du 14 juin 1621, le testataire, devenu prêtre de l'Oratoire, porte le legs à 7 000 livres, et demande à être enterré dans l'une des églises de son Ordre.

La fondation n'eut lieu qu'un peu plus tard. L'autorisation des consuls de Limoges est du 16 juin 1624. Les Oratoriens célébrèrent leur première messe de communauté dans cette ville, le 21 juillet suivant. Après avoir occupé quelque temps deux habitations provisoires, au centre de Limoges, ils s'établirent définitivement le l*"^ octobre 1637, dans les maisons Boyol et Benoist, près la Croix de l'Andeix-Manigne. Ils s'agrandirent, dix ans plus tard, en cet endroit, et y firent élever une chapelle *.

Les travaux des premiers Oratoriens de Limoges n'ont laissé aucune trace dans les souvenirs de la postérité. A peine connaissons-nous les noms des premiers supérieurs de cette maison, les PP. Brueys et Mitouard. Au nombre de trois ou quatre seulement 2^ ces nouveaux prêtres se bornèrent à vaquer au ministère de la prédication, dans les diverses paroisses du diocèse de Limoges, où le clergé les appela comme missionnaires. Sans être des orateurs de renom, les humbles disciples de Pierre de BéruUe avaient le sentiment de la véritable éloquence ; un sens droit formé à l'école de ce maître, les avertissait de la déviation des prédicateurs de l'époque. Au lieu de se livrer, dans leurs sermons, à des déclamations ampoulées, et à d'incroyables écarts de fausse érudition, ils furent les premiers, en Limousin, à réagir contre ce mauvais goût général, et à donner l'exemple nécessaire au clergé, de la prédication familière et simple des vérités de l'Évangile. Ainsi, les premiers Oratoriens de Limoges'préparèrent, insensiblement, les voies au plus illustre réformateur de la chaire limousine, leur confrère, le P. Le Jeune 3.

1. Le couvent de TOratoire de Limoges, reconstniit en 1765» fut entièrement consumé par un grand incendie, qui détruisit une partie de la ville, le 6 décembre 1790. Son emplacement est occupé actuellement par la maison Pétiniaud de Champagnac, 18, rue Manigne. Voir Ducourtieux, Piaw«, Limoges, p. iOI, 159.

2. D'après le chiffre indiqué par de Bernage. *ô. Laforest, Limoges, p. 563 et suiv.

40 Les Carmes déchaussés à Limoges.

La fondation du couvent des Carmes déchaussés fut due à la générosité d'un saint prêtre de Limoges. De retour dans cette ville, après avoir terminé en Sorbonneses études de théologie, Etienne Vidaud, issu d'une ancienne famille de Limoges ^, et prieur commendataire de Saint-André de la Cité 2, venait d'être ordonné prêtre, et menait depuis quelque temps une vie exemplaire, quand il fut prié, en 1622, de dire habituellement la messe au Carmel. Un an plus tard, Etienne Vidaud, et son jeune frère François, eurent le dessein de prendre l'habit religieux dans l'ordre des Feuillants, de la maison de Paris. Mais, avant de partir de Limoges, pour réaliser ce projet, le prieur de Saint-André le communiqua à la prieure du Carmel. A la suite de plusieurs entretiens, la mère Isabelle des Anges persuada aux deux frères, de se faire Carmes déchaux, et d'établir eux-mêmes, un couvent de cet Ordre à Limoges. L'affaire fut si bien négociée par la prieure, qu'elle obtint en même temps, le 7 mars 1623, l'acceptation du provincial des Carmes et le consentement d'Etienne Vidaud, pour la résignation de son prieuré en faveur des Carmes déchaux.

Par bulle du l»' décembre suivant, le pape Urbain VIII unit le prieuré-cure de Saint- André de la Basse-Cité de Limoges, à l'Ordre réformé des Carmes, pour l'établissement, en ce lieu, d'un couvent d'au moins onze frères, et il donna commission, à l'official de Limoges, pour la translation de la paroisse de Saint-André à celle de Saint-Domnolet. L'évêque de Limoges, dont on avait pris l'avis sur ce changement, l'abbé de Bénévent et ses religieux, de qui dépendait avant le prieuré-cure, consentirent, le 20 décembre 1623, à la suppression de ce titre bénéficiai. Le chapitre de la cathédrale, à qui les religieux avaient aussi présenté une requête, ne consentit à l'union du prieuré aux Carmes déchaux, que le 11 juillet 1625 (ou même, d'après le Pouillé historique, que le 17 mai 1633). Le 18 du même mois (1625), Pierre Talois, officiai de Limoges, fulmina la bulle du pape, et mit en possession de l'ancien prieuré de Saint-André, le P. Bernard de Saint-Joseph, supérieur des Carmes déchaux, nonobstant l'opposition des paroissiens de ce lieu, qui refusaient de faire partie de la paroisse de Saint- Domnolet.

1. Jehan Vidaud, bourgeois de Limoges, était consul de celte ville à l'entrée du roi, le 15 octobre 1605. C'est lui qui dressa le programme des fêtes de la visite royale, et c'est son fils André, un jeune enfant en costume d'ange, qui présenta les clefs de la ville à Henri IV. Laforest» Limoges, p. 47.

2. Ce prieuré de Tordre de Saint-Augustin, l'un des plus anciens de la ville et du diocèse de Limoge.s, parait avoir été, dès son origine, une dépendance de la cathédrale Saint-Etienne. Les chanoines de l'église de Limoges le cédèrent à l'abbé et aux chanoines réguliers de Bénévent, en 1160, avec le droit do nommer le recteur et les neuf chanoines, ainsi que le prieur, et de le présenter à l'évêque, qui Je recevrait pour prieur. Le prieuré tomba en commende au seizième siècle. Etienne Vidaud fut le dernier prieur séculier. Abbé Lecler, Pouillé histonqiie de Nadaudj p. 179.

Le 6 août suivant, Tévêque de Limoges, Raymond de la Martonie, vint, accompagné du lieutenant général de la sénéchaussée, Joseph Descordes, des autres officiers de la justice, de Vidaud, receveur des tailles à Limoges, et frère du P. Etienne, fondateur, planter la croix et bénir la première pierre du couvent, appelé, dès lors, Saint-André des Petits-Carmes *. Pendant cette solennité, Jean Bandel, jeune docteur de Sorbonne, et chanoine de la cathédrale, fit la prédication. Prenant pour texte de son discours ces paroles de l'évangile de la fête de la Transfiguration, qu'on célébrait ce jour-là : « Faciamus hic tria tabernacula ; tibi nnum, Moysi unum et Elise unum », il les appliqua heureusement à la cérémonie de la prise de possession de cette maison, en l'honneur de saint Elie, premier fondateur, d'après la légende, de Tordre du Carmel. Le lendemain, 7 août, les deux religieux fondateurs, Etienne et François Vidaud, firent leur profession 2.

Cet établissement de Saint-André prospéra si bien, qu'il était, à la fin du dix-septième siècle, d'après Gilles le Duc, le meilleur couvent de la province des Carmes déchaussés û* Aquitaine ^. Les Carmes y travaillent si bien, écrivait en 1702 l'Official de Limoges, que (( de la plus vilaine église de la ville, ils en viennent de faire la plus belle et la plus propre, et leur bibliothèque, nouvellement bastie, est la plus belle et la mieux garnie de la province *. »

Pour comprendre" leur succès, nous n'avons qu'à rappeler ici, en abrégé, l'histoire significative d'une de leurs plus célèbres conquêtes. Jacques Dupeyrat de Majembaud, receveur général des tailles à Limoges, s'était marié, en 1640, avec Jeanne Maledent de Fonjoudran, issue, comme lui, d'une des plus anciennnes familles de Limoges. Ils eurent tous deux, après sept ans de vie commune et heureuse, le désir de quitter le monde et de se séparer pour servir Dieu, chacun dans un ordre religieux. Marcelle Germain, leur amie, femme de grande vertu, dont nous dirons plus loin les œuvres admirables, adressa Jacques Dupeyrat au P. Elisée, carme déchaussé son confesseur, à qui il découvrit à fond son cœur. Le Père, après l'avoir bien examiné et éprouvé, l'exhorta à réaliser son projet. En vain les parents des deux familles traitèrent d'extravagant le changement de vie de Dupeyrat et de sa femme; en vain les prédicateurs mêmes de la ville, n'épargnèrent pas, dans la chaire, leurs critiques sur ce projet. Au bout de deux ans d'épreuves, sanctifiées par les aumônes, les prières et les pénitences, les parents de la jeune femme, frappés de la persévérance

1. Pour les distinguer du couvent des Carmes non réformés, de la porte des Arènes.

2. Bonaventure de Saint-Amable, Histoire de Sainl-Marlialr^. III, p. 833 et suiv.

3. Ils étaient vingt religieux en 1698. On peut juger de l'étendue de ce couvent, par le territoire que les sœurs de la Visitation occupent aujourd'hui, auquel s'ajoutait, avant la Révolution, tout un côté de la rue des Petits-Carmes, où se trouvait Téglise paroissiale Saint-André, qui servait de chapelle aux religieux. Limoges, Ducourtieux, p. 108.

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